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La métamorphose de François Fillon

Portrait - Figaro Magazine

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La métamorphose de François Fillon

  1. 1. D É C R Y P T A G E La métamorphose de François Fillon Eternel numéro deux, derrière Séguin puis Sarkozy, l’ancien Premier minis- tre s’est mué en chef de guerre avec la campagne pour la présidence de l’UMP. Confidences. PAR CHARLES JAIGU L e numéro deux est­il en pour nombre de ses pairs à l’UMP, Fillon ne passer entre les gouttes, le coup d’œil du sni­ train de se transformer en sera jamais assez déterminé, jamais suffi­ per qui permet d’éliminer les concurrents ne numéro un ? En appa­ samment énergique. En cas de victoire dans suffisent pas pour entraîner un électorat jus­ rence, François Fillon le duel qui l’oppose face à Jean­François qu’àlavictoire.Jean­LouisBorloolecompare reste égal à lui­même. Copé, l’ancien Premier ministre aura trois à un « crocodile qui est capable de rester immobile Tout en flegme, il a le vi­ petitesannéespourdétromperceuxquidou­ sous l’eau pendant très longtemps, et qui n’en sort sage creusé et impassible tent. Trois ans pour démontrer que Nicolas que quand il est sûr de pouvoir saisir sa proie ». d’un Espagnol mélancoli­ Sarkozy n’a pas d’espace pour « revenir ». Aujourd’hui,Fillonestsûrdesachancepour que. Le sourcil charbonneux rehausse le vi­ Trois ans pour se faire entendre des cou­ 2017. « Il a une cible : 2017, et je ne vois pas trop sagefatiguéparunétédecampagneetunac­ ches populaires tentées par le vote Le Pen. ce qui va le faire dévier. La façon dont il mène la cidentdescooter,aprèscinqansauturbinde campagne interne depuis trois mois montre à quel Matignon.Parsamèrebasque,qu’ilaperdue « Face à Copé, Fillon point il est déterminé », estime son porte­parole cet été, François Fillon a beaucoup hérité de devra y aller à la machette » Jérôme Chartier. « Face à Copé, Fillon devra y cepaysoùleshommessontpieuxetsuscepti­ Lui qui fut associé à tous les gouvernements aller à la machette, il ne pourra pas se présenter en bles. « Tu es trop orgueilleux », lui a souvent dit Chirac, puis le maître d’œuvre du quinquen­ chaise à porteur », avait résumé un observa­ Nicolas Sarkozy. Jusqu’à maintenant, l’or­ nat Sarkozy, a­t­il prouvé sa capacité à chan­ teur. En se déclarant tôt – ce qui a éliminé la gueilleuxatrèsbienmenésabarque.Mais,le ger le pays ? La « rupture » promise en 2007 candidature Juppé – puis en constituant une voici, pour la première fois dans sa carrière est­elle intervenue ? Quand l’ancien Premier équipetrèsresserréeautourdelui,avecValé­ politique, prêt à rouler pour lui­même. Et ministre parle d’un projet de redressement, rie Pécresse, Eric Ciotti et Laurent Wau­ chacun de se poser la question : à 58 ans, « le celaveut­ildirequerien,ousipeu,n’aétéfait quiez, il a atteint cet objectif. dandy en costume Arnys » a­t­il décidé de fen­ pourempêcherlaFrancede«tomber»,pour Avec Chirac puis Sarkozy, les militants de« Je n’ai jamais appartenu drel’armure ?Lesolitaireva­t­ilapprendreà reprendre la formule de son ami l’écono­ droite ont été habitués au tempérament bo­à la catégorie des jeunes gens jouer collectif ? Le dilettante est­il « prêt à miste Nicolas Baverez ? napartiste. Fillon sait bien qu’il n’est pas fait NICOLAS REITZAUM POUR LE FIGARO MAGAZINEpressés qui savent à 17 ansqu’ils seront Président. tout » pour conquérir l’écrin élyséen ? Beau­ Toutescesquestions,FrançoisFillondevra de ce bois, lui qui veut écrire en 2013 un livreJ’ai pris la vie politique comme coup en doutent encore. y répondre s’il est élu à la tête de l’UMP. « On sur Georges Pompidou, avec lequel il seelle arrivait, en essayant Il y a quelques semaines, Xavier Bertrand atoujoursl’impressionquetunedonneraspastout trouvequelquesressemblances.Deuxévéne­d’en tirer le meilleur parti. confiait à Jean­François Copé : « Toi et moi, cequetuasdansleventre»,luiavaitdituncom­ ments consécutifs l’ont libéré de sa prudenceMais peut-être aussi ai-je un peu nous sommes les seuls capables de tout sacrifier municant il y a quelques années, quand il habituelle. Tout d’abord, le retrait de Nicolasmanqué de confiance en moi. » pourlaprésidentielle !»PourBertrand,comme était encore un ministre de Raffarin. L’art de Sarkozy.«Encasdedéfaite,nousavonssouvent28 • LE FIGARO MAGAZINE - 12 OCTOBRE 2012 12 OCTOBRE 2012 - LE FIGARO MAGAZINE • 29
  2. 2. D É C R Y P T A G E « On veut faire de moi un mou face à Copé. Mais le mou c’est qui, le dur c’est qui ? J’ai été en première ligne de toutes les réformes difficiles depuis dix ans. Où était-il M. Copé ? » discuté du parti et évoqué la possibilité que j’yaille », indique Fillon. Le jour de la défaite estfinalement venu, et le départ de Sarkozy alaissépourlapremièrefoisFillonlibred’affir­mer son ambition. Sous surveillanceconstante de l’Elysée pendant cinq ans, le lo­cataire de Matignon s’était interdit d’entrete­nir le moindre réseau, de manifester la moin­dre déloyauté. Et puis le Premier ministre a découvert lapopularité. « Cela a commencé pendant la cam­pagne présidentielle, où j’ai tenu énormément de NICOLAS REITZAUM POUR LE FIGARO MAGAZINEréunions publiques, contrairement à ce que j’ai en­tendu. J’ai senti physiquement un soutien beau­coup plus fort qu’avant, une popularité que jen’avais jamais éprouvée auparavant », avoueFrançois Fillon. « C’est cela qui m’a décidé », ré­sume­t­il. De fait, cette popularité s’est tra­duite dans les sondages dès le lendemain du6 mai. Avec un Nicolas Sarkozy hors jeu,François Fillon surclasse largement lesautres figures de la droite, et notammentJean­François Copé. Tout au long du quin­quennat, sa bonne tenue dans les sondages “Je suis péiste Luc Chatel. Le candidat à l’UMP jure qu’il se soigne. Mais pas trop quand même. « Fondamentalement, je ne changerai pas. Aétait considérée comme usurpée. Beaucouppensaient que le « planqué de Matignon »profitait des erreurs d’un Nicolas Sarkozy beaucoup force de confondre la communication et le fond, ces gens sont perdus », dit­il en visant Jean­ François Copé. « Ce serait bizarre, un parti quisurexposé. Cette popularité « Canada Dry »s’est apparemment transformée en quelquechosedeplusréel.«Laissez­moivousdonnerun plus à droite fait le contraire de ce qu’attendent la majorité des sympathisants de droite », glisse Fillon. « Il est préférablepourl’UMPd’élireletypelepluspopu­peudelaconfiancequiestenmoi»,avaitditNico­las Sarkozy le jour de son élection à la prési­dencedel’UMP,ennovembre2004.C’estde qu’on laire à droite », ajoute son ami Eric Woerth. « Si nous réussissons à incarner un vrai projet deredressementnational,nousauronstoutesnoscette confiance dont la droite a besoin.« Aujourd’hui, je suis prêt », répond François ne le dit” chances pour 2017 », résume le candidat. Un projet qu’il doit rendre crédible notammentFillon. Traduisez : à être le numéro un. « Je auxyeuxd’unélectoratdedroitedéçuparlan’ai jamais été un numéro deux », refuse­t­il. Ou ser un déjeuner de groupe avec les séna­ droite. Les sorties de Jean­François Copédumoinsconcède­t­iluneévolution:«Jen’ai teurs UMP en n’invitant que Jean­François sur le racisme anti­Blancs sont « fabriquées »jamais appartenu à la catégorie des jeunes gens Copé. Découvrant la manœuvre, l’ancien et « téléphonées », juge l’entourage de Fillon.pressés qui savent à 17 ans qu’ils seront Président. élu de la Sarthe appelle Gaudin : Ce dernier répond en citant les enquêtesJ’ai pris la vie politique comme elle arrivait, en es­ – Pourquoi ne m’invites­tu pas ? d’opinion publiées depuis le mois de mai :sayant d’en tirer le meilleur parti. Mais peut­être – Je t’inviterai dans un mois. « J’ai plus de gens qui votent FN qui sont avecaussi ai­je un peu manqué de confiance en moi », – Mais je suis le chef de la majorité ! moi.Jesuisbeaucoupplusàdroitequ’onneledit.confie­t­il.«Françoisarejointlecampdeceuxqui – Pour trois jours encore ! On veut faire de moi un mou face à Copé. Mais lecroient en lui. Il a décidé d’y aller, ce passage à – Tu me le paieras cher, je ne te le pardonnerai mou c’est qui, le dur c’est qui ? J’ai été en pre­l’acte compte beaucoup », résume son ami et jamais ! » a conclu Fillon, cinglant, avant de mière ligne de toutes les réformes difficiles depuisconseiller Jean de Boishue. raccrocher au nez du maire de Marseille. dix ans. Où était­il M. Copé ? La seule fois où j’ai Et en effet, Fillon s’est transformé en chef « Et moi qui ai accablé de compliments le maire reculé,c’estpourlaréformedubac,àlademandede guerre. C’est ainsi, par exemple, qu’il de Marseille pendant cinq ans. » de Jacques Chirac. »s’est brouillé à mort avec le maire de Mar­ TelestlenouveauFillon:équanimeenap­ « Si François est élu, on aura droit au matchseille, Jean­Claude Gaudin, devenu depuis parence,ilcogne. «Lesmilitantsneveulentpas Sarkozy­Fillon », pronostique Xavier Ber­un ardent soutien de Jean­François Copé. d’un DRH, ils veulent quelqu’un pour diriger la trand. Preuve qu’il tient sa ligne, Fillon as­Gaudin a été ulcéré du peu d’égards de droite.Cetteidéequ’ilfaudraattendrelesprimai­ sume une liberté de ton à l’égard de SarkozyFillon à son endroit lorsque celui­ci s’est res, personnes n’y croit », confie encore Fillon. à un moment où la mode est de s’afficherrendu à Marseille dans la circonscription DRH:c’estlepointfaibledeFrançoisFillon. « plus sarkozyste que moi tu meurs ». « Nico­du député filloniste Guy Teissier pour sa « C’est l’homme qui vous invite à déjeuner en tête lasconnaîttropbienlapolitique.Ilsaitqu’onnere­dernière visite en tant que Premier minis­ à tête et le lendemain vous croise à l’Assemblée vient pas comme ça », glisse­t­il avec un grandtre.Enreprésailles,iln’apashésitéàorgani­ sans même vous dire bonjour », résume le co­ sourire. ■ CHARLES JAIGU30 • LE FIGARO MAGAZINE - 12 OCTOBRE 2012

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