ARCHITECTURA FRANÇAISE- VIOLLET LE DUC 3
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ARCHITECTURA FRANÇAISE- VIOLLET LE DUC 3 ARCHITECTURA FRANÇAISE- VIOLLET LE DUC 3 Document Transcript

  • -; ^r DICTIONNAIRE RAISONNÉ DELARCHITECTURE FRANÇAISE DU XI AU XVIe SIÈCLE III Droits de tradu"linn ot de rpro<1u"tion nc
  • DICTIONNAIRE RAISONNÉ DELARCHITECTURE FRANÇAISE DU XIe AU XVIe SIÈCLE E. VIOLLET- LE - DUC ARCHITECTE TOME TROISIÈME PA RIS LIBRAIRIES- IMPRIMERIES RÉUNIES ANCIENNE MAISON MOREL 5, RTE SAINT - BENOIT, 5
  • DICTIONNAIRE RAISONNÉ DE LARCHITECTURE FRANÇAISE DU XT AU XVIe SIÈCLE CHARNIER, ni. Signifie proprement un vaisseau on lon c s./les viandes salées. On donna aussi ce nom aux cimetières, aux endosréservés à la sépnllnre. On désignait encore, à la tin du siècle dernier,le cimetière des Innocents à Paris sous le m>m de cf/m-n/cr il<.-" linux-i-ni* voy. CIMKTIKIII: CHARPENTE, f. On entend par ce mot lonle combinais u cl assem- s.blage de bois de gros échantillon destines à la construction des bâti-ments publies ou privés. Lart du charpentier dut être un des premiers parmi ceux que leshommes appliquèrent à leurs besoins. Abattre des arbres, les ébran-cher, et les réunir il leur sommet en forme de oùne, en remplissant lesinterstices laissés entre les troncs par du menu bois, des feuilles et de laboue, voila certainementlhabitation primitive de lhomme, celle quelon trouve encorechezles peuplessauvages. Danslanliquilé grecque,les charpentes étaient (autant quon peut en juger par le peu dedilieesqui nous restent) dune grande simplicité. Cependant les Crées con-naissai-entdéjà lassemblage de charpenterie que nous désignons sousle nom de ferme. Les Romainsdevaientêtre fort habiles dans lart de la charpenterie,car lesvoûtessphériquesou darête quils élevèrenten si grand nombreexigent,pour être construites,descombinaisons charpentefort com- depliquéeset difficiles à assembler.Dansleurs établissements militaires, ni. - 1
  • DICTIONNAIRE RAISONNÉ LARCHITECTURE FRANÇAISE DU xr AU xvr SIECLE CHARNIER, m. Signifie proprement un aisseau où I ou conserve s./les viandes salées. On donna aussi ce nom aux cimetières, aux t-nclosréservés à la sépulture. On désignait encore, a la tin du siècle dernier,le cimetière des Innocents à Paris sous le nom de c/nimier dis Innm-iu/a VOY. ClMV.TII.lil. CHARPENTE, f On entend par ce mol loiile combinais n cl assem- s.blage de bois de gros échaiilillon destines a la construction des bàli-inents publics ou privés. 1/art du charpentier dut cire un des premiers parmi ceux que leshommes appliquèrent à leurs besoins. Abattre des arbres, les éhran-cher, et les réunir à leur sommet en lorme de cône, en remplissant lesinterstices laissés entre les troncs par du menu bois, des feuilles et de laboue, voilà certainementlhabitation primitive de lhomme, celle quelon trouve encore chez les peuples sauvages.Dans lantiquité grecque,Jescharpentes étaient i autant quon peut en juger par le peu dedilicesqui nous restent) dune grande .simplicité, dépendant les iliées con-naissaient déjà lassemblage île rharpenterie que nous désignons >ousle nom de ferme. Les Romainsdevaientêtre fort habilesdans lart de la chaipeuterie,car lesvoûtessphériquesou darête quils élevèrenten si LM.UH|nombreexigent,pour être construites,descombinaisons charpente com- de fortpliquéeset difficiles à assembler.Dansleurs établissements militaires, m. - 1
  • [ CHARPENTE ] - H-ils employaient boisà profusionil suffit,poursenconvaincre, le ; deregarder bas-reliefs la colonneTrajane Home. contrées les de ii Les delEurope il-,portèrentla mi guerreétaient dailleurspresqueentièrementcouvfrles de forêts, quils detricberenl en grand nombre, autant pourfaire pénétrer leurs arméesà traverscespaysdemi-sauvages pour queleurs besuins.Déjà, sous lempire romain. lItalie ne pouvait plus four-nir de bois en asse/.grande quantité pour les besoinsdu peuple-roi, etlesioréisdestianles.pendantplusieurssiècles,servir»nt dapprovision-nements a la marine el aux immenses établissements des Romains.La facilite avec laquelle on se procurait alors celle matière premièreexplique comment on pouvait acbever très-rapidement certains tra-an gigantesques,tels que des ponts, des chaussées,des barrages,des digues,des camjiements militaires dune grande importance, desenceintes de circonvallation et de contrevallation, des édifices publicsel des dles tout entières. Naturellement, sous le règne des rois mérovingiens, parmi les tradi-tions, des i onslructions romaines, la cbarpenlerie fut une de celles quise conservèrent le mieux: le sol nétait pas épuisé, les forêts couvraientencore une grande partie des liaules, el le bois était une des matièresque lon employait de préférencedan- les constructions publiques ouprivées, .1cause de son abondance. (ii ivoire de Tours cite un grand nombre déglises, de cil/te, de ponts,de maisons el de palais où le bois joue un grand rôle : à défaut de cetexte, les incendies fréquent s qui détruisirent non-seulement un édifice,mais des villes entières, [tendant les périodes mérovingienne et carlo-iiigienne, indiquent assez que la charpenterieétait fort pratiquéejus-quau T siècle. Cetarl devait même êlre. relativement à la maçonnerie.arrivé alors à une grande perfection. Malheureusement, les exemples decbarpenledune époquereculéenousfonl défaut,et nousnecroyonspasquil en existe qui soient antérieurs au xnesiècle. Force nous est donc deprendre larl de la charpenterie à ce moment. Mais, avant de donnerdesexemples, est nécessaire tracer sommairementla marchequa sui- il de ie cel ail. dindiquer les causes ont influé sur son développement qui Tant que des forêts immenseset qui paraissaientinépuisablesfour-nirentdesbuisdegrandedimension dun groséquarrissage, sap- et onpliqua a d.inner delà solidité aux charpentes,en employantplutôt desgrosboisquencherchant combinaisons rapportavec qualités des en lesparticulières cettematière.Xous à avonsencoresous yeuxla preuve lesde cefait. KnAngleterre, exemple, charpentes par les anglo-normandesqui datent des xm" et xiv sièclessont, comparativementà nos char-pentes la même de époque subsistent lOuest, Bourgogne, qui dans enen Champagne danslIle-de-France, et beaucoup [dus fortes commeéquarrissage bois, et leur soliditéprovienten grande de partiedelénorme dimension cesbois.EnFrance, le xmesiècle, de dès lart delacharpenterie sapplique àrechercher combinaisonssuppléent des qui au
  • L CHARPENTE Jfaibleequarrissage boisemployés. lesforêts,éclaireies le des Déjà surcontinent, ne fournissaientplus de cesarbres deux fois séculairesenassez grandequantitépourquelesconstructeurs fussent obli- ne pasgésde remplacer volumedesboispar unjudicieuxemploide leurs lequalités.11 fallait encoreallêgir les charpentes fur el à mesureque le-, auconstructions de maçonnerie, en séloignant des traditions romaines.devenaient elles-mêmes plus légères. LesGrecset les Romainsnadoptèrent,pour couvrir leurs édifices,quedescombles inclinés; cetteformeexigeaitlemploi de bois dun peufort équarrissage pour résister a la chargedes tuiles. Danslarchitec-ture romane, nous voyons longtemps, même dans le Nord, les comblesconserver une a**ey,faible inclinaison, et ce nest jjuère qu" vers le mi-lieu du xii sièclequils prennent despentesplus rapides.Cesmodifica-tions apportéesdans la forme des couverturescontribuèrent encoreà faire abandonner les gros bois pour la charpente des combles. 11 fautdire aus.sique les essencesde bois employées par les charpentiers sep-tentrionaux dans les édifices nétaient pas les mêmes que celles génera-lemenl mises en ieuvre par les Turcs et nièiue les Homains. Ceux-cisemblaient préférer les essences résineuse*, le sapin, le mélèze el lecèdre, lorsquils avaienta couvrir un monument: ces bois exigeaientdes équarrissages plus forls que le chêne, préféré,aux bois blancs pen-dant le nuien âge, dans le nord et louest de la France. Les Normands, peuple de marins, semblent être dans ces contréesles premurs qui aient fait faire un pas considérable à lart de la char-penterie. 11 certain que, des le xiesiècle, ils construisirent de a*te* estéditices entièrement couverts par de grandes chai pentes apparentes:lAngleterre conserve encore bon nombre de ces charpentes, qui, bienquélevée* pendant les xmc et xrv* siècles, sont combinée* daprès de*donnéescomplètementoriginales,et paraissentêtre le résultai de tra-dilionsplus anciennes. qui caractérise charpenteanglo-normande, Ce lacestson analogieavecles moyens dassemblageemployésde tout tempsdans la charpenterie navale ; mais nous aurons loccasion de revenir surcelte partie de notre sujet. Les nefsdeséglisesde lAbbaye-aux-Hommes de la Trinité de Gaen etétaient évidemment, danslorigine, couvertespar descharpentesappa-rentes,et déjàles pentesde cescharpentesdevaientêtre passablementinclinées. Dans le centre de la France et dans lEst, les traditions de lacharpenterie antique conservèrent se assez exactement jusquà lin du laxif siècle. Or, pour ce qui est des charpentesde combles, dont non*nous occuperonsdabord, le systèmeemprunté aux anciens est fortsimple.11 consiste une suite de fermes en portantdespannes les- surquellesreposent chevrons. fermeprimitive est souvent les La dépour-vuede poinçon elle se compose 1,dun entraitAB,dedeuxarba- : itîg.létriersAC,BC,et dun entrait retroussé destinéa empêcher DE, lesarbalétriers fléchiret de secourbersous charge la couverture. de la de
  • J - "* -Sicesfermes une ont porté- grande, y ajoute poinçon plus on un G)-,venant recevoir extrémités deux les des arbalétriers, sassemblant1 .-,,a tenonet mortaise, arrélantainsila déformation la ferme. et decraint la nVion de lentrait AB tig. -2. par suite desa longueur, le poin-çonvient sassembler F, le suspend,et lentrait retrousséDEsassem- enli|, enr,H dans poinçon. pannes reposaient lesarbalétriers, ce Les I sur L.viennes par des cliaiili^noles K. et les chevrons LM saccrochaient surleur lace externe. Mais si le comble na pas une forte inclinaison et silon veut que la rencontre des arbalétriers avec lentrait ne porte pasà faux, ce systèmeexige des murs dune grande épaisseur.En effet(fig. 2, supposons que lintervalle à couvrir NO soit de 7m,60,les arba-létriers ayant Om.20 déquarrissage,les pannesautant, et les chevronsOm,12, voit que lépaisseurdes murs doit êlre de lm,iO, ce qui est onconsidérable eu égard au peu de largeur du vaisseau. Aussi, danslespetits.édifices romans couverts descharpentes, par onsaperçoitquelos constructeursont été entraînésà donner à leurs mursuneépaisseur boaucoup grande celleexigée le poidsdela plus que par
  • - ;> _- [ CUAUPENTE jcouverture, afin de trouver, a la tête de ces murs, une assiette assezlai-^e pour recevoir porter decesboissuperposés. lerinp com- la La deble appareilleii linférieur, taillée couronnementà la tradition auli<|iu,privée dt-plaliuid poséNUI- trait, conservait une apparencepeu monu- lenmentale on voulut obtenir une décorationpar la manière dassembler :C de tiiiller les bois. Pendantla période romane,surtout dansle centre,louest el le midi de la France, les arcbileclcs elaienl jtréoccupés delidée de iVrmev les netspar des M>ùles: lor-quils ne purent le laire,lunie de ressuiirces suffisantes, il-, chercliereul a donner a leurs char-pentes, à 1intérieur, laspect dun berceau. Nous uuns quelques tentativesde ce Délire laites dans de petitséditice^de laiiiiyeune qui datent du n siècle. Nous donnons tijj. .{de cesi-|iar|»enles, provenantde léglise de Iji^orce jires l!lae. 1/en-trail e^l |,M"oiiné, clianlVeine MU- se>, arêtes. Les clianlreins ^arréli-iil au Mdroit ((>"" a>^eudda^es pour laisser toute (aforcedu bois la ou un teuouvient sassembler dans une mortaise. Les jambettes A sont taillées surune courbe lurinant, avec la partie supérieure des deux arbalétriers, nudemi-cerclecomplet. Le poinçonB reçoit des enlreloises(1qui soula-gent le faita^e Dau moyende liens inclinés. Cesliens empêchentle de-vers des fermes et contribuent à les maintenir dans un plan vertical;lesarbalétriersportaient despannes. Cettecharpentedemandaitencore.par conséquent,commecelle donnéefigure -2, murs fur! épaispour deséviter les porte à faux.Onévita bientôt cet inconvénient en assemblantles pannesdanslarbalétrier même,au lieu de les poser au-dessus on :^a^nait ainsi toute lépaisseurde la panne,et même,en les assemblai)!de plat et en contre-basde laffleurement extérieur de larbalétrier, unse réservala placedu chevron,qui alors ne dépassaitpasle plan incliné passant par la face externe de ces arbalétriers. ce tlessin, ain>i >>- >ui;int, ii t)i£c.*-i- MM. Durand iV Alaux, ;urlii|cclo« ;i lun ilcaux
  • L CU.MUliMH ] Lafigure explique combinaison. sont pannes B, V cette EnA, les ; enlefaîtage;ligne la ponctuéeindique chevrons. murs CD les Les pouvaienlainsiêtreréduits dépaisseur. extrémités lentraitsassemblent Les deàqueue aionde lasablière celle estentaillée recevoir d dans E; F pourlesabouts chevrons sont retenus le failage, pannes des qui sur les etlessablières, des par chevilles chêne. cemoyen de Mais présente dassezgrands défautslespannes, : posées plat,sontfaiblesellesnepor- de ;ivnt que sin-lem-s tenons.Aussinemploya-t-on système ce dassemblagede charpentequassezrarement; nous ne le retrouvons guère adoptédans les constructions du Nord. Les liens courbes, si le^ -irbalétiiersétaient trop chargés, devaient, par leur pression sur lentrait, le taireIlédiir. Ce-, fermes ne pouvaient être employées que pour couvrir desnefs étroites, et neussent pu, exécutées sur de grandes dimensions,conserver leur rigidité. Cesexemples font voir qualors les charpentiersne serendaientpasun compte exactde la fonction de Feutrait, qui doitêtre uniquement dempêcherlécartement des arbalétriers, mais qui ii" peut cl ne doit supporter aucune charge : aussi on changeaprompte- inent les jambetles A tig. .( . et, les retournant, on les assembla dans lextrémité inférieure du poinçon tig. .>. Lentrait restait libre alors, -n-pendu au milieu de saportée par le poinçon, et les deux jambettes, converties en liensB, arrêtèrent parfaitement laflexion de> arbalétriers. Cesdonnéesélémentairesavaientété adoptéesdéjà dans lantiquité; mais la préoccupation des arcllitectes romans de donner à leurs char- penteslapparence dune voûteavaitfait préférer le systèmevicieuxdont les ligures ,i et i nous donnent des exemples.Les petites dimensions des charpentes romanes encore existantes et leur extrême rareté ne nouspermettent pasde nousétendresur lart de lacharpenterie àcette époque reculée;nousserionsobligéde nouslancer dansles conjec- 1 Charpente léglisede Villeneuve.irruiïi de Blavo, MU*siècle. de
  • 7 - [ CII.UllKXTE]tures, et cest ce que nous voulons éviter. Nous in- pouvonsétudierlail de la charpenterie du moyen âge dune façon certaine ef utile (|ii aumoment où larchitecture quitte les traditions romanes et adopte unnouveau mode de construction originale, parlant dun principe opposéà la construction antique. Il nous faut distinguer les charpentes de comble.-, pui>que ce>i deci-lles-ci (jue nous nous occuponsdabord)en charpentesdécliner-, ai ouvrir des voûtes et en charpentes appareilles. Les premières n ontquunefonction utile, nétant pasvuesde lintérieur des édifices; elle-,doivent, par conséquent, tout sacrifier à la solidité. Les secondes siip-portent la couverture de plomb, dardoise ou de tuile, el deviennentun moyen de décoration intérieure. Lorsque, pendant la période romane, on pril le parti de lermer lesnels ou les salles des grands édifices par des voûtes, le lien-eau lui lapremière forme choisie (voy. Aiir.niTKCTriu:I:I:I.H,II.IM:. La couvertureelait immédiatement posée alors sur lextrados de la voûte; cétait eneffet le moyen le plus naturel. Mais, dans le nord de la France, on re-connut bienlôl que ces couvertures posées à cru sur la voûte ne pou-vaient les protégerdune manière efficace; les réparationsétaient dif-ticiles, car les eaux pluviales, sintroduisant sous un joint de dalle misonsune tuile, allaient dégraderles voûtesloin du point par lequel lin-tiltralion avait lieu.On songeadonc à protégerles voûtespar deschar-pentes destinées à isoler la couverture et à permellre ainsi de lepareiliroinplement et facilement la moindre dégradation. Mais le système m-,voûtes en berceau obligeait les constructeurs, ou délever les mu.sgoni-terots jusquau-dessus niveau de la clef de ces voûtes pour pouvoir dupasser les entraits de la charpente, ou de se passer den) rail s. s ils lais-saient la crête des murs goûtterots à un niveau inférieur àde voûte.
  • [ CMAHlICNTI-: J - 8 - Soil tig. ti mie voiile en berceau tiers-point, comme celles, parexemple,dela cathédraledAutun ou deséglisesdeBeaune deSaulieu; etla corniche des murs goutterots est en A, le niveau de la clef du berceauen B.Quand il ne sagissaitque de former un massifen pente sur lex-trados du berceau pour poser une couverture de dalles ou de tuiles ro-maines à cru. le niveau inférieur de la corniche A était parfaitement mo-tivé : m;ii>lorsque,sanséleverce niveau,ou voulut poserune charpente pour recevoir la mu erlure, il fallu! se passer dentraits et trouver une combinaison dassemblage de bois qui pût remplacer cette pièce essen- tielle. Souvent les constructeurs ne tirent pas de grands efforts pour ré- soudreceproblème; ils secontentèrentdélever de distanceen distance despilesde maçonnerie lextradosdu berceau, sur posèrent des arbalé- triers sur ces piles, puis les pannes sur les arbalétriers, le chevronnage et la tuile. Mais alors tout le poids de la charpente et de la couverture portait sur ces voûtes, souvent mal contre-butées, les déformait el ren- versaitlesmurs goutterots.Quelquesconstructeursprirent parti plus un sage,etremplacèrent lentrait pardeux piècesCD,EFassembléesen croix deSaint-André,à mi-bois ltig.6). Employantdes bois dun équarrissage énorme,mais élégisentre les assemblages de diminuer leur poids, afin ils purent ainsi, grâce à la puissance destenons à doubles chevilles, em- pêcherlecartement desarbalétriers pendant un certain temps.Gepen-
  • - J - [ r.iiAi.ll-JXTE Jdanl ct-s sortesde charpentes pomaienl durer longtemps; les ar- nebalétriers, nayant guèrequune inclinaison de 43 à ."><> degrés,chatte-,de tuiles pesantes,delourds chevronnages, arrachaientles lenons desdeux faux entrails el poussaientau vide. Cest pourquoi, dansla plu-part de cesédifices.<msurélevales murs goutterots,ainsi que lindiquele tracé H2, de façon que la corniche atteignit le niveau des clefs dela voûte, et lon posa des fermes avec enlrails K au-dessusfies ber-ceaux.Maisou peut serendre comptede lénorme construction inutileexigée par ce dernier moyen. Pendant ces essais, la voiile en airs dogive prit naissance.Dans lespremiers moments,cependant,les ciels des arcs-doubleaux des arcs elogives des voûtes nouvelles atteignaient un niveau supérieur a celuides clefs des formerets, comme a la cathédrale de Langres, connueencore dans le dururde la cathédrale de Paris, et il fallut avoir recoursau système de charpente représenté dans la figure <i. (le ne fut guèrequau commencement du xmc siècle que, la voûte en arcs dogive ayantatteint sa perfection voy. CONSTRUCTION, .les charpentes de com- VOUTEbles purent se développer librement, et quelles adoptèrent proniple-ment des combinaisons à la fois stables, solides et légères. La plus ancienne charpente (levée au-dessus dune voûte en arcsdogive que nous connaissions celle de la cathédralede Paris; elle estnepeut être postérieureà 1220, Ton sen rapporte à quelquesdétails side sculpture et à quelques protils qui la décorent. Mais avant de décrit ecette charpente, nous devons indiquer les modifications profondes quisétaientintroduitesdanslart de lacharpenterie,versla tin du xii siècle,par suite de ladoption dun nouveausystèmegénéralde construction.Cenétait plus par lépaisseur murs ou par desculéesmassives des queTon contre-butait les voûtes centrales des églises à plusieurs nefs, maispar desarcs-boutants reportant les poussées le périmètre extérieur surdes édifices,quelle que fût leur largeur. (Vêlaitle systèmedéquilibrequi remplaçait le système antique ou roman (voy. CoxsTHiT/noxi: dèslors,dansles monumentscomposésde trois ou cinq nefs,les piles in-térieures,réduitesà un diamètreaussipetit quepossible,navaientpluspour fonction quede porter desarchivolteset les naissances voûtes. desentre les formerets desquelles souvraient de larges fenêtres, (.es for-merets et archivoltes de fenêtres ne pouvaient recevoir sur leur extra-dos que desbahutsdont lépaisseurnedevait pasdépasserle diamètredes piles intérieures; il résultait de cette innovation que cesbahutsprésentaient une section assezfaible, surtout si. comme cela avait liensouvent au commencement du xm" siècle, il fallait encore, outre le bahut ,trouver, a la partie supérieurede lédifice, un chéneaupour la distribu 1 Nous Mavons; trouvé que des débris tir ces sorte* de charpentes as-r? jrriiN«" xécutées, réemployésdansdes comblesdune époque plus récente: ;i V/r|.iy, par exempleel dans île petites églises de Bourgogneet du Lvomiai- : Comme dans la nef île léglise de Bcauue.
  • [ CHARPENTE ] 1" -lion des eauxet un garde-corps. Lassiettesurlaquellevenaientreposerlessablières grandes des charpentes combles doncassez de était étroite,et setrouvait réduite à un mètreenviron : quelquefoisplus dansles mo-numents dune giaiidr- étendue,et beaucoupmoins dansles nets dunelargeur médiocre.Il devenaitimpossible,surdesbahutsaussipeuépaKde trouver la place nécessairepour appuyerle pied des arbalétriers.deschevrons,et pour projeter lépaisseurdes pannes.Afin de poserenplein les charpentessur cesbahutsétroits, on changeadabord la pentedés combles: on la porta de {() ou ."><» degrésà 60 et même65 degrés:puis on supprima lespannesposées les arbalétriers,et lon composa surles comblesde lermesentre lesquellesvinrent se ranger deschevronsa peu près armés comme elles, affleurant le plan passant par la lareexierne de-, arbalétrier-,, et ne différant guèredes fermes maîtressesqueparcequils navaientpoint dentraits à leur base,mais reposaientseu-lement sur des patins assembles dansles doublessablières.Ondésignecescharpentessous la dénomination de charpentes à chevrons portantfi-mtif. Cétait, danslart de la charpenterie, un mode de constructionneuf et qui était en harmonie parfaite avec le nouveau système adoptédans la maçonnerie. Il a,;il : 1 lavantage de ne demander quune as-siette aussi peu épaisse (pie possible. ~2" lieu de reporter la charge Aude tout le comble et de sa couverture sur les maîtresses fermes commele système de charpentes avec pannes . il répartissait également lespesanteurs sur la totalité de la tète des murs ou bahuts. Nous faisonsressortir limportance de cette disposition dans le mol CONSTRUCTION, ilnous su ftira de lindiquer ici. 3" Ce nouveau moyen permettait de nem-ployer que des bois dun équarrissage faible relativement à leur lon-gueur, puisque chaque arbalétrier ou chevron était également charge.et de poserainsi, au sommetdediUrestrès-élèves, charpentes des très-légères relativement a la surface rouverte. En rendant les piles inté-rieures des grands vaisseaux plus grêles, les constructeurs tirent desvoûtes très-légères: ils devaient naturellement chercher à diminuer lepoids des chai pentes destinées à lés couvrir, et surtout à éviter desinégalitésdangereuses dans les pesanteurs des parties supérieuresdes constructions. Il convient que nous rendions à nos lecteurs un compte exacl de cequi constitue la partie essentielle la charpentede comblescombinée deaec le mode de li construction ogivale. Nous commenceronsdoncpar lassiette de ces combles sur les bahuts ou tètes de murs. Soit A Tig.7 le bahutde pierre: on posedeux sablières B plutôt B,sur leur plat que carrées. (..est lentrait de la ferme maîtresse assembléà queuesdaronde dans deuxsablières, quil est indiquéen EE les ainsidansle plan, de façon lentrait retiennelessablières que poussées endehors par les chevronsportant fermes.D, est le patin ou blocheldans lequel sassemble, tenon et mortaise le chevronportant ferme: àce blochet sentaille pour mordre les deux sablières,et est ainsi retenupar elles.F, est larbalétrier; G,le chevron. lespace Si entrelesfermes
  • - 11 _ [ CHARPENTE ]maîtresses trop grand, si,à cause la fargeur vaisseau cou- est ou de du àvrir, on craintque lesdeuxsablières viennentà rondir au milieu, nesollicitées lapoussée chevrons, pièces par des deux horizontalessont Hposées cessablières reportent entre et cellepoussée lespointsL surretenusfixespar lesboutsdesentraits. jambettes viennentre- Des Iporterunepartie la charge arbalétriers chevrons lextré- de des ou surmité intérieure desblochetset donnent de lempattement aux grandespièces inclinées. Souvent, lesgrandes dans charpentes, desarba- lepiedlétriers et chevrons sassemble à deux tenons dans deux mortaises,ainsiquelindiquele détailK. afindéviter quela poussée sexerce nesurle champtrès-étroitdun seultenonet aussi pourempêcher tor- lasion de ces piècesprincipales. jambettes Les sont également assem-
  • [ CHARPENTE ] 1- -iilées à tenons doubles dans les hlochds cl les cnlraits, cl, de plus,ils sont toujoursembrevésdans arbalétriers clicvrons. ces el commeilest ti^inc m L. (juclqufiuis mêmeles arbalétrierset chevronsporlcuiun renfort pour donnerplusrie priseà cetembrèvement, affamer sansle liois; cest ce renlort que ligure le détail M. Les jambeltes I sont ouverticalesmi légèrementinclinées,ainsi quelindique la figure 7; danscette dernière position, elles retiennent mieux la poussée pied des du"lierons mi arbalétriers.Du reste,plus les comblessont aigus,pluslesjainlici les serapprochentde la erlicale. Le moyen adoptépour asseoirles charpentes de c<,mble.s bien connu, on comprendra facilementle système général admis par les architectes du commencementduxnr siècle dans la construction de leurs grands comble-. Prenonsdonc, comme exempledune descharpentes comblesles deplus anciennes, celle du chSur de Notre-Dame de Paris; nous auronsainsi, dans un petit nombre de figures, desfermesordinaires, desche-vronsportantfermes unecroupe. figure8 donnele plandela el Lacroupe couvrele chevet.Lesfermesmaîtresses qui sont accouplées.Le côte A du plan présentela projection horizontale des sablièreset
  • 13 - [ CHARlKXTE]des cnlrails au-de-ssus bahut; le eùie H, la projection horizontale- dudé la premier»1enravure. La tijçure e>tlélévationde la fermemaîtresse de croupe.Dans !» Gcette élévation, voit, au-dessous grandsarbalétriers deux on des E,sous-arbalétriersF. Cétait la un moyen puissant pour maintenu-lepoinçondans plan G son vertical pour et donner laferme grande à unerésistance. premier Le entraitretroussé sassemble lesarbalé- H dans triers, dans les sous-arbalétriers et dans le poinçon. Le second entmil retrousséI secomposede deux moïses embrassent mêmespiè- qui ces ces. Le troisième entrait retroussé K sassemble à tenons et mortaises dans poinçon dans deuxarbalétriers. le et les LentraitL est suspendu aupoinçon 1°pardeux : moises et desclefs 2°pardeux M ; pairesde moïses verticales N retenues de même par desclefs de bois sur les sous- arbalétriers et sur le premier entrait retroussé. Deux autres paires de moises0 remplacent jambettes,et viennentserrer et réunir, au les moyen clefs,lesarbalétriers de aveclentrait. Commesurcroitde pré- caution, pourmieux et asseoir lentrait,desliensP reportent partie une du poids de cet entrait sur des poteauxadossés bahut. Cesliens ne au
  • [ CIIAHPKSTE ] - 1lsauraient pousser murs, ils sont les car placés droitdes au arcs-bou-tants extérieurs.La tlexion des arbalétriersde cette Terme donc ar- estrêtée intervalles parles entraits à égaux trois retroussés, rigide-, rendus«"u-mémes lessous-arbalétriers.flexion lentraitestarrêtée par La depar poinçon, deux le les paires inoisesetles P.Il nyadonc de N liensaucune déformation ù craindre dans le grand triangle composant laterme.Maiscest là unefermede croupequi reçoit à sonsommet lesbouts des chevron-,du rlievel. ainsi que le démontre le plan figure H;or. celle termeétait pous>ee lou^ ceschevrons viennent p;u- qui sap- kpuyer sur le poinçon dun seul coté: elle devait nécessairement sorlirde son plan vertical. Voici comment les charpentiersévitèrent ce dan-ger. La figure 10donnela coupedu comblesuivantlaxe longitudinal duchevet.(Jestla fermemaîtressedont la figure 9 donne lélévation; en Rsonttousles chevronsde croupequi viennentbuter contre son sommet.Afin de la maintenirdansle plan verticalQS,les charpentiers posèrentles grandespiècesinclinées TU, VX. La première vient sasseoirsur lessablières T, seréunit à la seconde unecoupeen V. La seconde en parsassemble lextrémitédu poinçonde la cinquième à fermemaîtresse,
  • - 15 - [et de ce point deuxpiècesverticales,posées forme de V, vont repor- enter la poussée une assezgrandedistancesur les bonis dun entrait, iiatin déviter lécarteinent des branches de ce V, ainsi que lindique laligure 11.La pièce inclinée TU tig. l(>,est, de plus, suspendue poin- auçon Q et auxdeux faux poinçons V, Z, par de fortes moiseset des clefs.(Vestsur celte pièce inclinée Tl", qui est par le fait un arhalélrier très-résistant,que viennentsassembler trois conlre-ticlies G destinées les 11 /*" s^ 1 1il conlre-huler la poiiSM-e des chevrons de croupe et a maintenir laleriue maîtresse dans son plan vertical <JS.Les autres parties de cellecharpente nont pas besoin de longues explications pour élre com-prises. Les sablières circulaires de la croupe sont maintenues par unentrait D suspendu par une paire de moi se.-, au chevron daxe, qui Fe-,1douille e| remplit les fonctions dun arbalétrier, car il sassemblesur lextrémité de la pièce inclinée Tl". Ol entrait porte un châssis nl,<-(tig. 8} destiné à soulager la première enrayure. Le roulement de toutela charpenteestévité parles liensH1 rig. lit , qui sassemblent dans leseutretoisesdaxehorizontalesposéessous la seconde enrayureel dansles poinçons des termes. Le voligea^e de chêne maintient les chevronsdans leur plan vertical, cette charpente étant, connue toutes les char-pentes de cette époque, dépourvue de laitage el de pannes. Le fléchis-sement des chevrons est évite au moyeu des entrails retrousses K, qui.sontsoulages par les entretoises daxe H, et les doubles enlrelojses |>sassemblent dans les moises pendantes N de la figure il. Pour peu que lon soit familier avec lart de la chai-peiileric, il nestpasdifficile de reconnaîtreles délauts cettecharpente:il ny a pasde desolidaritéentre les fermes; les liens destinésa empêcherle roulementsont trop petits et trop faibles pour remplir cet office dune manièreefficace, el la preuve en est que, quand on enlève la volige, on fait re-muer à la main les termes maîtresses et surtout les chevrons portantfermes.Le moyenadoptépour arrêter la poussée chevron de croupe des ssur le poinçon nest quun expédient.Déjà,cependant,la charpentedela nef«lela cathédrale Paris,dressée de peut-êtrequelquesannéesaprèscelle du chu-iir, présente sur celle-ci de notables amélioraUuus. Maisvest surtout en étudiant la souchede la flèche de la mêmeenlise,quisélevaitau centre de la croisée,quon est frappede ladresseel surtoutde la science pratique des charpentiers du m" siècle, et cette souchede Mèche dû être mise au levagevers 1230au plus lard. Nous aurons aloccasion dv revenir ailleurs. Nous devons suivre notre discours et
  • [ CUAHIJÏMK | Iti -lairevoir les perfectionnements introduits successivement dans!<" - stème des fermes. La charpentede léglisecathédralede Chartres,brûlée en 1830, qui etparaissaitappartenir a la seconde moitié du m" siècle,présentaitdéjàde grandes améliorations sur le système adopte dans la constructionde celle de la cathédralede Paris: nous nen possédonsmalheureuse-ment que des croquis trop vaguespour pouvoir la donner à nos lec-teurs. Cela est dautant plus regrettable, que celte charpente étaitimmense,quelle naait subi aucune altération, que les bois étaient tous èquarris a iearele et parfaitement assemblés. Lacharpentede léglise Siii:l-<>uen Hoiien. qui date du iv° siècle, de 12 [nous lournit,dans dimensions des médiocres, belexemple lart ût un deiacharpenterie époque. endonnons 12), A lacoupe àcette Nous ifig. en
  • | UIAIllDXTi:Jtransversale, en li la coupelongitudinale. Déjàcelle charpentepos- clsède un sous-laite C sur lequel viennenl se reposer les lêle-, des ciie-vrons assemblés à mi-bois et mainte-nus par deschevilles, (le sous-iaile e^llui-même maintenu horizontal parlesgrandes croix de Saint-André Uet parles liens E. Les croix de Saint-Andréet les liens assemblés ii mi-If lis ontencore pour fonction dempêcher ledéversement (le-, termes et de (ouile système, j.es grandes moises pen-dantes F, attachées en il à larbalé-Irier par des chevillettesde 1er. il ena lenlrail retrousse jiar de-, ciels debois, suspendenl lenlrail en I déjàsuspendu en M au poinçon. "Lepoidsde ces moises pendantes, en char-geant les esseliers K, exerce unepoussée en L qui arrête la flexion delarhalélrier sur ce point, lne particu-larité de celle charpente, cest que lepied des chevrons el leurs jambettesne sassemblentpas dans des blo-chets conlormemenl a lusage ordi-naire, mais dans des doubles sablièresposées MICles seine-Ilesqui reçoiventles bouts des enlrails et chevillé-,aveccelles-ci.Lafig. l.J donne en X ledétail de lassemblagedes chevrons eljambelles dans les doubles sablière^ :en P, le détail des moises pendantesF, et en (>, le moyen de suspensionde lentrait au poinçon. On remar-quera que le 1er est déjà employédans cette charpente en H et enSpourattacher les moises pendantes. Cesont des chevillettes à tète carrée. La charpente de léglise Sainl-Ouen de Rouen est exécutée ;:vecgrand soin : les bois sont parfaite-ment équarris, chanireinés sur lesarêtes; grandes les moises pendantes,dont détailestligureen P(tîg.l3 lesontélégies, cesboisnagissant comme car, que suspension, nétaitpas ilnécessaire de leur laisser toute leur force entre lesclefs. Nous trouvonsàSaiut-Germer charpente une posée au-dessus voûtesdela chapelle, desà latin du xnr siècle, ala plusgrande qui analogie celle-ci qui avec el m. - 2
  • L Ul.VillOTli ] - IN -est de mêmeexécutée avecune rare perfection. Maislesdifficultésétaientautres plussérieuses et lorsquil sagissait dresser cliai- de unepentesur unede cesnef»,telle, parexemple, cellede la cathédrale quede Reims. Son»le régne de Louis XI, un incendie détruisit toutes lescouvertures de cet édifice ; on les reconstruisit à neuf vers la fin du Merle cl le commencement du M". Alors lart de la charpentericclait arrivéi sonapogée: lesprit des constructeurs sétait particuliè-rement appliqueà perfectionner cette branchede larchitecture, et ilsétaient arrivés à produire des Suvres remarquablesau doublepoint devue de la combinaison et de lexécution. Le bois se prêtait mieux quetoute autre matière aux conceptions architecloniquesdu XVe siècle, eton lemployait a profusion dansles constructionsciviles et religieuses;il ne faut donc pas sétonnersi, à cette époque,les charpentiersétaientarrivés a un degré dhabileté supérieur. Nous donnons tig. 14 une coupe transversale et une coupe longitu-dinale de la charpente de la cathédrale de Reims. Les fermes sont tail-lées MU un triangle qui na pas moins de l V,40 de basesur 15m,oO dehauteur du sommet à la base: les arbalétriers et les chevrons ont 17".La coupelongitudinale Gest faite danslaxesur le poinçon; celle Destfaite suivant la ligne ponctuée AB ; la coupe transversale est faite entredeux fermes. La partie inférieure des chevrons de E en F est appuyéesur deux cours de [tannes portées par une contre-fiche G posée sous[arbalétrier et enaiil sassembler dans lentrait et à la tète dun po-leaii II. Ge poteau est suspendu par les soiis-arhalétriers-moises 1, etsuspend lui-même lentrait en K au moyen de deux moises pendante»et des ciels de bois, ainsi que lindique la coupe longitudinale D. II re-çoit a son sommet deux entretoises L, M qui arrêtent le déversementde la partie intermédiaire de la charpenteau moyende liens et de croixde Saint-André. Dansla partie supérieure, le Iléchissement des chevronsest seulement arrêté par des jambetles N et des entraits retroussés 0.Oiianl aux arbalétriers desfermes, ils sont rendusrigides par deux en- traits retroussés P. M, des jambettes S et des esseliersT. Un sous-faiteU, assemble la tête desgrandspoinçons,règle,en leur servantdappui, a les bouts supérieurs des chevrons assemblés à mi-bois. Un second sous-faite V et di s croix de Saint-André maintiennent le sommet des fermesdansleur plan vertical. Les grandspoinçonssuspendent lesen- Iraitsaumilieude leur portéeau moyen longuesmoises de pendantes,serrées par plusieurs clefs de bois. On ne voit, dans toute cette char-pente, aucune teirure: elle est (eu égard à sagrande dimension) fortlégère, lesboisemployés dunequalitésupérieure, et sont parfaitementequarris et assemblés. Toute sa force consiste dans ces sous-arbale- iiiers-moiseslqui sont dun seul morceau et nont pas moins de1i".."»0 longueur. équurrissagesdépassent Om,22 les de Les ne pas pourplusgrosses pièces, huit pouces lancienne de mesure. voit que, Ondans charpente la cathédrale Reims, pannes déjàem- la de de les sontployées,non point poséessur larbalétrier, mais sous lui; la faceexté-
  • -uo.iAai|onp jnauajxa Wîjd aj simp s.inofnoj (sa.iai.na[Kq.iG a.inai.i [ ap - T,T -
  • [ CIlAIUKXÏi; J - -(l -nage. Toutefois, a Keims. étaitlepeudécarlement fermes, n des lespannespourraient fléchir leurportée lepoids chevrons. dans sous desDans dautres charpentes datent la même qui de époque. fléchisse- !<"mentdespannes prévuet habilement est évité. Soif fi-. i:> unefermemaîtresse; fléchissement larbalétrier le dersl maintenuI parlentraitretrousse: ~2 lescontre-fiches A : C par A, Y" <!qui sassemblent dans deux cours de pannesB, B. La contre-ficheA,perpendiculaire à larbalétrier, ne peut glisser: 1°parce quelle est ar-rêtée a sa place par le renfort E ménage sous larbalétrier, et -2parcequelle e>t serrée par les moises D. La contre-fiche A inférieure est par-faitement arrêtée par la jambe de force F. Au-dessusde lassemblage derelie jambe de forcedans la contre-ticlie. des moises pendantessontarrêtées par une clef de bois, et celles-ci suspendent lentrait dans saportée entre les sablières et le poinçon. De grands goussets assemblésen H dans les contre-fiches empêchent les pannes de fléchir entre lesfermes,de sortequeles chevronsfigurésen K sont complètementlibreset ne sont réunis que par les entraits retroussésI portant sur lentre-toise L maintenuerigide, ainsi que le sous-faite,par descroix de Saint-André longitudinales,commedans la figure 14.Le système jambes desde force F et des moises pendantesG donne une grande fermeté à labasede cettecharpente,car les forceset les pesanteurs neutralisent seà ce point que, plus la charge agit, plus lentrait et les arbalétriersse roidissent.
  • 21 [ CIIAIIPKNTE ! Voici (fig.13bis]un détailperspectif lassemblagedes de contre-fi.-h.-avecle coursdepannes inférieur.En M, estfiguréela jambede tnrce;en N, larbalétrier avec son renfort 0 destiné a arrêter la panne It : enS, la ronlre-liclie avecsesdeuxgrandsgoussets T : le gm^sel 1 est T,supposé brisé pour laisser voir la télé de> moise*, pendantes avec saclef de bois au-dessus de lassemblage de la jambe de forée dans lacontre-fiche; en V, sont les chevrons. On rencontre un a»sr/ grandnombre de charpentes de combles, de la fin du xv" siècle et du commen-cement du xvie,tracéeset taillées suivant ce système,qui estexcellentet nexige en Suvre que peu de bois. La charpente de la ralliediali-dAmiens, entre autres, refaite au commencement du xvi* siècle, estarméede pannes ainsi maintenuesrigides au moyende goussets assem-blés dans les contre-ticbesperpendiculairesaux arbalétriers. Quelque-
  • -- -| UI.UUKNTKJ -fois, dansde très-grandes charpentes, conlre-liches les reçoivent non-seulement goussetsqui les maintiennent lespannesrigides, encore maisdesosseliei-s deslienxiui soulagent et larbalétrier,ainsiquelindiquela ligure 10. Cm remarqueraquece système goussets de assemblés dansles pannesa nicore cet avantage dempêcherle hiement des fermes H de tout lechevronnage. Le systèmede charpentes couvrant des voûtes,dont nous venonsdindiquer les développements successifs, suivi dansles charpentes estapparentes, mais aveccertainesmodifications nécessitées la dém- parration intérieure. Nous avons dit déjà que les architecte-, étaient fortpréoccupés,dès le xncsiècle, de lidée de voûter les grandessalles,lesnefs des églises; mais les ressources ne permettaient pas toujours«ladopterce modequi exigeaitsoit des contre-forts puissantsà lexté-rieur, soit des ares-boutantsdestinésà reporter les pousséesde cesvoûtes en dehors des collatéraux. Lorsque les architectes ne purent voûter les grands vaisseauxen pierre, en moellon ou en brique, ils cher- chèrentnéanmoinsàdonnera leurs charpenteslapparencedune voûte
  • - ;>:$- [ i iiAiiri.>Ti: Jen berceau; cl cest dans ces charpentes, donl une partie était vue dudedans, que les constructeurs ont déployé toutes les ressources de leurart. Nous ne connaissons pas de grandes charpentes apparentes ante-rieures au xmesiècle; il est probable que celles qui existaient avantcette époque,dansle nord de la France,rappelaientjusquà un certainpoint les charpentesdes basiliques primitives du moyenâge, qui lais-saient voir les entraits et étaienl seulement plafonnées au-dessous dulaite, comme,par exemple,la charpentede la nef de la cathédraledeMessine, si richement décorée de peintures à lintérieur. Il ne faul pasoublier dailleurs que cette charpente de la cathédrale de Messine luiélevéependant la domination des Normandsen Sicile, et que si, danssadécoration peinte, on sentune influencebien évidentede lart desManies, elle nen est pas moins luuvredes conquérants chrétiens; queles Heures symboliques et les sujets sacres y abondent. Il y a tout lieude croire que les charpentesapparentes lintérieur qui couvraient les àvastesneis des églises de Saint-Hemi de Hcinis.de la Trinité el deSaint-Klienne de l.aen, et, en Angleterre, de la cathédrale de JVIerboroughenlre autres, avaient beaucoup de rapports nec la charpente de la ca-thédrale de Messine, quant au systèmeadopte, à linclinaison des arba-létriers et à la décoration intérieure. Sans entrer dans le champ desconjectures, mais nous appuyant sur cet exemple, unique penl-èlre, dela charpentede la cathédrale Messine nouspouvonsindiquer quel- de ,quespoints saillants qui feront comprendre en quoi les charpentesnormandesse rapprochaientde la charpentede la basilique primitiveet en quoi elles en différaient. La charpentede la cathédralede Mes-sine ne consiste quen une suite de fermes assezpeu distantes, 2m,50daxe en axe.composées dentraits placésde champet dun fort équar-rissage,de deux arbalétriers sanspoinçons, mais possédant un petitplafond sous le faite dune extrême richesse. Le lambris incliné entrece plafond et la tête des murs ou le pied des arbalétriers secomposedunesuite de pannestrès-rapprochées, encadrées quatre planches parclouées, recevant un double voligeage et la tuile, lne figure .est néces-saire pour faire comprendre ce système fort simple i fig. 17).Leseutraitsont 1101 portée; grâceivleuvénorme équarrissage<r,80 sur O",45), deils nont pas tléchi dune manière sensible. Ils sont soulagéssous lesportées par des corbeaux. Les arbalétriers, assemblés à la tête à mi-bois et chevillés, sont maintenusen outre chacundansleur plan par lepoids du petit plafond C suspendu à des moises pendantes. Afin dévi-ler lépaisseur des pannes et du ehevronnage qui eût obligé de donnerune grande épaisseuraux murs, ainsi que nous lavonsdémontré aucommencement cet article, les charpentiersont supprimé les pannes deet ont posé les chevrons en travers sur les arbalétriers, comme le dé-montre notre figure 11, A perspective, et H géoniétrale dune ferme avec 1 Olte rliarpi-iiti ol il<- LioN n^iiiriix ,i lîlirrs tio-lini-, [n-ul-ôtn.1 du ii>i-|iv:. (>ll;S.iiiit-l.uil hir-i îles murs à Ruine -lait de t:c>lnv
  • ; i.llAli1 I.V1I. - ~2 -]e> chevronset le plafond sous-faite.Dèslors ce chevronnage, plu- outôl celle M-riede petites pannes navait plus quà recevoir la volige enloi:g. Mais pour éviter les tissuresqui neussentpas manquéde laisser 7pénétrer li>vent sons la luile cuire cesvolige.s,celles-ci ont été dou-blées,ainsi que lindique la figure 18,cellesdu dessous étant ajoui"">">.entre chaque panne,par desétoiles;touleinis, malgrécet ajour, quidevenaitun joli motif de décoration, tous les joints sont couverts,etlaii- nc peut pénétrer lintérieur.Le voh-eage à extérieurposeet,travers reçoit la tuile, creuse aujourdhui,autrefoistrès-probahle-mentromaine. La volige -MI travers est nécessaire pourretenir le Ii.insles provinces nordde la France du IM.III,.. tuil.-romain? fréquemment I,, fut enusagejusque le commencement siècle vers du xu« >"ous avons eu (couvé preuve la non-seulemcnt lesbas-reliefs, surlesvoûtes dans débris entourent dans mais et les qui le;édifices lépoque d.- rummeDonc combles les étaient, jusque b milieu cesiècle, vers degénOi-.il-ment Cependant bonnombre pignons plats. il est ,h romans le Nord dans quiontunepente fortejM.ur h tuil,- :op .pu romaine puôtreemployée cecas ait danson se servait grandes de tuile; plate,IMV TLILEJ.
  • 25 - L <IIAIIlKNTi; jglissemcni la luile. quele lil du boisposesuivant pentecul néces- de lasairementprovoque.Cellecharpente,si simpledaiis sescombinaison.,esldécorée la façonla plus :;pleiidide des peintures desdo- de par etrures.Le petitplalt>ndsmis-iai!ecompose deuxrangs caissons se de deétoileset creusés,-n forme de petitescoupoles-, pénétrantdans lesentre-deuxdes châssisG tig. 17).Unesortede pâte onde mastic revêtce plafond sedétache les fondsen fleuronsel ligettespeusail- el surbints.Celtepartiedela charpente particulièrement est richeen dorure 18 & " "4Let en magnifiques ornements peints, de sorte quen enlraul dansla cathédrale de Messine, on esl tout dabord frappé par celle limite decaissons disposés suivant laxe de lédifice, et qui conduisait loil à lariche mosaïque absidale qui existait autrefois au-dessus du sanctuaire.Les arbalétriers et les chevronnages ont admis des tons plus sombres,comme pour faire ressortir davantage léclat de celte épine toute semerda/ur clair et de tons blancs el rosés sur des fonds dor. Vers le milieu du nc siècle, les architectes renoncèrent a ce systèmedecharpente ils sentirentlanécessitédemployerdesboisdun ; éq.iarris-sage moins fort, plus faciles à se procurer, par conséquent, et pluslégers; employant des bois moins gros. j| n,i|u| donner aux arbalétriersuneplusgrandeinclinaison, quils fie fléchissent sousle poids afin pasde la couverture, el. dans les grandes charpentes, suspendre les en-traits au milieu de leur portée. Exceptédans les provinces méridio-nales,ou les charpentes conservèrentune faible inclinaison, partout enFranceel en Angleterreon modifia, à la fin du xn siècle, le systèmedescharpentes apparentes, comme on avait modifié le mode de construc-
  • L Cil KlL.VIL J A - lu -tion des maçonneries; les plafonds, les chevronnages lambrisses fuientremplacés par des beiceaux plein cintre ou tiers-point, laissant passerles entrails à leur base, et logés dans la hauteur du comble. Ce sys-tème était fort économique,en ce qu il évitait la construction desvoûtes de maçonnerie, les contre-forts nécessaires pour les contre-buler,et CM quil ne perdait pas tout lespacecompris, dans les édi- cefices voûtes, entre ces voûtes et le laile des combles. leu dexemplessuffiront pour faire comprendrele système char- despentesapparentes adoptéau moment mï nait larchitectureogivale,et qui ne cessedêtre employé quà la fin du xvi* siècle. Nous choisi-rons lun des mieux combinés et desplus légers, qui date du milieu duMil" siècle : cest la charpente de la grandsalle de lancien évéchédAnxerre. aujourdhui approprié a la préfecture1. En A itig. 1!» nous présentonslune des fermes: entre lentrait B et .lentrait retrousséD. on uit une suite de courbesG habilementassem- Ite rharpeiile aujourdhui est cach.vp.,,- pl^mN r| desdistribution-, ,1,- iuté-ii<-ures. estenplace, Elle cependant,conservé partout lambrissage. et;. presque son
  • _ [ CHARPENTE ] blées sonldestinées recevoirlesbardeaux feuilletsde chêne qui à ou qui formentun berceau plein cintre légèrement surbaissé; I, est le enpoinçon qui passeà travers le berceau,au droit de chaque ferme, etVientsuspendre lentrait. La coupelongitudinale montreuneferme Een F et unesuitede chevrons portantfermes, <i.Tousceschevrons ensont armés chacun dun entrait retroussé avec des courbes absolumentsemblables à celles C de la ferme maîtresse. Les bardeaux en bois refen-dussont clouéssur chaque courbedeschevrons des fermes, et ainsiquon le voit en H, et des couvre-joints moulures viennent cacher lesjoints et renforcer encore les courbes à lintérieur, en même temps qu ilsservent décoration.Degrandes de croix de Saint-André, assembléesdans les poinçons,dans les sous-faitesK et enlretoisesL, empêchentle hiementde lensemblede la charpenteet le déversement fermes. desNousdonnons, en M, un détail du chapiteaudu poinçon au point <milcommence devenirapparentsousle berceau, à dettecharpenteestaussilégère que solide, et il est facile de reconnaître quon ny a mis en n-u-vre que la quantité de bois rigoureusement nece^aire à la stabilité.Les équarrissages sont réduits a leur plus faible volume. Dans sa par-lie vue, le poinçon ne donne, en section horizontale, quun octogone deOm,13dediamètre; les arbalétriers nont que (m,[t sur Om,12 déquar-rissage ; les chevrons, Om,13 Om,12. sur Mais la façon dont le> che ronsportant fermes sont rendus rigides mérite particulièrement de fixerlattention des constructeurs. La ligure -20représente lun deux. Poses sur des blochets, les pieiKdes chevrons sont raffermis par des jambeltes courbes N; un entraitretroussé 0 les réunit, et deux contre-fiches P, P, assemblées à mi-boisavec lentrait retroussé, viennent étaxer les chevrons au-dessus du ber-ceau en HK, en même temps quelles empêchent le triangle de M>déformer par laction du vent ou dune charge plus forte dun côté quede lautre. Dans la coupe longitudinale Ede la ligure 11», voit en S la onrencontre des contre-fiches assemblées tenant aux chevrons, et com-ment celle rencontre ne gêne en rien le passage des grandes croix deSaint-André longitudinales.Cette charpente porte de la latte et de la tuiledepuis six siècles, sans avoir subi aucune altération grave, et malgréquon ait coupé plusieurs pièces pour passer des tuyaux de cheminée. Sur lune des sallesbeaucoup plus petite du même édifice, nous trou-vons encore une charpente dont la combinaison, aussi bien entendueque simple, doit nous arrêter. Cettesalle na pas plus de 4m.S<) lar- degeur; elle était, de mêmeque la grande,couvertepar un berceaupleincintre en charpente,-avecentraits et poinçons apparents. Nous don-nons (fig. 21) cet exemple. En A, est la ferme maîtresse;en B, un des chevronsportant tenues.et, en G,la coupelongitudinale de la charpente.Commetoujours, desbardeaux de chêne avec couvre-joints étaient cloués sur les courbesdes fermes et chevrons. Ces bard°au ou feuillets de chêne refendu ont
  • [ CIIAHPENTE ] - 28 - Orn,01 dépaisseur,el mêmequelquefoisÛm,009. Ceuxde ÎOla grandecharpente(fig. 1!) nmil pas davanlay»-; ;,onl assemblés ih à " L 20-grain dorge, quelindique figure afindempêcher ainsi la 22, lèvent qui
  • - 20 - [ CMAniEXTE ]passesousla tuile de pénétrerà lintérieur. Mais le berceauapparentdecesM>i-les charpentes de nadoptepas toujours la forme plein cinlie; ilnestquelquefoisquun segmentdecercleet plus souventen tiers-point. Telle est la charpenteapparentedo léglise de Mauvesinprès Mar-mande1, que nous donnons fig. 23. Nous choisissons celle-ci, entre Celte enarpeale r. été relevé: avec le plus grainl MIIII par M. Alaux, arcliileete
  • f CHARPENTE ] - 30 -beaucoup dautres,à cause la disposition de particulièredessablières,qui sontposées lesentraits lieudêtreau-dessous,desblo- sur au ftehets quivieifnent G sassembler lesjambettes lesquelles dans P, sontpendantes terminées un cul-de-lampe, queledémontre et par ainsi latipnre24.Les chevrons étant K, eux-mêmes assemblésà lextrémité desblochels. débordent larête extérieure de la tète du mur, et lu-mienllien descoyauxdeslinés (irdinairement supporterlégout toit,lors- à duquecelui-ci,comme dansle casprésent, pasde rhéneau. na Dans cellefigure -2i.nous avonsindi(|iié lentrail IMIK privé de son arbalétrier etde sajamhetle. La charpentede le-lise de M;UIC>IH ]>ossède véri- untable failai;f en A ti^r. -2. d;iiis Icqurl viennent sassembler les extré- .inile> des chevrons, el non point un sous-tailc, comme la plupart desdiarpenles précédentes. Le déversement des tèrnies est maintenu parde.sliens jissenibles en I! dans le poinçon, dans les entretoises et d;msle tait;i-e. Les chevnnis entre les Vernies, espacéesde V",30, sont mu-ni- chacun dun entrait retroussé, desseliers et de jambeUes courbescomme les ternies maîtresses : ils ne dittérenl de celles-ci que par I ab-sencedu poinçon et de lentrai!, (.elle charpente,qui couvre une netde 7 mètresde largeur, est tort simple el solide; les courbes, aujour-dhui dégarnies,ici evaient autrefois des bardeauxaveccouvre-joints.comme ceux de la fi faire |!l. dépendant les charpentiers des xme et xive siècles élevaient des char-pentesapparentesencnre plus simplesque,celles donnéesci-dessus,pour couvrir des vaisseaux dune largeur de 7 à 8 mètres. Il en existeencore au-dessusde la ne),le la petite é-lise Saint-Jeande Chàlons- IX, >|ni a Likii viiiln M. . .11- , | ,"i sesiii«|iii». (..-île1 cli.ir|n>iileri il- i|i_-1.1 lin iln ui siècie
  • - 3l - | CIIAKPK.Vni ]sur-Marne,qui se recommandepar son extrême légèreté. .Nousdon-nons (fig. 25) une des fermes maîtresses de cette charpente en A. cl enB un des chevrons.Ceux-ci ne sont rendus rigides que par les deuxcontre-fiches croisées C, C, et les jambeltes D. Ici le berceau en tiers-point se compose de deux serments de cercle dont le centre est poséen contre-bas de lentrait. Cétaitdansles grandsalles châteaux,des abbayes, des des rèrbés,des éditices publics, que les charpentiers «lu moyii à^e étaient parli-<ulièreinent appelés à déployer toutes les ressources de leur art. Chaquedemeure féodale renfermait un vaste espace coinerl. qui servait desalle île reunion dans le> solennités, lorsque le seigneur exerçait sesdroits de justicier, lorsquil conviait ses vassaux, soit pour des fêles.soit pour prendre part à ses actes de chef militaire. KMtemps de sie^e.la grandsalledu châteauservaitencorede logement à un supplémentde garnison . en temps de paix, cétait encore un promenoir comme m.-.salles des pas perdus annexées aux palais de justice modernes, (iéné-ralement, ces grandsalles étaient situées au premier ou même au se-cond étage, le rez-de-chaussée servant de magasin, d écurie, de réfec-toire et de dépôts darmes. Nétant couvertes que pur la toiture, el lesmurs des châteaux ne pouvant être renforcés par des contre-forts quieusseni géilé la défense, ces salles nétaient pas voûtées; mais de ma-gnifiques charpentes, lambrissées à lintérieur, formaient un abri surcontre les intempéries de latmosphère. Le Palais de la Cité, à Paris, avait sa grandsalle couverte par un dou-ble berceau tiers-point lambrissé,reposantsur une rangéede piliers en
  • f CDARPENTE j - 30 -ieaucoupdautres, à causede la disposition particulière des sablières,qui sont poséessur les entraits au lieu dêtre au-dessous, des blo- etchetsG qui viennentsassembler dansles jambettes D, lesquellessontpendanteset terminées par un cul-de-lampe,ainsi que le démontre lafigure 2i. Les chevrons K, étant eux-mêmes assemblés à lextrémité de-,blochets, débordent larête extérieure de la tète du mur, et tiennentlieu des royauxdestinesordinairement à supporterlégout du toit.lors-que celui-ci, comme dans le cas présent, na pas de chéneau. Dans celle"figure-2 nous aons indii|iié 1entrait en F privé de son arbalétrier el t.de sa jambelle. La charpenlede léglise de Maiivesinpossèdeun véri-table laitage en A tig. 23 . danslequel viennent sassemblerles extré-mités des chevrons,el non point un sous-taile. comme la plupart descharpentes précédentes. déversement fermes maintenupar Le des estde-,liens assembles ]{ dans le poinçon, dans les entrêtoisesel dans enle laitage. Les chevronsentre les fermes, espacées 4".30,sont mu- denis chacundun enfrail retroussé, desseliers dejambettescoinlies etcomme les fermes maîtresses:ils ne diffèrent de celles-ci que par lab-sence poinçonet de leiilrait. (.ellecharpente, couvre du qui une nefde 7 melrcs largeur, fort simpleel solide; courbes, de est les aujour-dhui dégarnies. aientautrefois bardeaux couvre-joints. rece des aveccomme ceux de la figure l!l. Cependant charpentiersdesxm" et xivesièclesélevaientdeschar- lespentesapparentesencoreplus simplesque cellesdonnées ci-dessus,pour couvrirdesaisseaux dunelargeurde 7 à 8 mètres.Il en existeencoreau-dessus la nefde lapetiteégliseSaint-Jean Chàlons- de de Bordeaux,a InVii.nilnH.HI- ijuiJa fin ilti xili° siècle. ses croquis. rli.u-|i^iite Ci-ltt- d.it-
  • - 3l ( UIAUPKNTK|sur-Marne,qui se recommandepar son extrême légèreté. Nous don-nons(tig. 25) une des fermesmaîtresses cette charpenteen A, el eu deB un des chevrons.Ceux-ci ne sont rendus rigides que par les deuxcontre-fiches croisées C, (.. el les jambettes D. Ici le lierceau en tiers-point se compose de deux segments de cercle dont le cenlre est poséeu contre-bas de lentrait. CVI.nl dans les grandsalles des châteaux, des abbayes, des éêchés,des édificespublies, que les charpentiersdu moeu âgeétaient parli-culièrementappelés déployertouteslesressources leur art. Chaque a dedemeure féodale renfermait un vasteespacecouvcrl. (|in servait desalle de réunion dans les solennités, lorsque le seigneur exerçait sesdroils de justicier, lorsquil conviait ses vassaux, soit pour des leles.soit pour prendrepart à sesactesde chef militaire. En tempsde sie^e.la grandsalledu chàleauservait encorede logement a un supplémentîle garnison; en tempsde paix, cétait encoreun promenoircommenossallesdespas perdus annexées palais de justice modernes,(iéné- auxralement, cesgrandsallesétaient situéesau premier ou même an se-cond étage,le rez-de-chaussée servanl de magasin,décurie, de réfec-toire et de dépôtsdarmes. Nétant couvertesque par la toiture, et lesmursdeschâteaux pouvant ne être renforces desconlre-forlsqui pareussentgéilé la défense,cessallesnétaient pasvoûtées: mais de ma-gnifiques charpentes, lambrissées à linférieur, formaient un abri surcontre les intempéries de latmosphère. Le Palaisde la Cilé, à Paris,avait sagrandsallecouverte par un dou-bleberceau tiers-point » en lambrissé, reposant unerangée piliers sur de
  • [ CHARPENTE ] - 32 -réunis par des archivoltes. Les châteaux«leMoulurais, (h-C.oucy, dePierréfonds,etc., possédaient dimmenses sallescouvertespar descharpentes apparentes(voy. CriATEAt/i. Malheureusementtoutes cescharpentes sont aujourdhui détruites, et celles qui existent encorenappartiennentquà des châteauxdu secondordre. Nous en excepte-ions cependantle palais des comtesde Poitiers (palaisdejustice actuelde Poitiers . qui a conserve belle charpentesur la grandsalle, une datantdu commencement du xe siècle: larchevêché de Keims et le palaisde justice de Kollell 2. Parmi ces restesde lart de la charpenteriedu moyen âge, lun desplus intéressants, des plus ancienset des plus complets, est la char-pente de la grandsalle de Sully-sur-Loire, qui date de la tin du xiv"siècle. La grandsalle du château de Sully est située au troisième étage,à 1l",M au-dessusdu sol de la cour; , "est tout un système de construc-tion de bois, admirablement entendu, qui couronne un Ion-; et largebâtiment lortitie, défendu par des mâchicoulis, avecchemin de rondedu côté extérieur donnant sur la Loire et du côté de la cour. Nous donnons dabord tig. 2(J la coupe transversale de cette char-pente. Lis poutres qui portent les solives du plancher delà salle ontil .ti;{ dépaisseur sur Om,50 largeur el 11",HOdeportée. Ces poutres deA sont soulagéespar des corbeaux de pierre rî. Du côté de la cour,-dau-tres corbeaux reçoivent la première sablière C. qui pose du côté exté-rieur sur la tète du mur: cette sablièrea Om,30 dépaisseursur Om,24 del:irgeur. Un second rang de sablières D de même équarrissage revoitles jambettesE, qui secourbentà leur extrémité pour sassembler dansles chevrons. Du niveau du plancher au sommet de logive formée parle lambris intérieur, on compte 10m,20. Au-dessus dernier plancher, dule mur. réduit à une épaisseur de Om,i(o, sélève jusquà une hauteur de-2mètres, reçoit deux sablières, et sert de séparation entre la grandsalleet les chemins de ronde munis de mâchicoulis et de meurtrières. Leschemins de ronde, clos à lextérieur par un parapet de Om,26dépais-seur, de pierre, sont couverts par de grands coyaux G roidis par depetitescontre-fichesH tailléesen courbeà lintérieur, ainsi que le pieddes coyaux,de manière à former un petit berceauen tiers-point sur cechemin de ronde (voy. le détail Xi. On remarqueraque les blochetsPsont conquisesde deux moisesvenan saisir les jambettes et les piedsd"s chevrons assemblés dans la sablière extérieure R. il n y a pas ici de fermesmaîtresses lu charpente consiste en une ;rérie de chevrons portantfermes,sans poinçons;maistout le systèmeestrendusolidaireng. pardeuxcours ( 271 dentretoisesK roidiesparune Voyezla gravurede Ducerceau représentant lintérieur île celte salle(Bibl nation de»estampes,coll. Callet). - L"s cntrails de crttc dernière charpente, date du rnmmcncemcnt xvi" ùccle, qui duont élé coupés; sestconservée cllu cependantmalgrécette gravemutilation.
  • _ 33 - [ CHARPENTE ]succession decroix Saint-André pardegrandes de L et écharpes croi-sées assembléestiers bois en dehorsdu chevronnage, M à suivantpente. sont Ce surtout écharpes prises leplan ces croisées, dans des Xoîr Cwr,chevrons,qui maintiennentle roulement de la charpente.Desfourruresposées les chevrons sur rachètent sailliequeformentcesécharpes la croiséessur le plan incliné du chevronnage reçoivent la voligc et etJardoise.Les chevronssontespacés Om,63 de daxe en axe,et la volige ni. - 3
  • [ CHARPENTE | - 34 -est,parconséquent, très-épaisse, chêne de refendu. têtes che- Les desvrons sassemblent mi-bois et ne portent pas sur un sous-faite. à Cettesalleétait éclairée par des lucarnes,comprenant deux entre-chevrons,figurées dansla coupelongitudinale 27)en N,et pardesjours pris (fig.dans lun desdeux pignons de maçonnerie.Les chevrons,jambettes etesselierscourbesnont queOm,20 Oni,16 sur déquarrissage posésdechamp, ainsidesautres en proportionil semblait et bois ; qualors les 97 §f c. rcr.. L^.ti. fT ¥ rcharpentierscherchaientà répartir égalementle poids des charpentesde comblessur la tête des murs et à le réduire autant que possible.Dureste, tous ces bois sont des bois de brin et non de sciage,équarrisà la hache avecgrand soin, et bien purgés de leur aubier (voy. Bois).Cest qui explique leur parfaite conservation ce depuisprèsde cinqsiècles. nestpasbesoindédirequecettecharpente, lintérieur,est Il àlambrisséeau moyen de bardeauxclouéssur les courbesaveccouvre-joints. Cesbardeauxsont généralement décorésde peintures,ainsi quon peut le voir encoredansla grandsalle palaisducalde Dijon, dudansléglise Sainte-Madeleine deChâteaudun, (voy. etc. PEINTURE). La charpente la grandsalle château Sully na pas,à pro- de du de
  • - 35 - [ CUARPliNTi: }prement parler, dentraits, comme elle na pasdarbalétriers. Cest luune disposition exceptionnelle en France, ou du moins qui ne se ren-contre que dans des cas particuliers comme celui-ci. Mais il faut ob-server que le chevronnagese rapprochebeaucoupde la verticale, quilest Ires-léger,et quenfin les jambettesqui sassemblentdansla sa-blière posée au-dessusdu plancher sont fortes et maintiennent la pous-- ee des chevrons par leur courbure. Les entraits de celte charpente ne:">nt,par le fait, que les énormespoutres transversalesdu plancherqui retiennent lécartement des murs. Mais si nous voulons voir des charpentesapparentes dont lécarte-ment est maintenu sans entraits, et au moyen dun systèmedassem-blage différent de ceux que nous venons dexaminer, il faut aller enAngleterre. Quand, par exception, les Anglais ont armé dentraits les.fermes de leurs charpentes, il semble quils naient pas compris la fonc-tion de cette pièce, qui est, comme chacun sait, darrêter seulementlécartement des arbalétriers; lentrait ne doit rien porter, mais au con-traire il a besoin dêtre suspendu au poinçon au milieu de sa portée;car de sa parfaite horizontalité dépend la stabilité de la ferme. On trouveencore, en Angleterre, des charpentes du xm* siècle combinées de tellefaçon que lentrait porte le poinçon (désignésous le nom de poteauroyal),et par suite toute la ferme. Dans ce cas, lentrait est une énorme piècede bois posée sur son fort. Depuis longtemps, en France, on élevait des,charpentes dans lesquelles la fonction de lentrait était parfaitementcomprise et appliquée, que, de lautre côté de la Manche, et probable-ment en Normandie, on persistait à ne voir dans lentrait quun pointdappui. 11nous serait difficile de découvrir les motifs de cette igno-rance dun principe simple et connu de toute antiquité. Peut-être celatient-il seulement à la facilité avec laquelle, dans ces contrées, on seprocurait des bois dun énormeéquarrissageetdetoutesformes.Ainsi,dans une salle, à Charney (Berkshire), dont la charpente remonte à1270,nous trouvons un comble qui repose presque entièrement sur unepoutre très-grosse, posée sur son fort, et qui, par le fait, tient lieuden-trait en même temps quelle supportetout le système la charpente. de Nousdonnons(fig. 27 bis)en A une ferme principale,et en B la coupelongitudinale de ce comble. Il ne se compose que dune série de che-vrons armés dentraits retroussés R ef de liens. Les entraits retroussésreposentsur une forte filière F soulagéepar desliens G et reportant lachargesur un poinçon D, posélui-même sur lentrait ou la poutre E. On concevraque des constructeurs qui comprenaient si mal lafonction de lentrait aient cherché à se priver de ce membre. Aussivoyons-nous, dès le xne siècle, les Anglo-Normands chercher des com-binaisonsde charpentesde comblesdanslesquelleslentrait se trouvesupprimé.Cescombinaisonsdoivent être indiquées par nous, car cer-tainement elles étaient employées, pendant le moyen âge, en Norman-die, dans le nord de la France,et les charpentesdes xiveet xvcsiècles.
  • " - 36 -[ CUAUPENTKquelonrencontre encore grandnombre Angleterre en en dériventdunprincipe construction de normand, nous trouvons des dont ne quetraces rarescheznous,presquetoutescescharpentes ayantété rem-placées successivement lexm" depuis siècle des par voûtes. pouvant Neremonter principes, estbon toutefois connaître dérivés, aux il de lesdautant quilssont remarquables plus fort et méritent lattention desconstructeurs. que nouslavons encommençant article, Ainsi dit cet B cest par la grosseurdesbois employésque les charpentesanglo-nor-mandes distinguent se tout dabordde cellesexécutées Francepen- endant les xm% et xvesiècles, xive puispar descombinaisons ont des quirapports frappantsavec constructions les navales, enfinparune per- et fection rare apportée dans la manière dassembler les bois. Dans les charpentes apparentes anglo-normandes,panne la joue un rôle impor- tant et ne cessedêtre employée; seulement,au lieu dêtre, comme cheznous,indépendante, posée larbalétrier, sylie intime- sur elle ment,et forme aveclui un grillage,une sortede châssissur lequelviennent reposer les chevrons.
  • - 37 - [ CHARPENTE ] Un exemple simplefera comprendre système 28).Cette fort ce (fig. ferme, sans entrait à sa base, se trouve, il est vrai, intercalée entredautresfermes en sontpourvues ellenestpasle résultatdu ha- qui ; sard,mais dun systèmesouventemployé pendantles xinc et xiv° siè- cles. Le blochetA, sculptéà son extrémité vue, est pincé entre deux sablières B assemblées avec lui à mi-bois; une forte courbe D, dun seul morceau, sassemble dans larbalétrier G au moyen dun longtenon doublement chevillé. La panne E inférieure est prise entreJa courbe et larbalétrier; elle est franche, la courbe et larbalétrierétant entaillés pour la laisser passer. La panne E supérieure reposedansune entaille pratiquée à lextrémité de lentrait retroussé F et clanslarbalétrier. Ainsi les chevrons, dont lépaisseur est indiquée par laligne ponctuée, viennent araser la faceextérieure de larbalétrier. Cetteferme na que 5m,40de portée, et sesarbalétriers ne pourraient sécar-ter sans déformer les courbes,ce qui nest guère possible,ou sansbriser les tenons dans lentrait retroussé, lesquels ont une grand»-forceet sont bien chevillés. Mais lorsque les portées étaient plus grandes,il eût été difficile de trouver des courbes dun seul morceau. Los char-pentiers anglo-normands en assemblèrent deux lune au-dessus delautre, ainsi que lindique la figure 29, en ayant le soin de donner àleurs boisun fort équarrissage, dobtenir destenonstrès-puissants. afinLe point faiblede cescharpentesétait cependant leur sommet.Il était àfarile, par descombinaisonsde courbeset des bois dun fort équarris-sage,de donner aux arbalétriers une parfaite rigidité; ce quil étaitdifficile dempêcher, sans le secours de lentrait, cétait la dislocationdes assemblages la tête de la ferme, par suite de lécavtement des àdeux arbalétriers. 1 Voyez louvragede M. J. H. Parker,SomeAccountof domest.Archilect in Engl.,froin Edward I to Richard II, p 242 " Parsonage house, Market Deeping, Lincoln-shirc Aussi le Gloss of Ternis used in Grec , Rom., Ital and Gotlnc Archit., du mêmeauteur, vol. II, Oxford.
  • CHARPENTE ] - 38 - Leproblème lescharpentiers que anglo-normands àrésoudre avaientétait celui-ci : donner à deux triangles A et B (fig. 30j une baseCDcoin- mune.Ceproblèmerésolu,on pouvaitsepasser dun entrait réunis-sant les deux sommets E, F. Unedes fermes la grandsalle labbaye Malvern(Worces- de de detershire),qui datedu milieu du xivesiècle1, indiquebien nettement«elle tentative charpentiers des anglo-normands. voici la représen- En 1 Voyez, dansle Gloss. Terms used in Grec..Rom., Ital. and GothicArchit., par of-J.E. Parker, Oxford, II, unecurieuse vol collection charpentes de anglaises.
  • - 39 - [ CHARPENTE "|talion perspective(fig. 30/>«).Cetteferme nest en réalité quune sortedéquerre^omposée diversespiècesde grossecharpentedont las- desemblarge forme quun triangle rigide. Les bois ont beaucoupde nechamp,mais peu de plat, et sontmaintenusensemblepar de fortes lan-guettes ou des prisonniers noyés dans leur épaisseur. On remarqueracomme les pannes sont soulagées par des liens ou écharpes cour-bes A, qui ont encorelavantagede porter les chevronset darrêter lehiement de toute la charpente.Il faut avouerque ce systèmeexigeait.lemploi de bois énormescomparativementau résultat obtenu; cétaitpayerbien cher la suppression entraits. Cetteferme na cependant desquune très-médiocreportée, et ce moyen ne pouvait sappliquera descharpentesdestinéesà couvrir de largesvaisseaux.Aussi le voyons-nous abandonné forcément lorsquil sagit dexécuter des fermes dunegrande dimension. Lanefet lestranssepts lacathédrale de dÉlysontencore couverts parune belle charpente qui date de la fin du xne siècle. Nous donnons(fig. 31) une ferme de cette charpente,ainsi que lentre-deux des fer-mes. La grandecourbe AB est dun seul morceau; elle sassemble saà
  • [ CHARPENTE ] - 40 -base dans le grand blochet G, à son sommet dans le faux poinçon D.Les videstriangulaires E, F sont remplis par des madriersassemblésen feuillure sous larbalétrier et dans lextrados de la courbe, afin derendre les courbes et arbalétriers solidaires. Les pannes sont prises«Mille larbalétrier et sa courbe. Le sous-faite G est soulagé par des 3f rliens courbes.Quant au blochet, il est maintenuhorizontalpar lelien courbeH, et le videlaisséentrecelien est rempli par desma-driers: ces liens portent sur un potelet I taillé en forme de colon-nette et sur un corbelet K engagé dans le mur. Une corniche avecfrise de bois, ornée de demi-figures danges tenant des écussons,masqueles sablièreset la tête du mur. 11nest pas besoin de direque cette charpente était décoréede peintures. La solidité de cettecharpente résideprincipalement dansla grosseur boisemployés des et
  • - 41 - [ CHARPENTE ]danslextrême aiguïtédes deuxcourbesreportant unegrandepartie dela pousséesur le potelet I, cest-à-dire contre-basde la tête du mur. enCe système étant adopté, conduisit les charpentiers anglo-normands àdes combinaisons fort savantes et dune grande hardiesse dexécution. Tous ceux qui ont été à Londres ont vu la charpente qui couvre lagrandsalle de labbaye de Westminster, dont la largeur, dans Suvre, estde 21mètres. Cest là un magnifique exemple de ces immenses construc-tions de bois qui se trouvaient si fréquemment dans le nord de la Franceet que lon rencontre encore en Angleterre. Il mérite que nous en don-nions une description exacte à nos lecteurs. Les murs de la grandsallede labbaye de Westminster ont 2m,20dépaisseur sur une hauteur dellm,50 environ. La charpente, de la tète des murs au failage, porlr11 mètres, et près de 20 mètres des corbeaux au faîtage. Les arbalé-triers et chevrons ont 17mètres, compris tenons; nous navons pu sa-voir sils sont dun seul morceau. Les différentes pièces de cette char-pentesontcouvertesde bellesmoulures, toutes évidées dansla masse,et les assemblages sont exécutés avec une telle perfection, quon agrandpeine à les reconnaître. Nous donnons dabord (fig. 32) lensemble dune des fermes maî-tresses.Le principe dont nousavonsindiqué les élémentsdansla char-pentede la cathédrale dÉly seretrouvecomplètement développé dansla charpentede Westminster. Pas dentraits, mais de grandsblochetssaillants portés par des liens, et portant eux-mêmesles courbes quiviennentsassembleràlabasedufauxpoinçon. MaisàWestminster,pourréunir la partie de la charpenteélevéeau-dessus blochetsavec les desgrandespotencesqui portent ceux-ci, dimmenses moises courbesétreignent tout le système,rendent sesdifférents membres solidaireset donnent à chaque demi-ferme la roideur et lhomogénéité dune plan-che. Le problème posé figure 30 est ici résolu, car il était facile délierles deux demi-fermes au faux poinçon, de façon à ne pas craindreune dislocation sur toute la longueur de ce poinçon. Dès lors les deuxdemi-fermes formaient comme deux triangles rigides, pleins, ayant unebase commune. En effet, lentrait retroussé A (fig. 32) est dune seulepièce; il est même posé sur son fort et plus épais vers son milieu quàses extrémités. Cet entrait formant la base du triangle dont BC est undes côtés, ce triangle ne peut souvrir; cest une ferme complète, ren-due plus rigide encore par les remplissages qui la garnissent. Cetteferme supérieure ou ce triangle homogène sappuie sur deux poteauxD qui sassemblent à leur pied sur lextrémité du blochet E. Ce blochetest lui-même maintenu horizontal par le lien courbe F et les remplis-sages.Mais si la pression était très-forte à lextrémité du blochet, cettepression exercerait une poussée en G à la base du lien F. Cest pouréviter cette pressionet cettepousséeque sont posées grandescour- lesbes moisesH qui, embrassantle milieu de lentrait retrousséA, le po-teau D, le blochet E et le pied du lien F, .arrêtent tout mouvement, etfont de cescompartimentsinférieurs une seuleet mêmepiè,ce char-de
  • [ CHARPENTE ] - -42-penle, qui nest susceptible daucunedéformation dislocation. ni Re- marquons,dailleurs,quetous lesvides entre les piècesprincipales sont remplispardesclaires-voies boisqui roidissent de tout le système
  • - 43 - [ CIlAIllKNÏEJet maintiennent les courbesdansleur pureté. La pousséene pounailsexercerau point G que si cescourbessecintraient davantagesousla charge; les remplissagesverticaux sont autant dordonnéesqui, parleur pressionverticale,empêchentles courbesde sedéformer. Exami-nons maintenant comment le chevron a été établi entre les fermesmaîtresses, espacéeslune de lautre de 5m,7o daxe en axe. Les fermesmaîtressesportent, suivantle systèmeanglo-normand,des pannesI;mais cespannesont une assezgrande portée; elles doivent soutenirdes chevrons énormes et toute la couverture. La figure 33 offre la vueperspectivedune travée,qui nous épargnerade longuesexplications.Cestsur la tète des poeaux D quest placé lecours principal des pannes 0, soulagé par des liens L et des remplis-sages à claire-voie. Des goussets M réunissent lentrait retroussé A à lapanne; ils contribuent aussi à empêcher le hiemenf des fermes et des "hevrons.Cecours principal de pannesest doublé dun plateau formantxaillie, sur lequel viennent sassembler desjambettes destinées à arrê-ter le glissement des chevrons posésau-dessusdes lucarnes. Les autrescours de pannesI sont soulagéspar des liens courbes N suivant le plande chevronnage et assemblés dans les arbalétriers. On remarquera quele cours de pannes inférieur I est en outre maintenu par des conlni-fiches P venant reposer sur lextrados de la grande courbe moise : <"<">!quen eHétce cours inférieur de pannesdoit porter non-seulementlechevronnage, mais aussiles combles des lucarnes H ; il eût certainementfléchi à lintérieur, sil neût été contre-buté par ces contre-fiches. Il y a,entre fermes, onze chevrons. Afin de donner une idée de la beauté dexécution de celle Suvre uni-que de charpenterie,nous dessinons(fig. 31)un détail de sa partie in-férieure. Les extrémités des grands blochets qui reçoivent les pieds despoteaux D sont décorées de figures danges tenant des écussons auxarmes écarlelées de France et dAngleterre, le tout pris dans la masse dubois. Seules,les ailes des angessont rapportées.En S, nous donnonsla coupe des deux courbes faite sur JT; en V, la coupe sur lun desmontants de la claire-voie de remplissage, et en X la coupe sur YZ dublochet. Autant quon peut enjuger sansdémonterune charpente,lesassemblages, tenons,sontcoupés les avecunerare précision; cest grâceii cette pureté dexécution, et plus encoreà la qualité des bois em-ployés, ainsi quà la bonté du système,que la charpentede la grand-salle de Westminstersest conservée intacte jusquà nosjours. A la fin du xrvesiècleet au commencementdu xv, lAngleterre étaitvictorieuse, riche et florissante; la France, au contraire, était ruinéepar des invasionsdésastreuses les querelles des grands vassauxde etla couronne : aussinavons-nousrien, à cette époque, qui puisseêtrecomparéà la grandsallede labbaye de Westminster commeluxe de 1 On appellehiement, en termesîle charpenterie, mouvement le que leffort flu ventimprime aux fermes et chevrons.
  • tfTE ] - 44 -construction. charpentes nous restées cetemps Les qui sont de sontsimples et ne diffèrent guère de cellesdonnées ci-dessusfigures 19,
  • - 45 - [ CHARPENTE J21, 23, 26,28,car elles ne couvrent généralement des sallesdune quemédiocre largeur.Si la Normandie la Picardie possédé char- ou ont des
  • [ CllAHl-KNÏt: ] - 46 -pentes combles de élevéesconformément système au anglo-normand,ce qui est possible,elles ne sont pasparvenues jusquà nos jours.Noustrouvons cependant, prèsde Maubeuge, dansla petite églisedeHargniesXordi, une charpente dont la combinaison rattacheaux sedeuxsystèmes anglo-normands français. et Cettecharpentées», plu- outôt était dépourvue dentraits; car,versle milieu du xvi<siècle,destirants furentposés deuxen deuxfermessous arbalétriers. de les Les N tv-rrnes maîtresses, dont nous donnonsle profil en À tfig. 34 bis),repo-sent sur de forts blochets B: elles se composentde deux courbes Gsassemblant lextrémité inférieure du poinçon D, darbalétriers E àcourbeseux-mêmes leur point de rencontre avec le poinçon, afin de àtrouver desassemblages solidesindiquésdansle détail M. La courbeetlarbalétrier sont bridésàla tangente, moyen deuxpetitesmoïses au deF, dont le détail N explique la forme et les attaches.Sous les arbalé-triers sont chevillés et assemblés à mi-bois deux cours dentretoises oupannes G dans lesquelles viennent sassembler des croix de Saint-Andréinclinées suivant pente chevronnage, figurées I dans coupe la du et en lalongitudinale. pannes Ces soulagent chuvronnage le profilé en P, mais
  • - 47 - [ CHARPENTE ]ont pour but principal dempêcher le liiement de la charpente. Le cho-vronnage est muni également de courbes sous lesquelles sont clouésles bardeaux, ainsi quon le voit en H. Le sous-faite K et les entretoisesL sont réunis par des croix de Saint-Andréqui maintiennentles poin-çons verticaux. Cette charpente, malgré le soin apporté dans les assemblages, :ipoussé au vide, et, comme nous lavons dit plus haut, on a dû, quel-quesannéesaprèssaconstruction, maintenir son écartementpar desentraits posés de deux en deux fermes : elle paraît dater des dernièresannées du xe siècle. Nous donnons (tig. 34 ter) le détail des sablières, des blochets, desgros et petits couvre-joints rapportés sur les bardeaux, à léchelle de0",05 pour mètre. On remarquera (fig. 34 bis) que les courbes duvronnageP viennentsassemblerdansdesentraits retroussés,qui eux-mêmessassemblent dansles entretoisesR poséesdun poinçon à lau-tre. Cela nest guère bon; mais on se fiait, avec assez de raison, auxbardeauxpour maintenir les courbeslégèresdu chevronnage, bar- cesdeauxformant commeune voûte qui offrait elle-mêmeune assezforterésistance.Entre les chevrons,espacés Om,4o de environ daxe en axe,sont posées, sous la volige, des chanlattes destinées à lui donner uneplus grande solidité1. La salleprincipale de lhôtel de ville de Saint-Quentin nous laissevoirencoreune charpentesans entraits, du commencementdu xviesiècle,dont la disposition rappelle celle de léglise de Hargnies. Koas devons les dessins de cette charpente à M. Bruyerre, architecte, qui la relevéeavec soin et a bien voulu nous communiquer ses notes.
  • [ CHABPENTE ] - 48 - Depuis le xn* siècle,on avaitpris le parti délever, soit sur les tours,soit an centre de la croisée des églises, de hautes flèches de bois recou-vertes dardoise ou de plomb. Ces flèches exigeaient, les dernières sur-tout, descombinaisonsfort savantes, de reporter le poids de tout le afinsystèmesur les quatre piles des transsepts.Dès le commencementduxmesiècle, lescharpentiersavaientsu éleverdune façoningénieusecesmasses énormes de bois et les suspendre au-dessus des fermes desnoues, sans charger les arcs-doubleaux bandésdune pile à lautre.Nous aurons loccasion de nous occuper de ces sortes de charpentes aumot FLÈCHE, auquel nous renvoyons nos lecteurs. Quant aux charpentesconiquesqui couvrent les tours cylindriques,ellesdériventdu systèmeadoptépour les charpentesde croupescircu-laires. Le moyen âge ayant élevéune quantité considérable de tours,soit dans les châteaux, soit pour protéger les enceintes des villes, lescharpentes de ces ouvrages qui servaient à la défense et à lhabitation serencontrent encore aujourdhui en grand nombre; à Paris même, il enexiste dans lenceinte du Palais qui sont fort belles et bien conservées.Il nous suffira de donner un seul exemple résumant les combinaisonsordinairesde cescharpentes, pour faire comprendrecequelles présen-tent de particulier. Soientle plandela charpentedunetour cylindrique (fig. 35}et le profil(fig. 36).Le quart du planA (fig. 35)présente lenrayure basse niveauA audessablière i fig. 36); le quart B, la seconde s enrayureB ; le quart G,la t roi-sièmeenrayure,et le quart D la projection horizontaleau niveauD. Deuxentraits EF,GH(fig. 35), posésà angle droit, portent sur le cours dedoublessablièrescirculaires.Deuxfermessecoupant angledroit et àréuniespar un poinçoncentralI donnentle profil K (fig.36).Chaquequart de cercleporte six chevronsdont les blochetsprolongésforment
  • [ CIIARPKNTE ]lcnrayure (fig.35)en sassemblant le grandgousset Le profil L dans M.de ces chevrons est donné eu X <fig.30).Entre chacun deux sontposés la première la deuxième de à enrayure et B, de fauxchevrons Aprofilésen 0, afin de soutenir la voligeentreles chevrons, sont, quidansla partieinférieure cône,largement du espacés. fauxchevrons Ces .îbportent sur des hlochets ordinaires, ainsi quon le voit dansle quartdu plan A. Les six chevrons par quart sont dun seul morceau de Peu R, et se terminent en bec de flûte, à leur tète H, ainsi que nous leverronstout à lheure. Les deux fermesse coupantà angle droit sontmunies, à la hauteur B, de coyers qui, recevant des goussets comme lesrufraits delenrayure basse,forment la secondeenrayure. Mais cHlrseconde enrayure mérite foute notre attention. Nous en donnons undétail perspectif(fig. 36bis versla circonférence, et ifig. 36ter] verslepoinçon. La figure 36 bis démontre comment les courbes, ou esseliersA, sousles arbalétriers B des deux fermes principales, soulagent lescoyersD, et sont moiséespar cesarbalétriers et coyers au moyen despetites moisesG,G serréespar la clef F; comment les chevronsE sontégalementarmésde moisesqui les réunissentaux courbes; comment ni. -4
  • [ CHARPENTE J - 50 -la flexionde ceschevrons arrêtéepar les coyersG sassemblant estdans goussets comment linçoirs détaillés I, I" et I", les H; les I, ensassemblent entreleschevrons reçoiventles tètes des faux che- etmiis K, afin de rendrela posepossible. figure36ter vadémontrer Lacommentles courbesL, sous les chevrons, pouvantsassembler nedans les coyers G,sassemblent dans un second goussetM. Enfin, lafigure 36 quater démontrera comment les arbalétriers des deux fermessassemblent dans le poinçon au sommet du comble; comment les">lrémitésdes chevrons coupées bec de flûte, viennent reposeret E, ensassembler hs petites entretoisescourbes0. La section horizon- surlaie R, faite au niveauY, et les deux rabattementsS, S, indiquent com-ment ces petites entretoises courbes sont maintenues entre les arba-létriers. Les charpentesconiquesprésententdassezgrandesdifficultés das-semblu^-. il faut quaulevage tenons car les puissent entrerdansleursnmrlaises; or, toutes les pièces tendantvers un axe,il est nécessairequi-le charpentier prévoie le chantier moyens sur les pratiquesqui lui
  • 51 - [ CHARPENTE ]permettront dassembler les dabord pièces principales, lespièces puissecondaires, êtreobligéde retailler lestenons même sans et quelque-foisde. supprimer les totalement que pièces [tour ces puissent prendreIrur place.Ainsi,danslexemple présent, sablières les courbes étantposées, deuxfermes angledroit sontmises levage assem- les à au et tirIdées,puis les goussets,les chevrons, leurs coyerset esseliers,puisenfin les lineoirs et les faux chevrons. Toutes ces dernières pièces seposent sans difficulté du dehors en dedans, sans quil soit nécessairede souleverles fermes principales pour faire arriver les tenons despiècessecondaires dansleurs mortaises.Les charpentesconiquesdon-nent la mesure de lexpérience des charpentiers des xrvet xvesiècles;elles sont toujours non-seulement bien combinées et bien taillées, maisencore les moyens dassemblage en sont prévus avec une adresse rarepour éviter les difficultés au levage.Souventcescharpentes coniquessont dépourvues dentraits à la base; les sablières circulaires, étantfortementreliéesau moyendeclefs, empêchentseuleslécartementdeschevrons,commele ferait un cercle dune seule pièce. Lart de la charpenterie ne se bornait pas à élever des comblesau-dessus voûtesou descharpentesapparentes. tout temps, en des De
  • [ CHARPENTE ] - 32 -France, avait on construit maisons même palais des des et des et églisesen bois. Nous retrouvonsencorequelquestraces de maisonsdu xmesiècleconstruitessuivantce mode,particulièrementdansle Nord;maiscesbâtisses,remaniées, nousdonnent desexemples ne pas assezcomplets quil noussoit possible rendre pour de compte moyens des uoler. 36de construction employés.Il nous faut commencernotre examenauxive siècle; nestquàcette ce époque nousretrouvons pans que desdeboisentiers formant façade maisons la voiepublique. de sur Sur un rez-de-chausséecomposé murs pleins, dune succession dedarcades de piles isolées, charpentiersétablissaient, ou les commede nosjours, unesablièrebasse recevaitles pansde bois de face. quiOn voyait encore,il y a trois ans, en face du flanc sud du chSur de
  • 53 [ CHARPENTE ]la cathédraleChartres, petite de une maison bois xivc de du siècle1,dontle pandeboisde face étaittrès-gracieux forme ces de :des complets plus plus etdes élégants nous que connaissions decette / 37 _ 1 !! l^ !m rI_^-^ (L, lépoque.Surun rez-de-chaussée maçonnéplein et renforcé de chaînesdo pierre, sont poséesles poutres A (fig. 31) supportant le plancherdu premier étage(poutresqui traversent lépaisseurdu mur et appa- 1 Cette maison vient dêtre dénaturée depuis peu, nous lavons dessinéeen 1853, élisétait alors à peu près intacte.
  • [ CHARPENTE ] - 54 -raissent lextérieur).Lesbouts de cespoutresreçoivent sablière à labasseB. Sur la sablière sassemblent poteauxprincipaux P au droit lesdes poutres horizontales puis, A: dans lintervalle dunepoutre lautre, àsedressentdautrespoteauxG,dont le dévers maintenupardes estallègesD munie-, croix de Saint-André.CespoteauxG sassem- deMeui a leur tète dans un chapeauF, qui est lui-même assembléàtenons et mortaisesdansles poteauxprincipaux P. Des liens G, élégisen tiers-pointavecredents,formentunesuccession fenêtres de éclai-rant linlèrieur. Les chapeauxF portent deux potelets H au droit despoteauxqui soulagentla sablièrehautedestinéeà recevoirla charpentedu comble; mais celte sablière est double, suivant lusage,ainsi quelindique la coupe K. La sablière extérieure I, qui ne porte que lescoyauxdu comble,est poséesur les bouts des poutresL assembléessur la lète des poteaux principaux P. Ces poutres L remplissent lafonction dentraits pour les fermesdes combleset portent les solivesdu plancherhaut. La sablièreintérieure M, qui ne peut fléchir puis-quelle est soutenuepar les potelets, reçoit le pied du chevronnage.Les allèges et les intervalles carrés entre les potelets sont remplis parune maçonnerie légère. On remarquera que les bouts des poutressupérieures L sont épaulés par des liens N assemblés dans les grospoteaux P. Dansles villes du moyenâge, enclosesde murs, la place était rare ;aussi les maisons prenaient-elles, aux dépens de la voie publique, plusde largeur à chaque étage ; elles présentaient ainsi une successiondencorbellements assez saillants parfois pour quil fût possible de sedonner la main des étages supérieurs des maisons situées en face lesunes des autres. Pour obtenir cesencorbellements,que lon appelaitligneaux,on faisait saillir les poutresdes planchersà chaque étageendehorsdespansde bois inférieurs,on soutenaitleur bout par des liens,et lon élevait le pan de bois supérieurau nu de lextrémité despoutres. Voici (fig. 38j qui expliquera cet ouvragede charpenterie. Ce genrede construction de bois mérite dêtre étudié. Soient les poteaux du rez-de-chaussée La tête de ces poteaux reçoit les consolesB desti- A.néesà épaulerlextrémité extérieure poutresG. Dessablières des Dsassemblent laboutdespoutresG,ainsi que lindique la mortaise. àCessablièressont soulagées de petits liens fortement embrevéset parassemblés tenons et mortaises.Un poitrail E sassemble à dansla tête<!""-, poteaux et est lui-mêmesoulagé desliensF. Cestce poitrail A parqui portelessolives plancher premier du du étage. poteauxG Des posentsurlextrémitédespoutresGenporteà faux sur lespoteaux Ces A. po-teaux reçoivent sablières G les hautes premierétage lespoutresK, du etdont lextrémitéextérieure saillante soulagée deslienscourbes. est parSur le bout de cespoutres sont posées sablièresbassesI du second lesétage et ainsidemême chaque ; à étage, jusquauxcombles. solives Lesdu plancher second portent la sablière du étage sur haute la débor- H,
  • - 55 - [ CUAHPKXTE ]dent et contribuent à soulagerla sablièrebasseI. Desécharpesdispo- JAsées dans pans boisàchaque les de étage reportent pesanteurs les de
  • [ CIUniENTE ] - 5G-ces pans de bois et de leurs remplissages, de plâtras ou de brique, surles abouts des poutres maîtresses. poutres, étant retenues dansle Cespan de bois cm le mur intérieur, brident tout le systèmeet lempêchentde basculer. 11est facile de voir que lon gagnait ainsi sur la voie pu-blique, à chaque étage, un, deux ou trois pieds qui profitaient aux lo-caux destinés à lhabitation. Ces encorbellements successifs formaientencoredesabris qui protégeaientles pans de bois, les devantures desboutiques et les passants contre la pluie. Ils navaient que linconvé-nient de rendre les rues étroites très-sombres; mais il ne semble pasque, dans les villes du moyen âge, on eût, à cet égard, les mêmes idéesque nous. Lorsque les maisons présentaient sur la rue leur petit côté, cest-à-dire lorsque le terrain quellesoccupaientétait plus profond que large,les pans de bois de facese terminaient par un pignon et non par unecroupe. Ce pignon nétait que la première ferme du comble, le plussouvent posée en saillie sur les bouts des sablières, afin de former unesorte dauventdestinéà protéger la façadecontre la pluie. Cesdispo-sitions, ainsi que cellesrelatives auxpans de bois de face, étant déve-loppéesdansle mot MAISON, y renvoyonsnos lecteurs. nous Huantaux charpentesdes planchers, elles sont généralement fortsimples pendant le moyen âge; peu ou point denchevêtrures, maisdes poutres posées de distance en distance sur les murs de face ou derefend, et recevant les solivesrestant apparentescomme les poutreselles-mêmes ivoy. PLAFOND . On savait déjà cependant,au xve siècle, armer les pièces debois horizontales manièreà les empêcher fléchir sous une de de 33 f l OV.PIcharge. La tribune des orgues de la cathédrale dAmiens, qui date decette époque, repose sur une poutre armée avec beaucoup dadresse;cette poutre a 15 mètres environ de portée, et elle est fortementchargée.Nous donnons(fig. 3l»)une autre poutre arméede la grandesalle du château de Blain en Bretagne, bâti à la fin du xive sièclepar le connétable Olivier de Clissou, et réparé vers 1475. Cettepoutre armée se compose de deux horizontales A et B ; celle B pluslarge que celle A, de manière à former lambourdes pour recevoir
  • 57 [ CHARPENTE ]les solives plancher. du Larmature enune de courbe consiste pièce boisassemblée lapoutre et reliée la flèche deux dans B à par boulons deferserrés moyen clavettes au de . Nous avons aussi, des vu dans con-structionsciviles, entre et autres danslancienhôteldela Trémoilleà Paris,élevépendant dernières les années xve du siècle, poutres desdeplanchers denvironmètres portée, 12 de armées que ainsi lindique 40la figure40; lesdeux pièces B, posées B, bout à bout, étaientnoyéesen parliedanslépaisseur la poutreA recevant solives, de les ainsiquelindiquela roupeen G.Lespièces et B étaientreliéesentreellespar Ades boulons avec clavettes. Un des caractèresparticuliers à lart de la charpenteriedu moyenâge, cest sa franchise dallure, sa connaissance bois et son res- despect, dirons-nous,pour leurs propriétés. Les assemblages char- despentes moyen méritentdêtrescrupuleusement du âge étudiés;ils sontsimples, bien proportionnés la forcedesbois ou à lobjet particulier àauquelils doivent satisfaire.La prévision qui fait réserver, dans unelonguepiècede bois, certains renforts, certainsépaulements ajou- quiteront à la force dun assemblage, le choix des bois ou leur positionsuivant la placequils doivent occuper,lattention à ne pas les engagerdans les maçonneries, mais à les laisser libres, aérés, indiquent de lapart des maîtresla connaissance parfaite de leur art, des qualités desmatériaux, lélude et le soin ; de même que la pureté et la juste propor-tion des assemblages indiquent chez les ouvriers une longuehabitudede bien faire. Le charpentierdu moyen âgenappellepasà son aide leserrurier, pour relier, brider ou serrer les pièces de bois quil meten Suvre, si ce nest dansquelquescasparticuliers et fort rares; il sesuftit à lui-même, et le fer ne vient pas, comme dans les charpentesmodernes,suppléerà linsuffisanceou à la faiblessedes assemblages. Lart de la charpenterieest un de ceux auxquelsles perfectionne-ments modernesont peu ajouté; il étai* arrivé, pendant le xvesiècle,à son complet développement.Le bois, à cette époque,entrait pourbeaucoup dans les constructions civiles, publiques et privées, et lescharpentiersformaient une corporation puissante,instruite danslart 1 Ce renseignementcurieux nous a été fourni par M. Alfred Ramé.
  • [ CUATEAL" J - 58du trait, quiconserva longtemps anciennes bonnes ses et traditions.En effet,desdiverse- branchesde la construction, lart de la charpen-terie seplia moinsquetoutautreauxidéesémises la renaissance, paretpondant coursdu xvie le siècleon suivit,sans presque modi- lesfier, les principe développés xve au siècle. architecteseulapporta Unune modification fort importante aux systèmesconservés jusqualors.Philibert de lOrme inventa le mode de charpentequi a conservésonnom.ri qui présenteîle notablesavantages dans un grandnombrede cas, en ce quil permet de couvrir des vides considérablessaris lesecoursdes fiilraiis, sans poussées,et en nemployant quun cubedebois relaluèment très-minime. Nous navonspas besoin do déve-lopper ici lr sNslème adoptépar cet artiste; il est connude tousetencorepratiqué de nos jours avecsuccès. Nousrenvoyonsnos lecteursà son Suvre si recommandable. Pendant If xvn" siècle, lart de la charpenterie déclina; les char-pentes cetteépoque que nous laissées souvent tracées, a sont mal lour-des, et exécutées avec une négligence inexcusable après de si bf,mexempleslaisséspar les sièclesprécédents.Avant la reconstructiondela charpentede la sainte Chapellede Paris, dans cesderniers temps,il dait intéressant de comparer la souche de la flèche reposée sousLouis XIV après lincendie avec la souche de la flèche de Notre-Dame,qui datedu xiir sifi-lc. Cettedernière est aussi savante danslensemblede sa composition et aussi pure dans son exécution que celle de lasainte l.hapelle était barbare sous le rapport de la combinaison et gros-sière au point de vue de lexécution. Dans le cours de cet ouraj,re. nous avons loccasion de revenirsoineiil sur les ouvragesde charpenterie. Nous nindiquons, dans celarlidf. que cerlains principes généraux qui font connaître la marcheprogressive cet art pendanttrois siècles; nous renvoyonsnos lec- deteursauxmotsBEFFROI, ÉCBAFAUD, HOUBD, FLÈCIIE, MAISON, DE PAN BOIS,PLAFOND, PONT, etc. CHATEAU, <7/</>M château moyenâgenestpas le castellum . Le duromain; ce si-rail plutôt la villa antique munie de défenses extérieures.Loi-Mpie barbares semparèrentdu sol desGaules,le territoire fut le.-,parlai:.-."nlre leschefsconquérantsmaiscesnouveaux ; propriétairesapportaient aveceux leurs mSurs germaines et changèrent bientôtlaspect paysquils avaient du conquis.Le propriétaire romainne son-geaitpasa fortifier sademeure champs, nétait quunemaison des quideplaisance,entourée toutes dépendances de les nécessaires àlexploi-tationdes terres, la nourriture à lentretien bestiaux, loge- a et des aumentdeclients desclaves et vivantsur le sol à peu prèscomme nosfermiers nospaysans. quesoient et Quels leschangementsqui sopèrentdans mSurs les dunpeuple, conserve il toujours quelquechose son de<>n::ine; citoyens romains,sils avaientcesséde selivrer aux occu- lespationsagricoles depuis longtemps lorsquilssétablirentsurle soldes
  • _ 59 - [ CHATEAU ]Gaules, conservaient encore,dansles sièclesde la décadence, lesmiiurs de propriétaires fonciers; leurs habitations des campagnesétaient établiesau centre de riches vallées,le long descours deau, etsentouraientde tout cequi est nécessaire la vie des champset à la àgrandeculture.Possesseurs tranquillesde la plusgrande partiedu solgauloispendanttrois siècles, nayantà lutter ni contrelespopulationssoumises et devenues romaines, ni contre les invasions des barbares,ils navaientpas eu le soin de munir leurs vilhr de défensespropresà résister à une attaqueà main armer. Lorsquecommencèrentles dé-bordements de barbares venus de la Germanie, les derniers possesseursdu sol gallo-romain abandonnèrent villSpour senfermerdans les lesvilles fortifiées à la hâte : le Ilot passé,ils réparaientleurs habitationsrurales dévastées; mais, soit mollesse,soit force dhabitude, ils ne son-gèrent que rarement à mettre leurs bâtiments dexploitation agricoleà labri dun coupde main. Tout autre était lesprit germain. "<Cest« lhonneur des tribus, dit César1, de nêtre environnées que de vastes- déserts, davoir des frontières dévastées. Les Germains regardent« commeunemarqueéclatantede valeur, de chasserau loin leurs voi-« sins, dp ne permettre à personne de sétablir près deux. Ils y troit-« vent,(faillfurs, un moyende se garantir contre les invasions subites.... » - « Les Germains, dit Tacite-, nhabitent point dans des villes; ils ne« peuvent même souffrir que leurs habitations y touchent; ils demeu-«<rent séparéset à distance, selon quune source, une plaine, un bois, les<"a attirés dans un certain lieu. Ils forment desvillages, non pas comme« nous, par des édifices liés ensemble et contigus; chacun entoure sa" maison dun espace vide « Des trois peuples germaniques quienvahirent les Gaules,Bourguignons, Visigoths et Francs, ces derniers,au milieu du vi siècle,dominaientseulstoute la Gaule,saufune partiedu Languedoc et la Bretagne; et de ces trois peuples, les Francs étaientceuxqui avaientle mieux conservéles mSursdes Germains:i. Maispeuà peu ce peuple avait abandonné seshabitudes errantes, il sétait établisur le sol; la vie agricoleavait remplacéla vie descamps,et cependantil conservaitson caractèreprimitif, son amour pour lisolement et sonaversionpour la vie civilisée des villes. Il ne faudrait passe méprendresur ceque nousentendonsici par isolement: ce nétait pas la solitude,mais lisolement de chaque bande de guerriers attachés à un chef. Cetisolementavaitexistéen Germanie, chezles peuplesqui seprécipitèrenten Occident,ainsi que le prouvent les textes que nous venonsde citer.«Lorsque la tribu fut transplantéesur le sol gaulois,dit M. Guizot,<« habitations sedispersèrent bien davantage;les chefsde famille les« sétablirent à une bien plus grande distance les uns des autres : De bello gall., lib. VI, c. xxm. * De moiïbus Germ., c. xu Voyez YHisl.dela civilis. en France,par M. Guizot,leçonvm". 4 Id., ifrirf.
  • [ CHATEAU ] - 00 -« ils occupèrent de vastes domaines; leurs maisonsdevinrent plus« tard des châteaux: les villagesqui se formèrent autour deux furent- peuplés,non plus dhommeslibres, leurs égaux,maisde colons atta-« chésà leurs terres. Ainsi, sous le rapport matériel, la tribu se trouva« dissoutepar le seul fait de son nouvel établissement...Lassemblée<(des hommes libres, où se traitaient toutes choses, devint beaucoup"< plus difficile à réunir » Légalité qui régnait dansles campsentrele chef et sescompagnons dut seffacerpt setfaçabientôt en eftet, dumoment que la bandegermainefut établie sur le sol. « Le chef,devenu""grand propriétaire, disposade beaucoup moyensde pouvoir; les den autresisescompagnons) étaienttoujours de simplesguerriers; et plus"< idéesde la propriété saffermirent et sétendirentdansles esprits, les<" plus linégalité se développa avec tous ses effets Le roi, ou les(i chefsconsidérables avaientoccupé vasteterritoire,distribuaient qui un« des bénéfices à leurs hommes, pour les attacher à leur service ou les« récompenserde servicesrendus Le guerrier à qui son chef don-« nait un bénéfice allait lhabiter ; nouveau principe disolement et din-» dividualité Ce guerrier avait dordinaire quelqueshommes à lui:" il en cherchait, il en trouvait qui venaient vivre avec lui dans son« domaine ; nouvelle source dinégalité. » Cette société, qui se décomposait ainsi au moment où elle sétablis-sait sur le sol conquis après avoir dissous la vieille société romaine, nedevait se constituer que par le régime féodal; elle en avait dailleursapporté les germes. Mais il fallut quatre siècles danarchie, de tâton-nements, de tentatives de retour vers ladministration impériale, deluîtes, pour faire sortir une organisation de ce désordre. (Juelles étaient les habitations rurales de ces nouveaux possesseursdes Gaules,pendantcelong espace temps?On ne peut, à cet égard, deque se livrera des conjectures, car les renseignements nous manquentou sont très-vagues. Tout porte à supposer que la villa romaine servaitencorede type aux constructionsdes champsélevéespar les conqué-rants. Grégoire de Tours parle de plusieurs de ces habitations, et cequil en dit se rapporte assezaux dispositions des vilhe. Cétaient de»bâtimentsisolésdestinésàlexploitation, àlemmagasinagedes récoltes,au logementdes familiers et des colons,au milieu desquelssélevaitlasalledu maître ou même une enceinteen plein air, aula, dans laquellese réunissaient le chef franc et sesleudes; cette enceinte, à ciel ouvert oucouverte, servait de salle de festin, de salle de conseil ; elle était accom-pagnéede portiques,devastes écuries,de cuisines,de bains.Le groupeformé par tous cesbâtiments était entouré dun mur de clôture, dunfosséou dunesimple palissade. long desfrontières, ou sur quelques Lepoints élevés,les rois mérovingiensavaientbâti des forteresses;maisces résidences paraissentavoir eu un caractère purement militaire,commele castrum romain; cétaientplutôt descamps retranchésdes-tinés à abriter un corps darméeque des châteauxpropres à lhabita-tion permanente,et réunissantdansleur enceintetout cequi est néces-
  • - 61 - [ r.iiATK.vr1saire à la vie dun chef et de seshommes. Nous ne pouvonsdonner !enom de château quaux demeures fortifiées bâties pendant la périodeféodale, cest-à-dire du xeau xvi* siècle. Cesdemeures sont dautant plusformidables quelles sélevaient dans des contrées où la dominationfranque conservaitavec plus de pureté les traditions de son originegermanique, les bordsdu Rhin, de la Meuse,dansle Soissonnais sur etlIle-de-France,sur une partie du cours de la Loire et de la Saône. Pendantla périodecarlovingienne,les princes successeurs Cliar- delemagneavaientfait quelquesefforts pour sopposeraux invasionsdesNormands: ils avaienttenté à plusieurs reprisesde défendrele coursdes fleuves; mais ces ouvrages, ordonnésdans desmomentsdedétresse,construits à la hâte, devaient être plutôt des postes de terre et de boisque des châteaux proprement dits. Les nouveauxbarbares venus de Nor-vège ne songeaient guère non plus à fonder des établissements fixes aumilieu des contrées quils dévastaient; attirés seulement par lamourdu butin, ils sempressaient de remonter dans leurs bateaux dès quilsavaient pillé une riche province. Cependant ils sarrêtèrent parfois MU-quelque promontoire, dans quelques iles au milieu des fleuves, pourmettre à labri le produit des pillages, sous la garde dune partie dishommes composant lexpédition; ils fortifiaient ces points déjà défen-dus par lu nature, mais ce nétait encore là que des camps retranché*plutôt que des châteaux. On retrouve un établissement de ce genre surles côtesde la Normandie,de la Bretagneou de lOuest, si longtempsravagéesparles pirates normands : cest le Haguedike,situé à lextrémiténord-ouestde la presquîle, Cotentin,auprèsde lîle dAurigny. « ln de« retranchementou fossédune lieue et demiede long séparecepro-« montoire du continent; cest là le Haywdike- Il se peut que h-«"Haguedike, fosséde la Hague,soit antérieur à lépoquenormande; ou"<mais lespirates ont pu seservir desanciensretranchementsdu pro-« montoire, et en faire une place de retraite. » Lorsquau Xesiècle les Normands furent définitivement établis surune partie du territoire de la France, ils construisirent des demeuresfortifiées,et ces résidences conservèrentun caractèreparticulier, à la 1Grégoire de Tours parle de plusieurs châteaux assiégés par larmée de Théodorie... «Ensuite (dit-il, livre III) Chastel-Marlhac assiégé(dans le Cantal, arrondissementîle fut « Mauriac). Tune obsessi Meroliacensiscastri.... Il est entouré, non par un mur, mai* par « un rocher taillé de plus de cent pieds de hauteur. Au milieu est un grand étang, dont « leau est très-honnc à boire; dans une autre partie sont des fontaines M abumlantr*,« quelles forment un ruisseaudeau vive qui séchappepar la porte de la place; et M-« remparts renferment un si grand espace,que les habitants y cultivent de* terres et « recueillent des fruits en abondance. On le voit, cet établissementprésenteplutôt Ir-. »caractèresdun vaste camp retranché que dun château proprement dit. * Expédit. des Normands, par M. Depping, liv. IV, cliap. m. -Recherches un-ie Haguedikeet les prem. établissent, milit. desNormands sur nus côtes iMém. de la Soc.des antitj. île Normandie, années 1831-33,par M. de Gerville).
  • [ CHATEAU ] - 62 -fois politiqueet féodal. château Le normand, commencement la au depériode féodale,se distinguedu château françaisou franc; il se relietoujours àun systèmededéfense territoriale, tandisquele châteaufran-çaisconservelongtempsson origine germanique: cestla demeureduchef de bande, isolée, défendant son propre domaine contre tous et netenant nul comptede la défensegénéraledu territoire. Pour nous fairecomprendreen peu de mots, le seigneurfranc na pas de patrie, il naquun domaine; tandis que le seigneur normand cherche à la fois àdéfendre son domaine et le territoire conquis par sa nation. Cette dis-tinction doit être faite toul dabord, car elle a une influence, non-seu-lement sur la position desdemeures féodales,mais sur h* système dedeien.seadopte dans chacunedelles. Il y a, dans la construction deschâteauxnormands,une certaineparité que lon ne rencontrepasdansles châteaux français: ceux-ci présentent une extrême variété ; on voitque le capricedu seigneur, sesidéesparticulières ont influé sur leurconstruction, tandis que les châteaux normands paraissent soumis kun principe de défense reconnu bon et adopté par tous les possesseursde domaine, suivant une idée nationale. Lorsque lon tient compte descirconstances qui accompagnèrent létablissement définitif des Nor-mands au nord-ouest de Paris, de lintérêt immense que ces piratestolérés sur le sol de la Normandie avaient à maintenir le cours desfleuves et rivières ouvert pour eux et les renforts qui leur arrivaientdu Nord, fermé pour le peuple franc, possesseur de la haute Seine etde la plupart de sesaffluants, on conçoit comment les Normands furententrailles à adopter un système de défense soumis aune idée politique.Dailleurs les Normands, lorsquils se présentaient sur un point du ter-ritoire français, procédaient forcément partout de la même manière;("«"lait occupant le littoral, en remontant les fleuves et rivières sur enleurs loties bateaux, quils pénétraientjusquau cSur du pays.Les fleu-ves étaient le chemin naturel de toute invasion normande; cétait surleurs rues quils devaient chercher à se maintenir et à se fortifier. Lesiles, les presquîles, les escarpements commandant au loin le coursdes rivières, devaient être choisis tout dabord comme points mili-taires : la similitude deslieux devait amener luniformité des moyensde défense. Les Francs, en semparant de la Gaule, sétendirent sur un territoiretrès-vasteet très-varié sousle rapport géographique: les uns restèrentdansles plaines,dautres surles montagnes; ceux-ciau milieu de con-trées coupées ruisseaux,ceux-làprès des grandesrivières; chacun dedu! sefortifier en raison des lieux et de son intelligence personnelle.Ils cessèrent(hormis ceux voisins du Rhin) toute communicationavecla mère patrie, et, comme nous lavons dit ci-dessus, se trouvèrentbientôt isolés,étrangersles uns aux autres: les liens politiquesquipouvaient encore les réunir se relâchaient chaque jour, et les idéesde nationalité, solidarité de entrelesgrandspropriétaires dun Étatne
  • - fi,} - [ CHATEAU ]devaient avoir aucune influence sur les successeurs de ces chefs debande dispersés sur le sol. Les Normands, au contraire, étaient forcé-ment dirigés par dautres mobiles; tous pirates, tous solidaires, cuti-servant longtemps des relations avec la mère patrie, qui leur envoyaitsanscessede nouveaux contingents, arrivant en conquérantsdansdescontrées déjà occupées par des races guerrières, ils étaient liés parla communautédes intérêts, par le besoin de se maintenir serrés,unis, dans ces pays au milieu desquels ils pénétraient sans trop osersétendre loin des fleuves, leur seule voie de communication ou de saluten cas de désastre. Si les traditions romaines avaient exercé une influence sur la dispo-sition des demeures des propriétaires francs, elles devaient être très-affaibliespour les pirates Scandinaves, ne commencèrentà fonder quidesétablissements permanents sur le rontinent quau x" siècle. Ces der-niers, plus habitues a charpenter des bateaux quà élever des construc-tions sur la terre ferme, (lurent nécessairement profiler desdispositionsdu terrain pour établir leurs premiers châteaux fnrls, qui nétaient quedes campements protégés par des fossés, des palissades et quelquesouvrages de bois propres a garantir des intempéries les hommes et leurbutin. Ils purent souvent aussi profiler des nombreux camps gallo-romains quon rencontre même encore aujourdhui sur les côtes de la Manche et les bords de la Seine, les augmenter de nouveaux fossés, (I ouvrages intérieurs, et prendre ainsi les premiers éléments de la for- tification de campagne. Cependantles Normands, actifs, entreprenantset prudentsà la fois, tenaces,douésdun esprit de suite qui se mani-festedanstous leursactes,comprirent très-promptement limportancedes châteaux pour garder les territoires sur lesquels les successeurs deCharlemagne avaient été forcés de les laisser sétablir; et, dès le milieudu Xesiècle,ils ne se contentèrentplus de ces défensesdecampagneen lerre et en bois, mais élevèrent déjà, sur le cours de la basse Seine,de lOrne et des petites rivières qui se jettent dans la .Manche,des de-meures de pierre construites avec soin, formidables pour lépoque,dont il nousrestedesfragmentsconsidérables remarquables et surtoutpar le choixintelligent de leur assiette. Autres étaient alorsles châteauxde France: ils tenaient, comme nouslavonsdit, et du campromain etde la villa romaine. Ils étaient établis soit en plaine, soit sur des mon-tagnes,suivantque le propriétaire franc possédait un territoire planou montagneux. Dans le premier cas, le château consistait en une en-ceinte de palissades entourée de fossés,quelquefoisdune escarpedeterre, dune forme ovale ou rectangulaire. Au milieu de lenceinte, lecheffranc faisait amasser terres prises aux dépensdun large fossé deset sur cetertre facticeou mottesedressaitla défenseprincipale qui plustard devint le donjon. Onretrouve encore, dansle centre de la France,et surtout dans louest, les traces de ces châteaux primitifs. Un établissement cegenre,la Tusque,à Sainte-EulaliedAmbarès de
  • [ CHATEAU ] - 04 -(Gironde)nousdonne ensemble , un assez complet dispositions desgénérales cessortes châteaux de de défendus surtout des par ouvragesde terre. Cet établissementest borné de trois côtés (fig. 1) par deuxruisseauxA, B; un fosséG ferme le quatrièmecôté du parallélo- / " " «, ^- jn <" "«"" J.- *= C_ f-1 I 1 .". V /r^r5 dl m " . / " WE ^R " / v- èi :^^-: ^ .^-"r-""*i-« _- Bl m -^ ^ ^ ^ ^T ^7. "« 4L> j "H71"gramme, qui a 150mètres de long sur 90 à 110 mètres environ. Au mi-lieu de ce parallélogramme sélève une motte D de 21 mètres de dia-mètre, dont le fossé varie en largeur de 10 à lo mètres. Sur un desgrands côtés en E sélève un vnllum haut de %mètres environ et largede 10 mètres. Il nest pas besoin de dire que toutes les constructionsde bois que nous avons rétablies dans cette figure nexistent plusdepuis longtemps. Cétait, comme nous lavons indiqué, au sommetde la motte que sélevait le donjon, la demeure du seigneur, à la-quelle on ne pouvait arriver que par un pont de bois facile à couper.Lenceinterenfermait les bâtimentsnécessaires logementdes com- aupagnonsdu seigneur,desécuries,hangars,magasins provisions,etc. de * Voyez, dansles Actes lAcad. imper,de Bordeau.r, notice de M. LéoDrouyn de la surquelqueschâteaux du. moyen âge, 1854.
  • - Go - [ C11ATEAU JProbablement plusieurs portes souvraient dans les palissades, au mi-lieu de trois des faces, peut-être sur chacune delles. Ces portes étaient,suivant lusage, garnies de défensesextérieures, comme le camp romain.aveclequel cette enceintea plus dun rapport. Ordinairementun es-pace,tracéaumoyendepierres brutesrangées circulairement sur le solde la cour, indiquait la place des assemblées.Souvent, àlentour de cesdemeures, on rencontre des tutnuli H, qui ne sont que des amas deterre recouvrant les ossements de guerriers renommés pour leur cou-rage. Cestertres pouvaient dailleurs servir, au besoin, de défensesavancées. Une guette, placée au sommet du donjon, permettait dob-serverce qui sepassaitdansles environs. Si le château franc était posté sur une colline, sur un escarpement,on profitait alors des dispositionsdu terrain, et cétait,lassiette supé-rieure du plateauqui donnait la configurationde lenceinte.Le donjonsélevait, soit sur le point le plus élevé, pour dominer les environs, soitprès de lendroit le plus faible, pour le renforcer, r.est.danscesétablis-sements que lon voit souvent, dès une époque reculée, le moellonremplacer le bois, à cause de la facilité quon trouvait à se le procurerdans des pays montagneux. Mais il arrivait fréquemment alors que las-siette du château nétait pas assezvaste pour contenir toutes ses nom-breusesdépendances;le long des rampants de la colline, ou au bas"de lescarpement, on élevait alors une première enceinte en palissadesou en pierres sèchesprotégéepar des fossés,au milieu de laquelle on"construisait les logements propres à renfermer la garnison, les maga-sins, des écuries, etc. Cette première enceinte, que nous retrouvonsdans presque tous les châteauxdu moyen âge, était désignéesousle nom de basse-covr baille. En général, cette enceinte inférieure était ouprotégée par le donjon. On ne fut pas dailleurs sans reconnaître que ledonjon poséau centredes enceintes,était, appliqué aux châteaux,unedisposition vicieuse,en ce quelle ne pouvait permettre à la garnison<le ces donjons de faire des sorties, de se jeter sur les derrières desassiégeants après que lenceinte extérieure avait été forcée. Nousvoyonsle donjon des châteaux,dès le xie siècle, posté généralementprès de la paroi de lenceinte, ayant sespoternesparticulières, sessortiesdans les fossés,et commandantle côté de la placedont laccèsétait le plus facile. Toutefois nous penchonsà croire que le châteauféodalnest arrivéàcesperfectionnements la défense de quaprèslinva-sion normande, et que ces peuplesdu Nord ont été les premiers qui-aientappliquéun système défensifsoumisà certaineslois, suivi bientôtpar les seigneursdu continent après quils en eurent, à leurs dépens, reconnu la supériorité. Le système défensif du Normand est né dunprofond sentimentde défiance, ruse, étrangerau caractèredu Franc. de Pour appuyer notre opinion sur des preuves matérielles, nous devons faire observer que les châteaux dont il nous reste des constructions comprises entre les Xeet xne siècles, élevés sur les côtes de lOuest, le long de la Loire et de ses affluents, de la Gironde, delà Seine, cest-a- iii. - 5
  • L CMAÏLAi; J - 66 -dire sur le cour desirruptions normandeset dansle voisinagede leurspossessions, un caractèreparticulier, uniforme, quon ne retrouve ontpas, à lu mêmeépoque, dans les provinces centrede la France, dudans le midi et en Bourgogne. Il nestpasbesoin,nousle pensons, faireressortirla supériorité dedelesprit guerrierdesNormands,pendantles dernierstemps de lapériodeearlovingienne, lesprit desdescendants chefsfrancs sur desétablis sur le sol gallo-romain. Ces derniers, comme nous lavons ditplus haut, étaientdailleursdispersés, isolés, et navaient aucun deces sentiments de nationalité que les Normands possédaient à un hautdegré. La féodalité prit des caractèresdifférents sur le sol français,.suivant quelle lut plus ou moins mélangéede lesprit normand, et«"elle observation, si elle était développée par un historien, projetteraitla lumière sur certaines parties de lhistoire politique du moyen âgequi paraissentobscures et inexplicables. Ainsi, cest peut-être à cetesprit antinational dune partie de la féodalité française,qui avait purésister à linfluence normande, que nous devons de nêtre pasdevenusAnglaisau xvesiècle. Cenest point là un paradoxe, comme on pour-rait le croire au premier abord. Si tout le sol français avait été im-prégné de lesprit national normand, comme la Normandie, le Maine,lAnjou, le Poitou, la Saintonge et la Guyenne, auxv* siècle, la conquêteanglaise était assurée à tout jamais. Cest à lesprit individuel et nulle-ment national des seigneurs féodaux de la Bretagne, qui étail toujoursresiée opposée à linfluence normande1, et du centre de la France,seeundé par le sentiment patriotique du peuple gallo-romain, quenous devons dêtre Français; car, à cette époque encore, linvasionanglaise nétait pas considérée, sur une bonne partie du territoire dela France, comme une invasion étrangère. Si nousnous sommespermis cette digression,cenest pasque nousayons la prétention dentrer dans le domaine de lhistorien, mais cestque nous avons besoin détablir certaines classifications, une méthode,pour faire comprendre à nos lecteurs ce quest le châteauféodal pen-dant le moyen âge. pour faire ressortir son importance, ses transfor-mations et ses variétés, les causes de sa grandeur et de sa décadence.Yoilà pour les caractères générauxpoli tiques, dirons-nous, de la demeureféodale primitive. Ses caractères particuliers tiennent aux mSurs età la vie privée de ses habitants. Or, quon se figure ce que devait êtrela vie du seigneur féodal pendant les xi et xnesiècles en France ! cest-à-dire pendantla périodede développement la féodalité.Le seigneur denormand sanscesse est occupé affairesde sa nation; la conquête desde lAngleterre, les luttes nationales sur le continent, où il nétaitadmisquà regret, lui conservent rôle politique qui loccupe,lui un - En Angleterreniime, les Gallois qui sontde mêmerace que les Bretons, encoreaujourdhui ne se n^ardcnt pas commeAnglais pour eux, les Anglais sont toujoursdes Saxons ou des Normands.
  • - G" - [ CHATKAU ]fait entrevoir un but qui nest pas seulementpersonnel. Si remuant,insoumis,ambitieux que soit le baron normand, il est forcé dentrerdans une lice commune, de se coaliser, de faire la grande guerre, deconserverlhabitude de vivre dans les arméeset les camps.Son châ-teau a quelquechosede la forteresseterritoriale ; il na pas le loisir desy enfermer longtemps; il sait enfin que pour garder son domaine, ilfaut défendre le territoire : car, en Angleterre comme en France, il estil létat de conquérant. La vie du seigneur féodal français est autre : ilest possesseur; le souvenir de la conquête est effacé depuis longtempschez lui; il se considère connue indépendant; il ne comprend sesdevoirs de vassal que parce quil profite du systèmehiérarchique de laféodalité, et que sil refuse de reconnaître son suzerain, il suit que lelendemain sespropres vassauxlui dénieront son pouvoir; étranger auxintérêts généraux du pays (intérêts quil ne peut comprendre, puisqueà peine ils se manifestaient au xne siècle), il vit seul. Ceux qui len-tourent ne sont ni ses soldats, ni ses domestiques, ni ses égaux; ilsdépendent de lui dans une certaine limite, qui, dans la plupart descas, nest pas nettement définie. Il ne paye pas les hommes qui luidoivent le service de guerre, mais la durée de ce service est limitée.Le seigneur ayant un fief compte plusiei r ; classesde vassaux: les uns,comme les chevaliers, ne lui doivent que lhommage et laide de leursbras en cas dappel aux armes, ou une somme destinée à racheter ceservice ; encore faut-il que ce ne soit paspour laider dans une entre-prise contre le suzerain. Dautres, tenanciers roturiers, tenant terreslibres, devaientpayer des rentes au seigneur, avecla faculté de par-tager leur tenure en parcelles,maisrestant responsables payement dude la rente, comme le sont de principaux locataires. Dautres tenan-ciers : les vilains, dune classeinférieure, les paysans,les bordiers1,les derniers sur léchelle féodale, devaient des corvées de toute na-ture. Cettediversité dans létat des personnes,dansle partagedu solet le produit que le seigneur en retirait, amenait des complicationsinfinies; de là des difficultés perpétuelles, des abus, une surveillanceimpossible,et par suite des actesarbitraires : car cet état de choses,à une époqueoù ladministration était une science à peine connue,était souventpréjudiciable au seigneur.Ajoutons à celaque les terresnobles, celles qui étaient entre les mains des chevaliers, se trouvaientsoumises à la garde pendant la minorité du seigneur, cest-à-direque le suzerain jouissait pendant ce temps du revenude ces terres.Si aujourdhui, avec luniformité des impôts, il faut une armée d ad-ministrateurs pour assurer la régularité du revenu de lEtat, et unelongue habitude de lunité gouvernementale, on comprendra ce quedevait être pendant lesxie etxip siècles ladministration dun domainefieffé. Si le seigneurétai débonnaire, il voyait la source de sesreve- 1 Lesbordiersdevaient cur,ij,fîles biefsde moulins, coupe blés et du foin,des lo la desredevances nature,comme en chapons, Sufs, taillagedeshaies,certainstransports, etc.
  • [ CHATKAl] - (M -nus diminuer chaquejour; si, au contraire, il étail âpre au gain, cequi arrivait souvent, il tranchait les difficultés parla violence, ce quilui était facile, puisquil réunissait sous sa main le droit fiscal et lesdroits de justicier. Pour vivre et se maintenir dansune pareille situa-tion sociale, le seigneur était amené à se défier de tout et de tous;à peyiesil pouvaitcompter sur le dévouement ceuxqui lui devaient dele service militaire. Pour acquérir ce dévouement, il lui fallait tolérerdes abus sans nombre de ses vassauxnobles, qui lui prêtaient lesecoursde leurs armes,les attirer et les entretenir près,de lui parlappât dun accroissementde biens, par lespoir dun empiétementsur les terres de sesvoisins. Il navait même pasdevaletsà sesgag»-*,car. de mêmeque sesrevenuslui étaient payés en grande partie ennature, le servicejournalier de son châteauétait fait par des hommesde saterre qui lui devaient, lun le balayage,lautre le curage descanuts, ceux-cilentretien de sesécuries, ceux-làlapport de son boisde chauffage,la cuisson de sonpain, la coupede son foin, lélagagedeseshaies, etc. Retiré dans son donjon avec sa famille et quelquescompagnons,la plupart sesparents moins richesque lui, il ne pouvaitêtre certain que seshommesdarmes,dont le serviceétait temporaire,séduits par les promessesde quelque voisin, nouvriraient pas lesportes de son châteauà une troupe ennemie.Cette étrangeexistencedp la noblesse féodale justifie ce système de défiance dont ses habita-tions ont conservé lempreinte;et si aujourdhui cette organisationsocialenoussemble absurdeet odieuse,il faut convenircependantquelle était faite pour développer la force morale des individus,aguerrirles populations, quelleétait peut-êtrela seule voie qui ner<induisit dela barbarie la corruption plushonteuse, pas à la Soyonsdoncjustes,ne jetonspasla pierre à cesdemeures renversées la parhainepopulaire aussibienquepar lapuissance monarchiquevoyons-y :an contraire le lierceau de notre énergie nationale, de ces instinct-,guerriers, ce méprisdu dangerqui ont assuré de lindépendance la Hgrandeur de notre pays. Onconçoitquecet étatsocial dut être acceptépar les Normandslorsquils fixèrent le sol français. eneffet,depuisRollon, se sur Et,«Inqueseigneur normandsétait prêtéauxcoutumes populations desaumilieudesquelles il sétait établi; poury vivre,il nétait car, pasde sonintérêt dépeupler domaine. estàcroirequil nechan- de son Ilgea aux rien tenures fiefsdont jouit pardroitdeconquête, des il cardès commencementxn*siècle voyons seigneur le du nous le normand,en tempsde paix, entourédun petit nombrede familiers,habitantlasalle, donjon le fortifié entemps guerre, ; de lorsquil craintuneigression, appeler autour de lui les tenanciersnobles et même les u-,,sseurst et paysans. lavaste hôtes1 Alors enceinte fortifiée entou- qui 1Les vavasseunihôtes des etles étaient hommes " les libres premiers des par tenant terresdroit héréditaire une au etpayantrente seigneur; les seconds un possédant téncment peu im-
  • - 09 - [ rii.Ti:AU]lait le donjon se garnissaitde cabanes élevées à la hâte, et devenaitun camp fortilié danslequel chacunapportait ce qu il avait de plusprécieux, des vivres et tout ce qui était nécessairepour soutenir un siègeou un hlocus. Celaexpliqueces défenses étendues semblent quifaites pour contenir une armée,bien quon y trouve à peinedes traces dhabitation. Cependant Normandsconçoivent la forteresse dan les des vues politiques autant que personnelles; les seigneursfrançais profitent de la sagacitédéployéepar les barons normands dans leur^ ouvrages militaires, maisseulementaveclidée de défendreledomaine, de trouver un asile sûr pour eux, leur famille et leurs hommes. Lechâteau normand conserve longtemps les qualités dune forteressecombinée de façon à se défendre contre lassaillant étranger; sonariette est choisie pour commander des passages, intercepter descommunications, diviser des corps dannée, protéger un territoire ;ses dispositions intérieures sont comparativement larges, destinées àcontenir des compagnies nombreuses.Le château français ne sélèvequen vue de la garde du domaine féodal; son ariette est choisiede façon à le protéger seul; ses dispositions intérieures sont com-pliquées, étroites, accusant lhabitation autant que ht défense ; ellesindiquent la recherche dhommes réunis en petit nombre, donttoutes les facultés intellectuelles sont tendues vers une seule pensée,celle de la défense personnelle. Le château français est comme ungroupe de châteaux qui, au besoin, peuvent se défendre les uns contre.les autres. Le seigneur français sempare, au xne siècle, de lesprit dei use normand, et il lapplique aux moindres détails de sa résidence,en le rapetissant, pour ainsi dire. Cet aperçu général tracé, nous passeronsà lexamen des monumentsNous nous occuperons daborddu châteaunormand, le plus avancé auI PInt devuemilitaire pendantle coursdu xiesiècle.Le chateaudArqués, >iprès de Dieppe, nous servira de point de départ, car nous retrouvonsencoredans son assietteet sescombinaisons détail les principesde dela défense normande primitive. Sur le versant sud-ouest de la valléed Arques, à quelques kilomètres de la mer, se détache une langue deterre crayeuse qui forme comme une sorte de promontoire défendupar la nature de trois côtés. Cest à lextrémité de ce promontoire que(îuillaume1, oncle de Guillaume le Bâtard, par suite de la donation queson neveu lui avait faite du comté dArqués vers 1040, éleva la forte-resse dont nous allons essayer de faire comprendre limportance. Peut-être existait-il déjà sur ce point un château : des constructions anté-rieures à cette époque, il ne reste pas trace. Guillaume dArqués, pleindambition, reconnut le don de son neveu en cherchant à lui enleverportant, une maison,unecour et un jardin, et payantcettejouissanceau seigneurau moyendoreilevancesen sil sétaient nature, établis la campagne,dune à ou charge dhébergeage, silsétaient dans une ville. La condition des hôtesdiffère peu dailleurs de celle du paysan. 1 « Hic Villelmus castrum Arcliarum in cacumine ipsius inontis condidit. » (Guillaumede-JuiniOges.)- « Arcas castrum in pago Telluu primus statuit. » (Chfon. de Fonlenelle j
  • [ CHATKAU ] TU -le duchéde Normandie; en cela il suivait lexemple de la plupart desseigneursnormands, qui, voyant à la trie du duché un jeune hommeà peine sorti de ladolescence,se préparaientà lui ravir un héritagequi ne paraissaitpas dû a sa naissanceillégitime. En eftet, « danslespremiers temps de la vie de Guillaume le Bâtard, dit Guillaume deJumiéges1,un grand nombre de .Normands égarésou.infidèlesélevè-rent dans beaucoupde lieux des retranchementset se construisirentde solides forteresses ». Sans perdre de temps, et avant de dévoilersesprojets de révolte, GuillaumedArqués se mit à lSuvre, et, peu dan-néesaprès1invesliturede sonromle, le villagedArquesvoyait sélever,a lextrémilé de la langue de terre qui le domine, une vaste enceintefortifiée, protégéepar des fosbér-, profonds et un donjon formidable. AMais cest ici quappâtait tout daboid le génie normand. Au lieu deprofiter de tout lespace donné par leNtrem le du promontoire crayeux,et déconsidérer les escarpements et le-, allees environnantes commeun fossé naturel, ainsi que leût fait un seigneur français, Guillaume.dArqués fit creuser au sommet de la colline un large fossé, et cestsur lescarpe de ce fossé quil éleva lenceinte de son château, laissant,ainsi que lindique lu figure 2. entre les vallées et ses défenses, unecrête A, sorte de chemin couvert de deux mètres de largeur, derrièrelequel lassaillant trouvait, après avoir gravi les escarpementsnatu-rels B, un obstacle infranchissable entre lui et les murs du château.Les crêtesA étaient dailleurs muniesde palissades, ltpricim<. pro- quitégeaientle chemincouvert et permettaientde le garnir de défenseurs,ainsi quon le voit en G. Un peu au-dessus du niveau du fond du fossé,le- Normandsavaienteu le soin de percer desgalerieslongitudinales Squi permettaient de reconnaîtreet darrêter le travail du mineur quise serait attachéà la basede lescarpe. A Arques, ces galeries souter- 1 Lib. Vil, r.i],
  • - 71 [ CHATEAU J rainesprennent entrée certains sur pointsde défense intérieure,après île nombreux détoursquil était facilede combleren un instant,dans le casoù lassaillantaurait pu parvenir à semparerdun de cescou- loirs. Cettedispositionimportant." unede cellesqui caractérisent est I assiette châteaux des normandspendantles xie et xn siècles.C&fos-e, fait à main dhomme et creuse dans l.i craie, na pas moins de 2om .J0m à <lelargeur,de la crêtede la contrescarpe la basedesmurailles. à Leplan topographique(fig. 3) explique la position du château dArquésmieux que ne pourrait le faire une description. Du côte occidental, leval naturel est très-profondet lescarpementdu promontoire abrupt;maisdu côtédu village, versle nord-est, les pentessont moins rapides,et sétendentassez jusquà la petite rivière dArqués. Sur ce point, loinle flanc A de la colline fut défendu par une enceinte extérieure, véri-table basse-cour, désignée dans les textes sous le nom de belou bail/,1.Une porte et une poterne donnaient seules entrée au château au nordet au sud. Voici (fig. 4) le plan du château dArqués2. Louvrage avancé Bdate du xvesiècle.Les bâtiments intérieurs G paraissent être dune 1 On jit encore des restes assezconsidérablesde cette enceinte extérieure, notamment"<lucôté de la porte, vers Dieppe. ! Le plan est complété, en ce qui reparde les bâtiments intérieurs, au moyen du pl.m«léposé dans les archives du château de Dieppe, dresse; au rnmmcneement .lu m MCV|,-,"et réduit par M. Deville dans son Histoire du château dArqués (lîoueu, 18J9».
  • L UIATLAL]rpoqueassez récent.-; nexistent aujourdhui. temps il> plu> Du deGuillaume dArqués,la véritableentréedu château côté de Dieppe duétait enD, et le iossédevaitalorssuivrela ligne ponctuée Peut- EE.être «MI existait-il un ouvrageavancé 15 palissade pour protégerlaporteprincipal*-. distingue On encore pariaitement, lentrée sous G, les constructions du xi siècle, et même les soubassements de* tours qui la défendaient. En H. est le donjon de figure carrée, con- formément aux habitudesnormandes, et divisé par un épais mur de refend. Mais nous aurons loccasion de revenir sur les détails de cette remarquable construction au mot DONJON; nous ne devons ici quen indiquer les dispositions générales,cellesqui tiennent à len- semblede la défense.Ea K, est la secondeporte qui communiqueau
  • - 7.3 - f CHATEAU Jplateauextérieur au moyen dun pont posésur des piles isolées.Cetteentrée, savamment combinée, passe sous une tour et un long passagevoûtébien défenduet battu par le donjon,qui, par saposition oblique,masque la cour du château pour ceux qui arrivent du dehors. Ce don-jon est dailleurs remarquablement planté pour commanderles dehorsdu côté de la langue de terre par où lon peut approcher du fossé deplain-pied; ses angles viennent toucher les remparts de lenceinte, nelaissent ainsi quune circulation très-étroite sur le chemin de rondeet dominent le fond du fossé.Lennemi, se fût-il emparéde la cour L,ne pouvait monter sur la partie des remparts M, et arrivait diitirile-ineiit à la poterne K, qui était spécialement réservée à la garnison ren-fermée dans le donjon. En P était un ouvrage dépendant du donjon,surmontant le passagede la poterne, et qui devait se défendre aussibien contre la cour intérieure U que contre les dt-lim-s. Cette couravait plusieurs issues quil était impossible à des hommes non fami-liers aveccesdétours de reconnaître; car, outre la poterneK du don-jon, un escalier souterrain communique au fond du fossé, et permetainsi à la garnison de faire une sortie ou de séchappersansêtre vue.Nous avons indiqué en X, sur notre plan, les nombreux souterrainstaillés dans la craie, encorevisibles, qui se croisent -M.us remparts, leset sont destinés, soit à faire de brusques sorties dans les fossés, suità empêcher le travail du mineur du côté ou le château est le plusaccessible. De la porte D à la poterne K, le plateau sur lequel est assisle châteaudArqués sélèvegraduellement, de sorte que le donjon setrouve biiti sur un point culminant. Eu dehors de la poterne K, sur lalangue de terre qui réunit le promontoire au massif des collinesétaient élevés des ouvrages de terre palissades dont il reste des traeesqui, du reste, ont dû être modifiées au xve siècle, lorsque le châteaufut muni dartillerie. La place dArqués était à peine construite, que le duc Guillaume dutlassiéger,sononcle sétantdéclaréouvertementcontre lui. Xepouvanttenter de prendre le châteaude vive force, le bâtard de Normandiepritle parti de le bloquer. A cet effet, il tit creuser un fossé de contrevalla-tion qui, parlant du ravin au nord-ouest, passaitdevantla porte norddu château, descendait jusquà la rivière de la Varenne, et remontaitdans la direction du sud-est, vers le ravin. Il munit ce fossé de bas-tilles pour loger et protéger son monde contre les attaquesdu dedansou du dehors : HIV fnssrz i1 de hennin I-Et de pel lïst un rlia>teillun i El pie del toitiv en la vallée, i Ki garda Uite la cuiilréc : « .Ne prislrent pui/ ri-1s del eha-lel i Ni- lints ne vaelie ne Mvl .. Li Dus tel dia-telit i li-l, « Tailt dievdRT.-. r tri I Illl^t
  • [_ CHATEAU J i Ki bien le pnrn-ii-nl (lesfcndrc « Ke Rcis ne Queiis ne porrcit prendre . » Après tentative une infructueuse roi deFrance faire du pour lever leblocus, comteGuillaume obligede capituler,fautede vivras: le fut >- Will.nni dArrhes lungemetit ii Garda la terre e tint forment, ii E plus lungernent la lenist, "<Se viande ne li fausist : M,M/ pur M.unli ki failli, « Terre c cliastel e tur gtier|ii; AI Dm? Willanie lut rendi, || Et al llei di; Fi. ni " - rnliii » 11nest guère possible, en effet, avecles moyensdallaque dont ondisposaitalors, de prendre un châteauaussibien défendu par la natureet par des travauxdail admirables. Nous donnons lfig. o) une vue cavalière du château dArqués tel quildevait être au xie siècle, prise en dehors de la porte de Dieppe, et ensupprimant les défensespostérieuresajoutéesde ce côté. On com-prendra ainsi plus facilement les dispositions intérieures de cetteplace forte. Déjà, du tempsde Guillaume le Bâtard, les barons normands con-struisaient donc dévastes châteaux de maçonnerie possédant tout cequi constitue les places de ce genre au moyen âge : fossés profonds ethabilement creusés, enceintes inférieures et supérieures, donjon, etc.Le duc de Normandie, pendant les longues luttes du commencementde son règne, élevades châteaux,ou tout au moins des donjons, pourtenir en bride les villes qui avaient pris parti contre lui : " E il fi<t rax e pierre atraire, tau Mans) list une tur faire5. » Après la descente en Angleterre, rétablissement des châteaux futun des moyensque Guillaumele Conquérantemploya pour assurersanouvelleroyauté, et ce fut, en grande partie, à cesforteressesélevéessur despoints stratégiquesou dansles villes mêmesquil dut de pou-voir se maintenir au milieu dun pays qui tentait chaquejour des sou-lèvements pour chasser létrangeret reconquérirsonindépendance.Maisbeaucoup seigneurs, moment la guerregénérale de du que étaitterminée,tenantceschâteaux fief, se prenaientde querelleavec enleurs voisins, faisaient des excursions sur les terres les uns des autres,et en venaient à sattaquerdans leurs placesfortes. Ou bien, mécon-tents de voir la faveurdu suzerain tomber sur dautresque sur eux, 1 Rob. V;iee, lionian de Itou, rr> 8000 et suiv. * Ibid, ci-i, 10-211.
  • [ CHATEAUJ * $Bsr* ^mwwiwm Ct/.it.JWJO/ *ft..*é*cherchaient rendre- à tourscliàleaux plus foruiidaldes.afindo eiidro
  • j il : ur ] - ~<>-h ni s services cher aux rivauxde leur seigneur de faire cause; plus e-lcommun» avec eux : i Li Rois se fi.i ;>> deniers , " Kil mit ;i mine?, à M-liiT-* Lu Nniin mille Irespa-s.i(passa), Mult ont od li ^r.uil jrnit r a Oïl ^l.lll/. Inlli-N, ml jîrallt cil. Il Hi, tfl II (Ic-iiiiT fmitrr O(i SCI. - chas|e|;iin» ,.| ,,~ bannis Ki oreiit tuiv (dniijHisi c lur/. ni.ii^m^, . As lioeils >;iiriTicTs ri ;i> lil Mclii" t.lllt di:ie r I.Hll (iMilllis, - Ke li I)u^ Kilei; mit Icssié, Kl por li l»oi< lunt Cest ainsi qut-, par suite de lorganisation féodale, même en Nor-mandie, où lesprit national sétait maintenu beaucoupmieux quenFrance, les seigneursétaient chaquejour portés à rendre leurs châ-teaux de plus en plus forts, afin de saffranchir de toute dépendanceet de pouvoir dicter des conditions à leur sux.erain.Le châteaunor-mand du xip sièclene consistait quen un donjon carré ou rectangu-laire, autour duquel on élevait quelques ouvrages de peu dimpor-tance. protégés surtout parce fossé profond pratiqué au sommet duncMMi-pement; cétait la le véritable poste normand de cette époque,destiné à dominer un territoire, à fermer un passageou à contenir lapopulation des villes. Des châteaux munis de défenses aussi étenduesque celles dArqués étaient rares; mais les barons normands, deve-nant seigneurs féodaux, en Angleterre ou sur le continent, se virentbientôt assezriches et puissants pour augmenter singulièrement lesdépendances donjon, qui dans lorigine était le seul point sérieu- dusement fortifié. Les enceintesprimitives, faites souventde palissades,furent remplacéespar des murs flanquésde tours. Les plus anciensdocuments écrits touchant les manoirs et même les châteaux (docu-ments qui en Angleterre remontent au xne siècle) désignent souventla demeurefortifiée du seigneur par le mol //y////, hall. Cest quen effetcessortes détablissements militaires ne consistaient quen une miledéfendue par dépaisses murailles, des créneaux et des contre-fortsmunis déchauguettes de bretèchesflanquantes. Les dépendances oude la demeureseigneurialenavaient relativement quune importanceminime; en cas dattaque sérieuse,la garnison abandonnait bientôtles ouvrages extérieurs et se renfermait dans le donjon, dont lesmoyensdéfensifsétaient formidablespour lépoque. Pendantle cours 1 Le roi de France, di- f<iirrnin|ii-o vassaux duc RnfiiTtde Normandie alin IL-* du (Roman-de Ron, vcix i:,9GO.) 2 II a H1 il" ]u| ;i )nii»-lMUX. * Marquis, seigneurschargés de la défensedes marches ou
  • - 77 - [ CHATEAU |du xir siècle, cette tradition se conserve dans les contrées où lin-fluencenormandeprédomine: le donjon, la salle fortifiée, prend unevaleur relative que nous ne lui trouvons pas au même degré sur leterritoire français; le donjon est mieuxisolé des défensessecondairesdans le château normand des " et ne siècles que dans le châteaudorigine française; il est plus élevé, présenteune masseplus impo-sante : cest un poste autour duquel est tracé un camp fortifié plutôtquun château.Cettedisposition est apparentenon-seulement Nor- enmandie et en Angleterre, comme au Pin (Calvados), Saint-Laurent àsur mer, à Nogent-le-Rotrou, à Domfront, à Falaise, à Chamboy (Orne;i Newcastle, à Kochester et à Douvres (Angleterre), mais sur les rôlesde lOuest, dans lAnjou, le Poitou et le Maine,cest-à-diredanstoutesles contrées où pénètre linfluence normande; nous la retrouvonsaccompagnée du fossé normand, dont le caractère est M nettementtranché, à Pou/ailles Vendée . à Blan/ac, àBroue, a Pons Charente-Inférieurei, à Chauvignyprès Poitiers, et jusquà Montrichard, àBeaugency-sur-Loire à Loches(voyezDONJON). défensesexté- et Lesrieures qui accompagnent ces gros donjons rectangulaires, ou ne pré-sentent que des terrassements sans traces de constructions impor-tantes, ou si elles sont élevées en maçonnerie, sont loules postérieuresdun siècle au moins à létablissement de ces donjons: ce qui indique.osez clairement que les enceintes primitives des ie cl .ne sièclesavaient peu dimportance et quelles durent être remplacées lorsquauMU" siècle le système défensif des châteaux fut modifie, et quon eutreconnu la nécessité délargir et de renforcer les ouvrages extérieurs. Nous donnons tij:. ti le plan du château de Chauvigny, dont le don-jon remonte au xie siècle, et la plus grande partie des défenses exté-rieures au xne siècle : - et (fîg. 7) le plan du château de Falaise, dontle donjon carré A du xi" siècle présenteseul un logement fortementdéfendu. Quant aux autres défenses de ce château, elles ne prennentquelque valeur que par la disposition des escarpements du plateau,et elles en suivent toutes les sinuosités. Le donjon cylindrique B etles défenses de gauche datent de linvasion anglaise, <"est-a-dire desxive et xvc siècles. Le château de Falaise, au xne siècle, ne consistaitréellement quen un gros donjon avec une enceinte renfermant desbâtimentssecondaires,construits probablement de la façon la plussimple, puisquil nen reste plus trace, et destinés au logement de lagarnison, aux magasins, écuries et autres dépendances. Le nom Aaulnpeut donc être donné à ce château, puisque, par le fait, la seulepartie importante, le poste seigneurial,nest quune sallefortifiée. Leschâteauxque Guillaume le Conquérantfit élever dans les villes dAn-gleterre pour tenir les populations urbaines en respect nétaient quedes donjons rectangulaires,bien munis et entourés de quelquesou-vragesde terre, de palissades, denceintesextérieuresqui nétaient oupas dune grandeforce. Celaexplique la rapidité avec laquelle se con-struisaient cespostesmilitaires et leur nombre prodigieux; mais cela
  • [ CHATEAU J 78 -explique aussicomment,dansles soulèvements nationauxdirigésavecénergie, les garnisons normandes qui tenaient ces places, obligées<lr si- réfugier dans le donjon après lenlèvement des défensesexté-rieures, qui ne présentaient quun obstacle assezfaible contre unetroupenombreuse déterminée, et étaientbientôtréduitespar famine.sedéfendaient dansun espace mal aussiétroit, et étaientforcéesdese rendre à discrétion. Guillaume, pendant son règne, malgré son acti-ile prodigieuse, ne pouvait faire plus sur létendue dun vaste paystoujours prêt à se soulever : sessuccesseurs eurent plus de loisirspour étudier lassietteet la défense de leurs châteaux; ils en profi-tèrent, et bientôt le châteaunormand augmenta et perfectionna sesdéfenses extérieures. Le donjon prit une moins grande importancerelative; il se relia mieux aux ouvrages secondaires, les protégeadune manière, plus efficace ; mieux encore , le château tout entier netut quun vaste donjon dont toutes les parties furent combinéesavecart et devinrent indépendantes unesdes autres, quoique protégées lespar une construction plus forte. On commença dès lors à appliquercet axiome que « tout ce qui se défend doit être défendu ». Il nousfaut doncattendre la fin du xnesiècle pour rencontrer le vé-
  • - ~!l - [ CHATKAf ] niable châteauféodal, cest-à-direun jîroupe de bâtimentsélevésavec ensemble,se défendantisolément,quoique réunis par une penséede défense commune, disposerons un certain ordre, de manièrequunepartie étant élevée,les autres possèdentencore leurs moyens com-plets de résistance,leurs ressources magasinsde munitions et de envivres, leurs issueslibres, soit pour faire des sorties et prendre lof-fensive, pour faire échapper garnisonsi elle ne peut plus tenir. soit la
  • [ CHATKAU J "*<)Nous verrons tout ii lheure coninienl ce programme difficile à réa-ilser fut rempli avec une sagacitérare par Richard Cceur-de-Lion ,pendantles dernièresannées MI siècle,lorsquil fit construire dulimportanteplacedu châteauGaillard. Mais avantde nous occuperde celle forteresseremarquable,nous devonsparler dun châteauquinousparait être antérieur, qui est comme la transition entre le châ-teau primitif icelui qui ne possèdequun donjon, avec une enceinteplusou inoinsétenduetracéedaprèsla configurationdu sol) et lecbàteau féodal du NUI" siècle. CV-f le château de la Roche-Guyon,situe à quinze kilomètres de Mantes,en avalsur la Seine.Son assiettee-l dailleurs la même que celle du château Gaillard. Au-dess,lUs de Mantes, la Seine coule vers louest; à Rolleboise,elle se détourne vers le nord-est, forme un vaste coude, revient versle sud-ouest, et laiss,. ainsi, sur la rive gauche, une prpsquile dallu-vions dont la longueur est environ de huit kilomètres et la plusgrande largeur de quatre. La gorge de cette presquîle na guère quedeux kilomètres douverture. Cétait là un lieu de campement excel-lent, car un corps darmée, dont la droite était appuyée à Bonnières,et la gauche à Hollêboise, défendait sans peine lentrée de la pres-quile. Mais il fallait prévoir quun ennemi en forces, en attaquantlapirge, pouvait, en filant le long de la rive droite, essayer de passer laSeine à lextrémité de la plaine de Bonnières, et prendre ainsi la pres-quîle par sesdeux points les plus distants. Or la rive droite, en faceîle la presquîle de Bonnières,se composedun escarpement crayeux,abrupt, qui se rapproche de la Seine à Vétheuil. pour la quittera laUoche-Guyon au sommet de son coude. Sur ce point, à la Roche-Guyon,lescarpementnest éloigne du Ileuveque de cent mètresenvi-ron; autrefois il en était plus rapproché encore, la Seine ayant reculéses rives. Cest là quà la hn du xne siècle lii( élevé un château dans desconditions excellentes. Dabord (tig. Hi un donjon très-fort, entourédune double enceinte,fut élevéau sommet de lescarpement, A; en«n B, le long du Ileuve et adosséà la roche qui le domine de beau-coup, se dressale château,qui confiait la route passantsur la rivedroite, commandait le cours du Heine, et par conséquent le som-met de la presquîle Afin de rapprocherautant que possible . lechâteau donjon, lescarpement craie fut taillé à pic, de ma- du denière à laisser une cour assezvasteentre le bâtimentprincipal et.le pied du rocher. Un large souterrain détourné, taillé dans le rocet ayantla figure dun cylindre avecemmarchement,réunit les dé-fensesdu châteauà la cour intérieuredu donjon.En E, du côtéoùlescarpement était moins abrupt, fut tranché, dans le roc vif, un 1Lechâteau inférieur presque fut entièrement r..nn-lruit xVsiècle au ; cependant denom-tireuxfragments constructions de antérieurescetteépoque à existent encore, entreautresune poterne commencement xiir vi.vi,- rt descaves paraissent anciennes. du du qui fort
  • - 81 [ CilATEAU ]l.irjje et.profondIOSM- a tond de cuve.KnCi,un fossémoinsprofond,maisbeaucoup plus étendu,conlournele plateausuiTexIremife duquelrst assisle donjon : ce plateaunétant pas de niveau, sasurfncedominele donjon en senfonçant dansla chaînecrayeuse en C, on établit doue. ;une motte facticesur laquelle probablement -,élcva une défense,dé-truite aujourdhui. En I et eu H, les escarpements naturels - r, --£r- ~o fy. * ,<f-" ." " .v^T" // .- j-a«n*,a-maiunu»*-w . "- - " P 11 ^ "; ,.,-^.SL " - ..- . -ôter toute idéedattaquer le uluteau par sescôtés. Nous ne pensonspas que le fosséG et lescarpe /lient I aient jamais été protégéspar desmurailles, mais seulement par une levée de terre avec palissades, caril ne reste sur ces points nulle trace de maçonneries. Afin de fairemieux comprendre encorelassiettedu châteaude la Hoche-Guyon. etcomment,par des ouvragesconsidérables,on était parvenuà rendrecette assiette encore plus forte, soit en entaillant la colline, soit en fai-sant des terrassements,nous donnons(fig. 9"iun profil d*-lexrarpe-ment de craie avec les constructions. En A est la Seine ; en ïL le c hâtent ut. - -
  • [ CIIAÏI.AI1J - 82 -bâti au pied do la falaise; en G, le donjon, dont les enceintes sélèventen suivant la pente naturelle du plateau pour dominer les dehors di:côté D, En E, la motte faite à main dhomme, sur laquelle était un ou-vrageavancécommandantla circonvallafion du plateau; le profil dusouterrain communiquant du château au donjon est tracé en H. On nepouvait entrer, du plateau,dans les enceintesdu donjon que par un*poterne percée sur le tlanc de la courtine extérieure de droite et fai-santfaceàlescarpement,demanièrequil était impossiblede voir cetteentrée, soit du plateau, soit du lias de lescarpement ivoy. DONJONNotre profil lait comprendrecomment il était difficile à un assiégeantde setenir dansle châteauinférieur sansposséderen même tempsledonjon supérieur; si, après sêtre emparédu château,il eût voulu syloger, il était infailliblement écrasé par la garnison du [donjon. (Juanlà semparerdu donjon, enveloppédanssadoubleenceinte, on ne pou-vait le tenter que par un blocus.Mais commentbloquer une forteressequi possédait une issue souterraine très-praticable communiquant avecune défense,inférieure commandée et une large rivière? Sous le rap-port stratégique,la position du châteaude la Roche-Guyon était doncexcellenteet évidemmentchoisiepour garder cette presquîlede Bon-nières si facile à défendre à la gorge. Deux ou trois mille hommes dansla presquîle, et quatre ou cinq cents hommes dans le châteauet sesdépendances sappuyant mutuellement, quoique séparés par la Seine,pouvaient arrêter une armée considérable et paralyser ses mouvementssur lune ou lautre rive de la Seine. A quelques kilomètres de la Roche-Guyon, en descendant la Seine,nous rencontrons un château dont la position stratégique est plus forteet mieux choisieencoreque cellede la Roche-Guyon: cest le châteauGaillard,près des Andelys. Bâti par Richard CSur-de-Lion, après queceprince eut reconnula faute quil avait faite, par le traité dIssoudun,en laissant à Philippe-Auguste le Yexin et la ville de Gisors, ce châteauconserve encore, malgré son état de ruine, lempreinte du génie mili-tairedu roi anglo-normand. Mauvais politique,Richardétait un hommede guerre consommé,et il réparaitles fautesde lhomme dÉtat à forcede courage et de persévérance. notre sens,le château Gaillard des A
  • - 83 - [ CHATEAU ]Andelysdévoile unepartie destalentsmilitaires de Richard.Onest tropdisposéà croire que cet illustre prince nétait quun batailleur bravejusquà la témérité; ce nest pas seulementavecles qualités dun bonsoldat, payantlargementde sapersonne,quon acquiertdans lhistoireune aussigrande place. Richard était mieux quun Charles le Témr-raire : cétait un héros dune bravoure à toute épreuve ; cétait encoreun habile capitainedont le coup doeilétait sûr, un ingénieur plein dûressources,expérimenté,prévoyant, capablede devancerson siècle,et ne se soumettant pas à la routine. Grâceà lexcellent travail deM. A. Deville sur Château-Gaillard1, chacun peut se rendre un compteexact descirconstances qui déterminèrent la construction de cette forte-resse, la clef de la Normandie, place frontière capable darrêter long-temps lexécution des projets ambitieux du roi français. La rive droitede la Seine étant en la possessionde Philippe-Auguste jusquaux Ande-lys, une armée française pouvait, en une journée, se trouver au cSurde la Normandie et menacer Rouen. Sapercevant trop tard de ce dan-ger, Richard voulut en garantir sa province du continent. Avec ce coupdSil qui nappartient quaux grands capitaines, il choisit lassiette de laforteresse destinée à couvrir la capitale normande, et une fois son pro-jet arrêté, il en poursuivit lexécution avec une ténacité et une volontételles quil brisa lous les obstacles opposés à son entreprise, et quenun an, non-seulement la forteresse fut bâtie, mais encore un systèmecomplet douvrages défensifs fut appliqué, avec un rare talent, sur lesrives de la Seine, au point où ce fleuve peut couvrir Rouen contre unearmée sortie de Paris. Nous trouvons encore là les qualités qui distin-guent les fortifications normandes, mais mises en pratique par unImmme de génie. Il sagit ici non de la défense dun domaine, mai*dune grande province, dun point militaire aussi bon pour protégerune capitale contre un ennemi que pour le surprendre et lattaquer, etcela dans les conditions de délimitation de frontières les plus défavo-rables. Nos lecteurs voudront bien nous permettre dès lors de nousétendre quelque peu sur la position et la construction du châteauGaillard. De Bonnières à Gaillon, la Seine descend presque en ligne droite versle nord-nord-ouest.Prèsde Gaillon,elle se détournebrusquementversle nord-est jusquaux Andelys, puis revient sur elle-même et forme unepresquîle, dont la gorge na guère que deux mille six cents mètresdouverture.Les Français,par le traité qui suivit la conférencedIssou-dun, possédaient la rive gaucheVernon, Gaillon , Pacy-sur-Eure; sursur la rive droite, Gisors,qui étaitune desplaceslesplus fortes de cettepartie de la France. annéedont lescorps,réunis à Évreux, Ver- Une ànon et à Gisors,se seraientsimultanémentportés sur Rouen, le long 1 Hi.it. ilu cltdteauGaillard et du siéyequil soutint contre Philippe-Auguste, 1-203 enet l"20i, par A. Deville. Houen, 1849.
  • "[ CHATLAU - H) -de la Seine, en se faisant suivredune flottille, pouvait, en deux jour-nées de marche, investir la capitale de la Normandie et sapprovi-Monner toute- choses la Seine. de par Planteruneforteresse cheval aMUle fleuve, entre lesdeuxplaces Yernonel de Gisors,en facedune depresquîlefacile a garder , cétait intercepter la navigationdu tteuve.couperles deux corps dinvasion, rendre leur communication avecParisimpossible,et les mettre dansla fâcheuse alternativedêtre battusséparément avantdarriversous les mursde Kouen.La positionétaitdonc, dans des circonstances aussi défavorables que celles où se trou-vai! Richard,parfaitementchoisie. La presquîle de Bernières, située""n facedes Andelys, pouvantêtre facilement retranchéea la gorge.appuyéepar une place très-forte de lautre côté du fleuve, permettaitrétablissementdun camp approvisionnépar Rouen et que lon nepouvait songera forcer. La ville de Rouen était couverte,et Philippe-Auguste,s il eût eu lintention de marchersur celte place,naurait pu lefaire sansjeter un regarddinquiétude sur le châteauGaillard quil lais-sait entre lui et la France.Cettecourte description fait déjà connaîtreque Richardétaitmieux quun capitainedune bravoureemportée. Voicicomme le roi-anglo-normand disposalensemble des défensesîle ce point stratégique(fig. 10). A lextrémité de la presquîle A, ducôté de la rive droite, la Seine côtoie des escarpementsde rochescrayeuses fort élevéesqui dominent toute la plaine dalluvion. Sur unilôt B qui divisele fleuve,Richard éleva dabord un fort octogonemunide tours, de fossé set de palissades1: un pont de bois passant à tra-vers ce chàtelet unit les deux rives. A lextrémité de ce potil, en (1,surla rive droite, il bâtit une enceinte, large tête de pont qui fut bientôt !."- ji.irties inférieures de cet ouvrage existent enmre ; "" Endïoil la vile dAndHi. <" fJioit en un S.iinne, a une ilolc " Qui comme un cerne est réondele « Et est di>chacune partie ""Sainne parfondc et I--IMI lie. " Celé Met;, qui sen élevé, " Est si haute au-dessus do levé deau). " Que Sainne par nule crétine (crue) X.i povoir di faire ataïne, .V jusquau plain desu> rrvlonv. Li lîoy Fiichart lol faille clorr -, " A cui ele estoit toute qui 11-, I (un murs à la circuite, Bien crénelez deuvn? nnuvele. En mit ot unetour trop bêle; " Le baille (lenceinteextérieure) le maisonnement et Ku jtournez si richement " Ans pierres mètre et avenir, Que ciert un déduit du veoir. " loint i ot qui la rabeli, " Pour passer Sainne à Andeli t Qui là endroit est grant cl fiere. » (Guill.Giiiart,Branchtdesroi/. riyunij.S. 310:! suiv.) er- et
  • - 85 - [ CliATLAU]<"
  • [ CUATEAU ] - SI) -remplie dhabitations et prit le nom de petit Andely.Un étang, formépar- la retenue des eaux de deux ruisseaux en D, isola complètementcelle tète, de pont. Le grand Andely E, qui existait déjà avant ces tra-vaux, fut également fortifié, enclos de fossésque lon voit encore et quisont remplis par les eaux desdeux ruisseaux. Sur un promontoire élevéde plus de cent mètres au-dessusdu niveau de la Seine, et qui ne serelie a la chaînecrayeuseque par une mince langue de terre, du côtésud,la forteresseprincipale fut assise profitant de toutes les saillies endu rocher. En bas de lescarpement,et enfilée par le château, uneestacade composée Irois rangéesde pieux, vint barrer le coursde F, dela Seine1.Cetteestacade était en outre protégéepar des ouvragespa-lissadesctablis sur le bord de la rive droite et par un mur descendantdune tour bàlie à mi-côtejusquau fleuve; de plus, en amont, et commeune vedette du côté de la France, un fort fut bâti sur le bord de laSeineen H, et prit le nom de ffnutavant. presquîle retranchée à la Latîorge et gardée, il était impossible à une armée ennemie de trouver1assiette dun campement sur un terrain raviné, couvert de rochesénormes.Le val situe entre les deux Andelys, rempli par les eauxabondantesdes ruisseaux,commandé par les fortifications des deuxbourgssitués à chacunede sesextrémités, dominé par la forteresse,ne pouvait être occupé, non plus que les rampes des coteaux envi-ronnants. Cesdispositionsgénéralesprises avecautant dhabileté quede promptilude, Richardapportatous sessoinsà la construction de laforteresse principale qui devait commander lensemble des défenses.Placée, commenouslavonsdit, à lextrémitédun promontoiredont.""sescarpements sont très-abrupts,elle nétait accessible par cette quelangue terre qui réunit le plateau de extrêmeà la chaînecrayeuse;toutelattentionde Richard portadabordde cecôté attaquable. se Voici ifig. 111quelle fut la disposition de sesdéfenses;car il fautdire que le roi anglo-normand présidait lui-même à lexécution de cechâteau, dirigeait ouvriers, les hâtait travail, ne les quittapas leur etquelSuvre fût achevée ne conformément projets. A, en face k ses Ende la languede terre q-û réunit lassiettedu châteauà la hauteur voi-sine, il lit creuserun fosséprofond dans le roc vif et bâtit une forte ethaute dontlesparapets tour atteignaient niveau plateau le du domi- " Au desn.i traversde Sainne, cl Esloîenl en cèle semainnc Ordenéement, commenliz, Entrait Caillant jranz n]z troi« Alouchiinz lune et l.mlre rive. Ni furent p,ismi- |i.,i ni |jp, .Aiespour faire ans nts d-sloijrb.inoe Que leu amena; t dever- France. J.mi.iis mile nef ne fut nuire Qui ne féist les piex desc.mire; Dontl.i ut plainues iu:iiules liarjfcs. » (Guill. lS,-a,t^i roy. Guiarl, <t l,jnnijcs, 3200MÙV.) vers el
  • - S7 - [ CHATEAU Jnant, afin de commander le sommet du coteau. Cette tour fut flanquéede deux autres plus petite-,B, les courtines AD vont on dévalantetsuivent la pente naturelle du rocher; la tour A commandaitdonc tout 1 : -. / ; ^Ê^!gg^|louvrageavancéADD.Un second fossé,également creusédansJeroc, sé-parecet ouvrageavancé corpsde la place.Lennemi ne pouvaitsonger duà selogerdansce secondfossé,qui était enfilé et dominé par les quatretours DD,GC. Les deux tours CC commandaient certainement les deux
  • [ CHATEAUJ - 8H -tours DD1.On observeraque louvrage avancéne communiquait pas;icc les dfliors, mais seulement avec la basse-courdu château. Cétaitlà uni- disposition toute normande, que nous retrouvons à la Roche-(iuyoïi. La première enceinte E du château, en arrière de louvrageavancé H m- communiquant avec lui que par un pont de bois, conte- nait 1rs friiries, des communs ft la chapelle H : cétait la basse-cour. In [nuls ri,ni creusé en F; sous laire de la cour, en G, sont taillées,dans it- me, de vastescaves, dont le plafond est soutenu par des piliersde réserve; ces cavesprennent jour dans le fossé I du château et com- muniquent, par deux Imyaux creusés dans la craie, avec les dehors.En K. souvre la porte du château; son seuil est élevé de plus de deux mètres au-dessusde la contrescarpe du fossé L. Celte porte est masquée-pourlennemi qui seserait emparéde la première porte E, el il ne pou-vait venir lattaquer quen prêtant le liane à la courtine ILet le dos à latour plantée devant cette porte. De plus, du temps de Richard, un ou-Mage pose sur un massif réservé dans le roc au milieu du fossé, cou-vrait la porte K, qui était encore fermée par une herse, des vantaux,el protégée par deux réduits ou postes. Le donjon M sélevait en facede lentréf K et lentilail. Les appartements du commandant étaientdisposesdu côté de lescarpement,en X. cest-à-direvers la partie duchâteau où lon pouvait négliger la déffiise rapprochée et ouvrir desfenêtres. En P, est une poterne de secours, bien masquée et protégéepar une iorte défense O. dette poterne ne souvre pasdirectement surles dehors, mais sur le chemin de ronde H percé dune seconde po-Icriif en S-, qui était la seule entrée du château. Du côté du fleuve,en T, sétagent des tours et tlancs taillés dans le roc et munis de para-pets. ! ne tour V, accolée au rocher, à pic sur ce point, se relie à lamuraille qui barrait le pied de lescarpement et lesrives de laSeine,en se reliant à lestacade Y destinée à intercepter la navigation. Le-grand fosse / descend jusquen bas de lescarpement et est creuséa main dhomme; il était destiné a empêcher lennemi de filer le longde la rivière, en se masquant à la faveur de la saillie du rocher, pourvenir rompre la muraille ou mettre le feu à lestacade. Ce fossé pouvaitaussi couvrir une sortie de la garnison vers le fleuve, et était en com-munication avec les caves G au moyen des souterrains dont nousavons parle. Un? année avait suffi à Richard pour achever le château Gaillard ettoutes les défenses qui sy rattachaient. (Quelle est belle, ma fille dun an! " sécriaceprince lorsquil vit sonentrepriseterminée3.Lexamen 1 Os quatre, tours sunt iliT.isèr- aujourdhui; ou nen distingueplus que le planclquelques portions encore délient. !."- tracesîlesdéfenses re cheminde rondesontà peinevisiblesaiijourir~r.: de Xo"«avonsm !""-nin de nindiquerque par un trait les ouvrages complètement dérast-i 1 EILUqu.unpnl lira lili.i uniusanni » (Brompton, ! IH&t.angl. scriptores antique
  • - 80 - | CHATEAU ]se.ul de ce plan fait voir que Richard navail nullement suivi les tradi-tions normandes dans la construction du château Gaillard, et lon ne peut douter que non-seulement les dispositions générales, mais aussiles détailsde la défensenaient étéordonnéspar ceprince. Cetouvrageayancé très-important, qui savanceen coin vers la langue de terre, rappelle les enceintes extérieures du donjon de la Roche-Guyon ; mais te fosse qui sépare cet ouvrage du corps de la place, qui lisole com- plètement. les Manquements, obtenuspar les tours, appartiennent a Richard. Jusqualors les Manquements, dans les châteaux des xie et xn siècles, sont faibles, autant que nous pouvons en juger ; les construc- teurs paraissaient sêtre préoccupésde détendre leurs enceintespar lépaisseurénormedes murs, bien plusque par de bonsManquements. Hiehard, le premier peut-être, avait cherché un système de défense des murailles indépendant de leur force de résistance passive. Avait- il rapporte dOrient ces connaissances très-avancées pour son temps? (Test quil nousestdifficiledesavoir.Était-ce restedestraditions ce un romaines1?... bien ce prince avait-il, à la suite dobservationspra- Outiques, trouvé dans son propre génie les idées dont il tit alors une siremarquable application ?... Gestdans la dernière enceinte du châteauGaillard, celle qui entoure le donjon des trois côtés nord, est et sud,que lon peut surtout reconnaître la mise en pratique des idées ingé-nieuses de Hiehard. Si nousjelons les yeux sur le plan figure 11, nous remarqueronslaconfigurationsingulière de la dernière enceinte elliptique : cest une""ni. I^TIi.i - Uixt. (lit i-hiiliiiu lïirllinl. PMI-A rvxille. Cétait, coinnu; le dit Guillaumuf-uiart ln <li- plus lii.ms cliasliaus iln mon !"" « El des plus forz, si coin je c:uide. » Au deviser ruUl pan.1 csluidc (Hii.U.u t . " Turt i il <|ui li- intMit le locnt. « Trois paires ili1 fnrz iiiur-i le cloent. " Et Mtul riiuiou adosse/. i lie Iruis ji;iires île pranz fnssez « Là f.ii/ ou le p!,iin de sayxc, » Aiisel, en ruclic nayvc " Ain/ que li liens fu entaillez, - 1 M fn iiKiint IHni deniers hailliez. N»_-cctii, uc nai oi retraire, » nui nu- hum* féist fossez faire » En une espace si pelile " C.»mni<! la place I!CMSdite, ^st "<Puis le lens au t-nyï: Melliu |loncln:ilC.ir Merlini, « Qui coulassent tant eslcllin. » (Cuill. Cuiarl, vers 3202 et suiv.) ^ous verrons tnu1. i riniii.; i-uiutiuiit cette agglomération Je défenses sur un petit.espace précisément i-atise, grandepartie,de lit prisi.1 chàtiMiiGaillard. fut lu en du 1 Jean de Marmoutier , moine chroniqueur du xir >irclii, raconte que GeoffroyPlanta-penet,grand-pèrede RichardCSur-dc-Lion, assiégeant certainchâteau un fort, étudiaitle traité de Vénère.
  • [ CHATEAU ] 90 ->uite de serments de cercle de trois mètres de corde environ, séparéspar des portions de courtine dun mètre seulement. En plan, chacunde ces segmentsdonne la figure suivante (fig. 12 , qui présente unManquement continu très-fort, eu égard aux armes de jet de celteépoque,ainsi que lindiquent les lignes ponctuées.En élévation,cettemuraille bossuée, dont la basesappuie >ur le roc taillé à pic, est dun.I-|..T| formidable ivoy. tig. 13i. Aucune meurtrière nest ouverte dansla partie inférieure: toutela défense était disposée sommet2.Lesdé- aufenses donjon ne sontpasmoinsintéressantes étudier en cequelles du àdiffèrent de toutes celles adoptéesavanf Hicliard (voy.DONJON),et quellessont surtout combinées en vue dune attaque très-rapprochée. Richardsemble avoir cherché, dans la construction des défenses du châteauliaillard, à seprémunir contre le travail du mineur ; cest quen efletla mine et la sape étaient alors (au xn >iecle) les moyens les plusgénéralement employéspar des assiégeants pour faire brèchedans lesmur--dune placeforte, car les engins de jet nétaient pas assez puis-santspour enlaiiier de> murailles tant soit peu épaisses. saperçoit Onque Richard,en vue de ce moyen dattaque, a voulu flanquer avecsoin la base des courtines, ne se fiant pas seulement aux escarpementsnaturelset à la profondeur des fosséspour arrêter lassaillant. Le plan dune portion de la muraille elliptique (fig. 12) est en celadun grand intérêt : son tracé dénote de la part de son auteur un soin,une recherche, une étude et une expérience de leffet des armes de Me*ljuiiïj ilj -"-..MI.].- nceinte)est quatre tanzpli- li. IF. i Trop sont plus lnlcs les entrées ; Et les p;ni7 Imii *. il.ml lt« M-niiro Kn* i.-l l»ii2 lia t.t^s.j scspandenl, " Trop plus liant vci> le ci./l se-tjiijenl. Kulir li> ilijn< a £rant espace luni- tr i|ue, -<-" len |n--i«t lune, - Lantre à iJulTeniire fut cuiiiniuno. - Tunl amont comme en njun>l- " Fîe-iil l.i iiii^ln.- fmïerece Ça dernière ru. . Oui n.-t noblement façonnée, " Et >! !"--"/ cti 11 Mlil|i-f ; f>l|.|llr- lir 11.fi.|||-|.-llt.-i|. >un rjt tj>l»il .Iid.niz . h.-ii?, " Lj scioitqui ne liroit querrc. i (Guill. Guiart, ersoi5Si-i -ui.) En effet, les fosséssont creusésà pic, cl, comme le dit Guillaume,nul naurait pu allerchercher un rat qui serait tombé au foml. : Les constructions sont dérasécsaujoiinriuii au niveau du point 0 (fig. 13); il est pro-bable que des hourds ou bretèehes se po-.n.-ni, m . ,i- di- ^ii^r, au >ommrl de la partieantérieure des segments,ainsi que i,,u~.r.iM,ns indiijué en K, afin (lenfller les fossés,debattra leur fond, et dempêcherainsi le mineur de ^"y attacher. Nous en sommes réduitsur ce point aux conjectures.
  • - ni - [ CHATEAU 1jet qui ne laissentpasde Surprendre.Les portions de cylindre com- posantcette courtinene descendent verticalementjusquàlescarpe pasdu fossé, mais pénètrent des portions de cônes en se rapprochant de-là hase, de manière que les angles rentrants compris entre ces curieset les murs intermédiaires ne puissent masquer un mineur. Cest enfin 12 cheminderondela ligne tirée danslaxe des meurtrières latéralesA qui a lail poser lespoints de rencontre B des hases des cônes intérieurs avec le talus dupied de la muraille. De plus, par les meurtrières A, on pouvait encore,à cause de la disposition des surfaces courbes, viser un mineur attachéau point tangentD, ainsi que lindique la ligne CD.Si les portions decylindres eussent été descendues verticalement, ou M ces segmentseussent été des portions de cônes sans surfaces gauches et sans chan-
  • CUATLAI |gements decourbes, quilest ainsi indiqué X, figure (enne en 12
  • - ÏI3 - [ CIIATKAl |supposantpasles empattements plus forts que ceuxdonnesau rempartdu château Gaillard,afinde ne pasfaciliter lescalade), triangles les l>eussent été à labri des traits tirés dans laxe des meurtrier»1- !;«""-raies A. Par ces pénétrations hv-subtiles de cylindres et de cùnes,visiblesdansla figure 13, Richarddécouvrit, lespointsde la base tousde la courtine à Manquement continu, ce qui était fort important dansun tempsoù lattaque et la défensedes places foi les ne devenaientsérieusesque lorsquelles étaient très-rapprochées. Aujourdhui, tou-.les ingénieurs militaires nous diront que le tracé dun bastion, sesprofils bien ou mal calculés,peuventavoir uneinfluenceconsidérablesur la conservationplus ou moins longue dune place attaquée. Cessoins minutieux apportés par Richard dans le tracé de la dernièredéfense château du Gaillard, défense nélait prévuequen casdune quiattaqueà pied d Suvre par la sapeet la mine, nous indiquentassez legénieparticulier de cet homme de guerre, sachantcalculer, prévoir, atta-chant une importance considérable aux <lélail> les moins importantsen apparence, possédant et ainsi cequi fait les grandshommes,savoir:la justessedu coup dSil dansles conceptionsdensemble,et le soin,la recherche même, dans lexécution des détails. Dans tous ces ouvrages, on ne rencontre aucune sculpture, aucunemoulure: tout a été sacrifié à la défense; la maçonnerie est bien faite,composée dun blocagede silex reliéspar un excellent mortier, revêtudun parement de petit appareil exécuté avec soin et présentantsur quelques points des assisesalternées de pierres blanches etrousses. Tant que vécut Richard, Philippe-Auguste, malgré sa répulalionbien acquisede grand preneur de forteresses,no-a tenter de faire lesiège du château Gaillard: mais après la mort de ce prince, et lors-que la Normandie fut tombée aux mains de Jean-sans-Terre, le roifrançaisrésolut de semparerde ce point militaire qui lui ouvrait lesportes de Rouen.Le siègede cette place, racontéjusque dansles plusmenusdétails par le chapelaindu roi, Guillaume le Breton, témoinoculaire, fut un des plus grandsfaits militaires du règne de ceprince;et si Richard avait montré un talent remarquabledansles dispositionsgénérales et dans les détails de la défense de cette place, Philippe-Augusteconduisit son entreprise en homme de guerre consommé. Le triste Jean-sans-Terre sut pas profiter desdispositions straté- negiquesde sonprédécesseur. Philippe-Auguste,en descendant Seine, latrouve la presquîle de Bernières inoccupée; les troupes normandes,trop peu nombreuses pour la défendre, se jettent dans le chàteletde lîle et dansle petit Andely, aprèsavoir rompu le pont de bois quimettait les deux rives du fleuve en communication. Le roi françaiscommencepar établir son campementdans la presquîle, en facedu château,appuyant sa gauche au village de Bernières et sa droite,à Toëni (voyez fig. 10), et réunissantcesdeux postespar une ligne de
  • [ CHATEAU 1 _ t -circonvallation dont on aperçoit encoreaujourdhui la trace KL. Afinde pouvoir taire arriver la flottille destiner à lapprovisionnement ducamp. Philippe lait rompre par dhabiles nageurslestocadequi barrele fleuve. c»- cela sous une grêle de projectiles lancéspar lennemi1. " Aussitôt âpre*, dit Guillaumele Breton, le roi ordonnedamener« de large- naire>, tels que nous en voyons voguer sur la Seine, et- qui transportent ordinairement les quadrupèdeset les chariots le " long du tleuxe, en les couchant sur le flanc, et les posant immédia- tement lun à la suite de lautre, un peu au-dessous des remparts du château; et, afin que le courant rapide des eaux ne put les" entraîner, on les arrêta à laide de pieux enfoncés en terre et unis par îles cordes e( des crochets. Les pieux ainsi dressés, le roi fit établir" un pont sur des poutres soigneusement travaillées »,afin de, pouvoir « Puis il fit élever sur quatre navirespa--er sur la rive droite ..... deux tour-, construite-; avec des tronc- darbres et de fortes pièces de chêne vert. lié- ensemble par du fer et deschaînes bien tendues, pour en faire en même temps un point de défense pour le pont et" un moyert dattaque contre le châtelet. Puis les travaux, dirigés avec habileté sur ces navire-, élevèrent les deux tours à une ,-( grande hauteur, que de leur sommet les chevaliers pouvaient faire plonger leurs traits sur les murailles ennemies " i celles du châtelet situé ni milieu de 1île). dépendant Jeaii-sans-Terre tenta de secourir la place : il envoya uncorps darmée compo-é de trois cents chevaliers et trois mille hommesii cheval, soutenus par quatre mille piétons et la bande du fameuxLupicar-, Cette troupe se jeta la nuit sur les circonvallations de Phi-lippe-Auguste, mit en déroute le- ribaud-, et eût certainement jeté tIu-r-nr- François garni* A- t.ni;< - " QIIOlrn Jnjt m IIPX f.ii? loer. . lrvnncnt nus par Sainnu à noer ; ,l:d, mères et a haches, , Vont de-romp.mt piex et e;t,i L, - U-LM- de leur place lievent. fui i Cil an Gaillard formentle? prievenl. ijni LiiIrVu- ?ielent grosses piorr, - l.irs et quarriaus à tranchan/ quierrc-. -i espés que touz lè^ en queuMvnt ; N"ii-pour-quant ileuques tant ouvrent, i "rnment quaucuns ocis » soient. c Que le? trois paliz en envoient, K"nz et tranchiez, contrerai Sainn«. -i que tnuto nef, roide ou plnuiiv-. i Puct par lj, sans destourbemenl, f.i--( i i-- . l..i . Gui , " -,iv.) An"luis meuvent, le jour décline, , Leur ust, qui par terre iliciiiiiif, - -n a f petit pas serr< ,. <iLa ol tante lance ferrée.
  • - Ho - [ CHATKAt J,dans le fleuve le camp «1rsFrançais, *ils neussent été protèges parle retranchement, et si quelques chevaliers, faisant allumer partoutde grandsfeux, neussentrallié un corps délite qui, reprenantloffen-sive, rejeta lennemi en dehorsdes lignes. Une flottille normandequidevait opérer simultanément contre les Français arriva trop tard; ellene put détruire les deux grands beffrois de bois élevés au milieu dela Seine, et fut obligée de se retirer aec de grandes pertes. « Un certain Galbert, très-habile nageur, continue Guillaume le «Breton , ayant rempli des vasesavec de^ charbons ardents, les ferma"> les frotta de bitume à lextérieur avec une telle adresse, quil et» devenait impossible à leau de les pénétrer. Alors il attache autour« de son corps la corde qui suspendait ces vases, et plongeant sous<"leau, sans être vu de personne, il va secrètement aborder aux palis- sadesélevées en bois et en chêne, qui enveloppaient dune double(i enceinte les murailles du châtelet. Puis, sortant de leau, il va mettre" le feu aux palissades, vers le côté de la roche Gaillard qui fait face« au château,et qui nétait défendupar personne,lesennemis nayant nullement craint une attaque sur ce point ..... Tout aussitôt le feu sattache aux pièces de bois qui forment les retranchements et aux» muraillesqui enveloppentlintérieur du châtelet. » La petite gar-nison de ce poste, ne pouvant combattre les progrès de lincendie,activé par un vent dest violent, dut se retirer comme elle put sur desbateaux. Après ces désastres, les habitants du petit Andely nosèrenttenir, et Philippe-Auguste sempara en même temps et du châteletet du bourg, dont il fit répare! les défenses pendant quil rétablissaitle pont. Ayant mis une troupe délite dans ces postes, il alla assiéger lechâteau de Radepont, pour que sesfourrageurs ne fussent pasinquiétéspar sa garnison, sen empara au bout dun mois, et revint au châteauGaillard. Mais laissons encore parler Guillaume le Breton, car les dé-tails quil nous donne des préparatifs de re siège mémorable sont,du plus grand intérêt. « La roche Gaillard cependant navait point à redouter dêtre prise« à la suite dun siège, tant à cause de ses remparts que parce quelle« estenvironnéede toutes parts de vallons, de rochers taillés à pic,« de collines dont les pentes sont rapides et couvertes de pierres ; en" sorteque, quand même elle naurait aucune autre espècede forti-" tîcation, sa position naturelle suffirait seulepour la défendre.Les« habitants du voisinage sétaient donc réfugiés en ce lieu, avec tous« leurs effets, afin dêtre plus en sûreté.Le roi, voyant bienque toutes, « T.inle a « Kt lanlo liirp- .< ]»i«lni r» « Pointe dif, il;i/iii et île >;iblc, a Que ii Mxùrs e^»l ilolilahlc. » (Gnill. Guiarl, icrs 3U5 cl suit.;
  • "" les machinesde guerre et tous les assautsne pourraient le mettre« en état dr reinerser dune manière quelconqueles murailles bâties sur le sommet du rocher, appliqua toute la force de son esprit à(i chercher dautres artifices pour parvenir à quelque prix que ce fïit,- et quelquepeine quil dût lui en coûter, à semparerde ce nid dont Imite la Normandie est si tîère. « Alors donc le roi donne lordre de creuser en terre un double.. fossésur lespentesdes collines et à travers les vallons (une ligne de.. contrevallation et de circonvallation), de telle sorte que toute len-« ceinte de son camp soit comme enveloppéedune barrière qui ne«" puisseêtre franchie,faisant,àlaide de plus grandstravaux,conduire« cesfossésdepuis le fleuve jusquau sommet de la montagne, qui. sélève vers les cieux, comme en mépris des remparts abaisséssmi>« elle1, et plaçantcesfossésà une assezgrande distance murailles des"<(du château pour quuneflèche,lancéevigoureusement i dune double arbalète, ne puissey atteindre quavecpeine. Puis, entre ces deux«.fossés, le roi fait élever une tour de bois et quatorze autres ouvrages" du même genre, tous tellement bien construits et dune telle beauté,« que chacundeux pouvait servir dornementà uneville, et dispersés.. en outre de telle sorte, quautant il y a de pieds de distance entre la première et la secondetour, autant on en retrouve encore de la.. seconde à la troisième Après avoir garni toutes ces tours de >er-« viteurs et de nombreux chevaliers,le roi fait en outre occuper tous"" les espaces vides par ses troupes, et, sur toute la circonférence, disposant les sentinelles de telle sorte quelles veillent toujours, en alternant dune station à lautre; ceux qui se trouvaient ainsi.. en dehors sappliquèrent alors, selon lusage des camps, à se <-on-(i struire des cabanes avecdes branchesdarbres et de la paille sèche.» afin de se mettre à labri de la pluie, desfrimas et du froid, puisquils.. devaientdemeurer longtemps en ces lieux. Et comme il ny avait (uun seulpoint par où lon pût arriver versles murailles (du château),.. en suivant un sentier tracé obliquement et qui formait diverse-, sinuosités2,le roi voulut quune double garde veillât nuit et jour.. et avecle plus grand soin à la défensede ce point, afin que nul ne" put pénétrer du dehors dans le camp, et que personnenosât faire Ce passageexplique parfaitement lassiette du eamp de Philippe-Auguste qui setrouvait en R (fig. 10), précisémentau sommetde la colline qui domine la roche Gaillardet qui ne sy réunit que par cette langue de terre dont nom avonsparlé. On voit encore,dailleurs, les traces des deux fossésde contrevallation et de eirconvallalion creusésparle roi. Ces travaux de blocus ont les plus grands rapports avec n-ux décrit* par César etexécutésà loccasion du blocus dAlesia; ils rappellent égalementceux ordonnéspar Tituslors du siège de Jérusalem. * Cest le sentier qui aboutit à la poterne S ioyez la figure lli. Cétait en effet la seuleentrv1? du château Gaillard.
  • - 97 - [ CIIATKAT ]" ouvrir les portesdu châteauou en sortir, sansélre aussitôtou frappé« de mort, ou fait prisonnier » Pendant tout lhiver de 1:21 a 1204, larmée française resta dans ses Ci lignes. Roger de Lascy, qui commandait dan- le château pour Jean- sans-Terre, fut obligé, afin de ménager ses vivres, de chasser les ha- bitants du petit Andely qui sétaient mis sous sa protection derrière les remparts de la forteresse. Ces malheureux, repoussésà la lois parles assiégéset les assiégeants,moururent de laim et de misère dansles fossés, au nombre de douze ceiils. Au mois de février 1204,Philippe-Auguste,qui sait que la garnisondu château Gaillard conserve encore pour un an de vivres, ""impatient"en son cSur », se décide à entreprendre un -ie^,. en règle. Il réunitla plus grande partie de ses forces sur le plateau dominant, marque Hsur notre figure 10. De là il fait faire une chaussée pour aplanir le sol jusquau fossé en avant de la tour A (fig. 11 . « Voici donc, du soni- «"met de la montagne, jusquau fond de la vallée, et au bord des pn- « miers fossés, la terre est enlevée a laide de petits boyaux, et recuit «lordre de se défaire de «es asperiiés rocailleuses, afin que lun <"puisse descendre du haut jusquen bas. Aussitôt un chemin, Mitïi- « samment large et promptement tracé à force de coups de hache, se« forme à laide de poutres posées les une> a côlé des autres et M>U- < lenues des deux côtés par de nombreux poteaux de chêne planh-s en terre pour faire une palissade. long de ce chemin, le- homme--, Le« marchant en sûreté, transportent des pierres, des branches, des« troncs darbres, de lourdes mottes de terre garnies dun gaxon ver-" doyant, et les rassemblent en monceaux, pour travailler a combler-le fossé (fig. H -. Bientôt sélèvent sur divers points résultat« que nul neût osé espérer de nombreux pierriers et des mangon--<neaux, dont les bois ont été en peu de temps coupés et dresses, et<« lancent contre les murailles des pierres et desquai tiers de rocs qui" roulantdans les airs. Et afin que les dards, les traits et les (lèches,« lancés avec force du haut de ces murailles, ne viennent pas blesser Celle chausséeesl encore visible aujourdhui. * La figure 14 représente à vol doiseau le châteauGaillard au moment mi, I :s appni-"ehesétant à peu près terminées, les assiégeantsse di*po~ent à aller mmhler le lusse. On"voit en A lestacade rompue par les gens de Philippe-Auguste pour pouvoir l.iin passer1-sbateauxqui devaient attaquer lîle B; en C, le petit Andely; eu E, lélan^: entre le prtilet le grand Andely ; D, les tours de lu ligne de circonvallation et de r-mitr ,ill.ihnu tracéepar Philippe-Auguste, alin de rendre linvestissement du châle,m (..nli.ird ..mplet ; 1", li:val où moururent faim et di misère la plupart desmalheureux sYi.iirnt réfugie de |uidans le châteauet que la garnison renvoya pour ne pas épuiser sesvivres. On voit au^i,à lextrémité de la diaii^er faite par ranin-e assiégeante,pour arriver p.M- une pente anfossé de louvrage avancé,deux grandes pierrières qui battent la tour saillante cnntrcJ.iquelle toute lattaque est dirigée; puis, en arrière, un beffroi mobile qUp- lon fait avan-cer pour battre tous les couronnements cet ouvrageavain-.- eiMpèrlitT .-.sçiégés de et i,.s«le sy maintenir. IlL - 7
  • l CIIAT1ÎAU J - U8 -« sanscesseles ouvriers et manSuvresqui, transportant des projec- 1 ? . 1 , .n i ,^F >f . : -^cga^ -Tv -W y , " y^ i v, i|! " v_ ;-, ".--*" , - " , ,.,^-~1 "; &$ "> i?^^^"^^9*»^ s ^Iffl , " . -*];§£ ^%*% « tiles, sont exposésà latteinte de ceux des ennemis, on construit
  • - (Ml - [ CHATEAU ]« entre ceux-ci et les remparts une palissadede moyenne hauteur,"" formée de claieset de pieux, unis par losier flexible, afin que cette" palissade,protégeantles travailleurs, reçoive les premiers coups et- repousse les traits trompe- (Lui- leur direction. Dun autre côté, on""fabrique des tours, que lon nomme aussi beffrois, à laide de beau-« coup darbres et de chênes tout verts que la doloire na point tra-" vailles et dont la hache seule a grossièrement enlevé les branchages;« et ces tours, construitesavec les plus grandsefforts, sélèventdans« les airs à une telle hauteur, que la muraille opposée safflige de se< trouver fort au-dessous delles « A lextrémité de la roche el dans la direction de lest (sud-est .« était une tour élevée lia Imir A. tig. 11), flanquée des deux côtés par" un mur qui se terminait par un angle saillant au point de sa jonction.ii dette muraille se prolongeait sur une double ligne depuis le plus""grand des ouvrages avances(la tour Ai et enveloppai! les deux flancsii de louvrage le moins élève . Or M ici par quel coup de vigueur nos gensparvinrent à se rendre dabord maîtres de celle tour (A). Lors-ii quils virent le fossé a peu près comblé, ils y établirent leurs échelles"< y descendirent promptemeut. Impatients de tout retard, ils trans- et« portèrent alors leurs échelles vers lautre bord du fossé, au-dessus " duquel se trouvait la tour fondée sur le roc. Mais nulle échelle,» quoiquelles fussent assezlongues, ne se trouva suffisante pour al-"< teindre au pied de la muraille, non [dus quau sommet du rocher.Hdoù partait le pied de la tour. Remplis daudace, nos gens se mirentn il percer alors dans le roc, avec leurs poignards ou leurs épées,pour y faire des trous où ils pussent poser leurs pieds et leurs mains, et, se glissant ainsi le long des aspérités du rocher, ils se trouvèrent" lout à coup arrivés au point où commençaient les fondations de« la tour2. Là, tendant les mains à ceux de leurs compagnons qui« se traînaient sur leurs Iraces, ils les appellent à participer à leur II sagit ici, comme on le vmt, dp tout louvrage avancé dont les deux murailles. formantun angleaigu au puint de leur réunion avec,la Imu |ii-iuei|>j|eA, ont en déclinant Miivant la pente du terrain. La description de iHiillaume est donc parfaitement exacte. La fidélité srrupuleti-.- île la narration de Guillaume ressort pleinement lorsquon exa-mine le point quil décrit ici. Eu effet, le fos«éest creusé dans le roc, à fond de cuve; ila dix mètres de large environ sur sept à huit mètres de profondeur. On comprend très-bien que les soldats de Philippe-Auguste, ayant jeté quelques fascineset des paniers delerre dans le fossé,.impatients,aient posé des échelles le long de la contrescarpeet aientniihi se servir de ceséchelles pour escaladerlescarpe, espérantain>i atteindre la basede la tour; mais il est évident que le fossé devait être comblé en partie du côté de larontrescarpe,tandis quil ne létait pas encore du côté de lescarpe, puisquil est tailléà fond de cuve;dèslorsles échelles, étaientassez qui longues pourdescendre, létaient nepas assezpour remonter de lautre côté. Lépisode des trous creusés i laide de poignardssur lesflancsde la contrescarpe rien qui doivesurprendre, rocher étant une craie na lemêlée de silex. Une saillie de soixante centimètres environ qui existe entre le sommetdela contrescarpe la basede la tour a pu permettreù de hardis mineursde sattacher et
  • [ CHATEAU ] - 100 -« entreprise; et, employant des moyens qui leur sont connus, ils tra- vaillent alors à miner les flancs et les fondations de la tour, se cou- vrant toujours de leurs boucliers, do peur que les traits lancés« sur eux ^aiis relâche ne les forcent à reculer, et se mettant ainsi« à labri jusquà ce quil leur soit possible de secacher dansles en-» traillês mêmesde la muraille, après avoir creusé au-dessous. Alors« ils remplissent ces creux de troncs darbres, de peur que cette par-« lie du mur, ainsi suspendue en lair, ne croule sur eux et ne leuru fasse beaucoup de mal en saffaissant: puis, aussitôt quils ont agrandi cette ouverture, ils mettent le feu aux arbres et se retirenl" en un lieu de sùrelé. » Les élançons brûlés, la tour sécroule enpartie. Roger,désespérant alors de sopposerà lassaut, fait mettre lefeu a louvrage avancé et se retire dans la seconde enceinte. LesFran-çais >e précipitent sur les débris fumants de la brèche, et un certainCadoc, chevalier, plante sa bannière au sommet de la tour à demi ren-versée. Le pelil escalier de cette cour, visible dans notre plan, date<li-la construction première; il avait dû, à cause de sa position encla-vée, rester debout. (Test probablementpar là que Cadocput atteindrele parapet resté debout. Mais les Normands sétaient retirés dans le château séparé de lou- i.i-e avance par un profond et large fosse. Il fallait entreprendre un nouveau siège. « Jean avait fait construire, lannée précédente, une« certaine maison conliguê à la muraille et placée du côté droit du " château, en face du midi1. La partie inférieure de cette maison élail destinée à un service qui veut toujours être fait dans le mys- tère du cabinet-, el la partie supérieure, servant de chapelle, était " consacrée a la célébration de la messe : la il ny avait point de porte au dehors, mais en dedans (donnant sur la cour) il y en avait une par ou lon arrivait à létape supérieur, et une autre qui conduisait a létape inférieur. Dans cette dernière partie de la maison était une «"fenêtre prenant jour sur la campagne et destinée à éclairer les la- "" trines. ">Un certain Bogis, ayant avise cette fenêtre, se glissa le longdu fossé, accompagné quelques braves compagnons, et saidant demutuellement, tous parvinrent à pénétrer par cette fenêtre dans leaux flancsde louvrageEncoreaujourdhui,le texte de Guillaume la main, on suit pas àà pas toutes ces opérations de lattaque, et pour un peu on retrouverait enooiv le* trnuspercés dans la craie par ces braves pionnier-, lorsquils reconnurent que leurs échel|.-s"étaienttrop courtes pour atteindre le sommetde lescarpe. 1 r.est le bâtiment H tracé sur notre plan, fig. 11. ! Cijtaientles latrines. Danssonhistoire prose, en lauteursexprime aiiiM: « Qun.l".< quidemreligion!contrariumvidebatur. Les latrinesétaientdonc placées » sousla clia-;.e)]e, leur établissement, côté lescarpement, et du de n,iv;iitpas Mi/li-.-irntnenl éle g i-ranti contreuneescalade, comme va le voir.Les latrines on jouentun rôle importantdan>lesattaques châteaux surprise; des par aussion verracomme, pendant xiii et xivsièel "*, leselles furent lobjet dune étude toute spéciale.
  • - 101 - [ CHATEAE ]cabinet situé au rez-de-chaussée. Réunis dans cet étroit espace, ilsbrisent les portes : lalarme se répand parmi la garnisonoccupant la busse-rour, et croyant quune troupe nombreuse envahit le bâti- ment de la chapelle, les défenseurs accumulent des fascines et y met- tent le feu pour arrêter lassaillant; mais la flamme se répand dansla seconde enceinte du château, Bogis et ses compagnonspassentù travers le logis incendié et vont se réfugier dans les grottes marquéesG sur notre plan (fig. 11). Roger de Lascy et les défenseurs, réduitsau nombre de cent quatre-vingts, sont obligés de se réfugier dans ladernière enceinte, chasséspar le feu. « A peine cependant la fumée « a-t-elle un peu diminué, que Bogis. sortant de >a retraite et courant « il travers les charbons ardents, aidé de ses compagnons, coupe la « corde et abat, en le faisant rouler sur son axe, le pont mobile qui«était encore relevé, afin douvrir un chemin aux Français pour"<sortir par la porte. Les Français donc savancent en hâte et se prépa-« rent à assaillir la haute citadelle dans laquelle lennemi venait de se» retirer en fuyant devant Bogis. « Au pied du rocher par lequel on arrivait à cette citadelle était un«pont taillé dans le roc vif2, que Richard avait fait ainsi couper au-« trefois, en même temps quil lit creuser les fossés.Ayant fait glisser« une machine sur ce pont3, les nôtres vont, sous sa protection, creu-« ser au pied de la muraille. De son côté, lennemi travaille aussi aH pratiquer une contre-mine, et, ayant fait une ouverture, il lance des« traits contre nos mineurs et les force ainsi à se retirer4. Les assié-« gés cependant navaient pas tellement entaillé leur muraille quelle«"fût menacée dune chute; mais bientôt une catapulte lance contre- elle dénormes blocs de pierre. Ne pouvant résister à ce choc, la« muraille se fend de toutes parts, et, crevant par le milieu, une partie- du mur sécroule » Les Français semparent de la brèche, et lagarnison, trop peu nombreuse désormais pour défendre la dernièreenceinte, enveloppée, na même pas le temps de se réfugier dans ledonjon et de sy enfermer. Cétait le 6 mars 1204. Cest ainsi que Phi-lippe-Auguste sempara de ce château, que ses contemporains regar-daient comme imprenable. Si nous avons donné à peu près en entier la description de ce siège Cest le pont mari|ué sur notre plan et communiquant de louvrage avancé i tabasse-cour E 5 Cest le pont L, fi-. 11. 3 Un chat (voy. ACHITECTTRE MILITAIRE). « ln rlial fait sur le pont alrairc. » iGnill. Guiarl, crs 1310.) Richard avait eu le tort de ne pas ménager des embrasuresà rez-de-clianssécpourrnfiler ce pont, et le chat garantissant les mineurs français contre les projectiles lancésiln sommet la muraille,les assiégés de sont obligésde créneler murailleau niveaudu lasoi de la cour
  • [ CHATEAU ]mémorable écrit par Guillaume le Breton, cest quelle met en évi-dence un fait curieux dans lhistoire de la fortification des châteaux.Le châteauGaillard, malgré sa situation, malgré lhabileté déployéepar Richarddanslesdétailsde la défense, trop resserré;les ob- est: taries accumules sur un petit espacedevaient nuire aux défenseursen les empêchantde se porter en massesur le point attaqué. Richardavait abusé des retranchements, des f<^-es intérieurs; les ouvragesamoncelés les uns sur les autres servaient dabri aux assaillants, quisen emparaientsuccessivement il nétait plus possiblede les délo- :ger; en se massant derrière ces défenses acquises, ils pouvaientsélanceren force sur les points encoreinattaqués, trop étroits pour("Ire garnis de nombreux soldats. Contre une surprise, contre uneattaquebrusque tentée par un corps darmée peu nombreux, le châ-teau Gaillard était excellent; mais contre un siège en règle dirigé parun général habile et soutenu par une année considérableet bienmunie dengins,ayant du temps pour prendre sesdispositions et de-hommesen grand nombre pour les mettre à exécution sansrelâche.il devait tomber promptement du moment que la première défenseétait forcée; cest ce qui arriva. Il ne faut pas moins reconnaître quele châteauGaillard nétait que la citadelle dun vasteensemblede for-lifications étudié et tracé de main de maître : que Philippe-Auguste,armé de toute sa puissance,avait dû employer huit mois pour le ré-duire, et quenlin Jean-sans-Terre navait fait quune tentative pour lesecourir. Du vivant de Richard, larmée française, harcelée du dehors,neût pas eu le loisir de disposersesattaquesaveccette méthode;ellenaurait pu conquérir cette forteresse importante, le boulevard dela Normandie,quau prix de bien plus grandssacrifices, et peut-êtreeût-elle été obligée de lever le siège du château Gaillard avant davoirpu entamer ses ouvrages extérieurs. Dès que Philippe se fut emparede ce point stratégique si bien choisi par Richard, Jean-sans-Terrene songeaplus quà évacuerla Normandie, ce quil fit peu de temp^après, sans même tenter de garder les autres forteresses qui lui res-taient encore en grand nombre dans si province, tant leffet moralproduit par la.prise du <liàteau Gaillard fut déci>il. 1 Le château Gaillard fut r."partipar Philippe-Auguste aprèsquil sen fut empan-,et il est à croire quil améliora même certaines parties de la défense. H supprima, ainsic|uon peut encore aujourdhui sen assurer, le massif de rocher réservé au mili MIdufosséJe la dernier.enceinte elliptiqua,et supportant pont,ce massifayantcontribué leà la prise de la portede cette enceinte. châteauGaillardfut assiégé seconde Le une foisau XVesiècle,et repris par le roi Charles aux Anglais,ainsi que le raconteAlain VIIChartierdans son histoirede ce prince.« Cemo< d.- -i-plembre (14-19), seneschal le de« Poictou,et Mons.îigneur Cullant,mareschal France,messirePierre de Brezé, de de(.messire Denys Chailly, plusieurs de et autres,le rny présent, firent mettrele siègec devant ChastcauGaillard, où eut à larrivée de grau- viill.incfs faictes, et de bellesc armes. Le siège y fut longuement. Car cest un il,", /ihf, jurtu ilia^tentih de Normandie,u assic tout le haultdunrocq Joignant la rmrre de Seine; tellemanière sur de en qui»
  • lll.j - L CUATKAU ] Nous avons dû nous occuper des châteaux normands des xi etxii" sièclesde préférenceà tous ceux qui furent élevéspendantcellepériode dansles autresprovincesde la France,parcequeceschâteauxont un caractère particulier, quils diffèrent en beaucoup de poinKdes premières forteressesdu moyen à^c bâties pendant le mêmetemps sur le sol français, et surtout parce quils nous semblentavoirlait faire un pas considérable à lart de la fortification. Au xnf siècle,les châteauxfrançaisparaissentavoir profité des «li-positions de détail prises par les Normand* dan* leurs châteaux, mais 15en conservant cependantquelquechosedes traditions mérovingienneset carlovingiennes. Nous en trouvons un exemple remarquable dansle château de Montargis, dont la construction remontait au xnr siècle" nuls enginsne le pouvoicntgrever.Le roy sen retourna soir au gisteà Louviers,<"( an<" jour en jour, tant quil y fut alloit venir et fortifier le dit siège,auquellen lit />/»- de.« sieursbastilles.Et aprèsla fortificationsenretourneront dits seigneurs les françois,fors« seulementles dits do Brczé et île Cliailly, qui là demnnrerentaccompaignez plusieurs de* francs-archers pour la gardedicellcs bastille^.> s>- gouvernèrent tous grandement
  • ]cl dunl nous donnonslr plan dig. 15). Bâti en plaine, il commandaitlamille de Parisa Orléansqui passaitsous les portes défenduesA et B.lies fisses S enveloppaientles défensesextérieures. La route étaitballin-de liane par un front tlanquéde tours et communiquait au châ-teau par une porte C (voy. PORTK). Une autre porte D, passantà tra-vers une grossetour isolée (suivant une méthodequi appartient à laLoire, et que nous voyons surtout pratiquée au xive siècle dans laliasseLoire et la Bretagnepar le connétableOlivier de Clisson),étaitd nu accèstrès-difficile.(Juantauxdispositionsintérieures du château,elles sont dun grand intérêt et indiquent nettement les moyens dé-feiisifs des garnisonsdes châteaux français. Les tours sont très-sail-lantesMU- courtines, afin de les bien flanquer; au nord, point sail- leslant et faible par conséquent, était élevé un gros ouvrage présentantdeux murs épais élevés lun derrière lautre, éperonnés par un murde retend flanqué de deux tours dun diamètre plus fort que lesautres. En (J, était la grand salle, à deux étages, dans laquelle toute lagarnison pouvait être réunie pour recevoir des ordres, et de là seré-pandre promplement sur tous les points de lenceinte par un escaliera trois rampes I. La réunion de cet escalier à la grand salle pouvaitêtre coupée, et la grand salle servir de retrait si lenceinte était forcée.La jîrand salle est un des traits caractéristiques du château français,ainsi que nous lavons dit au commencement de cet article. Dans lechâteau normand, la grand salle,est située dans le donjon, ou plutôtle donjon nest que la grand salle devenue défense principale. Dans lechâteau français du xm siècle, la grand salle se distingue du don-jon: cest le lieu de réunion des hommes darmes du seigneur franc :il y a là un dernier souvenir desmSurs du chef germain et de ses com-pagnons. Le gros donjon F est au centre de la cour, comme dans le châteauprimitif du moyen âge (tig. 1); il est à plusieurs étages, avecune courcirculaire au centre; il était mis en communication avecla grand salle,au premier étage, au moyen dune galerie K, pouvant être de mêmecoupée à son extrémité. Ce donjon commandait toute lenceinte et sesbâtiments: mais, nayant pas de sortie sur les dehors comme le donjonnormand,il noffrait pasles mêmesavantages pour la défense. garni- Lason était casernée dans les bâtiments L du côté où lenceinte était leplusaccessible. 0, étaientles écuries, la boulangerie,lesmagasins; Enen H, la chapelle,et en X un posteà proximité de lentrée D. Les petitsbâtimentsqui entouraientle donjon étaientdune datepostérieure à sav« et sagement; et tant que au bout de cinq sepmaines,les dits Anglois se rendirent, et«mirentle dit Chasteuu Gaillard lobéissance roy...» II est évident ce siège en du quenrst quun blocuset que lesAnglaisneurent pas à soutenir dassauts le manque ; devivresles décida probablement capituler,car ils sortirent leurs corpset biens saufs à ;la garnison composait deuxcentvingt combattants. à cetteépoque se de Même encore»;où lartillerie à feu était en usage, cbàteau le Gaillardétait une placetrès-forte.
  • inr, - [ ciiATii.u iconstruction. La poterne E donnait accès dans de vastesjardins en-tourés eux-mêmes dune enceinte . En France et en Normandie, dès lépoque rarlmindienne, lesenceintes des châteaux étaient flanquées de tours. Mais sur les bordsdu Ithin et les provinces voisines de la Germanie, il ne paraît pas quecemoyende défenseait été usité avantle xm*siècle,ce qui ferait sup-poser que les tours flanquantesétaient une tradition gallo-romaine. « Les monuments féodaux du xc siècle jusquaux croisades, dit« M. de Krieg-, ont, sur les deux rives du Rhin, leur type commun.« On y trouve dabord la tour carrée (rarementcylindrique , qui est« ou assisesur des soubassements romains, ou copiéereligieusement<(daprès ces modèles, avec leur socle, leur porte dentrée au-dessus« du sol et leur plate-forme, (les tours ont pris le nom allemand de« bercli fiiif, en latin berefredus,en français be/froi.... Les enceintes de« ces plus anciens châteaux manquent absolument de flanquement«<extérieur. Elles sont surmontées dune couronne de nierions "» Nous irons plus loin que M. de Krieg, et nous dirons même que lestours employées comme moyen de Manquement des enceintes ne -erencontrent que très-rarement dans les châteaux des bords du Hhinet des Vosgesavant le xv" siècle. Le château de Saint-Ulrich, la partieancienne du château de HohenkSnigsbourg, le château de KSnigsheim,celui de Spesbourg, bien que bâtis pendant les xiir et xiv" siècles,sont totalement dépourvus de tours flanquantes3. Ce sont des bâti-ments formant des angles saillants, des figures géométriques rectdi-gnes à lextérieur, et venant se grouper autour du donjon ou beffroi.La plupart de ces châteaux, élevés sur des points inaccessibles, pren-nent toute leur force de la situation du rocher qui leur sert dassietteet ne sont que médiocrement défendus. Le donjon surmontant le^bâtiments permettait de découvrir au loin la présence dun ennemi,.et la garnison, prévenue, pouvait facilement empêcher lescalade derampes abruptes, barrer les sentiers, et arrêter un corps darmée1nombreux, loin du château, sans même être obligée de se renfermerderrière ses murs. Cependant situationsanalogues des nempêchaientpasles seigneursfrançais de munir de tours les flancs et angles saillants de leurs châ-teaux pendant les XH, xme et xi" siècles. II se fit, dans la construction des châteaux, au xm siècle, une mo-dification notable. Jusqualorscesrésidencesne consistaient,commenous lavons vu, que dans des enceintes plus ou moins étendues, sim-ples ou doubles, au milieu desquellessélevaientle donjon qui ser-vait de.demeure seigneurialeet la salle, quelquefois comprise dans 1 Ce château nexisd- plus ; le plan, des élévations et détails, dun grand intérêt, sontdonnés par Ducerccaudans ses plu* c.cceUens liaslimens de Franrf. Notes insérées dans le liitllethl woliuw., vol. IX, p. 2ifi et suiv. 1 Voye/.les Moiessur queli/iicacliiitrau.r île l.[lmice, par M. AI. Ramé. Paris, 1835.
  • [ CllAIKAfJ 100 -le donjon même.Les autres bâtiments nétaient que des appentis debois séparés uns des autres, ayant plutôt lapparencedun campe- lesment que dune résidencefixe. La chapelle, les réfectoires, cuisines,magasinset écuriesétaient placésdans lintérieur dr lenceinte et nese reliaient en aucune façon aux fortifications. Nous avons vu que,dans le plan du châteaude Montargis (fig. loi, déjà les bâtiments deservice sont attenants aux murailles, qu ils sont bâtis dans un certainordre, et que ce sont des logis fixes. 11semblerait quau xm siècleleshabitudes des seigneurs et de leurs gens, plus civilisés, demandaientdes dispositionsmoins barbaresque cellesacceptées jusqualors. Nousvoyons combien les logis fixes ont peu dimportance encore dans le«"bateau (îaillard, résidence souveraine élevée à la tin du XIIe siècle. Ona peine à comprendre comment une garnison de quelquescentainesdhommes pouvait vivre dans cet étroit espace, presque exclusive-ment occupé par les défenses. Les soldats devaient coucher pêle-mêledans les tours et sous quelques appentis adossésaux murailles. En Angleterre, où les documentsécrits abondentsur les habitationsseigneuriales anciennes, on trouve des preuves de cette modificationapportéepar le xmç siècle.A cette époque,les résidencesroyales for-tifiées reçoivent de nombreuses adjonctions en bâtiments élevés avecun certain luxe ; les châteaux des barons prennent un caractère plusdomestique; souventmêmele donjon, ainsi que le dit M. Parkerdansson Architecturedomestique1, abandonné pour une salle et des cham- futbres construites dans lenceinte intérieure. Cest à cause de ce chan-gement que, danspresque toutes les descriptions de châteaux bâtisdu tempsde Henri III et dEdwardIer, les grandes tours ou donjonssont représentés comme étant dans un état délabré et généralement.sans couvertures. Ils avaient été abandonnés, comme habitation, àcause de leur peu de commodité, bien que par la force de leur con-struction, ils pussent encore, moyennant quelques réparations, êtreemployés en temps de guerre. Les ordres de restaurations aux « mai-sonsroyales » dans divers châteauxsont très-nombreux pendant lexmesiècle.Cesordres ne sappliquentpas aux châteauxdEdward<Ed-ivardian confies), édifices généralement bâtis par Edward 1er,et dansles-quels de nombreux appartementsdestinésà différents usagesétaientdisposés suivant un plan général, mais bien aux châteaux de dalenormande, qui dèslors prirent un caractèredhabitation par descon-structions plus récentes.Les ordres donnés par Henri III pour lesréparations additions manoirsroyauxprouventquaucun et aux plansystématique nétait adopté lorsquil sagissait de ces adjonctions.Lorsquune grande surfacede terrain était entourée dune clôture for-tifiée et formaitcequelon appelaitunecour (curià),danslaquellelelogis primitif était insuffisant, il devint assezordinaire, au xnT siècle, Sonif Arrnunt of dament.Arcliit. in Kn-laïul, from thécomjupsl (ht cml of t!ie tothirteeiilh century, cliapit. ni.
  • - 107 - [ CHATEAU ]«laugmenter ce logement, selon les besoins, en élevant successive-ment de nouvellesconstructions, telles que chambres,chapelles,cui-sines, qui dabord furent semées ça et là sur la surface de lenclos.Lorsquun certain nombre de ces bâtiments avaient ainsi été appro-priés ou créés,on les réunissait successivement des passages par cou-verts (aida) construits en bois, quelquefoisen façonde portiques ou-verts, mais plus souvent fermés sur les côtés. Ces bâtiments étaientjetés au milieu des enceintes, laissant les défenses libres, comme !<"serait un bourg ou village enclos de murs. Au MIICsiècle, les servicesse relient davantage à 1enceinte même, que les bâtiments intérieurs"contribuent à renforcer; cest seulement alors quapparaît le châteausous le rapport architeclonique, les établissements antérieurs nétantque des défenses plus ou moins fortes et étendues enveloppant deshabitations et des bâtiments dt- service de toute nature et de dimen-sions fort diverses, sans aucune idée densemble. Le xme siècle vitélever de formidables châteaux qui joignaient à leurs qualités de for-teresses celles de résidences magnifiques, abondamment pourvues deleurs services et de tout ce qui est nécessaire à la vie dun seigneurvivant au milieu de son domaine, entouré dune petite cour et dunegarnison. A partir de saint Louis, la féodalité décroit ; elle est absorbée par laroyauté dune part, et entamée par le peuple de lautre : les édificesquelle élève se ressentent naturellement de cette situation politique.Ils se dressent sur le sol lorsquelle reprend de linfluence. Ils sontplus rares ou plus pauvres lorsque le pouvoir royal et lorganisationnationale prennent de la force et se constituent. A la mort de Phi-lippe-Auguste, en 1223, la féodalité, qui avait aidé ce prince, à réunirà la couronne les plus belles provinces de France, se trouvait riche etpuissante; à lexemple du roi, quelques grands vassaux avaient ab-sorbé nombre de fiefs, soit par des alliances, soit comme prix de leursservices, soit par suite de la ruine des nobles qui avaient, tout perdupendant les croisades du xne siècle. Pendant les premières années dela minorité de saint Louis, il sétait formé, comme chacun sait, uneligue formidable contre la couronne de France gardée par une femmeencore jeune et dont on ne soupçonnait pas les grandes qualités po-litiques. Parmi les vassaux de la couronne de France coalisés contrele roi enfant, un des plus puissants était Enguerrand III, sire de Coucy,seigneur de Saint-Gobain,dAssis, de Marie, de la Fére, de Folem-bray, etc. Son esprit indomptable, son caractère indépendant, étaientexcités par dimmenses richesses : un instant ce vassal pensa pouvoirmettre la main sur la couronne de France ; mais ses sourdes menéeset ses projets ambitieux furent déjoués par la politique adroite de lareine Blanche, qui sut enlever à la coalition féodale un de sespluspuissantsappuis, le comte de Champagne. sire de Coucy fut bien- Letôt obligé de prêter serment de fidélité entre les mains du roi, qui nevoulut pas se souvenir de sesprojets. Cest à lépoque des rêves am-
  • [ CHATEAU ] 108 -bilieux dEngueirand III quil faut faire remonter la construction duchâteaumagnifiquedont nous voyonsencore les ruines gigantesques.Le château de Coucy dut être élevé très-rapidement, ainsi que len-ceinte de la ville qui lavoisine, de 1:2:20 1230.Le caractère de la àsculpture, les profils, ainsi que la construction, ne permettent pasde lui assignerune époqueplus ancienneni plus récente1. Le châteaude Coucynest pas une enceinte flanquéeenveloppantdes bâtiment* disposé-au hasard; cest un édifice vaste,conçu den-semble et élevé dun seul jet, sous une volonté puissante et au moyenilf ressources immenses. Son assiette est admirablement choisie et-esdéfenses disposées avecun art dont la description ne donne quunefaible idée2. Bâti a lextrémité dun plateau de forme très-irrégulière, le châteaude Coucydomine les escarpements assezroides qui sélèventde cin-quante mètresenviron au-dessus dune riche vallée,terminée au nord-ouest par la ville de Noyonet au nord-nord-est par celle de Ghauny;il couvre une surface de dix mille mètres environ. Entre la ville et lechâteau est une vaste basse-cour fortifiée, dont la surface esttripleaumoins de celle occupéepar le château.Cettebasse-cour renfermait dessalles assez étendues dont il reste des amorces visibles encore aujour-dhui, enrichies de colonne^-! chapiteaux sculptés, avec voûtes darête,des écuries et une chapelle orientée tracée en A sur notre plan durez-de-chausséeifig. 16j. Cette chapelle était évidemment dune époqueantérieure aux constructions dEnguerrand III. On ne communiquaitde la ville à la basse-cour ou baille que par une porte donnant sur laville et défenduecontre elle3 par deux petites tours. La basse-courétait protégée par le donjon B qui domine tout son périmètre et sesremparts flanqués par les deux tours du château CD.Un fossé de vingtmètres de largeur Dépare le château de la basse-cour. Un seul pontjeté en E sur ce fossé donnait entrée dans le château; il était composéde piles isolées,avec deux tabliers à bascule,de bois, défendus pardeux postesavancés EE", et deux corps de garde FF poséssur despiles de manière à laisserlibre le fond du fossé.La porte en G est mu-nie de doublesherseset de vantaux. Celte porte souvre sur un longpassage voûté quil était facilede défendre et qui devait être muni demâchicoulis.Des deux côtés du couloir sont disposéesdes sallesdegardesH voûtéeset pouvantcontenirdes postesnombreux.Au-dessussélevaitun logis à plusieursétages dominant la porte et se reliant àla courtine I. Du couloir dentrée on débouchait dans la cour K du châ- teau, entourée de bâtiments appuyéssur des courtines.En L se trou- vaient des bâtiments de service voûtés à rez-de-chaussée et surmontés 1 II est entendu nous parlons ici desreconstructions que ne pas entreprises termi- et nées i la fin du xive siècle. - Voye/, lassiette château Coucy,larticle pour du de à ARCHITECTURE fig.20. MILITAIRE, 1 Ctte portepouvait aussiêtre défendue, beaucoup faiblement, mais plus contre la baille, dansle cas où celle-cieût été priseavanth ville.
  • - il!) - [ CHATEAU" ]<îedeux étages;en M, les appartementsdhabitation à trois étagesdu côlé où le château est le moins accessible du dehors el desservis parie grand escalierM; en N, de vastesmagasinsvoûtés à rez-de-chaus-ses (celliers), avec caves au-dessous iennées en berceau ogival. Lesmagasins N, au premier étage, portaient la grand sdle. éclairée surles dehors. En 0, les soubassements la chapelle, qui, au premier deétage,setrouvait de plain-pied avecla grand salle. Les cuisinesétaient
  • CTIATK.vr] 110 -très-probablement placées P, avecescalier en particulier Pcommuni-quant auxcaves; -Iles possédaient cour particulière en R à laquelle uneon arrivait sou- la chapelle, dont le rez-de-chaussée reste à jour. Les,tours G,D,S,T, possèdentdeux étagesde caveset trois étages salles deau-dessusdu sol, sanscompter létage des combles. Elles sont, commeon le remarquera, tirs-saillantes sur les courtines, de manière à lesbien flanquer. Cestours, qui nont pas moins de dix-huit mètresdediamètre hors Suvre sur trente-cinq mètres de hauteur environ au-dfs-,usdu so.lextérieur, nesont rien auprèsdu donjon, qui porte trenteet un mètres de diamètre hors Suvre sur soixante-quatre mètres depuisli- fond du fosséjusquau couronnement. Outre son fossé,ce donjon|M>««Mde enceinte circulaire extérieure, ou chemise,qui le protège unecmitre les dehors du côté de la basse-cour. On montait du sol de lacour au chemin de ronde de la chemise par la rampe Y, près de lentréedu donjon. On communiquait des salles P, au moyen dun escalier, auIciinl iln lo^se de la chemise, avec le> dehors par une poterne percéeen X, munie de vantaux, de mâchicoulis et de herses, correspondanta une seconde poterne Y avec pont-levis donnant sur lescarpement etmarquéepar la tour (,.Un cheminde ronde inférieur Xvoûté en demi-berceau, percé au niveau du fond du fossé, suit la circonférence de lacdiu-tine. et était évidemment destiné à arrêter les travaux des mineurs,comme no^ galerie^ de contre-mine permanentes ménagées sous lesrevêtements des courtines et bastions. Dans ce souterrain, en X", setrouve ^uni-ce une excellentefleurde terre,à lusage la cuisine. à deKn Y, sont de> latrines prises aux dépens de lépaisseur du mur de lachemise, pour le- i;,iiile> de cette enceinte et les gens de cuisine. EnZ,était une cage avec escalier de bois pouvant être détruit facilement,qui mettait le souterrain inférieur en communication avec le cheminde ronde supérieur. Le petit escalier Q, donnant dans la salle P, desser-vait la herseet le mâchicoulisdelà poterne X.Le souterrain inférieurX se trouvait encore en communication avec lescalier U desservant lesouvragessupérieursde la porte. Si lassiégeant sétait emparéde la po-terne X (cequi était difficile, puisquil fallait franchir la première porteY et son pont-levis, traverser le chemin XY sousles projectiles lancésde la partie supérieurede la chemise et du crénelage ouvert sur lemur J, forcer deux vantauxet affronter un mâchicoulis),il se trouvaiten facede la herse donnant sur le fond du fosséde la chemise,ayantà sa gauche la porte ferrée qui fermait le basde lescalier de la cuisine,et arrêté dan- la galerie inférieure X par la source X", qui est unvéritable puit* dan:,un souterrainobscur. Sil forçait la herse,il péné-trait dans le fond du fosséintérieur V, lequel est dallé et sanscom-municationavecle sol de la cour: battu par les défenses supérieuresdu donjon qui lui envoyaientdesprojectilesdune hauteurde 60 mètreset par le cheminde rondede la courtine,il était perdu,dautantplusijue les hommesoccupant ce chemin de ronde pouvaient descendrepar 1escalier Z, passer dans le souterrain X, traverser la source sur
  • - 111 - [ CUATEAU ]une planche, et lui couper la retraite en reprenant la poternederrièrelui. Si, du fond du fosséextérieur, il parvenait à miner le pied de lachemise,il trouvait le souterrain occupé; cetravail de sape pouvait neen aucune façon attaililii- les murs de (a chemise , car on remarqueraque ce souterrain est pris aux dépens dun talus, dun soubassement,derrière lequel la maçonnerie de la chemise reste intacte. De toutes les défenses du château de Goucy, le donjon est de beau-coup la plus forte et la mieux traitée. (Vile belle construction mériteune étude particulière, que nous développons à larticle DONJOX. Les tours et donjon du château de Gour.ysonl garnis, dans leur par-tie supérieure, de corbeaux saillants de pierre destines à recevoir deshourds de bois ivoy. HOURD). la tin du xiv siècle, la grand salle et Ales bâtiments dhabitation M furent reconstruits, ainsi que les étagessupérieursde la porie; desjours plus largesfurent percés lextérieur, àelles courtines reçurent des mâchicoulis avec parapets de pierre, sui-vant la méthode du temps, au lieu des consoles avec hourds de bois.Les autres parties du château restèrent telles quEnguerrand 111 lesavait laissées. Ce ne fut nue pendant les troubles de U Fronde que celle nugni-tique résidence seigneuriale fut entièrement raagee.Son gouverneur,nomrné Hébert, fut sommé, par le cardinal Mazarin, de rendre la placeentre les mains du maréchal d Eslrée, gouverneur de Laon. Ilébrrlayant résisté à cette sommation, en prétextant dordres contraires lais-séspar le roi Louis XIII, le siège fut mis, le 10 mai 1052, devant la ville,qui fut bientôt prise; puis, quelque temps après, la garnison du châ-teau se vit contrainte de capituler. Le cardinal Mazarin fit immédiate-ment démanteler les fortifications. Le sieur Metezeau, fils de lingénieurqui construisit la digue de la Rochelle, fut celui que le cardinal envoyaà Coucy pour consommer cette Suvre de destruction. Au moyen delamine, il fit sauter la partie antérieure de la chemise du donjon et laplupart des voûtes des quatre tours, incendia les bâtiments du châteauet le rendit inhabitable. Depuis lors, les habitants de Coucy, jusquàces derniers temps, ne cessèrentde prendre dans lenceinte du châteaules pierres dont ils avaient besoin pour la construction de leurs mai-sons, et cette longue destruction compléta lSuvre de Mazarin. Cepen-dant, malgré ces causes de ruine, la masse du château de Coucy estencoredebout et est restée une des plus imposantesmerveilles delépoqueféodale1.Si lon eût laisséau tempsseul la tâche de dégraderla résidence seigneuriale des sires de Coucy, nous verrions encoreaujourdhui cesénormesconstructionsdanstoute leur splendeur pri-mitive, car les matériaux, dune excellentequalité, nont subi aucune 1 Depuis peu des ordres ont élé donnés pour que ces restes puissent être conservés etpour que les loviillcs soient entreprises. Ces travaux, commencés sous la surveillance de lar.ommission des monuments historiques, sauveront dune ruine totule le château de Coucy,et permettront de retrouver des dispositionsanciennes dun grand intérêt pour lhistoirede lart de la fortification au moyen âge.
  • [ CUATLA1 112 -altération: les bâtisses étaient conçues de manière à durer éternelle-ment, et les peinturesintérieures, dansles endroits abrités,sonl an>Mlï-airhesque -i elles venaient dêtre faites1. Autant quon peut le reconnaître dans la situation actuelle, le châ-teau de Goucy e^t traversé dans sesfondations par de nombreux etvastessouterrains, qui semblentavoir été systématiquement disposéspour établir des communicationscachées entre tous les points de ladéfense intérieure et les dehors. La tradition va même jusquà pré-tendre quun de cessouterrains,dont lentrée se voit dansles grandescaves-mis lés bâtiments dhabitation M, se dirigeait à travers les coteaux "I allees jusquà labbaye de Prémontré. Nous sommes loin de ga-."antir le fait, daulant que «leslégendes semblables - al lâchent aux ruinesde tous le- châteaux du moen à:;e en France; mai- il est certain quede Ion- cotés, dans les cours, on aperçoit des bouches de galeries voù-lees qui sonl aujourdhui remplies de décombres2. Nous dnnnmi- tig. 17 le plan du premier étage du château de Coucy.On voit en A les logis placés au-dessusde la porte dentrée; en B ledonjon avec sa chemise. On trouvera, à larticle DONJON, description lade cette magnifique construction. En R, la chapelle orientée, large-ment conçue cl exécutée avec une grandeur sans pareille, si lon enjuge par le- fragments des meneaux des fenêtres qui jonchent le sol;en H, la i;iaii<l salle du tribunal, dite des Preux, parce quon y voyaitdans des niches les statues de neuf preux. Deux cheminées chauffaient cette salle, largement éclairée a son extrémité méridionale par unegrande verrière ouverte dans le pignon. Une charpente de bois avecberceauogival en bardeauxcouvrait cette salle. En E, la salle desneuf //"-/s. dont les ligures étaient sculptées en ronde bosse sur le man-teau de la cheminée,lu boudoir F, pris aux dépensde lépaisseurdela courtine, accompagnaitcette >alle: cette pièce, éclairée par unegrande et large fenêtre donnant sur la campagne côté de Noyon, duétait certainement le lieu le plus agréable du château; elle était chauf- Fée une petite cheminée et voûtée avec élégancepar de petites par ouïes darête. (.esdernièresbâtisses datent de la fin du xrv*siècle.On voit parfaite-ment comment elles furent incrustées dans lesanciennesconslructimis. comment, pourlesrendre plus habitables, on surélevalescourtinesdunétage: car, dansla constructionprimitive, cescourtines natteignaientcertainement pas un niveau aussi élevé,laissaient auxcinq tours uncommandement plus considérable, les bâtimentsdhabitation avaient etunebeaucoup moinsgrandeimportance.Du tempsdEnguerrandIII, la 1 Les peintures, en gr.md nombre, que lon trouve encore dans les intérieurs des toursdu châteaude Coucy, sontdun grand intérêt, et nous avonsoccasionden parler danslarticle PEINTURE. Nousespérons bientôt reconnaîtrart dégager lensembledes souterrains Cutiry, deet pouvoir dire le dernier mot sur celte partie si peu connue de lart de la fortification^u XIH° siècle.
  • - .>?_, - CHATEAU }véritable habitationdu seigneurétait le donjon: maisquand les mSursféodales, rudesquellesétaient,devinrentau contraire,versla fin deilu xivesiècle, élégantes raffinées, donjondut paraîtrefort triste, et ce 17 , sombre et incommode; les seigneurs de Cnucy bâtirent alnr- ces élé-gantes constructions ouvertes sur la campagne, en les fnrtifianl suivant,la méthodede cette époque.Le donjon et sa chemise,les quatre (nuisdangle, la partie inférieure des courtines, les soubassements la degrand salle, le rez-de-chaussée lentrée de la chapelle, ainsi quu detoute lenceinte de la basse-cour,appartiennent à la construction pri-mitive du châteaude Coucy sousEnguerrandIII. il - s
  • ] CHATliAU J 114 Cesquatre toursméritent que nousen disionsquelquesmots. Chaquechambre, à partir du rez-de-chaussée, compose,à lintérieur, de sesix pansavecniches, dont quelques-unes sont percéesdembrasures.Cespiècessont voûtées,et les nichesse chevauchentà chaque étage,les pleins étant au-dessous vides, et viceversa des lvoy.TnriO.Des che-minéessont ouvertesdans les salles,qui sont en outre accompagnéesde latrines (voy. LATKINKSJ. remarquera que les escaliers à vis ne Unmontent pas de fond, mais sinterrompent, à partir du premier étage,pour reprendre de lautre côté de lentrée de la tour. Cest là unedisposition fréquentedans les tours de cette époque, afin déviter lestrahisons et de forcer les personnes qui veulent monter sur les para-pets de passer par lune des salles. (Vêtait un moyende rendre lasurveillance facile, et de reconnaître les gens de la garnison quimontaient aux parapets pour le service; car les parapets des courtinesnétaient accessibles que par les tours, et les escaliers des tours des-servaient, par conséquent, toute- les défenses supérieures. Nous avonsfiguré en G(fig. 17) le pont volantmettant en communication la grandsalle D avec le. chemin de ronde de la basse-cour du côté du sud. Si,par escalade, lennemi se fût emparédu chemin de ronde II de lâche-mise, il lui fallait forcer soit la porte I, soit la porte K, pour pénétrerdans le château. Les postes établis en A ou en L le jetaient par-dessusles parapels ou dans le fossé de la chemise. Le poste A servait la ter-rasse crénelée M, au-dessus de la porte, de même que le poste,L ser-vait le chemin de ronde N commandant le pont volant G. Quant à lagarnison du donjon, du premier étage elle pénétrait sur le chemin deronde de la courtine par un pont volant 0, mais en passantpar lecorps de gardeL. Avecles défensesaussi bien entendues,il ny avaitpas de surprises a craindre, pour peu que la garnison du châteauconnût parfaitement ces nombreux détours, les ressources quilsprésentaient,et quelle prît quelque soin de se garder. Une vue ca-valière , tig. 18),prise du côte de la basse-cour, fera comprendre lesdispositions intérieures et extérieures du château de Coucy . Il faut reconnaître quun long séjour dans un château de cetteimportance devait être assez triste, surtout avant les modificationsapportées par le xiv" siècle, modifications faites évidemment avec lin-tention de rendre lhabitation de cette résidence moins fermée etplus commode. La cour, ombragée par cet énorme donjon, entouréede bâtiments élevéset dun aspect sévère,devait paraître étroite etsombre,ainsi quon peut en juger par la vue présentéeifig. 19)2.Tout Cettevuee>l f.ïilr ni iiinyeii ili^ mines existant^ H île la vue donnée Diirircean paril,m-,M-> excellent [ilus bnxtiinen.i France. <(e Nou^ .IMHI- figuré, sommet donjon au du etîle la tour de droite, une portion de hourds ><»i-- - Oite vue de lintérieur de la cour du château C, ,"*[ supposée à roté de l.i de prise«li,i|"jlle regardant lentrée.A droite,on voit >edresserle donjonavecsa poterneet >onIMIII! bascule troisième estla porteprincipale la chemiseaupremier à ; ;m plan, et ; plan,la chapelle et le commencement de-gré du montant au chemin de ronde de !a chemise.
  • - 115 - [ CHATEAU ]esi colossal cetteforteresse; dans quoique exécutée grandsoin, avecla construction quelque a chose rudeet desauvage rapetisse de qui1homme notretemps.Il semble leshabitants cettedemeure de que de 18féodaledevaient appartenir à une race de géants,car tout ce qui tientà lusagehabituel est à une échelle supérieureà celle admiseaujour-dhui. Les marches des escaliers (nous parlons des constructionsdu xiii siècle),les allègesdes créneaux,les bancs,sont faits pourdes hommesdune taille au-dessus lordinaire. EnguerrandIII, sei- de
  • [ CUTIC } A AU - ut; -gneurpuissant, moeurs de farouches, guerrierintrépide,avait-ilvoulu
  • _ HT . [ CHATEAU Jen imposerpar cette apparence force extra-humaine, avait-il de oucomposé garnison sa dhommes délite?Cestcequenousne saurionsdécider. Mais en construisant son château, il pensait certainemenl: le peuplerde, géants. M-igneur (> avaittoujoursavec cinquante [luichevaliers,ce qui donnait un chiffre de cinq cents hommesde guerreau moins en tempsordinaire. Il ne fallait rien moins quune garnisonaussinombreusepour garder le châteauet la basse-cour. caveset Lesmagasins immenses existentencore le rez-de-chausséebâ- qui sous destiments du châteaupermettaientdentasserdesvivres pour plus duneannée,en supposantune garnisonde mille hommes.Au xmesiècle,unseigneur féodalpossesseurdune semblableforteresseet de richessesassez considérables poursentourerdun pareilnombre gensdarmes, deet pour leur fournir des munitions et des vivres pendantun siègedunan, pouvait défier (ouïesles arméesde son siècle.Or, le sire de Coucvnétait pas le seul vassaldu roi de France dont la puissancelut a re-douter. Les rudes travaux du règnede Philippe-Augusteavaientnon-seulement donné un vif éclat à la couronne de France, mais présentepour lui cet avantagedoccupersanstrêve sanoblesse,dont la guerreétait la vie. Toujours tenue en haleine par lactivité et lambition dePhilippe-Auguste,qui avait a conquérir de riches provinces, à luttes-contre des ennemis aussi puissants que lui. mais moins opiniâtres emoins habiles, la féodalité perdait ses loisirs, et trouvait, en secon-dant ce grand prince, un moyen de senrichir et daugmenter sesdomaines; en lui prêtant lappui de son bra>, elle augmentait la puis-sance royale, mais elle navait pas lieu de regretter ses services.11faut se rappeler que la plupart des seigneurs féodaux étaient entou-rés dun certain nombre de chevaliers quon ne soldait point, mais quirecevaient, suivant leurs mérites, une portion plus ou moins consi-dérable de terre à titre de tief ; une fois possesseursde cette fractiondu domaine seigneurial, ils sy bâtissaient d»->manoirs, cest-à-dire desmaisons fortifiées sans donjon et sans tours, et vivaient ainsi comme.propriétaires du sol, nayant que quelques droits à payer au seigneur,lui prêtant leur concours et celui de leurs hommes en cas de guerre,et lui rendant hommage.En prolongeantlétat de guerre, tout seigneurféodal avait donc lespoir dagrandir son domaine au détriment de sesvoisins, daugmenter les tiefs qui relevaient delà châtellenie, et de sen-tourer dun plus grand nombre de vassaux disposésà le soutenir. Philippe-Auguste,par sesconquêtes,put satisfairelargement cettehiérarchie dambitions, et, quoiquil ne perdît aucune des occasionsqui soffrirent à lui denglober les fiefs dans le domaine royal, de lesdiviser et de diminuer limportance politique des grands vassaux,enfaisant relever les petits tiefs directement de la couronne; cependanil laissa,en mourant, bon nombre de seigneursdont la puissancepou-vait porter ombrageà un suzerainayant un brasmoins ferme et moinsdactivité à employer. Si Philippe-Augusteeût vécu dix ans de plus etquil eût eu à gouvernersesprovincesen pleine paix, il est difficile de
  • ]savoir ce quil aurait fait pour occuper lambition des grandsvassauxd; la couronne, et comment il sy serait pris pour étouffercette puis-sance qui pouvait encorese croire rivale de la royauté naissante.Lecourt règne de Louis VIII fut encore rempli par la guerre; mais pen-dant la minorité de Louis IX, une coalition des grands vassaux taillildétruire lirnvre de Philippe-Auguste. circonstancesheureuses,la Desdivision qui se mit parmi les coalisés,lhabileté de la mère du roi,sauvèrent couronne; les luttes cessèrent, le pouvoir royal sembla la etde nouveau raffermi. ln des côtés du caractère de saint Louis quon ne saurait tropadmirer, cest la parfaite connaissance temps et des hommes au dumilieu desquelsil vivait; avec un esprit de beaucoup en avancesurSUILsiècle,il comprit que la paix était pour la royauté un dissolvanten face de la féodalité ambitieuse, habituée aux armes, toujours.mécontente lorsquelle navait plus despérances daccroissement. Lesréformes quil méditait nétaient pas encore assezenracinées au milieudes populations pour opposer un obstacle à lesprit des seigneurs; ilfallait faire sortir de leurs nids <-,.svoisins dangereux qui entouraientle trône, user leur puissance, entamer leurs riches^e^. Pour obtenir cerésultat, le roi de France avait-il alors à sa disposition un autre moyenque les croisades. Nous avons peine a croire quun prince dun espritaussi droit, aussi juste et aussi éclairé que saint Louis, nait eu en vue,lorsquil entreprit sa première expédition en Orient, quun but pure-ment personnel. Il ne pouvait ignorer quen abandonnant sesdomainespour reconquérirla terre sainte,dansun tempson lesprit descroisadesnétait rien moinsquepopulaire,il allait laisseren souffrance grandes lesréformesquil avaitentreprises,et quedevantDieu il était responsabledes maux que sonabsence volontaire pouvaitcauserparmi sonpeuple.Le royaume en paix, les membres de la féodalité entraient en lutte lesuns contre les autres : cétait la guerre civile permanente, le retour versla barbarie; vouloir sopposerpar la force aux prétentions des grandsvassaux, cétait provoquer de nouvelles coalitions contre la couronne;entraînercespuissances rivalesloin de la France,cétait pour la monar-chie, au xiuesiècle, le seul moyen dentamer profondément la féodalitéet de réduire ces forteresses inexpugnables assisesjusque sur les mar-ches du trône. Si saint Louis navait été entouré que de vassaux de latrempe du sire de Joinville, il est douteuxquil eût entrepris ses croi-sades;mais lascendantmoral quil avait acquis, sestentativesde gou-vernement monarchique neussent pu rompre peut-être le faisceauféodal, sil navait pas occupéet ruiné en mêmetemps la noblesseparcesexpéditionslointaines. Saint Louis avait pour lui lexpérienceac-quisepar sesprédécesseurs, chaquecroisade,quellequefût sonissue, etavaitété, pendantles xieet xnesiècles,unecausede déclin pour la féoda-lité, un moyenpour le suzeraindétendrele pouvoir monarchique.<Juel momentsaint Louis choisit-ilpour sonexpédition? Cest aprèsavoir vaincu la coalition armée, à la tête de laquelle se trouvait le
  • 11!) [ C.IIATICAU J"comtede Bretagne; aprèsavoir protégéles terres du comtede Cham-pagnecontre les seigneursligués contre lui; c est après avoir délivréla Saintonge des mains du roi dAngleterre et du comte de la Mardi»;cest enfin après avoir donné la paix ii son royaume avecautant debonheur que de courage, et substitué la suzeraineté de fait à la suze-raineté de nom. Dans une semblable occurrence, la paix, la calme,les réformes et lordre pouvaient faire naître les plus graves dangersau milieu dune noblesse inquiète, oisive, et qui sentait déjà la maindu souverain sétendre sur ses privilèges. 11est dailleurs, dans 1histoire des peuples, une disposition nuiraita laquelle, peut-rire, les historiens nattachent pas assezd importance,parce quils ne peuvent pénétrer dans la vie privée des individu»* :cest lennui. Lorsque la guerre était terminée, lorsque lordre renais-sait, et par suite laction du gouvernement, que pouvaient faire cesseigneurs féodaux dans leurs châteaux fermés, entourés de leurs fami-liers et gens darmes? Sils passaient les journées ù la chasse cl les"soiréesdans les plaisirs; sils entretenaient autour deux, pour tuerle temps, de joyeux compagnons, ils voyaient bientôt leurs rexenusabsorbés, car ils navaient plus les ressources éventuelles que leur pro-curaient les troubles et les désordres de létal de guerre. Si, plus pru-dents, ils réformaient leur train, renvoyaient leurs gens darmes et serésignaient à vivre en paisibles propriétaires, leurs forteressesdeve-naient un séjour insupportable, les heures pour eux devaient être dunelongueur et dune monotonie désespérantes; car si quelques nobles auxmesiècle, possédaientune certaine instruction et se livraient aux plai-sirs de lesprit, la grande majorité ne concevait fias dautres occupa-tions que celles de la guerre et des expéditions aventureuses. Lennuifaisait naître alors les projets les plus extravagants dans ces cerveauxhabitués à la vie bruyante des camps, aux émotions de la guerre. Saint Louis, qui navait pas cédé à la noblesse armée et menaçante,.aprèslavoir forcée de remettre lépéeau fourreau, ne se crut peut--être pas en état de lutter contre lennui et loisiveté de ses vassaux, depoursuivre, entre les forteresses jalouses dont le sol était couvert, les réformes qu il méditait. « Les croisadesdévorèrent une grande quantité de seigneurs, et<"firent retourner au trône leurs fiefs devenus vacants; mais. M>UV " aucun règne, elles ne contribuèrent davantage à laccroissement du" domaine royal que sous celui de saint Louis. 11 est facile de s en« rendre raison : les croisadesétaient déjà un peu vieillies au temps« de saint Louis, les seigneurs ne croyaient plus y être exposes,etd navaient par conséquent ni armes ni chevaux, ni provisions de- guerre; il fallait emprunter; ils engagèrentleurs liefs au roi, qui,« étant riche, pouvait prêter. A la tin de la croisade, ceux des seigneurs"(qui survivaient à leurs compagnonsdarmes revenaient si pauvres,"«< misérables,quils étaient hors détat de dégagerleurs fiefs, qui si« devenaientalors la propriété définitive de ceux qui les avaientreçus
  • | CHATEAU ] - 12» - en nantis-seinenlC.eMe espècedusure politique parut naturelle dans- le temps où elle eut lieu: les envahissements saint Louis étaient de couvertsparla droiture de -es intentions : personneneût oséle soup- çonner dune i lio-e injuste. 11semblait, par lempire de ses vertus, consacrerjusquaux dernières conséquences sapolitique1. » de Saint Louis, au moen décès expéditionsoutre-mer, non-seulementruinait la féodalité, lenlevait à ses châteaux, mais centralisait encorexiiis son commandement une nombreuse armée, quà son retour, etmalgré ses désastres,jj sut employer a agrandir le domaine royal,-on- un prétexte religieux. De même que. sous le prétexte de se pré-munir contre les menaces du lifuj.- d<; Montagne,il établit une garde laparticulière autour de sa perso/me,qui " jour et nuit estoit en cure diligente de son corps bien garder - -, mais qui, par le fait, étaitdestinée a prévenu les perfidie- de- seigneurs. Joinville rapporte quen partant pour la croi-ade et pour se mettreen état, il engagea .1 -e- amis une grande partie de son domaine. tant quil ne lui démolira point plus hault de douze cens livres de terre de rente ». Arrive en Chypre, il ne lui restait plus dar-gent vaillant que deux cents livres tournoi- dor et dargent lors-quil eut payé son passadeet celui de ses chevaliers. Saint Louis.layant su, lenvoya quérir et lui donna huit cents livres tournois pourcontinuer lexpédition. Au moment de partir pour la seconde croisade . Je m moût presse/:dou roy de France et dou roy de Navarre, dit Join- ille. de moy cnûsier. A ce respondi-je que tandis comme je avoie " estei ou servise Dieu et le roy outre-mer, et puis que je en reving, // nerjans roy de Franci- et h; roy de Navarre mavaient au destruitenm""i/i-nt d apovroiez;sz que >l ne seiuitjamais heureque je et il. nen lin/..i-se/iivalussent)jjiz 3. » Certes il y a tout lieu de croire queJoinville était un bon seigneur et quil disait vrai; mais combiendautres,en secroisantet laissantleurs sujets gouvernés lesofficiers pardu roi. leur permettaient ainsi de passerdun régime insupportable-ous un gouvernement moinstracassier en ce quil était moins local etparlait de plushaut? Les seigneur- féodauxpo-sédaientlautorité judi-ciaire sur leurs terres; les baillis royaux,chargés Philippe-Auguste parde recevoir tous les mois aux assisesles plaintes des sujets du roi, denommer dansles prévôtésun certain nombredhommessanslesquelsaucune affaire concernant les villes ne pouvait être décidée, de sur-veiller ces magistrats, furent entre les mains de ^aint Louis une armepui-sante dirigée contre les prérogatives féodales.Ce prince fit in-struire dans le droit romain ceux quil destinait aux fonctions debaillis; il étendit leur pouvoir en dehors des tribunaux en les char-geant de la haute administration, et bientôt ces hommes dévoués [."" rorntc lîcugnot, tn^lit. de saint Lmiix. 1 Huill.deNantis. s J/ciïi. de J. sire de Joinrillf, i»bl. j..ir M. N. de Wailly. p. *01.
  • - IXl - [ CIIATKAT ]à la causeroyale attaqueront ouvertement lautorité judiciaire desbaronsen créant les casroyaux. « Cest-à-dire quils tirent recevoir ei»Mprincipe : que le roi, commechef du gouvernement féodal, avait, de""préférenceà tout autre, le droit de juger certainescausesnommées«pour cela casroyatu:.A la rigueur, cette opinion était soutenable :" mais il fallait déterminer clairementles casroyaux,souspeine de voir« le roi devenir larbitre de toutes les contestations ; or, cest ce que ne" voulurent jamais faire les baillis : prières, instances, menaces, rien« ne put les y décider; toutes les fois quils entendaient débattre dansMles cours seigneuriales une cause qui paraissait intéresser lautorité«du roi, ils sinterposaientau milieu despartis,déclaraientla causecns« royal, et en attiraient le jugement à leurs cours . » Les empiétementsdes baillis sur les juridictions seigneuriales étaient appuyés par le par-lement, qui enjoignait, dans certains cas, aux baillis, dentrer sur lesterres des seigneurs féodaux et dy saisir tels prévenus, bien que cesseigneurs fussent hauts justiciers, et, selon le droit, pouvant « porter« armes pour justicier leurs terres et tiefs2 ». En droit féodal, le roipouvait assigner à sa cour le vassal qui eût refusé de lui livrer un pré-venu, considérer son refus comme un acte de félonie, prononcer contrelui les peines fixées par lusage, mais non envoyer ses baillis exploiterdans une seigneurie qui ne lui appartenait pas3. A la fin du xm" siècle, la féodalité, ruinée par les croisades, attaquéedans son organisation par le pouvoir royal, nétait plus en situationdinspirer des craintes très-sérieuses à la monarchie, ni assez riche etindépendante pour élever des forteresses comme celle de Coucy. Dail-leurs, à cette époque, aucun seigneur ne pouvait construire ni mêmeaugmenter et fortifier de nouveau un château, sans en avoir préalable-ment obtenu la permission de son suzerain. Nous trouvons dans lesOlint, entre autres arrêts et ordonnances sur la matière, que lévéquede Nevers,qui actionnait le prieur de la Charité-sur-Loireparcequilvoulait élever une forteresse, avait été lui-même actionné par le baillidu roi pour avoir simplement fait réparer les créneaux de la sienne.Saint Louis sétait arrogé le droit doctroyer ou de refuser la con-struction desforteresses;et sil ne pouvait renversertoutescelles quiexistaientde son temps sur la surfacede sesdomaineset qui lui fai-saient ombrage,il prétendait au moins empêcherden construire <lrnouvelles; et, en effet, on rencontre peu de châteauxde quelque im-portanceélevésde 1240à 1340,cest-à-dire pendant cette période dela monarchiefrançaisequi marcherésolument vers lunité de pouvoiret de gouvernement. A partir du milieu du xiv siècle, au contraire, nous voyons les vieux 1 Le comte lïeugnot, fnulit. île saint Lonia. Les Olim (Oixlonniincis t. [", p. 411). 5 /feu/.. no|i> 35.
  • [ CilATE ] Al" 12:2-châteaux répares ou reconstruits, de nouvelles forteresses séleversur le territoire français, a la faveur des troubles et des désastres quidésolent le pays : mais alors lesprit féodal sétait modifié, ainsi queles mSurs de la noblesse, el ces résidences revêtent des formes diffé-rentes de celles que nous leur voyons choisir pendant le règne dePhilippe-Auguste au commencementde celui de saint Louis ; elles etdeviennentdespalaisfortifiés, tandis que, jusquau xine siècle,les châ-teaux ne sont que des forteresses pourvues dhabitations. Ces carac-tères bien tranchés sont faciles à saisir : ils ont une grande impor-tance au point de vue architectonique,et le châteaude Goucy,tel quildevait exister avant les reconstructions de la tin du xrve siècle, sert detransition entre les châteaux de lu première et de la secondecaté-gorie : ce nest plus lenceinte contenantdes habitationsdisséminées.comme un village fortifie dominé par un fort principal, le donjon ; etce ne devait pas être encore le palais, la réunion de bâtiments placésdans un ordre régulier, soumettant la défense aux dispositions exi-géespar lhabitation, le véritable châteauconstruit daprèsune donnéegénérale, une ordonnance quirentre complètement dans le domainede larchitecture. Aujourdhui, toutes ces résidences seigneuriales sont tellement rui-nées, quon se fait difficilement une idée exacte des parties qui ser-vaient a lhabitation : les tours et les courtines, plus épaisses que lereste des constructions, ont pu résistera la destruction, et nous lais-sent juger des dispositions défensives permanentes, sans nous donnerle détail des distributions intérieures, ainsi que des nombreuses dé-fense- extérieures qui protégeaient le corps de la place. Il nous faut,pour nous rendre compte de ce qui devait être un château pendant lapremière moitié du xm* siècle, avoir recours aux descriptions conte-nuesdans les chroniqueset les romans; heureusementces descrip-tions ne nous font pas défaut et elles sont souvent assez détaillées.I ne des plus anciennes, des plus complètes et des plus curieuses, estcelle qui est contenue dans la première partie du Homande In rosé,etqui, sous le nom du Château de la Jalousie, semble peindre le Louvrede Philippe-Auguste. Personne nignore que la grosse tour ou donjondu Louvre avait été bâtie par ce prince pour renfermer son trésor etservir au besoin de prison dEtat; tous les fiefs de France relevaientde la tour du Louvre, dans laquelle les grands vassaux rendaient hom-mageet prêtaient serment de fidélité au roi. Les autres constructionsde ce château avaient été également élevéespar Philippe-Auguste.Mais laissons parler Guillaume de Lorris : « Des or est drois que ge vous die « La contenance Jalousie, !" Qui est en mâle souspeçon : L- Hijinan tle lu roue, vers 381.Jet suiv.
  • - 123 - [ CllATKAI| « Où païs ne remest maçon <; pionnier quele ne mant. Ne " Si fait faire au cominancemcnt » Entor les Rosiers uns fossés « Qui eousleront deniers assés, .. Si sunt munit le1/,et moult parfont, " l.i maçons sus les fossés font lnjç mur de q-iarriaus tailléi-, " Qui ne siet pas sus cruléis iquj nrst pas assis sur « Vins est fondé sus ruche dure : [terre meuble;, " Li fondement tout à mesure " Jusquau pie du fossé deseent, « Et vait amont en entrèrent i,-t sélèv n -.»* i , « Sen, est luevre plus fors assés. . " Li murs si est si compassés, " Quil est de droite quairéure ; "" (Jhaseuns des pans cent toises dure, . Si est autant Ions comme lés . « Les tornelles sunt lés à lés (île distance en distance), " Qui richement sunt batailliez ffortinVi-M ii Et sunt de pierres bien faillies " As quatre coirignés icuinsi en ut quatre « Qui seroient fms .1 ;ili;itre ; "" Kt si i a quatre portaus « Dont H mur sunt cspés et haus. « Ung en i a où front devant " Bien deflensablc par convant=, " Et deux de co.ste, et un^ derrière Qui ne doutent cop de perriere. « Si a bonnes portes coiilan* iher~e-1 1 Ciiiillaumc de Lorris double ici les dimensions en longueur et torpeur: mais il f.mthie;i permettre lexagération aux poètes. * En effet, devant la porte principale, vers la Seine, était un petit ouvrage avancé, uncliàtelct, propre à contenir un poste 3 Ces quatre portes étaient une exception: généralement les rlùteaiiK ne possédaient,. à cette époque, quune ou deux portes au plus, avec quelques poternes Mais le Louvre était un château de plaine à proximité dune grande ville, et la multiplicité des purlis était motivée par les défensesextérieures qui étaient fort importantes, et par la nécessité" où se trouvait le suzerain de pouvoir recevoir dans son château un grand concours di; monde. Nousvoyons cette disposition de quatre portes conservée,au srv0 siècle, i Viu- cenneset au château de la Rastille, qui nétait cependantquun fort comparativementpeu important comme étendue. Les quatre portes étaient surtout motivées, nous le croyons, par le besoin qui avait fait élever ces forteressesplantéesautour de la ville de Paris pour maintenir la population dans le respect. II ne sagissait pas ici de se renfermer et de su défendre comme un seigneur au milieu de son domaine,mais encore, dans un cas pres- sant, de détacher une partie de la garnison sur un point de la ville en insurrection, et, par conséquent,de ne pas se laisser bloquer par une troupe dinsurgés qui se seraient barricadésdevant lunique porte. Bien en prit, longtemps après à Henri III, davoir plu- sieurs portes à son Louvre.
  • "t « I1ATEAU - 12i - " lor faire ccus defors douliins, " Et por eus prendre et retenir, Sil osoient avant venir. « Ens où milieu de la porprise ide liii Kmil une tor par grant inestrise o lal qui du fere furent mestre!; Niile plus bêle ne put esirr, OnYle est et grant, et lue, et haute1 i Li murs ne doit pas faire faute <- engin quon saiche getier ; lor Car len destrempa le mortier " !)""fiirt in-.tigrc el de chausvive I.:i pierre est de roche naïve Ile i|iini len fist le fondement, NI irrl dure cum aiment. < l.a tor M fil tonte réoude, < II not si riclie en tout le monde, i Ne par dedans miex ordenée. Elle nit dehors avironnée " Dun baille qui vêt lout entor. [ii-dens le chastel et perrieres Lt engins de maintes manière-. " iius poissiés les mangonniaus <"Venir pardessus les creniaus ". 1 11est évident quil sagit ici de herses(porte- <"milan- " Les maîtres de IOMIWV lIexcnt une tour avec une ^r.inde habileté au milieu <f lenceinte. H est question ici du donjon du Louvre, qui, contrairement aux habitudes di-4 MI" et XIIIe siècles, w trouvait exactement MI milieu de lenceinte carrée. Mais noublions pas que le donjon du Louvre était une tour exceptionnelle, un trésor autant quune défense. Dailleurs les quatre portes expliquent parfaitement la situation de ce dmijon, qui les masquait et f- eutilait toutes les quatre. 3 II y a encore ici exagération de la part de Guillaume de Lorris : le donjon du Louvre navait que vingt mètres de diamètre environ sur trente mètres de haut. Li- dmijun de Cuucy est bien autrement important, sou diamètre étant de trente - deux mètres et sa hauteur de soixante-cinq environ ; cependant le donjon de Coucy devait être, élevé lorsque noire poëte écrivait son roman. 11est certain que ce donjon ne fut biti quaprès celui de Philippe - Auguste. Lorgueilleux châtelain de Coucy, faisant dresser a la hâte les murs de son château, dans lespoir de mettre la couronne do France sur sa tète , voulut-il faire plus et mieux que le suzerain auquel il prétendait succéder ! * Pensait-on, du temps de Guillaume de Lorris, que la chaux éteinte avec du vinaigrefit de meilleur mortier. et cette méthode était-elle employée. Ce passagemérite la plus sérieuse attention 11 ne sagit plus ici du donjon, mais de lensemble du thàtvau Les courtines du Louvre de Philippe - Auguste nétaient pjint doublées de bâtiments à 1intérieur, et le château du Louvre se composait seulement encore, comme les châteaux des xi et xir siècles, dune enceinte flanquée de tours avec un donjon au centre. Le seigneur habitait le donjon, et la garnison les tours. On comprend comment alors on pouvait voir par - dessus les crénelages de*
  • - 125 [ CUAÏliAl j « Et as ai-rliieres tout entmii, ii Sunt les arbalcstcs à tour , HQuanneure ni puet tenir (résister). « yui prés du mur vudroit v nir, ii II porroit bien f.iire que niccs. ii Fors des fossés a unes lices i. De bons mur-; fus a cr.-niaux bas, « Si que cheval n" puent pas « Jusquas fossés venir dalée, « Quil ni éust avant niellée -.courtines la parlu- -upei Hiur de-, pierrièr I maiigomieauN il ddis sur laire il- l.icour. Il nétait pas possible de songer à placer ces énorme- engin- -ur les chemin-de ronde des courtines, encore moins sur les tours. Guillaume de Lorris ilit bien « dedens le chaslel », ccsl-à-dirc en dedans des murs; et les descriptions de Gml-laumc de Lorris sont toujours précises, sil rut eu des bâtiment- adossés aux courtini--,ces bâtiments auraient été couverts par des combles,et lon naurait pu voir le sommetdes engins par-dessus les créneaux. Ce passadedu poète explique un fait qui paraitétrange lorsquon examine les fortifications de la première moitié du nï siècle, et par-ticulièrement celles des châteaux. Presque toutes les forteiv-é- I laie- d1 relie épuipiequi nont point été modifiées pendant les xiv* et " siècles présentent une suite detours très-élevées et de courtines relativement basses . cest quen effet, alors, les toursétaient des postes, des fortins protégeant une enceinte qui avait asse/. de relief pourgarantir les grandes macbines de jet, mais qui nétait pas assez élevée pour que cesmachines ne pn-sent jeter de-, pierres sur les assaillants par-dessus les erénclages. Lm--que Simon de Monlfort assiègeToulouse, il sempare du château extérieur, qui passait,à tort ou à raison, pour être un ouvrage romain, mais dont le- mm-, étaient Iml eleve- lre-(" par le teinp-, plutôt que de déraser les murs entre les tour-, pour permettn-létablissement des grand- en-m-. il fait faire des terrassements à lintérieur Am-i. le-v-ienie deten-if des châteaux antérieurs à la seconde moitié du nr siècle ron-i-leen des tours dun commandement considérable, réunies par des n.mimes peu élevée-,libres à lintérieur, afin de permettre létablissement de piii--itite- macbines de jet |in-éé- sur le sol Ceci explique comment il se fait que, dans la plupart de CCS châteaux, on ne voit pas trace de bâtiments dhabitation adossés à ces courtines. Au chàli.mGaillard des Andcly», il ny a que deux logis adossés aux <ourtincs, lun dans len-ceinte extérieure, lautre dans lenceinte intérieure ; mais ces logis sont élevés du rotéde lescarpement à pic, qui ne pouvait permettre à lassiégeantde sétablir en face de-remparts. Nous verrdns bientôt comment et pourquoi ce --iemc fut complètement mo-difié au xe siècle. 1 Les chemins de ronde supérieurs des donjons se trouvaient munis darmes de jetà demeure,outre les armes transportâmesapportées par chaque -uldat au moment dela défense. En dehors de la porte du sud (porte principale) donnant sur la Seine, une pre-mière défense, assez basse, flanquée de tours, avait été bâtie à cinquante mètie-environ de lentrée du Louvre; cette première défense était double, avec une pmte achaque bout. Cétait comme un petit camp entouré de murailles formant en aaut dela façade sud du Louvre ce quon appelait alors une lice. Ces ouvrages avaient unegrande importance, car ils laissaient à la garnison dun château, -i elle parvenait àles conserver, toute sa libt-rté daction; elle facilitait les sorties et remph-sait
  • | CHATKAf j 126 - c Jalousie a garnison mise u Où chastel que ge vous devise. « Si mest avis que Dangier porte «La clef de la première porte « Qui ovre devers orient ; « Avec li, au mien escient, « A trente sergens tout à conte .il-- h.-irbaranes des Druides places fortes (voyez ce mot). Comme le dit Guillaume de Lorns, ce; ouvrageslias, plantés en dehors des fossés,empêchaient une troufe ennemie-de venir demblée jusquau bord du fossé sans trouver de résistance. A. une époqueoù N-sarmes de jet navaient pas une portée très-longue, il était fort important dentou-IIT les châteaux douvragesextérieurs très-considérables car, autrement, la nuit et par ;Mirpvisc, une troupe aurait pu combler le fossé en peu dinstants et écheller les mu-railles. Ce fait se présente fréquemment dans lhistoire de nos guerres en France, lors>-ipiil sagit de châteaux de peu de valeur ou qui navaient pas une garnison asseznom-ieii»e pnur garnir les dehors. 1 Du coté de Saint-Germain lAuxerruis. " Ce passageest fort curieux ; il nous donne une idée de la disposition des postesil.MIS les châteaux. Chaque porte composait une défense qui pouvait sisoler du restede la forteresse, véritable chàtelet muni de ses tours, de ses salles, cuisines, finir*.puits, caves, moulins même; le seigneur en confiait la garde à un capitaine ayant uncertain nombre dhommes darmes sous ses ordres. Il en était de même pour la gardedes tours de quelque importance. Ces postes, habituellement, nétaient pas relevéscomme de nos jours ; la garnison dun château nélait dès lors que la réunion deplusieurs petiies ;uiïii-ons , comme lensemble des défenses nétait quune réunionde petits forts pouvant au besoin se défendre séparément. Les conséquences dumorcellement féodal se faisaient ainsi sentir jusque dans lenceinte des châteaux.De lu ces fréquentes trahisons dune part, ou ces défenses désespéréesde lautre ,de postes qui résistent encore lorsque tous les autres ouvrages dune forteresse îonttombés. De là aussi limportance des donjons, qui peuvent protéger le seigneur contreces petites garnisons séparées qui lentourent. Nous trouvons encore, dans ce pas-sage de la description dun château, la confirmation de ce que nous disions tout àlheure au sujet de la disposition des courtines et des tours. Les tmirs étant desouvrages isolés, reliés seulement par des courtines basses quelles commandaient ,(es rondes étaient dilïii-iles, ou du moins ne pouvaient se faire quà un étage, lesi«umumie;ilions entre ces postes séparés étaient lentes ; cela était une conséquencedu systèmedéfeusif de cette époque, basé sur une défiance continuelle. Ainsi, à uneattaque générale, à un siège en règle, on opposait : 1° les courtine-, li.is-.es muniespar derrière tlYngin-v envoyant des projectiles par-dessus les remparts; "1°les civii,--lages de ces courtines garnies darchers et darbalétriers; 3° les tours qui comman-daient la campagneau loin et les courtines, si elles étaient prises par escalade. Pourse garantir contre les surprises de nuit, pour empêcher quune trahison partielle puisfaire tomber lensemble des défenses entre les mains de lennemi, on renfermait ,chaque soir, les postes dans leurs tours séparées, et lon évitait quils pussent com-muniquerentre eux. Desguetteursplacésaux créneauxsupérieursdes tours par leschefsdespostes quellesabritaient, dessentinelles les cheminsde ronde posées sur parle connétable, qui ne dépendaient des postesenfermés et pas dans les tours, exerçaientune surveillancedouble contrôléepour ainsi dire. Ce ne sont pas là des conjectures ,
  • - 12" - [ C11ATEAU J <iEt lautre porte garde Honte, KQui ovre par devers niiili , " El fui luinill sagi-, et si vniis ili " Quel ot sergensà graut planté ien grand nombre* !" Prés de faire sa volenlé. « Paor (Peur) ol grant conne-tablie, « Et fu à garder establie, " Lautre porte, qui est assise » A main senestre devers bise . « Paor ni sera,ja seure, HSel nest fermée à serréure, a Et si ne lovre pas sovent; Car, «niant die oit (entend) bruire le erit, " Ou cl ot saillir deus languie^ « Si len prennent fièvres et gotex iquittes). »Mâle-bouche(mauvaispropos, médisance),que diex « Ot sodoiers «le Normandie3. [maudie. « Si garde la porte destrois4. " Et si sachiés quas ,-iutres trois " Va souvent et vient ; Quant il scet c Quil doit par nuit faire le guet, 11 monte le soir as creniaus c, «Et atrempe ses chalemiaus (prépare seschalumeaux) Et ses busines ilrompeiles), et ses cors.basées sur un seul texte, celui dun poète. Sauvai , qui a pu consulter un grandnombre de pièces perdues aujourdhui, entre autres les registres des Suvres royauxîle la cliambre des comptes, et qui donne sur le Louvre des détails dun grand intvivi,dit (p. 14, liv Vil) : «Une bonne partie des tours, chacune, avoit à part son capi-« tainc ou concierge, plus ou moins qualifié, selon que la tour étoit grosse, ou dé-« tachije du Louvre. Le comte de Nevers fut nommé, en lill, concierge de celle« de Windal, le 20 septembre.Sous Charles VI, les capitaines de celles du Bois, de« lÉcluse et. de la Grosse Tour furent cassés plusieurs fuis. Le commandement dunetour nétait donc pas une fimction transitoire, mais nu pci^tr lise, une charge donnéeparla seigneur. 1 Du côté de la Seine. 1 Du côté de la rue du Coq. Veur a la charge de grand connétable, la porte qui fui est confiée restant toujours fermée. Il semblerait que, du temps de Guillaume del-orris, la porte du nord demeurait le plus souvent fermée, à cause du vent de bise.Cette porte nétait dailleurs quune poterne percée à la base dune grosse tour ser-vant probablementde logement à la connétablie du Louvre. La garde de cette poterne;«"tantfacile, puisquelle était fort étroite et habituellement fermée, pouvait <5treconfiée au connétable, dont les fonctions consistaient à surveiller tous les postes, àdonner les ordres généraux et à se faire remettre chaque soir les clef* des différentesportes. 1 Ceci est une épigramme a ladresse des Normands. * Du côté des Tuileries. * Pour médire, répandre de mauvais bruits. 0 Chaquechef de poste faisait donc le guet à tour de rôle.
  • | i JIATKAT ] liS - .l.dniisie, qui1iJii.-xconfonde » A jf.iniir l,i tor reonde (le donjon) . Kl M s.ii.ïnes quele i a mis h - plus IIVÎM-S ses ami*, ili- .- Tanl i|iiil i ni j;r;int £arni<nn . "> Cestla un châteauroyal; la nécessite se trouvait un seigneurde oùplacerun poste,une petite garnison, danschaqueporte principale-ment, faisait quon ne multipliait pasles issues,dautant plus que lesattaquesétaient toujours tentéessur cespoints. Ce passage Itomott duîle /a rosénous fait connaîtreque, dansles chàleauxconsidérables, lamultiplicité des défenses exigeait des garnisons comparativement nom-breuses.()!"ces garnisons ruinaient les seigneurs: sils les réduisaient,le systèmedéfensifadoptéau commencement xin siècle,excellent dulorsquil était convenablement muni dhommes, était mauvais lorsquetous les points ne pouvaient pas être bien garnis et surveilles. Alors<-es détours, ces solutions de communications devenaient au contrairefavorables aux assiégeants. Nous verrons comme, au xive siècle, leschâtelains, ayant reconnu ces défauts, cherchèrent a y remédier et ase bien défendre avec des garnisons que leur elal de fortune ne leurpermettait plus dentretenir très-nombreuses. Y<uei maintenant des descriptions de travaux exécutés dan s des châ-teaux de seigneurs féodaux qui datent de la même époque .commen-cement du XIIIe siècle : i, VI.T- ^in i-liastel IIIIMII lant it limrlie5 i. Quil en a eiic la nulle ; Vcllll/ est, M desl-l-lll ail l.Hlt l.e- IIUIITS <|lll II"- ellHVs Innt lllnliestr (|r |ns| livrer ." F)! llf lui IMIIII llrllMTI, « El (If ir|i;ircr SCS l"^si;z, " Oar iiinull lilcu olnit a|iau>-". il Sf |n ,-.M ii|iait fnit I . Si- H linjs vient sor lui à ost (avec Sun ami ..... . Quil na pas punir quil Jen ost. " Kim nis ru NiTini Minuit IHTIOZ. « Moult -,c-im( r li forcenez » De laire fossiv. i.-l trauclii«i^, « Tôt cntur lui a ^is archiées, «Fait un fn-sr i|Yr |iarlniit .nni|i!i il, ni ji 1 La garnison ilu ilonjon, compn^re i)r> plus fnli-lis et rn ^IMIK! imnilir.1. Li; lliiiniiii du lliiuiit, vers llSiOJ t-l suiv. ln-nail fuit et se réfugie dans son chàli-an, quil fait iv|iaivr. II était rare que lun entra»a clievaldansle châteaumême,les érnnes ""tantK.;IH-ralement bâtiesdans la basse-cour comprisedansune premièreenceinte;on laissaitlesmontures devant le pont du eliàle.ni. Renart i^.- |. - ouvriersà terminerprompliinent cn^ leur travail.
  • - 1"_><.) L CIIATKAl « Ricusni puet entrer c|ui nafonln|ni m- tombean tond/. " Dcsor fu li pou/ tornéj/ » .Moult bien lorue/ tu/, roli-ix, . Desorla lor sunt les perriere-, Qui lanceront piètre- pleuieres2; « Nest nu- IIDIII qui en lu-l IV-ni/, " Qui à sa liu ne fust venu?. « Les areliieres -ont .1- .piTiiiax a Par où il trairont les i|uarria ii Por darnagier la gent li1 i-oi. « .Moult (M Itril.lll ili- -IMIll I|.--|MI « Qui .si ciiiiln- |i- roi -..i|,-lr (se jn-i |i.irci. i- Sor chasnmi- lor uni- ^.MI!. A mise por esi-liar^ailn-r , Qar il ni avuit ^rniit Huilier i^i-au Mollit flll liii-ll ili-M- nlrnin ;vSU.H>/, c. Ein^i >i->t lii-ii.irt atoriii/. « Hordùiz ot et Imn et lie], .- Par defors les murs don rli.islel* >cs barbacanes fist Hiveiei- "" Por son eliastel miaux liifon-iei II inaiidr di1^ »ulilalv <l<-s^ci)s ili1 jiitd cl a clu-val pour (If rliàlc.Mi . ils se rcmlriit cil ^i-aiid tinitiliLf a ^(lll appel, « .... Grant joie <-n li^i « Uenart, et mainteiiaul le- tui-t » Ks barbacanes por delVeii-e " , a Nus ne ]>uct savoir re ipiil |ien~e, « Moull >i ^l lîi-iiart bien eiilieiin- « Daide faire ù ses ami-, ix)ue liien i|uide san/! nul relor « Quil >oil a--i^, dedc-n/ya lor7. o duli-c Usdépenses quoccasionnaientaux sri^iirur^ féodauxlu 1 11lait faire un pont à bascule i»y - Il est encore question ici dengins fixes dresséssur les rlieinins de ronde des loiir-. 3 41fait élever une guette sur cbai|ne loin pour ^iielter le- dehors . 1 II tait faire des liourds en dehors des mur- <ov. lloi uni. D S ouvragesavancésen bois pour-défendre le- delmr-.. 1 En temps de guerre, on faisait faire, en dehors des ehàleaii, de grandes !MI li.n.ni.de bois, que lon garnissait de gens darmes appelés par le >eigneur.Cihii-i i naimaitguère ù introduire, dans lenceinte même du château, de- >on,|,,yei les hommesqui lui -,devaient m service temporaire, et de la fidélité desquelsil ne pouvait être parfaitementassuré.Uuaudon introduisait cesmercenairesdans les détVn-r- intérieures onprenaii alors,comme ou va le voir, des dispositions spéciales. 7 Ce dernier .trait peint les niujurs du -. i-neur lV-od.il. Personne du dehors :iz"connaît ses desseins. in. - y
  • f CHATEAU ] - 130-strucon des châteauxet lentretien dune garnisonsuffisanteen pré-vision dune auaque, il leur fallait faire exécuter des travaux consi-dérables, sils voulaient être en état de résister à un siègeen règle,Approvisionner quantité munitions bouche deguerre.Les de de etImurdages boisdont,pendant xne xnie de les et siècles, garnissait onles sommetsdes tours et courtines, exigeaientlapport, la façon et lapose dunequantité considérable charpentes, conséquent de par unnombre énorme douvriers. Ces ouvrages transitoires se détérioraientpmmptement pendant paix;cenétait la donc unepetite pas affaire deposséder de garderun château cetteépoque. et à Dansun autre poème,contemporainde ce dernier (commencementdu MU -iecle), nous trouvons encoredes détails intéressants,non-seuleiuent sur les défenses des châteaux, mais sur les logements, lesdépendances, armes le^passe-temps seigneurs. les et des Nous deman-derons à nos lecteurs la permission de leur citer encore ce passade: « Li i ha>tiax si>t an une ruche : * Li -diguejusca.mur saproche, « La roche fut dure et naïve, « Haute et lar^e jusca la rive, n Et sist sor une grant montai^ne «Qui samble i|uas nues st teigne. i.El chastel navoit i-une entrée; 1 E.itniits de Dolupntlt<isilHerbers, p. iK-J. ln-i|iie tous les châteaux,nont quune entrée, ainsi que nous lavons dit ].lu- liant à propo» Louvre.Dansli /fnmini.s Pnrie lu Duchesse, trouvons M-I* ilu de nous ces u An la yurlK devant l<I .1.|>Hil a lever. Yi tvt tjvit_- iuitrée, bien l.i liront £urder. » .1. Et dans la seconde hr.-inchedu r-uuan tlAuhetï le Bourguignon (voy. la Chanson de Holnii1. MI- siècle, puhl. |iar FrancisqueMichel, 183", p. XLI : < FII li chastiax et la tors environ; «Bienfu assise prant par devision (réflexion, |>n:n.Hi. ej « De nulle(art Usinier(entrer) iii p«el-»n I "PSdune part, si comme nous cuiilouz ; « La est lantrée et par là I va-on. «Ponttorneiz bascule) barreà quareillim serrure; (à et * Selve (forêt) i ot vielle dès le tans Salemun , liii-n fu garnie de riche venoison. I .1*(proche) la rivière sont créu li frès jon a lit li-rbe drueque caillenth jjarson. u Li marois sont cntor et environ « Et li fosséqui forment (entourent) sont parfont- « Li mur de maubre, de cliaus et de sablon, c Et les tornelles où mainncnt li baron, « Et li vivier ou furent li poisson. « Si fort chastil ne vit OIKJUOS hom; nus " Là dedens ot sa sale et son donjon « Et sa chapdlepur devantsamaisoa. c . . . J;
  • . 131 - | <H.TI:AI J » Trop riche porte i nt fermée i Qui sist MU- nid l.i ntailliu. [le ci-le |>.irt (ut la cliniicio. « l.i fossiv. li rnlléis il-s palissades, i-t littéralement bâtons) les " Kt si fut li poiK |cei/ : i Si estnil assiz )i chastiax " Que parriere ne mangnniax Ne li grevasi île nulle part; lur nul auging, ne por nul art " NiT J>oïst-m adamaigier, Tant kil cubent à maingier l.il ki ili1! chastel lussent garde, " Neussent île tôt le monde garde « Munit lut eslroitc li antrrie, Ouarisi fut faite et compasseie, « Par devant la haute rnimlaigne ; !" ( envient «-uns sol IKMII i vcigne, - Jai dui ni vauroient ansamhte Dautre part devers laiguë samhle, « Por ceu kil siet en si haut mon), >" Quil doie ehéoir en .i. mont " De tant eom om trait dun rpianvl " Naproihnit niuis hou- lu cha-lel « 11i «it portes culléisces (hersr-i, , « liailles leni.fintcs extérieures i, tu^s.-/ et murs i-t Hrr- « Tre>tot fut an rm-lie antaillet « Moult iot fi.Tiit et tailliet « Ainroi/ ke li chastds fust f.iN . « Onkes tels ne fut conlrefai/. Trnp par fut fnrs it liieu assjz1. 1 La défense de la porte est toujours ronsnirnv roimne devant être trt-s-forte. * Les ponts-levis étaient assez rares : xnr sk-t-le; di moins ils ne tenaient pasencore aux ouvrages mêmes îles portes, mais ils étaient posés en avant, à lentrée ouau milieu des ponts, et se composaientdun grand châssis mobile posé sur deux pilesou deux poteaux, roulant sur un axe et relevant un tablier au moyen de deux chaînesde suspension(voy ARCHITECTUKE MILITAIRE, PONT). 3 Une chausséeconduisait à lentrée, qui était fort étroite. Deux hommes ny pouvaient)>asserde lnmt. * On faisait une distinction entre les baillfs et les lices : les premières étaient,romnie nous lavons vu au château dArqués, une cncloserie extérieure, une basse-rour, connue encore au château de Coucy; les lices étaient les espaces laissés entredeux enceintesà peu près parallèles, entre les murs du château et les palissadesexté-rieures. 5 Lorsque lassiette dun château avait été choisie sur le sommet dun escarpement,on taillait souvent le rocher qm devait lui servir de base de manière à rendre, lesescarpements plus formidables ; souvent même on creusait les fossés à même lurucher, comme au château Gaillard, à la Roche-Guyon, et lon réservait, à lextérieur,une défense prise aux dépens du roc. Ces travaux sont ordinaires autour des cbàtenoxassis sur le tuf, la craie ou des calcaires tendres.
  • cn.Ti:.u ] Sor la roche ki lut pandans, " Grant fut et large par dedans, Trop i ot riche licrberjaige ; En la tor (le donjon) ot moult i irln e»iaige, l.ieu lut herhergiez lot entor* Li pâli. us >i>t |irest de la tor "" Qui moult fut haus et bons et leis ilarg- " Li estauble iecuries| furent dclri*. C.reiiirrs i-l i hambros et euisni^ : Munit i ot riches iillirincs. Munit fut la salir grans <-t larg1 Maint fnrt r-riit rt maiilti1 tur^i " Et mainte lance et maint r-piei .i-pi.in Et bon cheval et bon api1! [tout li fer sont bon et îraiichinil, Et maint cor bandcit dargent oit pandut lor lu Vers lcstanc furent les Lai lut h >ires apoieis ; Ni- sai cil estait annuics, ^l u^, iii pansant, laiguë esgardnil n- n esgardant, les oignes voit oui estoient et bel et gent. Dont cnmandoit totc sa gent Our iiiiuill doucement les Les fenèlres des apparlenienls donnent sur létang dont les eauxenveloppent le château-, le seigneur, qui sennuie (le poêle penche àle croire, et nous aussi), regarde leau, puis les cygnes; il leur jelledu pain et du lilé, et appelle ses^en> atin de jouir de ce spectacleencompagnie... Tout est bon à ceux qui sennuient, et celte vie mono-tone du château, lorsquelle nétait pas remplie par la guérie ou lachu*.-.!-, sattachait aux moindres accidents pour y trouver un motif dedistraction. Le pèlerin qui frappait à la portée! réclamait milite pourJanuit, le moinequi venaitdemanderpour soncouvent, le trouvèrequi II sy trouvait de nombreux logements - H - l.i^ruiriiN ri.nnil ni oiv disposésautour du donjon. 3 Li i>aluis,cest la dnueuiv du Miginiir, distincte des h/i-lii-i-jnif/fx,pu paraissentdestinis au i:,i~rnirment de la garnison. * Voici la grand salle, cette dépendanceindispensablede tout cliàtr-au. - Hni- Irx salles étaientsuspendus armes, écus, <-» : rï-tail la ]irinripali: les les <-~ ^décoration intérieurs; dansun grandnombre châteaux voit encore pl.ii"" des et de on lades tahletlrs, des crochets de fer qui servaient à porter des panoplies darmes et duslrn-siles de guerre et de chasse.
  • - 133 - L CUATKAU ]débitait sesvers, apportaient seulsdes bruits el nouvellesdu dehorsentre cesmurailles silencieuses.Cela explique le succès de ceslais,gestes,chansons b-^endesqui abondaient à cette époqueet occu- etpaient les longs loisirs dun châtelain, de sa famille et de sesgens. Si le seigneur était riche, il cherchaità embellir sa demeureféo-dale, faisait bâtir une chapelle, et la décorait de peintures et devitraux: il garnissaitsesappartements tapisseries,de meublespré- decieux, de belles armes : de là ce goût effrénépour le luxe, qui, dés lexmesiècle trouve sa placechez deshommesencore rudes; cette exci-tation de limagination, cet amour pour le merveilleux,pour la poésie,la musique,le jeu, les aventures périlleuses, pendant que le peupledesvilles participait chaquejour davantage la vie politique du pays, ildevenaitindustrieux, riche par conséquent,était tout occupéde lexis-tence positiveet prenait ainsi une place plus large, le seigneur, isolédans son château,it-paissaitson imaginationdechimères,comprimai!difficilement ses instincts turbulents, nourrissait des projets ambitieuxde plus en plus difficiles à réaliser entre la royauté, qui saffermissaitet sétendait, et la nation, qui commençait à se sentir et se connaître. Dés lépoque de saint Louis, la féodalité française nétait plus quuncorps hétérogène dans lEtat, elle ne pouvait plus que décroître. Aupoint de vue militaire, les guerres du xiv" siècle lui rendirent unecertaine importance, la forcèrent de rentrer dans la vie publique(sous de tristes auspices, il est vrai), et prolongèrent ainsi son exis-tence. La noblesse releva ses châteaux, adopta des moyens de défensenouveaux appropriés aux temps, fit faire ainsi un pas à lart de lafortification, jusquau moment où, lartillerie àfeu devenant un moyendattaque puissant, elle dut se résigner à ne plus jouer quun rôlesecondaire en face de la royauté, et à ne considérer ses châteaux quecomme de vieilles armes que lon conserve en souvenir des servicesquelles ont rendus,sansespérerpouvoir sen servir pour se défendre.De CharlesVI à Louis XI, les barons semblent ne vouloir pas faire àlartillerie lhonneur de la reconnaître,ils persistent,dans la construc-tion de leurs châteaux,a nen point tenir compte, jusquau momentoù sesettetsterribles viennent détruire cette vaine protestation aumoyen de quelquesvoléesde coups de canon. Maisnousnen sommes encore pas arrivésa cette époquede tran-sition où le château nest plus quun vain simulacre de défensemilitaire, et cache encore, par un reste des traditions antérieures,la maisonde plaisancesousune apparence guerrière Revenonsau Louvre, non plus au Louvre de Philippe-Auguste,mais au Louvre tel que lavait laissé Charles V, cest-à-dire à la forle- 1 Navons-nous vu encore, la fin du derniersiècle,la noblesse pas H française agir enface des grandes émotions populaires comme elle avait agi, deux siècles et demi plus tût,en face de lartillerie?
  • [ CUATLAC ] - 134 -resse qui se transforme en palais réunissant les recherches dunehabit ition royale à la défense extérieure. Voici dig. ^lii !." plan du rez-de-chausséedu château du Louvre ré-paré et reconstruit en grandepartie sous Charles Philippe-Auguste V1.avait bâti le château du Louvre en dehors de lenceinte de Paris, pourdéfendre les imnls de la Seine en aVal contre des ennemis arrivant dela ba-st- Seine, el aussi pour maintenir la ville sous son autorité, touten conservant sa liberté daction. Cétait comme un fort détaché pro-tégeantla ville et se défendantau besoin contre seshabitants. Notreplan, ou plutôt celui de M. le comte de Clarac, dressé sur les donnéesles plus exactesque lon puissese procurer aujourdhui, fait voir enSHLI desparties de lenceinte de Paris élevée par Philippe-Auguste.La configuration généralede ce plan, qui serapporte à la descriptionde Guillaume de Lorri>. fait voir que Charles V conserva les tours,les portes et le donjon du xnr siècle.La description de Guillaumede * Ce plan est réduit sur cehii donné par M. le comte de Clarac dans son Musée <lcsculptureantiquf et moderne, 185ti-18:!7.
  • . 13.) _ [ CIIATLAU ]Lorris nexisterait-elle ]>as,quela lorme,le diamètre,lespacementdestours,la disposition portes, rapprochent de* *c bien plus du sys-tèmedéfensif adopté commencementxm1siècle au du que de celuidu MV. Le tableau conservéautrefoisdanslabbaye de Saint-GermaindesPrés,et qui date du commencement xv siècle,représentant dule Louvre labbaye, gravuresdIsraëlSylvestre, et le* nindiquenl pas,pour les tours, les dispositions défense de utiliséesdu temps deCharlesV, mais bien plutôt celles employées tempsde saint Louis. duToutefois Charles Y suréleva les courtines et y adossa des bâtiment*dhabitation (cest lopinion de Sauvai),il lit bâtir le grand escalieretla galerieniellant le donjon encommunicationavecla porte du nord.Peut-être quil franchit le périmètre du châteaude Philippe-Auguste,du côte J, ver* loue*!, en élevant sur ce point des corps de logi* tré*-épais. Il semblerait que les constructionsprimitives sarrêtaient dece cotéà la tour Z, et que le mur intérieur de laile occidentaleétaitlancienne courtine. Alors le donjon, plu* rapproché de cette cour-tine, devait mieux commander la campagne ver* le point on une.attaquesfi-ieu*eétait le plus à craindre. Les constructionsentreprisespar CharlesY furent contiees,t Raimonddu Temple, son « bien aimé sergent darmes et maçon ». La porte de la ville (voy. la tig. 20) donnait issue entre deux mur* flanquésde tourelles, le long de la rivière, et aboutissait à une pre- mière porle extérieure K donnant sur la berge, au point où *e trouve aujourdhui le balcon de la galerie dApollon. En aval de cette porte était la four du Boi*. qui correspondait à la tour de Xe*le*, sur lem- placement de lInstitut. On entrait, de la ville, dans les lices du Louvre par la porte H : cétait la porte principale. Mais, pour pénétrer dan* le château, il fallait traverser un cbâlelet N construit en avant du tossé. La tour I iaisait le coin sur la Seine, ver* Paris. En A, était le donjon de Philippe-Auguste,entouréde son fosséparticulier B: snn entrée en T.était protégée par un corps de garde G. En F, était une fontaine. Un large fosséà fond de cuve, avec contrescarpe revêtue, chemin de ronde et échauguetle*. régnait en V tout autour du châ- teau. Le* basses-cours ducôle de la ville se trouvaient en H, entre la muraille de Philippe-Auguste et le lusse Du côlé du nord, en Y, et sur le terre-plein 0, étaient plantésdesjardins avectreilles. Les tours dangle et la porteprincipale X, avecse*deuxtoursY, devaient appar- tenir à la construction commencement xnr siècle.La chapelle du du était en a; en w, un grand vestibule servait de salle des gardes. Les 1 Voyezles Titre» concernant Rahuoiut T?mi>lr, >ln mrltil. tin roi CharlesV . <klÉcole chartes, série, III, ]i .Vu luinmud TVnndi1 des 2e t. du rmnuhit,:uiprés rui du CharlesV, les fonctions de sergent darmes et df iiinitiv drs imviv-, ri ii- titiv- dnnl il est ici questionfont connaîtreles sentimentsdestime le roi de France que professait pour son garde du corps, architecte.
  • " UIATEAU 1appartement- la n-inetenaientlaile //, c, e./, /,-. lejeu de paume, dr /.11-allé y. Le kiliineiil V contenait la ménagerie,et reuxPTO le ser-vice île lartillerie depni- CharlesV. Ce qui faisait 1orgueil de Haimonddu Templeétait lex-alier;i vis E. qui passait pour un chef d-Suvre,construction à jour ornée de niche- ""( statuesreprésentantles roi-de France; puis la galerie I), mettant le donjon en communication avecle premier étage de laile du nord. Au premierétage(tig :M). la rlianilire descomptesoccupaiten Dle de-,us dr |,( porte principale, la salle des joyaux (le trésor deCharles était Tortricheen objet- dor et dargent) A" était placéeen Aau-de--usde la salledes garde- et la bibliothèquedansla tourelle B .Le cabinet du roi était en C; la chambredesrequêtesenE: la chambre 2l;i coucher du roi en F. -on oratoire en (i: un cabinet et une salle debain en HH. Le jeu de paume prenait la hauteur du re/-de-chaus-eeet du premier étage en I. 1 ne chapelle haute, en M, -e trouvait au-de--u- de la chapelle ba--e. cette dernière étant réservée aux gen- duchâteau. Kn X, le roi po--edait une seconde chambre à coucher, pré-cédée dune antichambre P; accompagnée dun oratoire 0, dune sallede bain et cabinet HH. La salle de parade (du Trône) était en 0,et la grande -allé dite de Saint-Louiseu S. 1!existait un appartementdhonneur, avec salle de parade, en A". X, T. Le premier étage dudonjon L était divisé en quatre pièces contenant une chambre, unoratoire et des cabinets Le- galeries Y, ou portique-, servaient decommunicationpour le -eiice. et. commenous lavons dit plus haut,la galerie K donnait entrée dans le donjon, au premier étage. Au moyendu tableaude Saint-Germain Prés,desgravuresdIsraël desSylvestreetdun dessindu commencement xvn sièclequi esten notre dupossession, nous avon- e--ave de restituer une vue cavalière du château 1 I.n.l>itiliotlièi(itf «li1 f.li.-trlii V i-tiiit iiniiiinvii-o et ri-he. Cestdans cette petitesalle-/v.n,ic quc sc fonn;i lu,, (]es noyaux Je la liibliôllièque nationale.
  • [ CHATL.U| -- a / >C :du Louvre de CharlesV; nous la donnons ici (fig. 22). Laspectque
  • [ CHATKAC Jnous avons choisi es! celui du >ud-e*l, car cest -ni ce côté du Louvreque lon peut réunir le plus de documentsantérieurs aux reconstruc-tions des vi° et XYIÏ siècle*..Notrevue montrela quantité dedéfensesqui protégeaient abords château, le soinapporté Charles les du et par Vdans les reconstructions; elle fait comprendre comment les toursde Philippe-Auguste avaientdû être engagées la surélévation par descourtines servant de façadesextérieures aux bâtiments neufs. Vers lenord, on aperçoit 1escalier de Haimonddu Temple et les riches bâti-ments auxquelsil donnai! accès.Du côté de lest, sur le devant denotre dessin, passe1enceinte de la ville bâtie par Philippe-Auguste,terminée sur la Seinepar une haute tour qui subsistajusqu au com-mencement du xvn siècle: derrière cette tour sont les deux portes,lune donnant entrée dans la ville le long d. la première enceinte duLouvre, lautre entrant dans celle enceinte. Ce iront de lenceinte deParis,bâti parPhilippe-Auguste,sedéfendaitnécessairement dehors du.-nidedansdepuis la Seinejusquà la barrière des Sergents:cest-à-diroque le fossede -es courtineset tours était creusedu côté de la ville,et non du côté du Louvre. Cetteportion denceintedépendait ainsi duchâteau et le protégeait contre les entreprises des habitants. Du tempsde CharlesV, le châteaudu Louvre et ses dépendancescontenaient tout ce qui est nécessaire a la vie dun prince. Il y avait,dit Sauvai,« la maison du four, la panneterie.la sausserie, épicerie, 1« la pâtisserie,le garde-manger, fruiterie, léchançonnerie,la bou- la"«teillerie, le lien où Ton fait Ihypocra* On y trouvait la fourerie,«la lingerie, la pelleterie, la lavanderie, la taillerie, le buchicr, le"" charbonnier ; de plus la conciergerie, la maréchaussée, la faucon-- nerie, lartillerie, outre quantité de celliers el de poulaillers ou<"galliniers, et autres appartement* de cette qualité. » Les bâtimentsde lartillerie, situe* au sud-oiies|. avaient une grande importance.Us sont indiqués dans notre plan (tig. :2<>). P.U.T. - Dansle compte en <(des baillis de France rendu a la Chambre en Uîl.î. dit Sauvai, il est « souvent parlé des cuirs, des nerfs de bSuf, et des arbalètes gardées - danslartillerie du Louvre Lorsque les Parisiens semparèrent"" du Louvre en 13«>H, y trouvèrent engins, canons, arbalètes à tour, ils garrots et autre artillerie en grande quantité... ""Le maître de lar-tillerie y était logé, y possédait un jardin ci des etuve*:en 1391,quoique lartillerie à feu fût déjàconnue, elle n était guère employéeà la défense des places fortes. Il y avait encore, ajoute Sauvai, a cette époque, «une chambrepour les empenneresses. empennoientles qui « sageltes et viretons; de plus un atelier où lon ébauchoit tant les « viretons que les flèches, avec une armoire à trois pans (trois <(Mes). « longue de cinq toises, haute de sept pieds, large de deux et demi, « où étoient enfermésles cottes de mailles, platers, les bacinels, les « haches, les épées, les fers de lance et darchegayes, et quantité « dautres sortes d armures nécessaires pour la garnison du Louvre. »Ainsi, au xiv* siècle, un châteaudevait contenir non-seulementcequi
  • . 13!» _ [ C11ATEAU ]était nécessaire à la vie journalière, niais de nombreux ateliers propresa la confection et à IVntivIien des armes: il devait se suffire à lui-même sans avoir besoin de recourir aux fournisseurs du dehors.Commelabbayedu xn siècle, le château féodal formait une sociétéisolée,unepetite ville renfermant sessoldats, se>ouvriers, fabricants,sa police particulière. Résidenceloyale, le châteaudu Louvre avait,comme tous h-> châteaux féodaux, dans ses basses-cours, des fermiersqui, par leurs baux, devaient fournir la volaille, les Sufs, le blé; ilpossédait outre uneménagerie en bâtie par Philippede Valois, en 1333,sur lemplacementde ".Tances achetées (ieofiroi et JacquesVauriel ; iide beauxjardin», plantésà la modedu temps,cest-à-dire avectreilles,plants de rosiers, tonnelles, préaux, quinconces1. Le plan carré ou parallélogramme parait avoir été adopté pour leschâteauxféodauxde plaine depuisle xiir siècle; niais il est rare derencontrer, ainsi que nous lavons dit précédemment, le donjon placéau milieu du rectangle: cette dispositionest particulière au châteaudu Louvre. Au château de Vincennes, bâti pendant le xne siècle, ledonjon es) placé le lon^ de lun îles deux côtés, et pouvait, îles lois,se rendre indépendant de 1enceinte en ayant sa poterne souvrantdirectement sur les dehors; mais il faut voir dans le château de Vin-cennesune place forte, une vasteenceintefortifiée, plutôt quun châ-teau proprement dit- (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE). tours carrées Lesqui tlanquent sescourtines appartiennent bien plus à la défense desvilles et places fortes de celle époque qua celle des châteaux Un des caractères particuliers aux châteaux de la fin du xme siècleet du xiv, cest limportance relative des tours, qui sont, sauf de raresexceptions, cylindriques, dun fort diamètre, épaisses dans leurs a-u-vres, hautes et très-saillantes en dehors des courtines, de manièreà les bienflanquer. Les enginsdattaque sétanlperfectionnéspendantle xiii1 siècle, on avait juyé nécessaire daugmenter le diamètre destours, de taire des murs plus épais et de rendre leur commandementtrès-puissant. Cette observation vient encore appuyer notre opinion 1l.harle- V vn! faire h-- hnnmiir» ilf *nn Louvre à I empereur CharlesIV, il yfait conduire ce prince en bateau : « Au Louvre arrivèrent ; le, Roy nionstra à lEmpereur« les beauls murs et maçonnages cpùl avmt fait au Louvre éililier; lEmpereur, sou fil/. H« sesbarons moult bien y l<n;ia,et partout estoit le lieu moult rirhement pure ; eu la sale« dina le Roy, les banni-; aveclui, et lEmpereur eu sa ehamhie. iC.lirisliue cb- li-au. Dfx(aicts du nageftoij Charles ], ebap. XLII.I 1 Ce qui prouve encore que la place de Vineenues navait pas été considéréepar sonfondateur comme un château, cest ce pas^i-r ii- Christine de Pisan, extrait de son Lim-des favts et bonnesmeursdu sage Roij Charles V : « Item, dehors Paris, le chastel du boisn di- Vineencs, qui moult est notable et bel, avoit entencion de roii de faire ville fermée ;« et là aroit eslablic en beaulsmanoirsla demeurede pluseursseigneurs,chevalierset autln-si srs mienl/ iimez, et ù cliascun y asseneroit rente à vie selon leur personne . cellcci lieu« voult Ir Roy quil fust franc de toutes servitudes, naucune charge par le tems avenir,« ne redevancedemander,n (Ghap. xi.j
  • [ CHATEAU ] 140 -sur la uate des défenses du Louvre. Si Charles V 1rs eût rebâties,il neût certainement pas conservéces tours d un faible diamètreet passablement entées dans les courtines. Le château Villandraut prèsBazas, versle milieu du xiiisiècle, de bâtinous lait voir déjà des tours très-fortes et saillantessur les courlinf>.flanquant chaqueangleun parallélogramme iT-.rif)sur 3!»".00 a dedans Suvre. Ce château,public déjàpar la Commission monuments deshistoriquesde la Gironde, et dont nous donnonsle plan (fig. 23), estparfaitementrégulier, connue presque tous les châteauxde plaine.Son unique entréee>t flanquéede deux tours très-fortes et épaisses;des logementsétaient disposésà lintérieur le long des quatre faces,de manière à laisser une cour de 25 mètres sur 30 environ Ici pas de .donjon, ou plutôt le château lui-même compose un véritable don-jon entoure de fosséslarges et profonds. Les dépendances, proba- et 1 M. JulesQuicheral trouvé,dansla provincedo Burgos(Vicillc-Castille), a unqui porte le nom de ce chùteuudevenucélèbre,au m° siècle, par le séjour quy litlarchevêque Bertrand île Goth, après lavoir fait reconstruire. Selon M. Quicherat, aucommencement XIH"siècle, un cadet de Biscaye,don Alonzo Lopès,apanagede- duVillandraut (villa Andrando), eut deux fils, dont le plus jeune, don André, vint en France
  • - 141 [ CIIAÏKAU]blement des enceintes extérieures,protégeaient cette forteresse,qui«tait très-biendéfenduepour lépoque, puisque, en 1592,les ligueurssétank emparés la place,le maréchal Matignondut CM de de faire lesiège,qui fut long et opiniâtre, les assiégés sétantrendusquaprès neavoir essuyédouzecent soixantecoupsde canon.Lestours du châteaude Villandraut ont 27 mètres de hauteur, non compris les couronne-ments, qui sont détruits, sur 11 et 12 mètres de diamètre; elles com-mandent de beaucoup les courtines, dont lépaisseur est de 2",70. Ceplan parait avoir été fréquemmentsuivi à partir delà secondemoitié<lu xnr siècle,pour les châteauxde plaine dune médiocre étendue;toutefois limportance que lon attachait à la défense des portes (pointvers lequel tendaient tous les efforts de lassaillant avant lartillerieà feu) fit que lon ne se contenta pas seulement des deux tours flan-quantes, et quon éleva en avant un châtelet isolé au milieu du fo--e.Cest ainsi quétait défendue la porte du château de Marcoussis. élevé.sous Charles VI, par Jean de Montaigu. Ces chàtelels remplaçaient lesanciennes barbacanes des xiie et xme siècles, qui, le plus souvent.nétaient que des ouvrages de terre et de bois, et furent remplacé-.à leur tour, à la tin du xve siècle, par des boulevards de terre, avecou sans revêtements, faits pour recevoir du canon. Sous Philippe le Hardi, Philippe le Bel et Philippe de Valois, les dis-positions des châteaux se modifient peu : la France navait pas à lut-ter contre les invasions étrangères; elle était forte et puissante; lanoblesseféodale semblait se résigner à laisser prendre à la monarchieune plus grande place dans lEtat. Saint, Louis navait vu quun péril enlacedu trône ; cétait celui quil avait eu il combattre dans sa jeunesse:le pouvoir démesuré des grands vassaux. Pendant quil cherchait, parde nouvelles institutions, a conjurer a jamais un danger qui avait faillilui faire perdre la couronne de Philippe-Auguste, quil ruinait sesbarons, empiétait sur leurs droits et les mettait dans limpossibilitédéleverdes forteresses, cédait une partie desprovinces françaises il auroi Henri III dAngleterre, par des considérationstoutes personnelleset dont il est bien difficile aujourdhui de reconnaître la valeur. Auxyeux de lhistoire, cette concessionest une faute grave, peut-être laseule commise par ce prince; elle eut, cent ans plus tard, des résultatsdésastreux,et provoquales longs revers de la France pendantles xiv"et xv siècles ; elle eut encore pour effet, contrairement aux tendancesde celui qui lavait commise,de prolonger lexistencede la féodalité :car, pendant ces guerres funestes, ces troubles et cette fermentationà la suite de Blanche Castille,et sarrêta Guyenne de Bazas, de en près dan- Ir liena conservéle nom de Villandraut. Un demi-siècle plus tard, lalliance de la fille nufille dAndréavecun membre la famille de (înih lit passer de crtte -ei^neiinedan- cettemaison, et bientôt d.ms la possessionda celui qui, dabord archevêquede l!<>nliMiix,notarda pasà être élevé dans la chaire de Saint-Pierre sous le nom île C.li-incnt l:inr,-i;jli;j. Cumin,desmoinim.Inslor. de lu Gironde-)
  • [ CHATEAU ] - 142 -incessants, les seigneurs, reprenant leurs allures dp chefs de bandes,vendant tour a tour leurs services à lun et à lautre parti, quelquefoisaux deux à la fois, regagnèrent cette indépendance, esprit disole- cetment, de domination sans contrôle, qui, sous les derniers Garlovin-giens, les avaient poussés à senfermer dans des demeures imprena-bles, pom delà selivrer à toutes sortes de méfaits et dactes dagression.Après une première crise terrible, la France, sous Charles Y, retrouvapendant quelquesannéesle repos et la prospérité. De tous côtés, lesseigneurs,instruits sur ce quils pouvaientredouter du peuple par laJacquerie, et de la prédominancecroissantedes habitants des cités,songèrent il mettre leurs demeures en état de résister aux soulève-ments populaires, aux empiétements de la royauté et aux coursespériodiques des ennemisdu dehors. Déjàhabitués au luxe, à une vierecherchée cependant, les seigneurs qui élevèrent des châteaux, vers latin du xive siècle, modifièrent leurs anciennes résidences, en leur don-nant une apparencemoins sévère seplurent ày introduire de la sculp- ;ture, à rendre les bâtiments dhabitation plus étendus et plus com-modes, à les entourer de jardins et de vergers, en modifiant le systèmedéfensif de manière à pouvoir résister plus efficacement a lagressionextérieure avec des garnisons moins nombreuses, mais plus aguer-ries. Sous ce rapport, les châteaux de la tin du xiv siècle sont fort re-marquables, et les crises par lesquelles la féodalité avait dû passerlui avaient lait faire de notables progrèsdans lart de fortifier sesde-meures. Ce ne sont plus, comme au xne siècle, des enceintes étenduesassezbasses, flanquées de quelques tours étroites, isolées, protégéespar un donjon et ne contenant que des bâtiments de peu de valeur;mais de nobles et spacieux corps de logis adossesa des courtines 1res-élevées, bien flanqués par des tours rapprochées et formidables, réu-nies par des chemins de ronde couverts, munis également dans toutleur pourtour de bonnes défenses. Le donjon se fond dans le château;il nest plus quun corps de logis dominant les autres, dont les Suvressont plus épaissesel mieux protégées: le château tout entier devientcomme un vaste donjon bâti avec un grand soin dans tous ses détails.Déjà le système de défense isolée perd de son importance ; le seigneurparait se moins défier de sa garnison, car il sefforce de la réduireautant que possible et de gagner, par les dispositions défensives den-semble, ce quil perd en hommes. La nécessité taisait loi. Après leseffroyables désordres qui ensanglantèrent la France, et particulière-ment les provincesvoisinesde lIle-de-France, vers le milieu du xivesiè-cle, après que la Jacquerie eut été étouffée, les campagnes, les villageset même les petits bourgs s.étaient dépeuplés ; les habitants sétaientréfugiés dans les villes et bourgades fermées. Lorsque le calme fut ré- tabli, les seigneurs,revenantde coursesou des prisons dAngleterre, trouvèrent leurs terres abandonnées, partant leurs revenusréduits à rien. Lesvilles affranchissaient paysans sétaientréfugiés der- les qui rière leurs murailles de la servitude de mainmorte, des corvées et vexa-
  • [.Il [ CI1ATEAU |lions de toutes natures auxquelles ils étaient soumis sur les terre*seigneuriales.Les baronsfurent obligés, pour repeupler leurs domai-nes, de faire des concessions, cesl-a-dire doffrir à leurs sujets émigrés,ainsi quà ceuxqui menaçaient dabandonnerleurs domaines,les avan-tagesquils trouvaientdanslesvilles. Cestainsiqu EnguerrandVII, sirede Coucy, en rentrant en France après avoir été envoyé en Angleterrecomme otage de la rançon du roi Jean, se vit contraint daccordera vingt-deuxdes bourgs et villages qui relevaient de son châteauunecharte collective daffranchissement. Cette charte, dont le texte nousest conservé, explique clairement les motifs qui lavaient tait octroyer;en voici quelques passages: » ... Lesquelles personnes (nos hommesn el femmes de mainmorte et de fourmariaige ) en allant demourer« hors de ini^lte dicte terre, en certains lieux, se affranchissent sanz« nostre congié et puet afranchir toutes fois que il leur plaist; et«<pour haine d icelle servitude plusieurs personnesdélaissentà de-« mourer en nostre dicte terre, et par ce est et demoure icelle terre<"en grant partie non cultivée, no/i labourée et en riez (en frichei,« pourquoy nostre dicte terre en est grandement moins valable; et" pour icelle servitude détruire et mettre au néant, ont ou teins passé« nos devanciers seigneurs de Coucy, et par espécial nostre très-chéer"<et amé père, dont Diex ait lame, esté requis de parles habitans pour« le tems en la dicte terre, en offrant par iceulz certaine revenue per-« pétuelle Kt depuis que nous fûmes venus en aaige et que nous« avonsjoy pleinement de nostre dicte terre, les habitanzde nos villes«< nostre dicte terre sont enuz par plusieurs foi/, devers nous, en dei nous requérant que la dicte coustume et usaige voulsissions destruire« et mettre au néant, et (de) nostre dicte terre et villes, tous les habi-" tans présens et advenir demourans en icelles, afranchir des dites ser-" viludes et aultres personnelles quelconques ii tous jours perpétuel-" ment, en nous offrant de chacune ville, ou pour la plus grande partie» desdictes villes, certainerente et revenuedargent perpétuelle pour"" nous, nos successeurs, etc Nous franchissons du tout, de toutes" mortes mains et fourmariaige et leur donnons pleine et entière fran-« chise et à chascundeux perpétuelmenf et à touz jours tant pour« estre clerc, comme pour avoir tous aultres estats de franchise; sans« retenir à nous servitude ne puissance de acquérir servitude aulcune<< eulx sur Toutes lesquelles chosesdessusdictes nous avonsfait» et taisons, se il plaist au roy nostre sire, auquel seigneur nous sup-« plions en tant que nous povons que pour accroistre et profiter le"<fief que nous tenons de luy, comme dessusest dict, il vueille confir-« mer, loer et aprouver les chosesdessus dictes Lan MCCGLXVI1I« au mois daoust... » Le roi confirma cette charte au mois de novem-bre suivant2. 1 FoWmantuge, forhnnriye,taxe quun serf était tenu de payer à sou seigneurpourpouvoir épouserune femme île condition libre ou une serve dun autre seigneur. t/e Coucij-le-ClxUeuu,p;vr Mcllevillc. Laon, 1848.
  • J CHAT ] KAl" Hi - La nécessité seule pouvait obliger les seigneurs féodaux a octroyerde ces chartes daffranchissement, qui leur assuraient à la vérité de-revenus fixe> car les sujets des bourgs, villes et villages, ne les obte-naient quen payant au seigneur une rente annuellei, niais qui leurenlevaient des droits dont il- ahu-aienl souvent, niellaient a néant desressources toutes natures que. dan- létat de féodalitépure, les ba- derons savaient trouver au milieu des populations qui vivaient sur leursdomaines. Une lois les revenus des seigneurs limités, établis par des«"hartes confirméespar le roi, il fallait songerà limiter les dépenses, adiminuer ces garnisons dispendieuses, à prendre un train en rapportavec létendue des renies tixes, et dont les sujets nétaient pas dispo-sesa augmenterla quotité. Dun autre côté, le goût du luxe, des habi-tations plaisantes, augmentait chez les barons, ainsi que le besoin(limposer aux populations par un état de défenserespectable, carlaudace de sujets auxquels on est contraint de faire des concessionssaccroît en raison de létendue même de ces concessions. Plus la nation tendait vers lunité du pouvoir, plus la féodalité.opposée ce principe par son organisation même,cherchait, dans ses à«"hâteaux,à former comme une société isolée, en opposition perma-nente contre tout acte émané, soit du roi et de ses parlements, soit dusentiment populaire. Ne pouvant arrêter le courant qui s était établidepuis saint Louis et ne voulant pas le suivre, les seigneurs cher-chaient du moins à lui faire obstacle par tous les moyens en leur puis-sance. Sous des princes dont la main était lerme el les actes dictés pavune extrême prudence, cette conspiration permanente de la féodalité«"outre lunité, lordre et la disciplinedanslÉtat, nétait pas dange-reuse, et ne se trahissait que par de sourdes menées bientôt étouffées;mais si le pouvoir royal tombait en des mains débiles, la féodalitéretrouvait, aee sesprétentions et son arrogance,sesinstincts de dés-organisation, son égoïsme, son mépris pour la discipline, ses rivalitésfunestes a la chose publique. Brave isolement, la féodalité agissait ainsidevant lennemi du pays, en bataille rangée, comme si elle eût étélâche ou traître, sacrifiant souvent à son orgueil les intérêts les plussacres de la nation. Vaincue par sa faute en rase campagne, elle se ré-fugiait dan- ses châteaux, en élevait de nouveaux, ne se souciant ni delhonneur du pays, ni de lindépendance du souverain, m des maux de lanation, mais agissant suivant son intérêt personnel ou sa fantaisie. Cetableaude la féodalité sousle règnedu malheureuxCharlesVI nestpasassombrià dessein,il nest que la tidèle imagede cette triste époque. " Et quant les vaillans entrepreneurs (chefs militaires , dit Alain Char-« tier , dont mercy Dieu encoresen a en ceroyaulmede bien esprouve/..« mettent peine de tirer sur champ les nobles pour aucun bienfaire, ils« délaient si longuement à partir bien enuis, et savancent si tost d°« retournervoulentiers,queàpeine sepuet riensbien commencer;mais Le Qiuidrilogueinreclif, éJit. de 1017, -vi7. p.
  • - 1i.i - [ CHATIAI j« à plus grant peine entretenir ne parfaire. Encore* y a pis que eeslo.« négligence.Car avecla petite voulenté de plu-ieurs se treuvr soii-" vent une si grant arrogance, que ceulx qui ne -cauroient riens"Conduire par eux ne vouldroyent armes portrr soubz autruy: et» tiennent à deshonneur eslre subjecls à celny sonbz qui leur puet(i venir la renommée dhonneur, que par eux ils ne vouldroyenl de-acquérir. <>arrogance aveugle de lolie. cl petite congnoissanceo de vertus! (.1Ires-pèrilleus-e erreur en lail-, darmes et de batailles!" Parla malédiction sont descoiifiles el désordonnées les puissances,"" et les armes desjoinctes et divisées, quant chascun veult croire son<< senset suyvre son opinion. K( pour soy cimier equipareraux ineil-" leurs, font souvent telles faillies, dont ih sont déprimez soubz Ions les moindres En mémoire me vient, que jai souvent a plusieurs« oiiy dire : « Je niroye pour riens soubz le panon de tel. Car mon» père ne fu oncques M»ub/.le sien. « Et cesle parolle nesl p;i->assez«" peséeavant que dicte. Car les lignaiges ne lont pas les chief/. de» guerre, mais ceulx à qui Dieu, leurs sens, ou leurs vaillances, et laiictorité du Prince en donnent la grâce, doivent estre pour telz« obeitz : laquelle obéissance nest mie rendue à personne, mais à« loffice et à lordre darmes igrade) el discipline de chevalerie, que« chascun noble doit préférer atout aullre honneur » Cette noblesse indisciplinée, qui navuil guère conserve de 1an-cienne féodalité que son orgueil, qui fuyait en partie à la journéedAzincourt, corrompue, habituée au luxe, aimait mieux se renfermerdansde bonnes forteresses,élégammentbâties et meublées, que detenir la campagne : « Les bon-; nnriiii^ batailleurs,dit encore Alain Chartier dans ses vers pleins dénergie el de dniilurede cSur , ». Fiirent-ilz mignotz, somimnllcurs, Diffiimeurs, ilislny.mlx, |iilli_urs ! « Certes ncnny. «Hz esloicnt bons, et tous uny luiircpiny est le inonde lionnv, i Et MIM liii-nres comme ny secouru. « Car honneur a bien peu couru, « Et ny a on point recouru, i Puisque le bon Bertran (du Gueseliui inoiiru. « On a gueiieliié «Aux coups, r-t de rusté pencbié. « PrciulTit a honneur devancliié. « On na point les lions avanchié. « Mais mi;;iiotise, « Flaterie, oullrage, laintise, 1 Le Livre îles quatre Dames, edit. de HJ17,p. 605. III. fO
  • CHATEAU ] - liG - i Vilain cueur paré de cointise, c Ont régné avec convoitise, « Qui a tiré ; « Dont tout a été décirv, » Et le bien publique rni;>ii"". Alors, les romansde chevalerieétaient fort en vogue; on aimait le>fêles, les tournois, les revues; chaque petit seigneur, sous cette mo-narchie en ruine, regrettant les concessions faites, songeait à se rendreimportant, à reconquérir tout le terrain perdu pendant deux siècle*.non par des servicesrendus à lEtat, maisen prêtant son bras au plusoffrant, en partageant les débris du pouvoir royal, en opprimant lepeuple, en pillant les villages et les campagnes,et, pour sassurerlimpunité, les baronscouvraient le sol de châteauxmieux défendusque jamais.Les manus de la noblesse offraient alors un singulier mé-lange de raffinementschevaleresques de brigandage,de courtoisie etri de marchés honteux. Au delà dun certain point dhonneur et dunegalanterie romanesque, secroyaittout permisenverslÉtat, qui ellenexistait pas à ses yeux, et le peuple, quelle affectait de mépriserdautant plus quelle avait été forcée déjà de compter avec lui. Aussiesl-re à dater de ce moment que la haine populaire contre la féodalitéacquit cette énergie active qui, transmise de générations en généra-tions, éclata dune manière si terrible à la tin du siècle dernier. Hainetrop justifiée, il faut le dire! Mais ces derniers temps de la féodalitéchevaleresque et corrompue, égoïste et raffinée, doivent-ils nousempêcher de reconnaître les immenses services quavait rendus lanoblesseféodale pendant les sièclesprécédents?... La féodalité futla trempe de lesprit national en France ; et cette trempe est bonne. Au-jourdhui que les châteauxseigneuriauxMint détruits pour toujours,nous pouvons être justes envers leurs anciens possesseurs; non*navons pas à examiner leurs intentions, mais les effets, résultats deleur puissance. Au xic siècle, les monastères attirent tout à eux, non-seulement lesâmesdélicatesfroisséespar leffrayant désordre qui existait partout,les esprits attristés par le tableau dune société barbare où rien nétaitassuré,où la force brutale faisait loi, mais aussi les grandscaractères,qui prévoyaient dissolution une générale lon ne parvenait à éta- si pasblir au milieu de ce chaos des principes dobéissanceet dautoritéabsolue,appuyéssur la seulepuissancesupérieurequi ne fût pasalorscontestée,celledeDieu(voy.ARCHITECTURE MOXASTIQUEJ. eneffet, Bientôt,les monastères,qui renfermaient lélite des populations, furent non-seulement un modèle de gouvernement, le seul, mais étendirent leurinfluence dehors cloîtreset participèrent toutesles grandes en des àaffairesreligieuseset politiques de lOccident. Mais, par suite de soninstitution même,lesprit monastiquepouvaitmaintenir, régenter,opposer diguepuissante désordre il ne pouvaitconstituerla une au ;
  • - 147 [ CIIATE.U ]vie dune nation : sa durée eût enfermé la civilisation dans un cercleinfranchissable. Chaque ordre religieux était un centre dont on nesécartait que pour retomber dans la barbarie. A la fin du xnesiècle,lesprit monastiqueétait déjà sur son déclin;il avait rempli sa tâche. Alors lélément laïque sétait développédansles villes populeuses;les évéqueset les rois lui offrirent, à leur tour,un point de ralliement en bâtissant les grandes cathédrales (voy. CA-TUÉDRAU:).Autre danger : il y avait ù craindre que la puissance royale,secondéepar les évêqu^s, ne soumit cette société à un gouvernementthéocratique, immobile comme anciens les gouvernements lEgypte. del.est alors que la féodalilé prend un rôle politique, peut-être à soninsu, mais quil nest pas moins important de reconnaître. Elle se jetteentre la royauté et linfluence cléricale, empêchantcesdeuxpouvoirsde se confondre en un seul, mettant le, poids de ses armes tantôtdanslun des plateauxde la balance,tantôt danslautre. Elle opprimele peuple, mais elle le force de vivre; elle le réveille, elle le frappe oule seconde,niais loblige ainsi à se reconnaître,à seréunir, àdéfendreses droits, à les discuter, à en appeler même à la force ; en lui donnantlhabitude de recourir aux tribunaux royaux, elle jette le tiers étatdans létude de la jurisprudence; par ses excès mêmes, elle provoque1indignation de lopprimé contre loppresseur. Lenvie que causentsesprivilègesdevient un stimulant énergique, un ferment de hainesalutaire, car il empêche les classesinférieures doublier un instantleur position précaire,et les force àtenter chaquejour de sen affran-chir. Mieux encore, par ses luîtes et ses défiances, la féodalité entre-tient et aiguise lesprit militaire dans le pays, car elle ne connaît quela puissance des armes; elle enseigne aux populations urbaines lartde la fortification; elle les oblige à se garder; elle conserve dailleurscertains principes dhonneur chevaleresque que rien ne peut effacer,qui relevèrent laristocratie pendant les xvie et xne siècles, et quipénétrèrent peu à peu jusque dans les plus basses classes de lasociété. Il en est de léducation des peuples comme de celle des individus,qui, lorsquils sont doués dun tempérament robuste, apprennentmieux la vie sous desrégentsfantasques,durs et injustes même, quesoiis la main indulgente et paternelle de la famille. Sous le règnedeCharles la féodalité défendantmal le pays,le trahissantmême,se VI,fortifiant mieux que jamais dans les domaines, nayant dautres vuesque la satisfactionde son ambition personnelle, dévastantles campa-gneset les villes sousle prétexte de nuire à tel ou tel parti, met lesarmesdans les mains du peuple, et CharlesVII trouve des armées. Si les provincesfrançaisesavaientpasséde linfluence monastiquesousun régime monarchique absolu, elles eussenteu certainementunejeunesseplus heureuseet tranquille, leur agglomération sous cedernier pouvoir eût pu sefaire sanssecousses violentes; maisauraient-elleséprouvécebesoin ardent dunion, dunité nationalequi fait notre
  • [ CHATKAl- ] H8 -foire aujourdhui et qui tend tous les jours à saccroître? Cest dou-teux. La féodalitéavait dailleurs ua avantageimmensechezun peuplequi sedéveloppait: elle entretenait le sentiment de la responsabilitépersonnelle,que le pouvoir monarchique absolu tend au contraire àèteindie; elle habituait chaque individu a la lutte: cétait un régimedur, oppressif, vexaloire. mais sain. Il secondait le pouvoir royal enlouant les populations à sunir contre les châtelains divisés, a formerun corps de nul ion. Parmi les lois féodales nousparaissentbarbares,il en était beau- quicoup de lionnes et dont nous devons, à nos dépens, reconnaître lasagesse, aujourdhui que nous les avonsdétruites. Linaliénabilité desdomaines, les droits de chasse et de pèche entre autres, nétaient passeub-inent avantageux aux seigneurs, ils conservaient de vastes forêts,des étangs nombreux qui défrichés et asséchés, deviennent la causede de-a-lies incalculables pour le territoire, en nous envoyant cesinondations et ces sécheresses périodiques qui commencent à émouvoirles r-prits disposés à trouver que tout est pour le mieux dans notreorganisation territoriale actuelle. A cet égard, il est bon dexaminerdun Sil non prévenu ces lois remplies de détails minutieux surla conservation des domaines féodaux. Ces lois sont dictées géiièrale-nient par la prudence, par le besoin dempêcher la dilapidation desrichesses du sol. Si aujourdhui, malgré tous le> -oins de- gouverne- ments armés de lois protectrices, -on- une administration pénétrant partout, il e-t difticile dempêcher les abus résultant de la division de la propriété, dans quels désordres la culture des campagnes ne serait-elle pas tombée au moyen âge, si la féodalité neût pas été inté- ressée à maintenir ses privilège- de possesseurs de terres, privilège- .iliaque- avec plu- de pa>-ion que de réflexion, par un sentiment d envie plutôt que par 1amour du bien général. Si ces privilèges sonl- anéantis pour jamais, sils sont contraires au sentiment national, ce que non- reconnaissons, sils ne peuvent trouver place dans noire civilisation moderne, constatons du moins ceci : cest quils nétaient pas seulement protitables aux grands propriétaires du sol, mai- au sol lui-même, ce-t-a-dire au pays. Laissons donc de côté les discours ba- nals des détracteurs attardés de la féodalité renversée, qui ne voient dan- chaque seigneur féodal quun petit tyran tout occupé à creuser des cachots et des oubliettes; ceux de ses amis qui nous veulent re-présentercesbarons comme des chevaliersdéfenseursde loppriméet protecteurs de leurs vassaux,couronnantdes rosière-, et toujoursprêts à monter à cheval pour Dieu et le roi; mais prenons la féodalité pour ce quelle fut en France, un stimulant énergique, un de ces élé- ments providentiels qui concoururent (aveuglément,peu importe)à la grandeur de notre pays ; respectons les débris de ses demeures,car cest peut-être à elles que nous devons dêtre devenus en Occident la nation la plus unie, celle dont le bras et lintelligence ont pesé et pèseront longtempssur les destinéesde lEurope.
  • - li.l - [ CHATEAU ] Examinons maintenant cettedemierephase, brillante encore, delàdemeure féodale,cellequi commence le règnede Charles avec VI. La situationpolitiquedu seigneursétait modifiée. nepouvait Il pluscompter,comme dans beaux les tempsde la féodalité, le service sur deseshommes villageset campagne-, des (ceux-ciayantmanifestéla haineprofondepour le système féodali; il savaitque leur concoursforet-eiïlété plus dangereuxquutile : cétait donc à leurs vassauxdirects, auxchevaliersqui tenaient des fiefs dépendantsde la seigneurieet à deshommes faisant métier des armes quil fallait se fier, cest-à-dire à tousceux qui étaient mus par les mêmesintérêts et les mêmesgoûts. Cestpourquoi le châteaude la fin du xne siècleprend, plus encorequavantcelte époque, laspectdune forteresse,bien que la puissanceféodaleait perdu la plus belle part de son prestige. Le châteaudu commen-cement du siècle proteste contre les tendances populaires de sontemps, il sisole et se ferme plus que jamais: les défenses deviennent,plus savantes parcequelles ne sont garniesque dhommesde guerre.Il nest plus une protection pourle pays, mais un refuge pourune cla^-eprivilégiée qui se sent attaquée de toutes parts, et qui fait un suprêmeeffort pour ressaisir la puissance. Au xnc siècle, le château de Pierrefonds, ou plutôt de Pierre-font-,était déjà un poste militaire dune grande importance, possédé par uncomte de Soissons,nommé Conon. Il avait été, à la mort de ce seigneurqui ne laissait pasdhéritiers, acquis par Philippe-Auguste, et ce princeavait confié ladministration des terres à un bailli et un prévôt, aban-donnant la jouissancedesbâtiments seigneuriaux aux religieux de Saint-Snlpice. Par suite de cette acquisition, les /tommes contumiersdu bourgavaient obtenu du roi une « charte de commune qui proscrivait lexer-cecice des droits de servitude, de mainmorte et de foi-mariage et" en reconnaissance de cette immunité, les bourgeois de Pierrefonds<cdevaient fournir au roi soixante sergents, avec une voiture attelée de« quatre chevaux . » Par suite de ce démembrement de lancien do-maine, le château nétait guère plus quune habitation rurale ; mais sousle règnede CharlesVI, Louis dOrléans,premier duc de Valois, jugeabon daugmenter ses places de sûreté, et se mit en devoir, en 1390,de faire reconstruire le châteaude Pierrefonds sur un point plus fortet mieuxchoisi,cest-à-dire lextrémitédu promontoirequi domine àune des plus riches vallées des environs de Compiègne,en profitantdes escarpements naturels pour protéger les défensessur trois côtés;tandis lancien que château étaitassis le plateau sur même, cinqcents àmètres environ lescarpement. bonneassiette lieu nétait pas de La dula seule raison qui dût déterminer le choix du duc dOrléans, Si lonjette lesyeux sur la cartedesenvirons Compiègne, voit que la de onforêt de mêmenom est environnée tous côtéspardescoursdeau, dequi sont : lOise,lAisneet lesdeuxpetitesrivièresde Vandi et dAu- Compiègneses et environs, L. Ewig. par
  • [ CHATEAU ] 150 -tomne. Pierrefonds. appuyéà la forêt vci> le nord, se trouvait ainsicommanderun magnifiquedomaine facile agarder sur tousles points,ayantà saporteunedesplus bellesforêtsde*environs Paris.Cétait dedonc un lieu admirable, pouvant servir de reluge et offrir les plaish "-de la chasse au châtelain. La cour de Charles VI était très-adonnée auluxe, et parmi les grandsvassaux ceprince. LouisdOrléansétait un dedes seigneursles plus magnifiques,aimant les arts, instruit, ce qui nelempêchait pas dêtre plein dambition et damour du pouvoir; aussioulut-il que son nouveauchâteau fût à la fois une des plus somp-tueusesrésidencesde cette époqueet une forteresse construite demanière à défier toutes les attaques.Monstreleten parle commeduneplace du premier ordre et un lieu admirable. Pendant sa construction, le château de Pierrefonds, défendu parl.o-quiaux, capitaine du parti des Armagnacs, lut attaqué par le comtede Saint-Pol, envoyépar CharlesVI pour réduire les placesoccupéespar son frère. Bosquiaux,plutôt que de risquer de laisserassiégercebeau château encore inachevé, sur lavis du duc dOrléans, rendit laplace,qui, plus tard, lui fut restituée.Le comte deSaint-Polne la quittatoutefois quen y mettant le feu. LouisdOrléansrépara le dommageetacheva son Suvre. En 1-120, le château de Pierrefonds, dont la garni-son était dépourvue de vivres et de munitions, ouvrit ses portes auxAnglais. Charles dOrléans et Louis XII complétèrent cette résidence;toutefois il est à croire que ces derniers travaux ne consistaient guèrequen ouvrages intérieurs, car la masseencore imposante desconstruc-tions appartient aux commencements du v. siècle. Le château de Pierrefonds, dont nous donnons le plan tig. 24 à rez-de-chaussée (sur la cour), avec les ouvrages extérieurs les plusrapprochés, est à la fois une forteresse du premier ordre et une rési-dence renfermant tous les services destinés à pourvoir à lexistence<lun prince et dune nombreuse garnison. Le bas de notre figuredonne lextrémité du promontoire plongeant sur le bourg ef sur lesdeux vallons qui sétendent à droite et à gauche. Vers le point A, lepromontoire sélève, sélargit, et, à 200 mètres de là environ, se soudea la plaine élevée qui sétend jusquà la forêt de Villers-Cotterets. Onvoit en BB les murs de soutènement bâtis à mi-côte qui se prolongentjusquau premier boulevard et qui sont munis de contre-forts, ainsi«pie de redans flanquants. Ces fronts battent les deux vallons en sui-vant la déclivité du promontoire. En C, est une poterneavec une caponnièrec. Cette poterne souvre sous le rempart formant mur de soutènement.Outre cette poterne, il y avait deux entrées ménagées dans les ouvrages extérieurs du châ- teau : lune en D, lautre en E. Ces deux entrées souvraient en face danciennes.rues du bourg de Pierrefonds et existent encore. Lentrée D est commandée par un gros boulevard G. entièrement construit C; plan est à léchelle diî O^.OOS pour 10 ni.-tr-.
  • - 151 - [ UlAïtAt ] pierre et servantd assiette à langle ouest du château.Par le clie- -*"juin dd on arrive, en moulant une rampeinclinée de 5 centimètrespar
  • L ClUTLAi; "_ - !")- -mMre en moyenne cl en taisant un long détour, à la barhaeane etd1à la porte F, munie dune poterne. De lentrée E, en gravissant larampe et-,on arrive égalementà la porte F. Cetteporte se relie avecles murs de soutènementB qui détendentde ce côté le flanc du pro-montoire. Les écuries étaient situées dans une baille en A. Ayant franchi la porte F, on arrive au pont mobile II, qui permet detraverser le fossé I, lequel sépare absolument le plateau de lassiettedu (bateau. Ce fossé, défilé par une batterie en B, se détourne en i;son tond est élevé de o à G mètres au-dessus du point c. Ayant traverséle pont-levis H, on arrive sur lesplanade/, laquelle est presque deniveau, tandis que sa partie /est inclinée de in en /. Cette esplanadeesi entourée de murs avec échauguettes flanquantes, et est séparéedu pied du châteaupar une faussebraie K en pierres de taille. Unchàlelet L masque lentrée du château, qui consiste en une porteet poterne fermées par des ponts-levis. Mais outre les ponts-levis,entre la pile Q et la pile/;, passe un large et profond fossé dallé avec,soin, et. ces deux piles ne sont reliées que par un plancher que lonpouvait supprimer en cas de siège. Alors la communication entre lechâteau et le chàtelel se faisait par un chemin étroit crénelé, pratiquésur un arc qui réunit les tètes de ces piles; passagequi était gardépar deux èchauguettes avec portes. Ce passage indiqué en S. est De léchauguette a, on pouvait descendre par un escalier crénelésur le boulevard G. Deux ponts à bascule séparaient toutefois le hautcl le bas de cet escalier de léchauguette o et du boulevard G. Du châ-lelel. par une porte lait-raie étroite, on montait par des degrés, soitMU- lesplanade,devantla faussebraie, soit sur le chemin de ronde decelle-ci. Tout lespace q est pave avec une forte déclivité, soit vers lefo-,sè, soit vers la grosse tour dangle, car le large fossé dallé ne com-mence quà la grosse tour centrale, pour descendre par un ressautprononcé jusquau niveau du boulevard G. Sur le chemin extérieur ee,souvre, presqueen lace de la grosse tour dangle, une poterne quipermet darriver a la porte relevéeT, dont nousdonnons plus loin ladescription. Maintenant, entrons dans le château. A côté de la porte charretièreest une poterne qui na que Um,50 largeur, qui possèdeson pont- delevis. dont le couloir se détourne sous le passageen dehors de la herse.Le passage principal est couronné par trois rangs de mâchicoulis, detelle sorte que des gens qui auraient pu parvenir à sintroduire sousce passage, arrêtés par la herse, étaient couverts de projectiles. Lahersepassée, gaucheon trouve le corps degardeM, qui communique àavecle portique élevé en dehorsde la grande salle et aux défensessupérieurespar un escalier spécial. Lentrée du portique est en >?,car celui-ci est élevéde quelquesmarchesau-dessus sol extérieur, et sespiles reposentsur un bahut ducouronnédune grille assezélevéepour empêcherde passerde la coursoiis les arcatîes. Ainsi, les personnesadmisessousle portique étaient-
  • - 153 - [ CHATEAU ]ellesséparées personnel du allantet venant dansla cour. Duportiqueon pénètre dansle vestibule dans première dd et dansla «fl, la sallegrande salle du rez-de-chaussée Ce même portique donne entrée ce.par un tambourentre les sallesdd, ce. et danslescalierà doublerampe N. Mais, avant de décrire les services intérieurs, il est nécessaire quenous désignionsles tours. Chacunedelles est décorée,sous les mâ-chicoulis, dune grande statue dun preux, posée dans une nicheentourée de riches ornements. Les statues existant encore sur lesparoisde ces tours, ou retrouvéesà leur base,ont permis de restituerleurs noms; car il était dusage de donner à chaque tour un nomparticulier,précautionforl utile lorsque le seigneur avait des ordresii faire transmettre aux officiers du château. La grossetour AA, dépendantdu donjon, était la tour Charlemagne.La tourBB, dépendant aussidu logisseigneurial,avaitnom César;celleCC du coin, Artus ; celle DD, Alexandre ; celle EE, Godefroi de Bouillon ;celle FF, Josué; celle lili, Hector, et celle IIH. qui cini tenait la chapelle,Judas Machabée. En T, est une porte relevée de 10 mètres au-dessus du sol et fernu-cpar un pont-levis muni dun treuil à laide duquel on élevait le.sprovi-sions nécessairesit la garnison, jusquau niveau de la cour/, laquellene communiquait avec la grande cour que par la poterne X. muniedune herseet défenduepar desmâchicoulis. Le donjon du château peut être complètement isolé des autresdéfenses. Il comprend les deux grosses tours de César et de Charle-magne, tout le bâtiment carré divisé en trois salles, et la tour carrée V.Lescalier d honneur V, avec perron et montoirs, permet darriver auxétages supérieurs. Le donjon était lhabitation spécialement réservéeau seigneur, et comprenait tous les services nécessaires : caves, cui-sines, offices, chambres, garde-robes, salons et salles de réception. Le donjon de Pierrefonds renferme ces divers services. Au rez-de-chaussée sont les cuisines et celliers voûtés, avec offices, laveries,caves et magasins. Le premier étage se compose dune grande sallede 2:2mètres de longueur sur 11 mètres de largeur, de deux salonset de deux grandes chambres dans les deux tours, avec cabinetset dépendances. second étageprésente la même distribution. Un Lepetit appartementspécial est en outre disposédans la tour carrée Uà chaque étage. Le troisième étage du logis est lambrissé sous comble et contientdeuxappartements; grosses les tours, à ce niveau,étantuniquementaffectées la défense. donjon communique défenses châ- à Le aux duteau par la courtine de gauche et par les ouvrages au-dessus dela porte dentrée; à la chapelle, par un couloir passantau-dessusde la poterneX; au bâtiments par une galeriedisposée Y, au-dessusdu portail de cette chapelle. En H, est le grandperron du châteauavecescaliermontantaux salles
  • [ CHATtAU ] - loi -destinéesà la garnison, laquelle, en temps ordinaire, était logéedanslaile du nord et dans celle attenante à la chapelle,à lest. Suivantlusage,la grand salle basse, tempsde guerre, servait encore enà loger les troupes enrôléestemporairement. En effet, les locaux destinés à la garnison ordinaire, dans nos châ-teaux féodaux du xive siècle, ont peu détendue. Ceci Nexplique par lacomposition même de ces garnisons.Bien peu de seigneursféodauxpouvaient,commele châtelainde Coucyauxin" siècle,entretenir toutelannée cinquantechevaliers,cest-à-direcinq centshommesdarme-.La plupart de ces seigneurs,vivant des redevances leurs colons, dene pouvaienten tempsordinaire conserverprès deux quun nombredhommes darmes très-limité. Étaient-ils en guerre, leurs vassauxdevaient Yestage, garde du château seigneurial pendant quarante lajours par an (tempsmoyen). Mais il y avait deux sortes de vassaux,les hommes liges, qui devaient personnellement le service militaire,et les vassaux simples, qui pouvaient se taire remplacer. De cettecoutume féodale il résultait que le seigneur était souvent dans 1obli-gation daccepterle servicede gens quil ne connaissaitpas,et qui,taisant métier de se battre pour qui les payait, étaient accessibles a lacorruption. Dansbien descasdailleurs, les hommesliges, les vassauxsimples ou leurs remplaçants, ne pouvant suffire à détendre un châ-teau seigneurial quelque peu étendu, on avait recours à des troupesde mercenaires, gens se battant bien pour qui les payait largement,mais au total peu sûrs. Cétait donc dans des cas exceptionnels queles garnisons étaient nombreuses. Il faut reconnaître cependant quala fin du xive siècle et au commencement du xv% la défense était telle-ment supérieure à lattaque, quune garnison de cinquante hommes,par exemple, suffisait pour détendre un château dune étendue mé-diocre contre un nombreux corps darmée. Quand un seigneur faisaitappel a ses vassaux et que ceux-ci senfermaient dans le château, onlogeait les hommes les plus sûrs dans les tours, parce que chacunedelles formait un poste séparé, commandé par un capitaine. Pour lesmercenaires ou les remplaçants, on les logeait dans la grand saliebasse, qui servait à la fois de dortoir, de salle à manger, de cuisine aubesoin et de lieu propre aux exercices. Ce qui indique cette destina-tion, ce sont les dispositions intérieures de ces salles, leur isolementdes autres services, leurs rares communications avec les défenses,le voisinage de vastes magasins propres à contenir de> munitions etdes armes. Ces salles bassessont en effet ouvertes sur la cour du château, maisne communiquent aux défensesque par la cour et par des postes,cest-à-dire par des escalierspassant dansdes tours. Ainsi le seigneuravait-il moins à craindre la trahison de ces soldatsdaventure, puis-quils ne pouvaient arriver aux défensesque commandéset sous lasurveillancede capitainesdévoués.A plus forte raison,les occupantsde cessallesbassesne pouvaient-ilspénétrer dansle donjon que sils
  • - 1.VJ- [ CHATEAU ]y étaient appelés. la fin du xin siècle,cesdispositions Dès sont déjàapparentes,quoique moins bien tracéesque pendant les xivc et xvesiècles. Celasexplique. Jusquà la fin du xmc siècle, le régime féodal, louten saffaiblissant, avait encoreconservéla puissancede son organisa-tion. Les seigneurs pouvaient sentourer dun nombre dhommes sûrsassez considérablepour se défendredansleurs châteaux; mais à daterdu xive siècle, les liens féodaux tendent à se relâcher, et les seigneurspossédant grandsfiefs sont obligés,en cas de guerre,davoir re- decours aux troupes de mercenaires. Les vassaux,les hommes liges même,le- vavasseurs, les villages ou bourgades, rachètent à prix dargentle service personnel quils doivent au seigneur féodal, et celui-ci quien tempsde paix trouvait un avantage cesmarchés,en casde guerre àse voyait obligé denrôler ces troupes daventuriers qui, à dater decelle époque,nont dautre métier que de louer leurs serviceset quideviennent un lléau pour le pays, si les querelles entre seigneurssapaisent. Le duc Louis dOrléans, construisant le château de Pierrefonds,adopta ce programme de la manière la plus complète. Le bâtiment qui renferme les grand salles du château de Pierre-fonds occupe le côté occidental du parallélogramme formant le péri-mètre de cette résidence seigneuriale. Ce bâtiment est à quatre étages:deux de ces étages sont voûtés et sont au-dessous du niveau de lacour, bien quils soient élevés au-dessus du chemin de ronde exté-rieur d les deux derniers donnent un rez-de-chaussée sur la cour etla grandsalle proprement dite, au niveau des appartements du pre-mier étage. La salle du rez-de-chaussée a son entrée en r. En face de la porte ndu portique, est un banc destiné à la sentinelle icar alors des bancsétaient toujours disposéslà où une sentinelledevait être postée. 11fallait donc que chaque personne qui voulait pénétrer dans la pre-mière salle aa fût reconnue. De cette salle on pénètre dans unedeuxième dd, puis dans la grand salle du rez-de-chaussée ce. Deslatrines z servaientà la fois au corps de garde M et aux sallesdu rez-de-chaussée. Une fois casernéesdans ces salles de rez-de-chaussée, troupes cesétaient surveilléespar la galerie dentre-solqui setrouve au-dessusduportique, et ne pouvaient monter aux défenses que sous la conduitedofficiers. Dailleurs ces salles sont belles, bien aérées, bien éclai-rées, munies de cheminées,et contiendraient facilement cinq centshommes. Lescalier à doublevis monteau portique dentre-sol,à la grand Nsalledu premier étageet aux défenses.La grand salledu premier étageétait la salle seigneuriale où se tenaient les assemblées elle occupe ;tout lespace comprisentre le premier vestibuleaaet le mur de refendgauquel est adossée une vastecheminée.Son estradeest placéedevant
  • [_CHATEAU ] - 156 -cette cheminée : le -eigneur se rendait du donjon à cette salle en pas-sant par des galerie- ménagées premier étagedes bâtimentsen aile auest et nord. L e-trade ou parquet n était autre chose que le tribunaldu haut justicier; celait aussi la place dhonneur dans les cérémonies,telle- que, hommage».,investiture-: pendant les banquet-, les bals,les mascarades, etc. On pouvait au--i du donjon pénétrer dans la grand salle de plain-pied, en passant sur la porte du château, dans la pièce située au-dessusdu corps de garde et dans le e-tibule. Si la -allé ba--e ne communique pas directement avec les défense-,au contraire, de la grand salle du premier, un y arrive rapidement parun grand nombre d i--ues. En cas dattaque, les capitaines de la gar-nison pouvaient être convoqués dan- celte salle seigneuriale, recevoirde- instructions, et se diriger instantanément sur les chemins de rondedes mâchicoulis cl dans les (mu-. A cet effet, un escalier est ménagecontre les parois intérieures de la tour dAlexandre celle DD , duniveau de la grand >alle aux défenses supérieures. Sur le vestibule de la grand-aile e-l une tribune qui servait à placerles musicien-, loi- des banquets et têtesque donnait le seigneur. De ces disposition- il résulte clairement que les salles bas-e- étaientisolées des delen-es.tandis que la grand salle, située au premier étage.était au contraire en communication directe el fréquente avec elle- ;que la -allé haute, ou grand salle, était de plain-pied avec les apparte-ments du seigneur, el quon séparait au besoin les hommes se tenanthabituellement dans la salle basse, des (onctions auxquelles étaitre-ervee la plus haute. O programme, si bien écrit à Pierretond-,jette un jour nouveau sur les habitudes des seigneurs féodaux, obligesde recevoir dan- leurs châteaux des garnisons daventuriers. La salle basse était elle-même décorée, avec un certain luxe, ainsique le constatent la cheminée, qui existe encore en partie, les corbeauxqui portent les poutres et les fragments du portique. Les tours dArlu-, dAlexandre, de Godefroi de Bouillon et dHector,contiennent chacune un cachot en cul de basse-fosse, cest-à-dire danslequel on ne peut pénétrer que par une ouverture pratiquée au som-mel de la voûte en calotte ogivale. De plus, la tour dArtus renfermeîle- oubliettes. Il nest pas un château dans lequel les quides ne nous fassent voirîle- oubliettes. Généralement ce sont les latrines qui sont décorées dece titre, et que lon suppose avoir englouti des victimes humaines sacrifiées à la vengeance des châtelains féodaux; mais cette toi- il nous parait difficile de ne pas voir de véritables oubliettesdans la tour sud-ouest du château de Pierrefonds. Au-dessous du rez-de-chausséeest un étagevoùle en arcs ogives; et au-dessousde cet étage,une«"avedune profondeur de 7 mètres, voûtée en calotte elliptique. Onne peut descendredanscette caveque par un u-il perce a la partiesupérieurede la voûte, cest-à-direau moyen dune éc >ine.
  • - K)7 - [ CHATEAU ]corde à nSuds ; au centre de laiie de cette cave circulaire est creusé,un puits qui a 14mètresde profondeur,puits dont louverture,delni,30de diamètre, correspondà lu-il pratiqué au centre de la voûteelliptiquede la cave.Oeil»- cave,qui ne reçoit de jour et dair exté-rieur quepar uneétroitemeurtrière, accompagnée siège ai- es| dun dsancespratiqué dans lépaisseur du mur. Elle était donc destinéeàrecevoirun être humain, et le puils creuséan centre de son aire elailprobablementune tombe toujours ouverte pour les malheureuxquelon voulait taire disparaître à tout jamais. Dailleurs la tour dArtus, peu éloignée du corps de garde, elailplacéea lextrémité de la grand salleou le seigneurrendait la justice. Létapeintéiieur de la chapelleétait réserve au servicedu chapitre,et la tour de Josué ne contenait guère, à tous ses étages, que deslatrines pour la garnison logée de ce coté du chàleau. Au lias de lacourtine de gauche de la tour de Josué, en P, est une poterne relevéede 2 mètres au-dessus du sol extérieur. Cette poterne souvre sur despassagessouterrain^ qui ne communiquaient aux élages supérieursque par un seulescalier àvisdonnant dansle postedu rez-de-chaussée.A côté de la poterne est un porte-voix se divisant en deux conduits.lun aboutissant dans la salle 1 au premier étage, lautre dans la salle -2"au rez-de-chaussée. Ce deuxième branchement, incline à l.i degrés.était assez large pour quon put y faire monter ou descendre unhomme couche sur un chariot, sans ouvrir une seule porte ou poterne.Cétait une véritable sortie pour des messagers ou pour des espions,en cas dinvestissement. Il fallait donc, pour ouvrir la poterne à une ronde rentrante, queles deux postes situés au rez-de-chaussée el au premier élage fussentdaccord, ce qui était une difficulté en cas de trahison. Une lois laronde entrée par la poterne P, il était nécessaire quelle connût lesdistributions intérieures du chàleau ; car, pour parvenir a la cour, elle"devaitpasser par le seul escalier à vis qui aboutit au poste du re/.-de-chaiissee.Si une Iroupe ennemiesintroduisait par la poterne P, troiscouloirs se présentaientà elle : deux soûl des impasses; le troisièmeaboutit à une cave fermée par une porte, puis a lescalier .J.Avant di-se reconnaîtredans cescouloirs obscurs,des genspeu familiers avecles défenses châteauperdaient un tempsprécieux. du Si lesdispositions défensives chàleau Pierrefonds du de nontpaslagrandeur majestueuse cellesdu châteaude Coucy,elles ne laissent depas dêtre combinées avec un art, un soin et une recherche dans les"détails,qui prouvent à quel degré de perfection étaient arrivées lesconstructionsdes placesfortes seigneuriales la tin du xne siècle, et àjusquà quel point les châtelainsà cette époqueétaient en défiancedesgens du dehors. Les lices étaient autrefois muniesde batteries pour placerdu canonà une époqueplus récente:elles dominent lescarpement naturel,qui est de 20 mètres environ au-dessus du fond du vallon. Au sud de
  • [ CHATKAU ] - 138 -la basse-cour, le plateau sélève en sélargissant, et se relie à une chaîne:de collines en demi-lune présentant sa face concave vers la forteresse.Cette situation était lâcheuse pour le château du moment que lartil-lerie à feu devenait un moyen ordinaire dattaque, car elle permettait«lenvelopper lacesud dun demi-cerclede feux convergents.Aussi, ladès lépoque de Louis XII, deux boulevardsde terre, dont on retrouvemn ire la trace, avaient été élevésau point de jonction du plateau avecl,i chaîne de collines. Entre ces boulevards et la basse-cour, de beauxjardins sétendaient sur le plateau, et ils étaient eux-mêmes entourésde murs de terrasse avec parapets. Nous avons vainement cherché les restes des aqueducs qui auraientdû amener de leau dans lenceinte du château de Pierrefonds Un seulpuits existe dans la cour. Les approvisionnements deau étaient doncobtenus au moyen de conduites qui amenaientles eaux des comblesd;m-> vasteciterne disposéesousles bâtimentsde lest. Tout cequi unee-,1nécessaire à la vie journalière «lune nombreuse garnison et à sadéfense est trop bien prévu ici pour laisser douter du soin apporté parles constructeurs dans lexécution des approvisionnements deau. Une vue cavalière du château de Pierrefonds, prise du côté de len-liee tig. 2,-i),fera saisir lensemble de ces dispositions, qui sont en-core aujourdhui très-imposantes. Mais ce qui doit particulièrement attirer notre attention dans cettemagnifique résidence, cest le système de défense nouvellement adoptéà cette époque. Chaque portion de courtine est défendue à sa partiesupérieure par deux étagesde chemins de ronde : létage inférieur étantmuni de mâchicoulis, créneaux et meurtrières seulement: létagesupérieur, sous le comble, de créneaux et meurtrières (voy. AKCUITEC-TTRI: MiLiTAinr., "!" . Les sommets destours possèdent trois et quatre tig.étages de défenses, un chemin de ronde avec mâchicoulis, et créneauxau niveau de létage supérieur, des courtines, un étage de créneauxintermédiaire et un parapet crénelé autour des combles. Malgré lamultiplicité décès postes de défense, le château pouvait nêtre garnique dun nombre de défenseurs relativement restreint : car ces dé-fenses sont disposées avec ordre, les communications sont faciles,lc> courtines sont bien tlanquéespar des tours saillantes et rappro-chées; les rondespeuventsefaire de plain-piedtout autour du châteauà la partie supérieure, sans être obligé de descendre des tours surles courtines et de remonter de celles-ci dans les tours, ainsi quelon était forcé de le faire dans les châteaux des xne et xnr siècles.On remarquera quaucune meurtrière nest percée à la base des tours.Ce sont les crénelages murs extérieursde contre-garde qui seuls desdéfendaientles approches.La garnison, forcée dans cette premièreenceinte, se réfugiait dans le château, et occupantles étages supé-rieurs, bien couverts par de bons parapets,écrasait les assaillantsqui tentaient de sapprocherdu pied des remparts. Bertrand du Guesclinavait attaquéquantité de châteauxbâtis pen-
  • [ CIUTKAU ( -- i . , |ffi ^~*~ _ L-iSrito ... 2* >dant xnet xme les siècles, profitant côté et, du faible dispositifa des
  • £ CIIATE.U ] - 100 -"défensifsrie ces place, furies, il faisait, le plus souvent,appliquer deséchelles le long des courtines bassesdes châteauxde cette époque,en ayant le soin déloigner les défenseurspar une grêle de projectiles ;il brusquait lassaut, et prenait les places autant par échelades quepar les moyenslents de la mine et de la sape. Nousavonsindiqué, dansles notes sur la description du Louvre deGuillaume de Lorris. comment la défense des anciens châteaux desxiie el MII Merle-, ei-e;ul mi grand nombre de postes divisés, se dé-liant les uns desautres et se gardant séparément. mode de défense Ceelail lion eunfre des Iroupes nagissantpas avecensemble, et procé-dant, aprèsun investissementpréalable, par une succession siègesdepartiels ou par surprise; il était mauvaiscontre des armées discipli-néesenlrainéespar un chef habile, qui, abandonnantles voies suiviesjusqualors, faisait sur un poinl un grand effort, enlevaitles postesiso-les, sansleur laisserle tempsde se reconnaîtreet de seservir de tousles détours et obstacles accumulés dans la construction des forte-resses. Pour se bien défendre dans un château du xme siècle, il fallaitque la garnisonnoubliât pas un instant de profiter de tous les détailsinfinis de la lurtiticaliun. La moindre erreur ou négligence rendait cesdlislacles non-seulement inutiles, mais même nuisibles aux défenseurs;e dans un assaut brusqué, dirigé avec énergie, une garnison perdaitses moyens de résistance à cause même de la quantité dobstacles quilempêchaient de se porter en masse sur un point attaqué. Les défen-seurs, obligés de monter et de descendre sans cesse, douvrir et de fer-mer quantité de portes, de Hier un ù un dans de longs couloirs et despassages étroits, (ruinaient la place emportée avant davuir pu faireusagede toutes leurs ressources. Cette expérience profila certainementaux constructeurs de forteresses à la tin du xiv" siècle. Ils élevèrent lescourtines pour se garantir des échelades nouvrirent plus de meur- ;trières dansles parties basses ouvrages,mais les renforcèrent par desdes talus qui avaient en outre lavantage de faire ricocher les projec-tiles tombant îles mâchicoulis: ils mirent les chemins de ronde descourtines en communication directe, afin de présenter, au sommet dela fortification, une ceinture non interrompue de défenseurspouvantfacilement se rassembleren nombrevers le point attaqué et recevantles ordres aec rapidité; ils munirent les mâchicoulis de parapetssolidesbien créneléset couverts,pour garantir les hommescontre lesprojectiles lancés du dehors. Les chemins de ronde donnant dans lessalles supérieures servant de logements aux troupes ides bâtimentsétant alors adossésaux courtines),les soldatspouvaient à toute heureet en un instant occuperla crête des remparts. Le châteaude Pierrefondsremplit exactement nouveaupro- cegramme. Nous avons fait le calcul du nombre dhommes nécessairepour garnir lun des fronts de ce château.Ce nombre pouvait être ré-duit à soixante hommes pour les grandsfronts et à quarante pour lespetits côtés. pour attaquer Or, deuxfronts à la fois,il faudrait sup-
  • - 1G1- [ CUATKAU ]poser une troupe très-nombreuse, deux mille hommesau moins, tantpour faire les approchesque pour forcer les lices, sétablir sur lesterre-pleins EEE", faire approcherles engins et les protéger. La dé-fense avait donc une grande supériorité sur lattaque. Par les largesmâchicoulis des chemins de ronde inférieurs, elle pouvait écraser lespionniers qui auraient voulu sattacherà la base des murailles. Pourque cespionniers pussent commencer leur travail, il eût fallu, soitcreuser des galeries de mines, soit établir des passagescouverts enbois; ces opérations exigeaient beaucoup de temps, beaucoup de momieet un matériel de siège. Les tours et courtines sont dailleurs renfor-cées à la basepar un empattementqui double à peu près lépaisseurde leurs murs, et la construction est admirablement faite en bonnemaçonnerie de moellon dur, avec revêtement de pierre de taille. Lesassaillants se trouvaient, une fois dans les lices, sur un espace étroit,ayant derrière eux un précipice et devanteux de hautesmuraillescou-ronnées par plusieurs étages de défenses; ils ne pouvaient se dée-lopper, leur grand nombre devenait un embarras.Exposésaux pro-jectiles de face et décharpe, leur agglomération sur un point devaitêtre une causede pertes sensibles tandis que 1rsassiégés, ; bien pro-tégéspar leurs cheminsde rondecouverts,dominant la basedesrem-parts à une grandehauteur, navaientrien à redouter et ne perdaientque peu de monde.Une garnisonde trois cent* hommespouvaitteniren échec un assiégeant dix fois plus fort, pendant plusieurs mois. Si,après sêtre emparé des deux boulevardsdu jardin et de la baillede Pierrefonds, lassiégeant voulait attaquer le château par le cuir- delentrée, il lui fallait combler un fossé très-profond entilé par les ; .rissestours du donjon et parcelle du coin; sa position était plus mauvaiseencore, car soixantehommes suffisaient largementsur ce point pourgarnir les défenses supérieures; et, pendant lattaque, une troupe, tai-sant une sortie par la poterne, allait prendre lennemi en flanc dansle fossé. Le châtelain de Pierrefonds pouvait donc, à lépoque on cechâteaufut construit, se considérer comme à labri de tonte attaque,à moins que le roi nenvoyât une armée de plusieurs mille hommesbloquer la place et faire un siègeen règle. Lartillerie à feu seulepou-vait avoir raison de cette forteresse,et lexpérienceprouva que, mêmedevant ce moyen puissant dattaque, la place était, bonne. Henri IVvoulut la réduire; elle était encore entre les mains dun ligueurnomméRieux : le ducdÉpernon présenta se devant Pierrefonds, onmars 1591,avecun gros corps darmée et du canon: mais il ny putrien faire, et leva le siègeaprès avoir reçu un coup de feu pendantune attaquegénérale fut repoussée Rieux el quelquescentaines qui parde routiers quil avait aveclui. Toutefoisce capitaine,surpris avec 1 Voyez curieuxdiscours ce chef de bande,dansla Satire Ménippèe. le de 111. - 11
  • [ CHATEAU Jun petit nombre siens des pendantquil faisaitle métierde voleur degrand chemin, fut pendu à Noyon, et la place de Pierrefonds, com-mandée son lieutenant, Antoine de Saint-Chamand, de nouveau par futassiégée lannée royale,sous les ordresde FrançoisdesITrsins, parquinylit pas mieux dÉpernon. grosse que Une somme dargent don-née au commandant de Pierrefonds fit rentrer enfin cette forteressedans le domaine royal . En llilli, le marquis de (lu-uvres,capitaine de Pierrefonds, ayantembrassé parti des Mécontents,le conseilde régencefit décider que lela placeserait assiégéepar le comte dAngouléme.Cette fois elle futattaquéeavecméthode et en profitant de la disposition des collinesenvironnantes.Desbatteries, protégéespar de bons épaulements,quiexistent encore, furent élevées sur la crête de la demi-lune de coteauxqui cerne le plateau à son extrémité sud. Les deux boulevardsayantété écrasés de feux, furent abandonnés par les assiégés; le comte dAn-goulémesen emparaaussitôt, y établit des piècesde gros calibre, et,sans laisser le temps à la garnison de se reconnaître, ouvrit contrela grosse tour du donjon, la courtine sud et les deux tours du coin, unfeu terrible qui dura deux jours sansrelâche.A la fin du secondjour,la grosse tour du donjon sécroula, entraînant dans sa chute une par-tie des courtines environnantes. Le capitaine Villeneuve, qui comman-dait pour le marquis, sempressa dès lors de capituler, et le roi fit dé-mantelerla place,éventrer les tours du nord, et détruire la plus grandepartie des logements. Tel quil était encore avant sa restauration, avec ses bâtiments raséset sestours ébrérhées à la sape,le château de Pierrefonds offrait un sujetdétudeinépuisable. Bienquela destructionde cetteforteresseait étéunenére.ssilé, ne peut, en voyant ses ruines importantes, sempêcher onde regretter quelle ne suit pasparvenueintacte jusquà nos jours, carclic pré*enlait certainementle *pécimenle plu* complet dun châteaubâti dun seul jet, à une époqueuii lartillerie a feu nétait pasencorec;npli.ee commemoyen dattaquecontre les forterc**e*, et où cepen-dant le- arme--île jet du moyenâgeet tous les engins de siègeavaientatteint leur plu* grande pcrtection. Kllc nous donnerait une idée de ce(luclaicnt ces demeure*déjà richement décoréesà lintérieur, où leshabitude* luxe et de confortmême"comniencaiejitprendre,dans de àla vie des seigneurs,une grande place2. Si nous voulonsvoir un châteaude la mêmeépoque,mais bâti dansde* proportion- plus niode*tes, il nous faut aller à Sully-sur-Loire. Leplanquenous donnons i«i està la même en itig. échelle celuide que II rMail, d.iu- l.i i:alirii-il... r...|ï-de l-uiilainelilean, MU- Uiir peint.- lierrefoncls, dequi se trouvaitiiinsi au nombrede- ]>iviuiere> jdaa.«. royaume. (lu "- Uepei,ls:,s, ,le, Ir.n.mx iin|>oriaiil-île.- ie>i,,iiralionont été entreprisdansle châteaude lieriefuiitl-., p:ir ordre de lempereur Napidenu III.
  • 103 - [ CUATEAU ]Pierrefonds1. tours de cesdeux forteresses, Les combinéesde la mêmemanière point de vuede la défense leur sommet, au à sontde diamè-tres égaux.MaisPierrefonds est un châteaubâti sur un escarpement,tandisqueSullyest un château plaineélevé le bordde la Loire, de surentouré de larges et profonds fossésB alimentés par le fleuve. Cestle bâtimentprincipalF, le donjon,qui fait faceà la Loire,et quinenest séparé que par un fossé et une levée a-sez étroite. En avant de.lunique entrée G est la basse-cour entourée deauet protégéepar desmurs denceinte dont les soubassementsexistent seuls aujourdhui. ÏJiporte est, conformémentaux dispositionsadoptéesdès le xin" siècle,divisée en porte charretière el poterne, ayant lune et lautre leurponl-levisparticulier.Lorsquon entré dans cour D, on ne peut est lapénétrer dans le donjon F quen passantsur un secondpont-levis jetésur un fosséet par uneporte bien défendueflanquéede deuxtourelles» 1 tclirlle di1Om,0lllpour iiH-tre.
  • [ CHATEAU ] - 164 -dont lune contientlescalierqui dessertles trois étages ce bâti- dement. Outre cet escalierprincipal,chaque tour possède escalier sonde service.Les étagesdes tours, comme à Pierrefonds, ne sont pointvoûtés,mais séparés des planchers bois.Le corpsde logisF, par dediviséen deuxsalles, possède rez-de-chausséedeuxétages un et fortbeaux1;le second étant mis en communicationavec les cheminsderonde munis de mâchicoulis, de meurtrières et de créneaux. Commeà Pierrefonds aussi, les tours dominent de beaucoup le grand corpsde logis F, qui lui-même commandeles bâtiments en aile. Les côtésGétaient seulementdéfendus par des courtines couvertes et une tourde coin -. La vue cavalièrede ce château(fig. 27), prise verslangle sud-ouestdu donjon, expliquela disposition généraledes bâtimentset les diverscommandements. ny a quun étage de défensesà Sully, mais la Illargeur des fossés remplis deau était un obstacledifficile à franchir ;il nétait pasnécessaire, ni me à Pierrefonds,de se prémunir contre GOles approches et le travail des mineurs3. Nousne croyons pas nécessairede multiplier les exemplesde châ-teaux bâtis de 1390à 1420, car, en ce qui touche à la défense,cesconstructions ont, sur toute la surface de la France, une analogiefrappante. Si.au xu" siècle, on rencontre des différences notables dansla façon de fortifier les résidences seigneuriales; au commencementdu xve siècle il y avait unité parfaite dans le mode général de défei^edes places et dans les habitudes intérieures du châtelain. Une granderévolution sepréparait cependant,révolution qui devait à tout jamaisdétruire limportance politique des châteaux féodaux : lartillerie à feudevenaitun moyen terrible dattaqueet de défense;employéedaborden campagne contre les armées mobiles, on reconnut bientôt quellepouvaitservir a la défensedesforteresses. plaçadonc des bouches Onà feu à lentour des châteaux, long des lices et sur les plates-formes. leBeaucoupde donjons et de tours virent enlever leur toiture, qui futremplacée par des terrasses pour loger de lartillerie. Toutefois cesengins, posés sur des points très-élèves, devaient causer au milieu desassaillantsplus deffroi que de mal ; leur feu, plongeant et assezrare 1 Nousavons donné, larticle CHARPENTE, à la coupe 1étage de supérieur. Autrefoisil nyavaitquune seule salleoccupant la longueur bâtiment et la cheminée la toute du F, quichauffait pratiquée le pignon gauche, louest. la vuecavalière, W27.i était dans de à (Voy. fig. 8 Cettedernièrepartie du châteauest dérasée aujourdhuià quelques mètresau-de>*usdu sol de la cour Aujourdhui, quoique ce châteausoit en partie habité, les tours sont démanteléeset ledonjon peu prèsabandonnémaisil existe,dansle château à ; même, modèleen relief undesbâtiments, exécuté dansle dernier>ièrle,et qui est fort exact;ce modèle nous a servià compléter parties les détruites pendant révolution. grandSullyhabitace château la Leaprès mortde Henri IV, et fit percer, tous lesétages, fi-ntr.squi nexistaient la à despas avant cvitr t-pnqu,.. |,..sjours étant pris du côte de la cour intéri"iirr. ;
  • 165 - [ CHATEAU ](cespiècesétant fort longuesà charger), ne causait pasgrand dom-mage.Dun autre côté, les assiégeants amenèrentaussi des piècesdefort calibrepour battrelesmurailles,et leur eflet fut tel quelespos-sesseurs châteaux des reconnurentbientôt quil fallait modifier lesdéfenses pour les préserver contreces nouveaux enginsde destruc-tion. Cene fut quàgrandpeinecependant quils serendirent à lévi-
  • [ CHATEAU ] -<lence,tant les vieilles tours de leurs châteaux leur inspiraient deconfiance. Lartillerie à feu fut au contraire adoptée avec empresse-mentparlesarmées nationales, le peupleet la royauté. peuple, par Le soit instinct, soit calcul, comprit rapidement quil avait enfin entreles mains le moyen de détruire cette puissanceféodale à laquelle,depuisle xivr siècle,il avait vouéunehainemortelle.Unearméedevilain-,ne savait pas résister à ces hommescouverts de fer, habituésdes lenfance au maniementdes armes et possédantcette confiance«"nleur force et leur couragequi suppléeau nombre. Les tentativesde révolte ouverte avaient été dailleurs cruellement châtiées pendantle xivesiècle,et, à la place des vieux châteauxdu xir siècle,les popu-lations des campagnes des bourgadesavaientvu, pendant le règne etde Charles V et au commencement de celui de Charles VI, leurs sei-gneurs dresser de nouvelles forteresses aussi imposantes daspectquelles étaient bien munieset combinéespour la défense. barons, Lesplus orgueilleux que jamais, malgré la diminution de leur puissancepolitique, navaientpasà craindre les soulèvements populaires derrièreleurs murailles, et regardaient alors un bon château comme un moyende composeravecles partis qui déchiraient le pays.La royauté, affai-blie, ruinée, sans influence sur ses grands vassaux, semblait en êtrerevenue aux humiliations des derniers Carlovingiens. Linvasion étran-gère, ajoutait encore à ces malheurs, et les seigneurs, soit quils res- tassentfidèles au roi de France, soit quils prissent parti pour lesBourguignons et les Anglais, conservaient leurs places fortes commeun moyen dobtenir des concessionsde lun ou de lautre parti audétriment des populations, qui, dans ces intrigues et ces marchés,étaient toujours foulées et supportaient seules les frais et les dom-mages dune guerre désastreuse. Cependant des bourgeois, des gens de métier, cherchaient à tirer parti de la nouvelle puissancemilitaire que le xivesiècle avait vue naître, et, vers 1MO,grâceà leurs efforts,les arméesroyalespouvaient déjà dresserdes batteries de canonsdevant les châteaux(voy. ARCHI-TKCTURRMILITAIRE). Mais alors, en France, la noblessecomme le peuple étaient toutoccupésà chasserles Anglais du royaume, et la grande guerre étouf-fait ces querellesde seigneurà seigneur,non quelles neussenttou-jours lieu, mais elles navaient pas dimportance en face des événe-ments qui agitaient la nation. Aussi peu de châteauxfurent élevés pendant cette période de luttes terribles. Dans les châteaux bâtis vers le milieu du xv siècle,on voit cependant lartillerie à feu com- que mence préoccuper constructeurs ceux-ci nabandonnent à les : pas lanciensystème courtines de tlanquées tours,système de consacré par un trop long usagepour être mis brusquement de côté; mais ils le modifient dans les détails ; ils étendent les défenses extérieures et ne songent pas encore à placer du canon sur les tours et courtines. Con-
  • 167 - | CIIATKAU ]MMvant les couronnementspour la défensf rapprochée,ils garnissentde bouches à feu les parties inférieures des tours. Cette transition est tort intéressante à étudier, et quoique nous pos-sédions peu de châteaux qui aient été bâtis dun seul jef pendant lerègne de Charles VII, il en est un cependant que nous donnerons ici,tant à cause de son étal de conservation que parce que son système"de défense est suivi avec méthode dans toutes ses parties : cest lechâteaude Bonaguil. Sis à quelqueskilomètre- de Villeneuve-dAgen,"cechâteauest bâti sur un promontoire qui commandeun défilé; souassiette est celle de tous les châteaux de montagne ; entouré descar-pements, il nest accessible que dun seul côté. En voici le plan ifig. 28). En A, est la première entrée, munie dunpont-levis et souvrantdans un ouvrageavancé,sorte de barbacane ou"le boulevard0. On voit ici déjà que les constructeurs se sont efforces<le Manquer cette première défense. En R, étaient des écuries, proba-blement. Un large fossé taillé dans le roc sépare louvrage avancé duchâteau,danslequel on pénètre par un secondpont-levisB avecporteet poterne G. Un donjon E, de forme bizarre, commande les dehors,louvrage avancé 0 et les fossés. En P, sont élevés les bâtiments dha-bitation, auxquelson arrive par un bel escalier avis J. D est la rampequi monte à la porte surélevée du donjon E. En S, est un ouvrage 1 Ce plan est à léchelle Je 0",0007 pour mètre.
  • L CHATEAU ] - 1G3-séparé château le donjon. Commeà Pierrefonds, donjon- du par leétablit une séparationentre deux cours. Les ponts-levisrelevés,on ne-pouvaitsintroduiredansle château quen franchissant poterneF lapercéedansle mur de contre-garde extérieur,en suivantle fond du|U>M- en franchissant une seconde porte G percée dans une traverse, N,une troisième porte H donnant sur une belle plate-forme M, en pre-nant lescalier 1, el en passant par un petit pont-levis K. Là on trouvaitun bel et large escalierà paliers,ne communiquantà lescalier J inté-rieur que par un étroit et sombre couloir sur lequel, à droite et àgauche, souvrent des meurtrières. Le grand escalier ne monte*quejusquau rez-de-chaussée surélevé de la cour intérieure; sa cagesetermine a son sommetpar une grossetour carrée en communicationavec les appartements.On voit quici, comme dans les anciens châ-teaux féodaux, toutes les précautions les plus minutieuses étaientprisespour masquerles entréesel les rendre dun accèsdifficile. Parle fait, il ny a quune seule entrée, celle AB, les détours que nousvenonsde décrire ne pouvant être pratiqués que par les familiers duchâteauet pour faire des sorties lorsque besoin était. Mais des dispo-sitions toute- nouvelles alors viennent modifier lancien systèmedètensif : dabord louvrage avancé 0 avec la plate-forme M donnentdes saillanl- considérables, qui battent les dehors au loin, et flanquentle château du coté ou il est accessible de plain-pied ; puis au ras dela contrescarpe des fossés, au niveau de la crête des murs de contre-uarde, de- embrasure- pour du canon sont percées à rez-de-chausséedans les courtines et les étages inférieurs des tours ; les tours sont àpeine engagées, pour mieux flanquer les courtines. Si lon en juge parlouverture des portes qui donnent entrée dans les tours, les piècesmisesainsi en batterie a rez-de-chaussée pouvaient être dun gros necalibre. MU, aux couronnements, ml ils sont munis de chemins de rondesaillants,avecmâchicouliset créneaux; mais les consolesportant lesparapetsde la grosse tour cylindrique ne sont plus de simples cor-beauxde Om,30 Om,iO à dépaisseur: ce sont de gros encorbellements,de-, pyramides posées sur la pointe, qui résistaient mieux au bouletque les supportsdespremiersmâchicoulis(voy.MACLIICOULIS). Les mer-Ions des parapetssont percés de meurtrières qui indiquent évidem-ment, par leur disposition, lemploi darmesà feu de main. Voici il:;, l.*) unevue cavalièrede ce château,prise du côté de len-trée. On voit, danscette figure, que les embrasures destinéesà lartil-lerie à feu sont percéesdans les étagesinférieurs des constructions,et suivent la déclivité du terrain, de manière à raser les alentours. Pourles couronnementsdes tours, la méthodeadoptée au xrvesiècle estencoresuivie.Latransitionest doncévidente et le problèmeque ici, 1Nous n.i"ii- n-tahli,:>n< vueque charpentes, nexistent rrltf les qui plus; quant auxmaçonneries,elles sont presqueintactes.
  • - ICI) - [ CUATEAU 1les architectes militaires cherchaient à résoudre dans la constructiondesplaces fortesversle milieu du xvesièclepourraitêtre résuméparcette formule : «Battre les dehors au loin, défendreles approches par 29« un tir rasant de bouchesà feu, et se garantir contre lescaladepar« un commandement très-élève, couronné suivant lancien système« pour la défenserapprochée1.» Le donjon, couvert en terrasse etfortementvoûté,était fait aussipour recevoirdu canon à son sommet;cequi était dailleursjustifié par les abordsqui, de ce côté,commandentle château. SousLouis XI, la ligue du Bien public marqua le dernier effort de1aristocratie féodale pour ressaisir son anciennepuissance à cette ;époque,beaucoupde seigneursgarnirent leurs châteauxde nouvellesdéfenses appropriéesà lartillerie. Cesdéfensesconsistaientprincipa- 1 VoyezARCHITECTURE MILITAIRE.
  • [ CHATEAU ] - HO -lenient en ouvragesextérieurs, en grossestours épaisseset percéesdemhrasurespour recevoirdu canon,en plates-formes boulevards oucommandant les dehors. Le plan du châteaudArqués, que nous avonsdonné (fiy. i), a con-:.ervéen B un ouvragede la tin du xvesiècle, disposéen avant de lan-cienne entrée pour battre le plateau situé en face du côté du nord, etempêcherun assiégeantdenfiler la cour du château, au moyen debatteriesmontéessur ceplateau,qui nen est.séparéquede deuxcentsmétrés. Ces défenses jouèrent un rôle assez important pendant lajournée dArqués, le 21 septembre1589,en envoyantquelquesvoléesde leurs pièces au milieu de la cavalerie de Mayenne,au momentoù la victoire était encore incertaine. Louvrage avancé du châteaudArqués est bien construit, et possède,pour lépoque, dassezbonsManquements. Dansles positions déjà très-fortes par la situation deslieux, les seigneurs féodaux prirent généralement peu de souci delartillerie, et se contentèrent de quelques fortins élevés autour deleurs demeures pour protéger les abords et commander les chemins.Cest surtout autour des châteaux de plaine que des travaux furentexécutés, à la fin du xvc siècle, pour présenter des obstacles à lartil-lerie à feu; que lon découronna un grand nombre de tours afin de lesterrasser et dy placer du canon : que lon fil des remblais derrière lescourtines pour pouvoir metlre sur leur crête des pièces, et que lonsupprima les vieilles barbacanes pour les remplacer par des plates-tonnes ou boulevards, carrés ou circulaires. Cependant les seigneursqui bâtissaient à neuf des châteaux de montagne avaient égard aux nouveaux moyens dattaque. Le château de Bonaguil nous a lait voir comment on avait cherché.vers le milieu du xv siècle, à munir dartillerie une demeure féodale par certainesdispositionsde détail qui ne changeaientrien, en réalité,aux dispositionsgénérales antérieuresà cette époque. 11nen fut pas longtempsainsi, et les châtelains reconnurent, à leurs dépens,que, pour protéger leur demeure féodale,il fallait planter des défenses en avantet indépendantes bâtimentsdhabitation; quil fallait sélendre des-en dehors, sur tous les points saillants,découverts,afin dempêcher lennemide placer sesbatteriesde siège sur quoiqueplateaucomman-dant le château. Cecommencement la transition entre lancien systèmede défense de"et le nouveauest visible dans le château du Hoh-KSnigsbourg,situé^ntre Sainte-Marie aux Mines et Schelestadt, sur le sommet dune desmontagnesles plus élevéesde lAlsace.Au XVe siècle, les seigneursduHoh-KSnigsbourg sétaient rendus redoutables tous leursvoisins à parleursviolenceset leurs actesde brigandage. Les plaintes devinrent si 1 Ncuis devons curieux niispigneinents nous possédons ce château lobli- les que MU à^iMiire bienconnue savant du archiviste Strasbourg, Scheogans, à notreconfrère de M. etM HusviKv;ild.
  • - 1"! - [ CHATEAU]graves, larchiduc SigismonddAutriche,landgrave lAlsacesupé- que derieure, sallia avec lévêque de Stras-bourg, landgrave de lAlsace infé-rieure, avec les seigneurs de Ribeau- pierre, lévêque de la ville de Baie, jpour avoir raison des seigneurs duHoh-KSnigsbourg. Les alliés sem-parèrent en effet du château en 1462,et le démolirent. Ce domaine, parsuite dune de ces transmissions sifréquentesdans lhistoire des fiefs,fut cédé à la maison dAutriche. Dix-septansaprèsla destructionduHoh-KSnigsbourg, lempereur Frédé-ric IV le concéda en fief aux frèresOswald et Guillaume, comtes deThierstein, ses conseillers et servi-teurs1. Ceux-ci sempressèrent derelever le Hoh-KSnigshourg de sesruines, et en firent une place très-forte pour lépoque, autant à causede son assiette naturelle que par sesdéfensespropres à placerde lartil-lerie à feu. Nous donnons (fig. 30) le plan delensemble de la place. Pour sexpli-quer la forme bizarre de ce plan, ilfaut savoir que le Hoh-KSnigsbourgest assis sur le sommet dune mon-iagne formant une crête de rochersabruptsdominant la riche vallée deSchelestadt et commandant deuxdéfilés. Les constructions, à des ni-veaux très-différents, par suite de lanature du sol, senfoncent dans unpromontoire de roches du côté A,et, se relevant sur un pic en B,suivent la pente de la montagnejusquau point C. Les bâtimentsdhabitation sont élevésen D, pro-bablement sur lemplacement du vieux château, dont on retrouve desportions restéesdebout et englobéesdansles constructions de 1-479. Une lettre fort importante «, dit M. Selieegansdans une notice inédite sur le Holi- , a que lempereur écrivit aux magistrats Strasbourg, conservée de et dans les«archivesde cette ville, donneactede cette cession Par cette lettre1,datée du 1i mars 1iT.l,
  • [ CHATEAU ] - 1"2 -Les frères Oswald et Guillaume firent trancher une partie du plateaupour établir lesgrosouvrages contre-approche car cest par ce de E,côté seulement que le château est abordable.A deux cents mètresenviron de ce point, sur le prolongementde la crête de la montagne,.seleaitun loi tin détruit aujourdhui, mais dont lassietteimportait à la sûretéde la place. LouvrageE, terrasséen F, opposedes épaisseurs énormesde maçonnerie- dû seul côté ou lassiégeant pouvait établir des batteriesde siège.Vers le rampant de la crête, en G, est un ouvrage supérieur muni de tours flanquantespour du canon, et en H une en- ceinte inférieure se terminant en étoile et per- cée dembrasurespour des arquebusiers des ou piècesde petit calibre. Outre cesdéfensesma- jeures, une enceinte I, flanquée de tourelles, bat lescarpementet devait enlever aux assail- lants tout espoir de prendre le château par e-calade. Lentrée est en K; et lon arrive, après avoir pourtourné le gros ouvrageG, aux parties supérieuresoccupéespar les bâtiments dhabi- tation, dont nous donnons le plan <tig. .!!>. La tour carrée L est le donjon qui domine len- sembledes défenses, parait appartenir a lan- et cien château; en M, est la grand salle, une des |iln> grandioses conceptions du moyen âge qui se puissent voir. Nous donnons les détails de -elle belle construction au mot CONSTRUCTION,. lig. li.t et suivantes. (Juoique le château de Hoh-KSnigsbourg pré- sente un singulier mélange des anciennes et nouvelles dispositions défensives, on y trouvedéjàcependantune intention bien marquée demployer lartillerie afeu et de sopposer ii ses effets; sous ce rapport, et à cause de la dateprécise de sa construction, cette place mérite dêtre étudiée. Les con-structions paraissent avoir été élevées à la hâte et en partie avec desdébris plus anciens; mais on trouve dans leur ensembleune grandeur,une hardiessequi produisent beaucoup deffet. La partie réservée à lha-ïr lempereur Frédéric informe les magistrats: quen reconnaissance des s-niées à lui r inlus par les comtesde Thierstein, et pour dautres motifs justes, il leur a concédée:i" lief le châteauruiné de Hoh-KSnigsbourg, sesi|c|iciiil.mrc-,cl quil leur a permis avec" île le reconstruire. eonscquence, En lempereur, vertu du pouvoirimpérial, prie les enii magistr.its il- Strasbourget leur ordonne de venir en aide aux comtes de Thierstein, de"" leur prêter secourset assistancecontre tous ceux qui chercheraient à les contrarier dansi la prise de possession, reconstruction et jouissance dudit château, de n " pas souffrir« quils y soient troublés, et de leur fournir serour* fidèle, au nom du Saint-Empire,contre c tous ceux qui oseraient porter atteinte à leurs droits. »
  • - 173 - [ CUATEAU Jbitation, particulièrement,sembleappartenir à des temps héroïques.La grand salle M, à deux étages,était voûtée à sa partie supérieure,probablement pour placer du canon sur la terrasse. Posées en traversde la crête du rocher, les batteries à barbette établies sur cette plate-forme très-élevée commandaientdun côté le gros ouvragesE et lereversde celui G. Le donjon L est complètementdépourvu douver-tures, sauf la porte, qui est étroite et basse. Cétait probablementdanscette tour quétaient conservées les poudres. Sa partie supérieure, àlaquelle on ne pouvait arriver que par un petit escalier extérieur, ser-vait de guette, car elle domine, autant par son assiettesur une pointede rocher que par sa hauteur, lensemble des défenses. En 1633, le château de Hoh-KSnigsbourg, entretenu et habité parune garnison jusqualors, fut assiégé par les Suédois. Ceux-ci, sétantemparés du fortin extérieur, y montèrent une batterie de mortiers etbombardèrent place,qui nétait pas faite pour résistera cesterribles laengins. Elle fut en partie détruite, incendiée, et la garnison fut obligéede se rendre. Mais, à la fin du xve siècle, lartillerie à feu allait commencer legrand nivellement de la société française. Lartillerie à feu exigeaitlemploi de moyens de défensepuissants et dispendieux. Les seigneursnétaient plus assezriches pour bâtir desforteresses en état de résisterdune manière sérieuse à ce nouvel agent de destruction, pour lesmunir efficacement, ni assez indépendants pour élever des châteauxpurement militaires en face de lautorité royale, sous les yeux depopulations décidées a ne plus supporter les abus du pouvoir féodal.A cette époque, déjà, les seigneurs paraissent accepter leur nouvellecondition; sils bâtissent des châteaux, ce ne sont plus des forteressesqu ils élèvent, mais des maisons de plaisance dans lesquelles cepen-dant on trouve encore comme un dernier retlet de la demeure féodaledu moyen âge. Le roi donne lui-même lexemple, il abandonne leschâteauxfermés. La forteresse,devenuedésormaiscitadelle de lÉtatdestinée à la défense du territoire, se sépare du château, qui nest plus"quun palais de campagne réunissant tout ce qui peut contribuer aubien-être et à lagrément des habitants. Le goût pour les résidencessomptueuse"* la noblessecontracta en Italie pendantles campagnes quede CharlesVIII, de Louis XII et de FrançoisI", porta le dernier coup.au château féodal. Beaucoup de seigneurs ayant visité les villas et lespalais doutre-monts trouvèrent, au retour, leurs vieilles fortevfsM-spatrimoniales sombres et tristes. Conservant le donjon et les toursprincipales commesigne de leur anciennepuissance,ils jetèrent basles courtinesferméesqui les réunissaient,et les remplacèrentpar desbâtiments largement ouverts, accompagnés de loges, de portique.:décorés avec luxe. Les bailles ou basses-cours, entourées de défende"etde tours, furent remplacées par des avant-cours contenant des com-muns destinés au logement des -serviteurs, des écuries splendidos,des parterres garnis de fleurs, des fontaines, jeux de paume,promo
  • [ CI1ATEAU J - llt -noirs, etc. Les seigneursne Mmuaient plus alors à sefaire servir parleurs hommes de corvée, comme cehi avait lieu deux siècle* aupara-vant; ils avaient des serviteurs à gagesquil fallait loger et nourrirdans le château et ses dépendances. Peu à peu les tenanciers à tousles degréssétaient exonérés,au moyen de rentes perpétuelles ou desommes fois payées, corvéeset de tous les droits seigneuriaux une desqui sentaientla servitude. Dès Je coinmencement du xvie siècle, beaucoup de paysans étaientpropriétaireset navaient, les divers impôts payé*, rima démêleravec,leurs seigneurs.Depuisle xm*siècle,la population des campagnes napas abandonné un seul jour lespoir de saffranchir dabord, puis dedevenir propriétaire du sol quelle cultive. Il serait curieux si la choseétait possible)de supputer les sommesénormesquelle a successive-ment sacrifiée* à cette passionpour la terre. Elle a peu a peu rachetélés droits seigneuriaux sur les personnes,droits de mainmorte, delorinariage, de corvées,de redevances nature, puis les droits sur la enterre; puis enfin, poursuivantson but jusquà nos jours, elle a consentiîles baux, sous forme de fermages,demphytéoses, laissantéchan- neper aucune occasion, non-seulement de se maintenir sur le sol, maisdé lacquérir. Aujourdhui le paysan achète la terre à des prix exa-gerés, bi,-n plus par amour de la propriété que par intérêt, puisqueson capital ne lui rapporte souvent quun demi pour cent. Il sembleainsi, par instinct, destiné à combattre 1abus du principe de la divi-sion de la propriété admis par la révolution du siècle dernier. En facede cette marclie persistante de la cla>-e agricole, la féodalité, aui siècle, ayant besoin dargent pour reconstruire ses demeures etentretenir un personnel toujours croissant de serviteurs à gages,aban-donne la plu- grande partie de sesdroits, sedépouille de sesprivilège s;droits de chasse, de pèche; droits sur les routes, ponts, cours deau.Les uns sont absorbespar la royauté, les autres par la population descampagne^. Pendant que la noblesse songe à. ouvrir ses châteaux, necomptant plus sy défendre,quelle les rebâtit à grandsfrais, que sonamour pour le luxe et le bien-être saccroît, elle tarit la source de sesn emis pour se procurer de largent comptant. Une fois sur cettevoie,on peutprévoir sa ruine définitive.Quelqueétenduesque fussentsesconcessions, quelqueaffaiblie que fût sa puissance,le souvenir deloppression féodale du moyen âge resta toujours aussi vif dans lescampagnes:et le jour oii, cribles de dettes, leurs châteauxouverts,la plupart de leurs droits nexistant plus que dans leurs archives,lesseigneurs furent .surprispar les attaques tiers état, les paysans duse ruèrent sur leurs demeurespour en arracher jusquaux dernièrespierres. La nouvelleforme que revêt la demeureféodaleau commencementdu xviesièclemérite toute notre attention : car, à cette époque, silarchitecture religieusedécroîtrapidementpour neplus serelever,etne présenteque de pâlesreflets dun art mourant qui ne sait où il va,
  • - 175 - [ CHATEAU ]<>e quil veut ni ce quil fut, il nen est pas de mêmede larchitecturedes demeures seigneuriales.En perdant le caractèrede forteresse-riles en prennent un nouveau, plein de charmes, et dont létude estune des plus intéressantes des plus instructives qui sepuissefaire. etOn a répétépartout et sous toutes les formesque larchitecture dela renaissance en France avait été chercher ses types en Italie; on amêmeétéjusquà dire que sesplusgracieuses concept ions étaientduesà desartistes italiens. On ne saurait nier que la révolution qui se pro-duit dans lart de larchitecture, à la fin du xV siècle, coïncide avecnos conquêtes en Italie ; que la noblesse française, sortant de ses tristesdonjons, sétait éprise des riantes villas italiennes, et que, revenuechez elle, son premier soin fut de transformer ses sombres châteauxen demeures somptueuses, étincelantes de marbres et de sculptures.Mais ce quil faut bien reconnaître en face des monuments, témoinsirrécusables, cest que le désir des seigneurs français fut interprètepar des artistes français qui surent satisfaire à ces nouveaux pro-grammes dune manière complètement originale, qui leur appartient,et qui nemprunte que bien peu à lItalie. Il ne faut pas être tres-e|iert en matière darchitecture pour voir quil ny a aucun rapportentre les demeures de campagne des Italiens de la tin du " siècle etnos châteaux français de la renaissance. Nulle analogie dans les plans,dans les distributions, dans la façon douvrir les jours et de couvrir lesédifices; aucune ressemblance dans les décorations intérieures et exté-rieures. Le palais de ville et celui des champs, en Italie, présentent tou-jours une certaine masse rectiligne, des dispositions symétriques, quenous ne retrouvons dans aucun château français de la renaissance etjusquà Louis XIV. Si larchitecture ne consistait quen quelques pro-fils, quelquespilastresou frises décorés darabesques, nous accorde-rions volontiers que la renaissance française sest faite italienne : maiscet art est heureusement au-dessus de ces puérilités; les principes envertu (lesquels il doit se diriger et sexprimer dérivent de considérationsbien autrement sérieuses. La convenance, la satisfaction des besoins.lharmonie qui doit exister entre les nécessités et la forme, entre le.-.nid-urs deshabitants et lhabitation, le judicieux emploi des matériaux.le respect pour les traditions et les usagesdu pays,voilà ce qui doitdiriger larchitecte avant tout, et ce qui dirigea les artistes françaisde la renaissance dans la construction des demeures seigneuriales : il^élevèrent des châteaux encore empreints des vieux souvenirs féodaux.mais revêtant une enveloppe nouvelle en rapport avec cette sociétéélégante,instruite, polie, chevaleresque, peu pédanteet maniérée unque le xvi° sièclevit éclore, et qui jeta un si vif éclat pendant le mm -du siècle suivant. Soit instinct, soit raison, laristocratie territorialecomprit que la force matérielle nétait plus la seulepuissanceprépon-dérante en France, que ses forteresses devenaientpresque ridiculesen facede la prédominanceroyale; sesdonjons redoutables, vieilles, dearmes rouillées ne pouvant plus inspirer le respect ni la crainte au
  • [ CHATtAU J - 170 -milieudepopulations chaque jour plusriches,plusunies,et commen-çant à sentir leur force, à discuter; à vivre de la vie politique. En gensdégoût,la plupartdesseigneurs sexécutèrent franchement, jetèrent etbas les murs crénelés,les tours fermées,pour élever à leur placedesdemeures fastueuses, ouvertes,richement décorées lintérieur comme àà lextérieur, mais dans lesquellescependant on retrouve bien plusla trace des arts français que celle des arts importés dItalie. LesanhitiM-les français surent tirer un parti merveilleux de ce mélange(1anciennes traditions avecdes mSurs nouvelles, et les châteaux quilsélevèrentà cette époquesont, la plupart, des chefs-dSuvre de goût,bien supérieursà ceque la renaissance italienne sut faire en ce genre.Toujours fidèles à leurs anciens principes, ils ne sacrifièrent pas laraison et le bon sensà la passionde la symétrie et des formes nou-velles,et neurent quun tort, celui de laisserdire et croire que lItalieétait la source de leurs inspirations. Mais,avant de présenter à nos lecteurs quelques exemplesde ceschâteaux des premiers temps de la renaissance, et pour faire com-prendre comment ils satisfaisaientaux mSurs de leurs habitants, ilest nécessaire de connaître les penchants des seigneurs à cette époque.On a pu voir que le châteauféodal fortifié sacrifia tout à la défense,même dans des temps où Laristocratie avait déjà pris des habitudesde luxe et de bien-être fort avancées. Les moyens de défense de cesdemeures consistaient principalement en dispositions imprévues, sin-gulières, afin de dérouter un assaillant ; car si tous les châteaux fortseussent été bâtis à peu près sur le même modèle, les mêmes moyensqui eussentréussipour semparerde lun deux auraient été employéspour les prendre tous. Il était donc important, pour chaqueseigneuri|iii construisait une place de sûreté, de modifier sans cesse les détailsde la défense, de surprendre lassaillant par desdispositions que celui-cine pouvait deviner. De la une extrême variété dans ces demeures,un raffinement de précautions dans les distributions intérieures, uneirrégularité systématique: car chacun singéniait a faire mieux ou au-trement que son voisin. Des habitudes de ce genre, contractées pardesgénérations se succèdentpendantplusieurssiècles,ne peuvent quiêtre abandonnées du jour au lendemain; et un châtelain faisant bâtirson châteauau commencementdu xvi* siècleeût été fort mal logé, kson point de vue, sil neût rencontrera chaque pas, dans sa nouvelledemeure, ces détours, ces escaliers interrompus, ces galeries sansissues, ces cabinets secrets, ces tourelles flanquantes du château deson père ou de son aïeul. Les habitudes journalières de la vie sétaientfaçonnéespendant plusieurs siècles à ces demeurescompliquéesàlintérieur; etceshabitudes, fois prises,devaient une influer sur le pro-gramme des nouveauxchâteaux, bien que lutilité réelle de tant de sub-terfuges architectoniques,commandés la défense, par nexistât plusdelail, ln seigneur du moyen âge logé dansun des châteaux du xvnesiècle,où les distributions sontlargeset symétriques,où lespiècessenfilent,
  • sont presquetoutesde la mêmedimensionet comprisesdansde grands parallélogrammes, le serviceest direct, facile, où les escalierssont où vastescl permettent do pénétrerimmédiatementau cSur de lédifice. se fût trouvé aussi mal à laise que si on leût parqué,lui et safamille, <lansune grande pièce divisée par quelques cloisons. 11voulait desissues secrètes, des pièces petites et séparées des grandes salles pardes détours à lui connus, des vues de flanc sur sesfaçades,des chambresferméeset retirées pour le soir, des espaceslargeset éclairéspour lesassemblées; voulait que savie intime ne fût pas mêléeà sa vie pu- ilblique, et le séjour du donjon laissaitencoreune trace dans seshabi-tudes. Telle salle devait souvrir au midi, telle autre au nord: il voulaitvoir ses bois et ses jardins sous certains aspects, nu bien léglise duvillage sous laquelle reposaient ses ancêtres, ou telle roule, telle rivièreLes yeux ont leurs habitudes comme lesprit, H lon peut faire mourirdennui un homme qui cessede voir ce quil voyait chaque jour, pourpeu que sa vie ne soit pas remplie par des préoccupations Ires-sérieuses.La vie des seigneurs, lorsque la guerre ne les faisait pas sortir de. leurs«"bateaux,était fort oisive, et ils devaient passer une bonne partie deleur temps à regarder leau de leurs fossés, les voyageurs passant MU-la route, les paysans moissonnant dans la plaine. IOrage qui sabattaitsur la forêt, les gens qui jouaient dans la basse-cour. Le châtelaincontractait ainsi, à son insu, deshabitudesde rêverie qui lui faisaientpréférer telle place,telle fenêtre,tel réduit. Il ne faut passétonner si,dans les châteaux rebâtis au xvie siècle, on conservai! certaine- dv>po-silions étranges qui étaient évidemment dictées par les habitudes*intimes du seigneur et des membres de sa famille. Certes lItalie navaitrien à voir là dedans, mais bien les architectes auxquels les châtelainsconfiaient leurs désirs, résultats dun long séjour dans un même lieu.Il existe encore en France un assez grand nombrede ceschâteauxquiservent de transition entre la demeure fortifiée des seigneurs du mo enâge et le palais de campagne de la lin du i" siècle. Leurs plans sontsouvent irréguliers comme ceux des châteaux du ue au LVC siècle,soit parce quen les rebâtissant on utilisait les anciennes fondations,soit parce quon voulait jouir de certains points de vue, nm-erver desdispositionsconsacrées lusage,ou profiter de lorientation la plus parfavorable à chacun des services. Tel était, par exemple, le châleaude Oeil, élevé sur une île de I ( fisc,commencé sous Charles V et rebâti presque entièrement à la fin duxv° siècle et au commencement du xvie. Nous en donnons le plan(tig. 32) ».En A, était le pont qui réunissait lîle aux deux rives de lOise.défendu par un petit chàtelet; en B, lentrée de la basse-cour.Onpénétrait dans la demeure seigneurialepar un secondpont C jeté surle largefossérempli deau; en D, est la cour, entourée des bâtimentsdhabitation. Suivantun usageassez fréquent, une petite église,élevée 1 A lcchi-lln ()m,007 dn pmir 10 im.-trcs. III. - U
  • L C1UTEAU ] - i~N -dans la basse-cour, servait de chapelle seigneuriale et de paroisse auxhabitants de la ville. En E, était un jardin réservé au châtelain et à sonmonde.Ce plan fait ressortir ce que nous disions tout à lheure à pro-posdu goûtque la noblesse avaitconservé pourlesdispositions com-pliquéesdu châteauféodal. Celui de Oeil, quoiquil fût naturellementprotégépar *<>n a**ielte au milieu dune rivière, nétait point fait pour 32 1soutenir un sie^e; et cependant nous y retrouvons, sinon les tour»formidable* de* châteaux du moyen âge, quantité de tourelles flan-quanle>,de pavilIon-N avant-corpsuniquementdisposéspour jouir ende la vue extérieure. ,.( nltVir, à lintérieur, ces cabinets, ces réduits>i lui l aimes des châtelains. La vue tig. 33) que nous donnons, pri^edu châlelet A1, nous dispensera de plus longs commentaires; elleindique bien clairement que ces tours étroites et ces pavillons sail-1,-intsnétaient pas élevés pour les besoins de la défense, mais pourlagrément des habitants et pour simuler en quelquesorte la grandeIDIleresseféodale.Un multipliait les guettes,les couronnementsaigus. vue ainsi nin- lr plan sont tin-s d*; lSuvre de du Cerceau sur les Excellent iunsde France,l~ <liàlrauétantpresque entiéronient détruit depuisla Révolution.
  • 17J- [ C11ATEAU ]commepour rappeler,sur une petiteéchelle,laspectextérieurdesancienschâteauxhérissésde défenses; mais ce nétait plus là qu un " *, ^j i i : | , à t m h " > -./-"" asfe . :jeu, un caprice dun riche seigneur qui, sansprétendre se mettre enguerre avec ses voisins, voulait encorecependant que sa résidenceconservât lapparence dune demeure fortifiée. Cétait daprès ces donnéesque le château do Chantilly avait étéélevéun peu plus tard, mais sur desproportions plus grandioses.Chan-tilly, situé à quatre kilomètres environ de Senlis, est un des plus char-
  • [ U1ATKAU ] - 180inanls lieux de cette partit- de la France; de belles eaux, des prairies 34 "-"^ A- . ^ -Métendues, des bois magnifiques, avaient fait choisir lassiette du châ-teau, qui était moins encore que Creil destiné à la défense. Nous don-nonsi^tîg. le plandes dispositionsdensemblede cette résidence,qui 34j
  • -181 [ CHATEAU ]lut lasilede tant de personnages illustres et de beauxesprits.Voicice quen dit du Cerceau : «Lebastimentconsiste deuxplaces la première unecourtK. en : est"en laquellesont quelquesbastimens ordonnezpour les offices:la« secondées!une autre court estantcommetriangulaire,et est eslevee-plus haute que la première de quelque neuf ou dix pieds, et faut« monter de la première pour parvenir a la seconde. Ou voit eu etlet. ..à côté du pont, le petit escalierqui gagnela différencede niveauentreles deux cours. « Entour de laquelle .cour triangulaire) de tous costez« est le bastiment seigneurial, faict de bonne manière et bien basty." Iceluy bastimentet court sont fondezsur un rocher, danslequel y a<"cavesà deux estages,sentant plutost, pour lordonnance,un labe-« rinthe quune cave,tant y a dalléesles unes aux autres, et toutes"voultées. Pour le regard de lordonnance du bastiment seigneurial,.<// netientparfaictement lart antiquenemoderne, de maisdes deuxmes/rz« ensemble. faces en sont belles et riches Les En la court première" est lentrée du logis, » par la grande salle D. «< facesdes basli- Les" mens estant en icelle tant dans la court que dehors, suivent 1art" antique, bien conduicts et accoustrez.Ces deux courl* avec leur-i«bastimenssont fermez dune grande eau eu manière deslang dmit<"entre icellesy a séparationcommedun fossé,par laquelle séparation" la dite eaupasse travers.Au-dessus a un pont pour aller et venir au y« dune des courts à lautre. Joignant le grand corps de logis y a une« terraceA, practiquéedun bout du parc, à laquelle on va de la mûri" du logisseigneurialpar le moyen dun pont P estantsur leau, lequel« faict séparationdu logis seigneurialet de la terrace, et dicelle <>n"«vient au parc pardessus arc, sur lequel est practiqué un passage un«(Couvert Ce lieu est accompagné dun grand jardin H, a lun des« costez duquel est une galerie à arceaux iporlique , eslevée un peu<« haut que le rez du jardin. Dun costédiceluy jardin est la basse- plus« court I, en laquelle sont plusieurs bastimens ordonnez pour écuries." (luire le grand jardin, et prochain iceluy. y en a un autre, non pas« de telle grandeur. Iceux jardins sont environnes deplaces.es quelles« aucunes sont bois, prez, taillis, cerizaies, forts darbres, et autresc commoditez. Aucunes dicelles places sont fermées par canaux, les«autres non; et en ces places est la haironnerie. Le parc est fort« grand,à lentrée duquel, à sçavoirdu costédu chasteau,est une eau« qui donne un grand plaisir. Ce lieu est fermé du costé de Paris, de« la forest de Senlis,dans laquelle y a une voulte pour aller du lieu au« grand chemin de Paris. En somme,ce lieu est tenu pour une des«plus belles places de France. » Danscette résidence,qui, au point de vue de la construction, narien en réalité dune forteresse,nous voyonsencore toutes les dispo-sitions du château féodal conservées. Isolement au moyen détangs et 1 Les plus excellent bastimensde France, liv. II.
  • [ CHATEAU ] - 181 -de fossés pleins deau,ponts étroits dun accèspeu facile,tourellesflanquantes angles,avant-couravecles offices,basse-couravecses auxdépendances, clos jardins avec promenoir, irréguliers disposés logis etsuivant dimension pièces la des quilscontiennent, passagesdétournés,cavesimmt.MiMs permettant .damasser provisionsconsidérables, deset enfinpassade voûté,pour communiquer, long sansêtre vu, avec lagrande route. Cependant château Chantillyne pouvait,pasplus le dequeceluide Creil, opposer défense une sérieuse uneattaque main à à.Minée1. Les courtines et les tourelles du château étaient ouvertes parde largesfenêtres, lès-combles garnisde belleslucarnes; maisle che-min de ronde supérieuravec les mâchicoulistraditionnels sont encoreconserves. cesgaleries Si supérieures pouvaient protéger ne plus lechâteau contre les effets de lartillerie, elles étaient souvent conservéespour les besoinsdu-eii<e; car elles donnaientde longscouloirs per-mettantde desservirtoutes les piècesdes étagesélevés,et facilitaientla surveillance. On remarquera tous les corpsde logisdeschâteaux, que encoreàcelte époque, sont simples en épaisseur,cest-à-dire quils nont quela largeur despiècesdisposées enfilade; celles-cisecommandaient, enet les couloirs supérieurs, comme les caves,offraient du moins unecirculation indépendante salleset des chambres,à deux hauteurs desdifférentes-. i> ne fut guère quau xvne siècle que lon commença,dans les châteaux, a bâtir des corps de logis doubles en épaisseur. Cependant il ne faudrait pas croire que lirrégularité des plans fût,au commencement du XM" >ifde. une sorte de nécessite, le résultatdune idéepréconçue au contraire, à cette époque,on cherchait,dans ;les demeures seigneuriales, la symétrie ; on lui sacrifiait même déjàles distributions intérieures, avec lintention de présenter, à lextérieur,des façades régulières, un ensemble de bâtiments dun aspect monu-mental. Sous ce rapport, lItalie avait exercé une influence sur les con-structeurs français; mais cétait, avec lemprunt de quelques détailsarchitectoniques,tout ce que les architectesavaient pris aux palaisitaliens : car, dailleurs, le château seigneurial conservait son caractèrefrançais,soit danslensembledes dispositionsgénérales,soit danslesdistributions intérieures; sesflanquements destourelles, ou par la parmanière de couvrir les bâtiments. Le beauchâteau Vergeren Anjou, demeuredesprincesde Rohan- duGuéméné,joignait ainsi les anciennes traditions du château féodal auxdispositions monumentales en vogue au commencement du xvr siècle. 1 Toutesles constructions dataientpas de la mêmei-poque les plus anciennes ne ;remontaient à la (in du xv sieclr. Mais, pendant ie i siècle, f* bâtiments, surtoutà lintérieur, furent en grande pirtie décorés avec un gr.md luxe darchitecture. Plustard encore,pendant le xvn siècle, les communsfurent modifiés : Yuy.z,dan* Les plus excellent bastimensde France, de du Cerceau,les vues et détailsdes constructionsde Chantilly.
  • - 183 - [ CUATEAU J : . - v l -M» ?m - " 4» V 1 *ffj :
  • [ CHATEAU j - I8i -II se composait lig. .!"" dune basse-cour dans laquelle on pénétraitpar une porte flanquéede tourelles, avecgrossestours aux angle,,bâtiments de service symétriquement placés en aile ; puis de la demeureseigneuriale, séparée de lavanl-cour par un fossé, flanque égalementde quatre grosso tours rondes reunies par de grandscorps de logisà peu près -ymétriques. Un fosse extérieur entourait lensemble duchiite;,!, lui voit, dans celle vue, que la courtine de face et ses deuxfouis sont encore percées a leur base dembrasures pour recevoir desbouches a feu. quelles sont garnies de mâchicoulis et de créneaux. Cei) était plus là quun signede puissance, non une défenseayant quelquevaleur. Mais, connue nous le disions plus haut, les seigneurs ne pou-vaient abandonnercesmarquesostensibles leur ancienneindépen- dedance ; pour eu. il ny avait pasde château sans tours et sans créneaux,sans r,>ssés poiil-levis. cl Tel était aii-M le beau château de Uury. situé à huit kilomètres deHlnis, proche de h Loire. Les bâtiments avaient été élevés par le sire 36Flmiiii<>nd Huliertet, secrétaire dÉtat sous les vois Charles Y1I1,Louis XII et François I". Il réunissait tout ce qui composaitune de-meure seigneurialedu moyen âge. On entrait dans la cour principaledu château un poiit-levisA flanquede deux tourelles ifig. 36).Cette parcour F était bordéede trois côtéspar des corps de logis parfaitementréguliers, bien quils fussent destines à contenir des services divers, etterminésauxquatre anglespar quatre tours. Du corps de logis <!ufondon de,, endait dans un jardin particulier E, avec fontaine monumentale
  • - ÎHr>- [ C11ATEAU Jau centre, terminé par deux autres touvs isolées aux angles, conte-nant des logis, et une petite chapelle G. A gauche, en G, était la basse-cour avec son entrée particulière B, des écuries, magasins et dépen-dances; en D, par derrière, une seconde basse-couravecjardins, treilles,arbres fruitiers, et gros colombier en tonne de tour en K. Le parcsétendait au delà des bâtiments, et le devant du château ainsi que labasse-cour étaient entourés de fossés pleins deau. Les logis propres àlhabitation étaient au fond de la cour seigneuriale: à gauche étaientles offices, cuisines; à droite, en 11, la galerie, cesl-ii-dire la grandsalle que nous voyons conservée encore comme dernier souvenir desmSurs féodales, ln portique élevé derrière la courtine antérieureriunissait les deux ailes de droite et de gauche, et, ne sélevant quedun rez-de-chaussée. ne masquait pas la vue des étages supérieursdes trois corps de logis. Ici, bien que des tours garnies de mâchicoulisà leur partie supérieure conservent la lorme cylindrique, elles don-nent à lintérieur des chambres carrées, celle disposition étant beau-coup plus commode pour lhabitation que la forme circulaire. Ainsi lesusages nouveaux commandaient des distributions qui nétaient plusen harmonie avec les anciennes traditions, et ces tours, qui ne ser-vaient que pour lhabitation, gardaientencorea lextérieur leur formede défense militaire. Le colombier lui-même se donne les airs dundonjon isolé. On ne faisait plus alors que jouer au château féodal. Ouoiquil en soit, ces demeures sont, au point de vue de lart, de char-mantes créations, et la vue cavalière que nous donnons du château deBury (tîg. 37j fait ressortir, mieux quune description, tout ce quily a délégance dansceshabitations seigneuriales la renaissance de quivenaient remplacer les sombres châteaux fermés du moyen âge. Nous ne multiplierons pas ces exemples; ils sont entre les mainsde tout le monde, et les monuments sont là qui parlent éloquemment.lilois, Gaillon,Azay-le-Rideau, Chenonceanx, Amboise,le chàleauneufde Loches, le château dUssé, et tant dautres demeures seigneurialesdu commencement du xvie siècle, offrent un charmant sujet détudespour les architectes; elles sont la plus brillante expression de la re-naissance française et, ce qui ne gale rien, la plus raisonnable appli-cation de lart antique chez nous. La royauté donnait lexemple, et ce-tautour delle que sélèvent les plus beaux châteaux du xvie siècle. Sou-veraine de fait, désormais,elle donnait limpulsion aux arts commeii la politique. François 1er,ce roi chevalier qui porta le dernier coupà la chevalerie, détruisait les anciennes résidences royales, et sonexempletit renverserplus de donjons que tous sesdevancierset suc-ccsseursréunis ne purent faire par la force. 11jeta bas la grossetourdu Louvre,de laquelle relevaient tous les fiefs de France.Quelseigneur Voyezdu Cerceauet lSuvre (potili <lI>raélSilvcslre. Voyez aussi, flans le Guiilc Itiat.du royayeci Blois et uujcenvirons, M. Delu Suuss,;ix une excellente par I8lô, notice surce beau château de la renaissance.
  • fc.a>s-57oosff>12rév>o<r>"O o s v> o scra TI "5»OOc«ft><a>i-iaiO3.&ce-o&;">«
  • - 18" - [ CHATEAU ]l> princecommence achève transition et la entrela demeure sei-gneurialedu moyenâgeet le châteaumoderne, celui de Louis XIIIe>, Louis XIV. Il bâtit Chambordet Madrid. Le premierde cesdeux depalaisconserve encorelempreintedu elùleauféodal;le second nestquune demeure plaisance, laquelle ne trouveplustracedes de dans onanciennestraditions. Uuoique nous ne soyons pas un admirateurpassionné château Chcimbord, senfaut beaucoup, du de il cependantnous ne pouvons le passersous silence; il doit naturellement clorecet article. Nous en donnons ici le plan (fig. 38) . 38 II nest personneen Francequ; nait vu cette singulière résidence.Vantée par les uns comme lexpression la plus complète de lart delarchitecture au moment de la renaissance,dénigrée par les autrescommeune fantaisiehizarre,un capricecolossal,une Suvre qui na nisensni raison, nous ne discuterons pas ici son mérite ; nous pren-drons le châteaude Chambordpour ce quil est, comme un essaidanslequel on a cherché à réunir deux programmessortis de deux prin-cipes opposés, fondre en un seulédifice le châteaufortifié du moyen àâgeet le palais de plaisance.Nous accordonsque la tentative étaitabsurde ; mais la renaissance française est, à son début, dans les let-tres, les sciencesou les arts, pleine de ceshésitations: elle ne marcheen avant quen jetant parfois un regard de regret derrière elle ; elleveut saffranchir du passéet nose rompre avec la tradition ; le vête-ment gothique lui parait usé, et elle nen a pas encore un autre pourle remplacer. Le château de Chambord est bâti au milieu dun territoire favorablea li chasse,entouré de bois couvrant une plaine agreste; éloigné des A léchelle lun dcmi-rnillimétrc pour mètre.
  • l" (HAT ] EAU - 1NK-villi-s. cesl évidemment un lieu de plaisir, relire, parfaitement choisipour|i>uir la foisde touslesavantages a quuttrent solitude lhn- la etliilaliuii dun palaissomptueux. Pour comprendre Ghambord, faut ilconnaître la ciiiir de François l". (> prince avait passé les premièresannéesde >a jeunesseprès de sa mère, la duchessedAngoulème.qui,vivant en mauvaiseintelligence avecAnne de Bretagne,éloignéede lacour, résidait tantôt dans son château de Cognac,tantôt à Blois. tantôti - i maison de Romorantin. François avait conserve une affection par-ticulière pour les lieux ou sétait écoulée son enfancedans la plusentière liberté. Parvenu au trône, il voulut faire de Chanihord, quinétait jusqualors quun vieux manoirbâti par les comtes Blois,un dechâteaumagnifique,une résidenceroyale. Un prétendquele Primatirefut chargede la construction de Chambord: le Primatice serait-il lapour nous lassurer,nousne pourrionsle croire, car Chambord naaucun des caractères de larchitecture italienne du commencement dur siècle: cest, connue plan, comme aspectet connueconstruction,une iruvre non-seulement française, mais des bords de la Loire. Si lonveut nousaccorder le Primaticeait élevéChambord cherchant que enii sapproprier le style français, soit ; mais alors cette n-uvre n est pasde lui. il ny a mis que son nom. et cela nous importe peu1. 1 Nuin- i-n IIIN-II- Ui,iil-- il- Sainte-Marthe, ni- i.-n lûli. mûri en lô.Vi, écrivait, il.m-.SCS (ïnluillr. ,111l fiiiil,-^. pi-adallt i|lli- lon b,lti".lit l.ll.llll luni , Ci.--MT- plein- ili- -en-, i-tqui fuill ruiiM.iili-,- i|in-ll- et.lit ,il"f- l.i ni;iilii.- de- lie;in e-pnl- cil rr.ilie cl-- ne i i iltrouver du bon 411-ce qui venait dItalie : V rllU-tl| ,|,,l],[ o Fl.llllIMs, c r .-iiK-ln il .....| ii ]]riii,-iil run " |i «-Mprcnncnt-îls dainsi |i.ul-i ,nnl.i.. « C<->! ^liili-iiii-nl .1 |;i iii.ni.ii~ _i i Mur FHtrl-.ln|]^ .|.-* ih.xli,.- .|. |>| i-( i « Et -.111- |iin|>.i. I... ..ulii, - i.mi |., " yil.l I ll.lll ..... I l..ll|.> lAMrliul.,, » l..i Grèce,Escosse, Aii_l-|.-nv u.i K-|MI^.!," . lIll- i|llr |;| FrailCi.- K-t-i-..-|inillt ili- 1,111- Il- 1,1,. t Est-, "" i|uil- mil .ni .ni- |,|N-.li- moyens" « Oïl Irui- ,-|,|ilS |i|i|SaijTUZ I,-- II,, "- i|ilr -II, Un I.I.-H .|iii|- -,,ii| |,|u- -.n.,,1- ,|u,. .....i- .min, - « TaJil -,vn fanMiM ,|iii- 1,-mv,iiil|,,n- , , ,i,-i i Qu,- n,ni- ,|iniii. |,|u- (,,-! |,., ,-OJdcr. " lii -,iil c:i- ,,nt i,-t i-i-la nous fait hunli-i. 1 , -l -,.....I,- 1,in- il- li.iiui-iil un g-nind.....i|i|.-, , " El l.n .1111, -,,nl ,-li-,inli|,. ..... |,,inrl-, ,in " .Mai- ni-, FiMn n, di-ji-iuiI- : i Carnousavonsà écrirv invectives.Cest qu.-lqii.» dns m.iitrp Suvres français, qu.-lqucClaurle Blai,e Tours dol.lui-, ou de ouI" """ h;i li.HMliuiil ,-i !." Priiuaticra misquelqii.- : .-t y chose, nyparait-U.T.V ilMu- avoir a la ..-..m artisteétranger, faire une façonde surintendant un en des
  • - 189 - [ CHATEAU ] Le plan de Ghambordest le plan dun châteaufrançais. Au (entreest lhabitation seigneuriale, le donjon, tlanqué de quatre tours auxangles.De trois rôle-, ("<" donjon est entouré dune cour fermée pardes bâtiments, munis également de tours dangle. Conformément à latradition du château féodal, le donjon donne dun côté directementsur les dehors et ne se réunit aux dépendances que par deux portique-ou galeries. La grand salle, figurant une croix, forme la partie prin-cipale du donjon. Au centre est un grand escalier à double i-. permet-tant à deux personnes de descendre et monter en même temps sansse rencontrer, et qui communique du eslibule inférieur à la grandsalle, puis à une plate-forme supérieure. Cet escalier -e termine parun couronnement a jour et une lanterne qui sert de guette. Dans le-quatre tours et les angles compris entre les bras de la salle, en formede croix, sont des appartements ayant chacun leur chambre de paradr.leur chambre, leurs retraits, garde-robes, privés et escalier particulier.La tour A contient, au premier étage, la chapelle. Les bâtiment- desdépendances, simples en épaisseur, suivant lusage, sont distribue-en logements; des fossés entourent lensemble des constructions. Dudonjon on descendait dans un jardin terrassé et environné de fosses.situé en B. Les écuries et la basse-cour occupaient les dehors du côtéde larrivée par la route de Blois. Comme ensemble, cest là un châteauféodal, si ce nest que tout est sacrifié à lhabitation, rien à la défense ;et cependant ces couloirs, ces escaliers particuliers à chaque tour,cet isolement du donjon, rappellent encore les dispositions défensive-du château fortifié, indiquent encore celle habitude de limprévu, desissues secrètes et des surprises. Ce nétait plus, à Chambord, pourdérouter un ennemi armé que toutes ces précautions de détail étaientprises, mais pour faciliter les intrigues secrète- de celle cour jeune ettout occupéede galanterie. Cétait encore une guerre. Chaïuboid est au château féodal des xiue et xie siècles ce que lab-baye de Thélème est aux abbayes du xue siècle : cest une parodie.Plus riche que Rabelais, François Ier réalisait son rêve ; mais ils arri-vaient tous deux au même résultat : la parodie écrite de Habelais sapaitles institutions monastiques vieillies, comme la parodie de pierre deFrançois Ir donnait le dernier coup aux châteaux fermés des grandsvassaux.Nousle répétons,il ny arien ditalien en tout ceci, ni commepensée, ni comme forme.)c combler Je pensions fia avait meilleur air que demployer C.landron lîl.ii-i1. natif di-Tours on île Bloisr bonhomme qui était suc son chantier pendant que le printiv ""! .nvlii-tcctc italien expliquait les plans du bonhommeaux seigneursde la cour cniri vc-ill< No- "-livtenrs voudront bien nous pardonner cette sortie à propo> du Priniatio1 ; nui- m>n< neuymis en cet homme quun artiste médiocre qui, ne pouvant faire sesaffaires en Italie,"in se trouaient alors cent architectes et peintres supérieurs à lui, était venu en Francepour emprunter une gloire appartenant à des hommes modeste*, de bons praticiens dont.I " - ni tort était dêtre nésdansnotre payset de sappeler Jeanou Pierre.
  • - 190 -[ CIlATLAlj j A.lextérieur, quel est laspectde cette splendidedemeure?Cest unemultitude de comblesconiqueset terminéspar des lanternes sélevantsur les tours ; des clochetons, dimmenses tuyaux de cheminée riche-mentsculptés incrustés et dardoises: forêtdepointes, lucarnes une dede pierre; rien enfin qui ressemble la demeureseigneuriale à ita-lienne, mais, au contraire, une intention évidente de rappeler lechâteau français muni de ses tours couvertes par des toits aigus,P»ssédant donjon, saplate-forme,saguette,sesescaliers vis, son àses couloirs secrets, ses souterrains et fosse-. Chambord nous donne loccasion de signaler un fait curieux. Dansbeaucoup châteaux de reconstruitsen partie au commencement du "s- -- xvie siècle, on conserva les anciennes tours, autant ;i cause de leur extrême solidité et de la dilhcullé de les démolir que parce quelles étaient la marque de la demeure féodale. Mais pour rendre ces tours habi- tables, il fallait les éclairer par de larges leuêtres. Pral iouer des trous à chaque étage et construire des haies en sous-Suvre eût été un travail difficile, dispendieux et long. (in iroiiva plus simple, dans ce cas. pour If- tours avec planchers de bois (et cétait le plus grand nombre;, de pratiquer du haut en bas une large tranchée verticale, et de remonter dans cette espèce de créneau autant de fenêtres quil y avait détages, en reprenant seulement ainsi les pieds- droils. les linteaux et allège*. Une figure est nécessaire pour laire comprendre celte opération. Soit tig M) une tour fermée. On y pratiquait une tranchée verticale, ainsi quil est indiqué en A, tout en con- servant les planchers intérieurs ; puis tig. .i.i//A on bâtissait les fenêtres nou- velle-, ainsi quil est indiqué dans cette figure. Pour dissimuler la reprise et éviter la difficulté de raccorder les maçonneriesneuvesdes pieds-droitsavecles vieux parementsextérieurs des tours,qui souventétaient fort grossiers,on monta,de chaquecôtédesbaies,des pilastres peu saillants se superposantà chaqueétage. Cette con-struction en raccordement,donnéepar la nécessité,devint un motifde décorationdansles tours neuvesque lon élevaau commencementdu vie siècle,ainsi que nous ]," oyoiis dansles châteaux Bury deet -le Chambord. Les mâchicoulis devinrent aussi loccasion dunedécoration architeclonique où lon nenavaitplusque fairepour lala défende : à Chambord, les tours et murs des bâtiments sont
  • -<91 - [ CHATEAU ]couronnéspar une corniche qui rappellecette anciennedéfense rlle ;se compose de coquilles posées sur des corbeaux, et formant ainsi unencorbellementdont la silhouette fi pure des mâchicoulis.Rien dita-lien danscestraditions, qui sont à Chambordla décorationprincipal»de tous les extérieurs. Au xvie siècle, le sol français était couvert dune multitude de châ-teaux qui faisaient ladmiration des étrangers; car, à calé des vieille-,demeuresféodalesque leur importance ou leur force avaientfait con-server, à la place de presque tous les châteauxdu secondordre, lesMeneurs avaientélevédes habitationséléganteset dansla construc-tion desquelleson cherchait à conserverlancien aspect pittoresque
  • [ CL1ATEAU J - 1ÎJ2-des demeuresfortifiées. Les guerresde religion, Richelieu et Mazarin.en détruisirent un grand nomlire. Alors la noblessedut sapercevoir,un peulard,quenrasant elle-même forteresses lesremplacer ses pourpar desdemeures ouvertes, avait donnéuneforce nouvelleaux ellefin.diissements de la royauté, (/est surtout pendant les luttes de la tindu xi" siècle et du commencement du xvn* que les suprêmes etloilsde la noblesse féodale se font sentir. Agrippa dAubigné nous paraitêtre le dernier rejeton de cette race puissante; cest un héros duxncsièclequi surgit tout dune pièce, dans des temps déjà bien éloi-gnés, lesmSurs, de cette grandeépoque. dernier peut-êtreil par Leosa se renfermer dans le> forteressesde Maillezayet du Dognon, lesgarder contre les arméesdu roi, auxquelles il ne les rendit pas; en(initiant la France, lesvendita M. de Rohan. il Aveccet hommeduncaractèreinébranlable,mélangesingulier de fidélité et dindépendance,plus partisan Français, que séteint lespritde résistance la noblesse. de(Juand, de gré ou de force, sous la main de Hichelieu et le régimeabsolu de Louis XIV, la féodalité eut renoncé à lutter désormais avecle pouvoir royal, sesdemeures prirent une forme nouvelle qui ne con--erait plus rien de la forteresseseigneuriale moyenâge. du Cependantle château français, jusquau xvmc siècle, fournit desexemples remarquableset très-supérieursatout ce que lon trouve forten ce genre en Angleterre, en Italie et en Allemagne. Les châteaux deTanlay, dAncy-le-Franc, de Verneuil, de Vaux, de Maisons, lancienchâteau de Versailles, les châteaux détruits de Meudon, de Rueil, deRichelieu, de Brèves en Nivernais, de Pont en Champagne, de Bléran-court en Picardie, de Coulommiers en Brie, offrent de vastes sujetsdétudespour larchitecte,(in y trouve la grandeurdu commencementdu XVIIe siècle,grandeur solide, sansfaux ornements,des dispositionslarges et bien entendues, une richesse réelle. Dans ces demeures, ilnest plus Irace de tour--, de créneaux, de passages détournés : ce sont devastespalaisouverts,entourésde magnifiques jardins, faciles daccès.Ln souverain peut seul aujourdhui remplir de pareilles demeures,aussi éloignées de nos habitudes journalières et de nos fortunes deparvenusque le sont les châteauxfortifiés du moyen âge. La révolutionde 17!»:2 anéantità tout jamaisle château,et ce quelon bâtit en cegenreaujourdhui, France, présente depâles en ne quecopiesdun art perdu,parce quil nestplus en rapport avecnos mSurs.ln paysqui a supprimélaristocratie tout ce quelle entrainede etprivilèges avec elle, ne peut sérieusement bâtir des châteaux. Carquest-cequun château, avec la divisionde la propriété,sinon uncaprice jour; unedemeure dun dispendieuse périt avec pro- qui sonpriétaire, ne laisseaucunsouvenir, et est destinéeà servir de carrièrepour quelques maisons de paysans ou des usines ? Nos vieilleséglises moyen toutes du âge, dépouillées quelles sont,restentencorevivantes; culte catholique sestpasmodifié; et sil le neest survenu, depuis le xmesiècle,quelqueschangements dansla litur-
  • - 193 - [ CIIATELET ] , ces changementsnont pas une assezgrande importance pouravoir éloigné de nous les édifices sacrés.Mais les châteauxféodauxappartiennent à des temps et à des mSurs si différents des nôtres,quil nous faut, pour les comprendre,nous reporter par la penséeàcette époque héroïque de notre histoire. Si leur étude na pour nousaujourdhui aucun but pratique, elle laisse dans lesprit une trace pro- fondément gravée. Cette étude nest pas sans fruits : sérieusementfaite, elle ettace de la mémoire les erreurs quon sest plu à propager sur la féodalité ; elle met à nu des mSurs empreintes dune énergie-sauvage,dune indépendance absolue, auxquelles il est bon parfois de revenir, ne fût-ce que pour connaître les origines fies forces, encore vivantes heureusement, de notre pays. La féodalité était un rude ber-ceau; mais la nation qui y passason enfanceet put résister à ce durapprentissage de lavie politique, sanspérir, devait acquérir une vigueurqui lui a permis de sortir des plus grandspérils sansêtre épuisée.Res-pectons ces ruines, si longtemps maudites, maintenant quelles sontsilencieuseset rongéespar le temps et les révolution- " regardons-les,non comme des restes de loppression et de la barbarie, mais biencomme nous regardons la maison, désormais vide, où nous avons ap-pris, sous un recteur dur et fantasque,à connaîtrela vie et à devenirdes hommes. La féodalité est morte; elle est morte vieillie, détestée;oublions ses fautes, pour ne nous souvenir que des services quelle arendus à la nation entière en lhabituant aux armes, en la plaçant dan-cette alternative, ou de périr misérablement, ou de M-constituer, dese réunir autour du pouvoir royal; en conservant au milieu delle el enperpétuant certaines lois dhonneur chevaleresqueque nous somme-heureux de posséderencore aujourdhui et de retrouver dans de-jours difficiles. Ne permettons pas que des mains cupides sacharnent a détruire les derniers vestiges de ses demeures, maintenant quelles ont cessé dêtre redoutables, car il ne convient pas à une nation de méconnaître son passé, encore moins de le maudire. CHATELET, m. On donnait ce nom, pendant le moyen âge, à de s.petits châteaux établis ù la tête dun pont, au passagedun gué, a che;dsurune route, endehorsduneville ou àlentrée dun défilé.Ondésignaitaussi par le mot châtelet, ouvragesde bois et de terre que les as-ie- desgeants élevaient de distance en distance entre les lignes d,. contrevalla-tion et de circonvallation, pour appuyer les postes dt-siinés à garderces lignes. Dès le ixesiècle, la Cité, àParis, était entouréede murailles flanquéesde tours irrégulières,le tout de bois. Deux ponts donnaientaccèsdansla Cité,lun aunord, àla placedu Pont-au-Ghange actuel, lautre au midi,à la placedu Petit-Pont. Lestêtesde cesdeux ponts étaientdéjà, et pro-bablementavantcette époque,défendues des chàtelels : lun, celui pardu nord, sappelaitle grandChâtelet; lautre, celui du sud, le petit Chà- iii. - 13
  • [ CIIATELET ] - l<llitelet.Le grandChâtelet formait uneforteresse peuprèscarrée, à avec, ,,ni au milieu et portesdétournées. Deuxtours flanquaient leu lesangles lefaubourg. petit vers Le Ghâtelet nétait, réalité, en quune porteavec l,^i- an-<|r-siiset deux tours flanquantes. ouvrages, Ces détruitsàplusieurs reprises des lors incursions normandes, reconstruits furentsous Philippe-Auguste,sous Louis, réparés Charles puis saint et sous V.IN mit ton- deux été démolis depuis la Révolution. L.--rhàleli-ts prenaient quelquefois limportance véritable dun châ-leauavecseslicesextérieures, logis,ses ses enceintes flanquées son etdonjon. était châtelet faisait depont Pont-de-1Arche Tri le qui télé au ~vv ^s. I FAX Yx ^^m -1 . /surlaS. el dont "in.-, nous donnons uncroquistig.lj daprès gra- ici uneMIIV.K.Mt-ria/i. scrqui distingue chàtelet château, moins Mai. le du cest son étendue safonction. châtelet que Le défend passage. un Guillaume de" Nangis rapporte H 79 templiers quen les construisirent, gué Jacob, au deun châtelet dont lesTurc»semparèrent quils détruisirent1. et Ladénomination <.-li<îtelet pointarbitraire: ainsile maréchal de nest deKoucicautfait éleverplusieurs forts dansla ville de Gènes, commen- aucement xve du siècle lun,celuidu port.e>|appelé Darse «lautre : la ; «Intr.insnwrini» ,,ar(ihii> inilil,-, T-.,i|.|i. régis ope Jérusalem) ipum etliri,i. coadunati.fin luco flidturVailuin qui J.M-,,|, castrura li-iinuni niuui^niiilquojcùm |,.i ; iilLimunliu( t:ir.ii«ciit. T.-ini.l.irinj Tuivi solitione caslrum capiunt, cxi-u-nmit, terr.im ,"! ;! dejiciunt. .(Chien, de Gui/1,de Xsngh.)
  • - 193 - [ CIJKMIN ROSDE DE ]<(chastel,feit édifier en la plus forte plare de la ville, et est appelle« Chastellet, tant est fort que à peu de deffencese tiendroit contre qui« tout le inonde.Si est laict par (elle manièreque ceulx diceluy ehustel« peuventaller et venir, maugrétous leurs ennemis,en lautre chastel" qui sied sur le port que on dicl la Darse1. » Ce qui parait distinguer particulièrement le châtelet du château,cest que le premier est une construction uniquement destinée à ladéfense ou à la garde dun poste, dun défilé, dun pont nu mêmedune ville, ne possédant pas,comme le château,des bâtimentsdha-bitation et de plaisance; le chàtelet nest pas une résidenceseigneu- riale, cest un fort habite par un capitaine et des hommes darmes. Cest donc sa destination secondaire, et non son importance comme étendue et force, qui en fait un diminutif du château. Quelquefois le chàtelet nétait qu une seule grosse tour carrée k-cheval sur un passage, ou même un ouvrage palissade, avec quelques Manquements oy. HASTILLE, P CHEMINni; RONHK, m. <all.e murs}. Cétait la saillie du rempart s. dusderrière lésinerions, nécessaire à la défense et à la circulation. Lesnierions étant posés sur le parement extérieur de.smurailles, et ayantune epaisseurqui variait de Om,38 0",oH(1 à 21 pouces , il restait en àdedans du rempart un couronnement de maçonnerie que lon recou-vrait de dalles et qui tonnait le chemin de ronde. Naturellement. les che-mins de ronde étaient plus ou moins larges en raison de lépaisseur durempart. Lorsque le mur navait quune épaisseur médiocre, le dallagedu cheminde rondedébordaitàlintérieur, afin de suppléera la maçon-nerieet de permettreà deuxhommes,au moins, de passerde front. Pendant la période carlovingienne, les chemins de ronde des rem-parts étaient mis en communicationdirecte avec le terre-plein inté-rieur au moyendemmarchements assezrapprochés. Plus lard, aparlirdu xir siècle, on ne pouvait généralement circuler sur les chemins derondequen passant les tours et les escaliers desservaient par qui leursétages. Les habitants dune ville nen avaient pas ainsi la libre jouis-sance,et ils étaientuniquementréservésà la garnison.Dèsune époquefort ancienne, en temps de guerre, les chemins de ronde étaientélargis au moyen de galeriesde bois couvertes,poséesen encorbelle-ment en dehors des nierions, galeries désignées sous les noms dehourdsdansle Nord, de corseros^cn Languedoc.>u xi° siècle, les che-mins de ronde furent munis de mâchicoulisde pierre, couverts oudécouverts.Plus tard encore,après lemploi de lartillerie à feu dansla défensedes places,descheminsde ronde en bois furent quelque-fois posés par-dessusles parapelspercés dembrasures destinée-, Lf Liii-p ils* /in<l.iln tmire.icliiil llovcicuut, cli.ip ix Cntl.îles Mém.pour servir îleà lktst. deFrance/.
  • [ CHEMINÉE ] - 196 -à recevoir des bouchesà feu. (Voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, CHATEAU,COURTINE, EMBRASURE, CRÉNEAU, ENCEINTE, HOURD, MACHICOULIS.) CHEMINÉE, f. (queminée}. s. Foyer disposé dans une salle, avec untuyau de conduite pour la fumée. Il ne paraît pas quil y ait eu descheminéesdans les intérieurs des palais ou de> maisonsde lépoqueromaine.Pendantles premiers siècles du moyen âge,on chauffait lesinteneurs des appartements,soit au moyen de réchaudsremplis debraise que lon roulait dune pièce dans lautre, comme cela se pra-tique encore en Italie el en Espagne, soit par de* hypocaustes,cest-à-dire au moyen de foyers inférieurs qui répandaientla chaleur par de»("(induits,sous le pavage des appartements et dans lépaisseurdesmurs,ainsi que le font noscalorifères modernes.Dansles abbayespri-mitives,cemode de chauffage était usité, ainsi que le démontrele plan-dé labbayede Saint-Gall,qui date de lannée x^o environ (voy. ARCI.KTECTUHE MONASTIQUE, 1). Les cuisines primitives des abbayes et fig.châteaux navaient pas, à proprement parler, de cheminées,maisnétaient elles-mêmesquune immensecheminéemunie dun ou plu-sieurstuyaux pour la sortie de la fumée(voy. CUISINK ). Nous ne voyonsguère apparaîtreles cheminéesou foyers disposesdansles intérieursquau xuesiècle, et à dater de cette époque les exemples abondent-La cheminée primitive se compose dune nicheprise aux dépensdelépaisseur mur, arrêtée de chaque du côté par deux pieds-droits,et surmontée dun manteau et dune hotte, sous laquelle sengouffrela fumée.Les plus anciennescheminéessont souventtracéessur plancirculaire, le foyer formant un segment cercle et le manteaulautre desegment. Telle est la belle cheminée scvilpUv que lon voit encore au-jourdhui dans le bâtiment de la maîtrise dépendantde la cathédraledu Puy en Velay, et qui date du xnesiècle. Nous en donnons le plan li-. 11et lélévation perspective(fig. 2). La hotte de cette cheminée,affecte la forme conique, et aboutit à un tuyau cylindrique dont ledemi-diamètreest en saillie sur le nu du mur extérieur. Ce tuyau dé-passede beaucouple pignon du bâtiment; mais nous arriverons touta lheure à cette partie essentielle la cheminée. voit encore,dans de Onla cuisine de lancien collège de Vex.elay belle cheminée sculptée, unemais sur plan barlong, qui remonte égalementau xnesiècle. 1 Cette cheminée est gravée dans le septième cahier du Bulletin du Comité de lhistet des arts en France, 1853, sur un dessin de M. E. Ame.
  • 197 [ CHEMINÉE ] Lescheminées xn*sièclene prennent dedimensions du pas aussiétendues largeur celles en que élevées sit-cleplustard. Aussile unmanteauest-il,à cette époque, formédune plate-bande seul dun - o7/ w " m r-C y ;-; < r N <L ^ ,/ ; *,( MI r, ^ É> £&&Vt- 1 .. ~^^," -^B-^ i^ Vl^x- Nmorceau ou de deux morceaux, comme celui de la cheminée du Puv.Cependantnous voyons déjà, à la fin du xne siècle,larc adopté pourle manteau. existe Il dans château Vauce, dÉbreuil le de près (Allier),une belle cheminéeainsi construite, sur plan barlong (fig. 3ï ; sonmanteause composede deux sommiersengagés dans le mur, portant >"ousdevons le dessin de cette cheminéeà lobligeance île M. Millet, architecte.
  • [ CHEMISÉE ] - 198 -sur les deux pieds-droits, et dune clef; il na que 0",:20dépaisseurenviron. Le ronlre-cn-nr1 est maçonné en tuileaux, afin de mieuxrésister ii laction du feu. Plus tard une plaque de fonte de fVr, posée ^_ ;:"__ l_ 1 ftcfifdelmiil devant le contre-rieur, vient encore protéger la maçonneriecontre lardeur du foyer, et des carreaux de brique tapissent làtre. Rarement, au xnesiècle, posait-on les cheminées adosséesà des mursde refend; on les logeait de préférence sur les murs de face, entre deux Cestle nom que lon donne au fond de la chemin. ""
  • - 1!)!) - [ CHEMINÉE ]croisées.Si les murs de la maison nétaient pas très-épais,le contre-cSur formait saillie à lextérieur, porté en encorbellement,ainsi quonen voit quelques exemples dansdes maisons lu ville de Cluny,ou de ?portait sur la saillie formée par la porte dentrée du rez-de-chaussée.Cette dernière disposition existe encoredans une maison normandedu xiie siècle, de la ville de Lincoln en Angleterre, dite maisondu Juif.Elle présente trop dintérêt pour que nous ne la donnions pas ici(fiy. 4). La cheminéechauffela salle principale au premier étage,et le
  • [ CHEMINÉE J - 200 -contre-cSur .linéiquele tuyauqui le surmonte A portent entièrementsurunarcposé deux sur corbeaux formant abri au-dessus la un deporte dentréesurla rue. B Toutensechauffant, voulait cequi on voirsepa--ail larue,et, non dan- contents placer cheminées de les entreles fenêtresde la façadedes maisons,lesbourgeoisperçaient quelque-foisunepelilefenêtre le fond même lacheminée, côté, dans de dunde manière pouvoir tenir sousle manteau ayant sur lexté- a se eu vuerieur. Le- nianle;iude- cheminées, lorsquecelles-ci prennent de pluslargeur, souvent boisdans habitations sont de les privées, il était cardifficiledeseprocurer plates-bandes longues assez des assex et résis-tantes pourformer manteaux seulmorceau, leur appareil ces dun etprésentait difficultés.existe lunedesmaisons villede des 11 dans det;iun>.ruedAvril, n i;j, une grande cheminée logée le mur de surlace, avec contre-cSur en encorbellement, dont le manteau est com-pn-,1 dunepiècecourbe charpente. chaque dela cheminée de De côtésouvrenldeuxfenêtresbasses, avectablettes de pierre au-dessuspourrecevoir des flambeauxle soir. Ce conlre-cieur est de brique à 1inté-rieur,depierrea lextérieur; botteestdemoellons. manteau la Le deboiseslportesur deuxfortesconsoles pierre sans de pieds-droits. Non- doimon- itig. :»i le plan de cette cheminéeet fig. Ci son élé-vationperspective. lintérieur,la hotteest ovale, aboutit, séle- A et envant, à un tuyau circulaire. Souvent des poignées de fer sont attachéessousle manteau, afin de permettre à une personne debout de se chaufferles piedslun aprèslautre, sans fatigue. Parfois aussides bancs sontdisposéssur làtre, des deux côtésdes pieds-droits, afin quon puissese chauffer en se tenant sous le manteau, lorsque le feu est réduit àquelques lisons. Dans ces grandes cheminées,on jetait des troncsdarbres de deux à trois mètres de long, et Ton obtenait ainsi desloyers de chaleur dune telle intensité, quils permettaient de chaufferde vastes salles. Bien que nos pères fussent moins frileux que nous,quils fussenthabituésà vivre au grand air en toute saison,cependantla réunion de la famille au foyer de la salleétait évidemmentpour euxun des plaisirs les plus vifs durant les longues soiréesdhiver. Le châ-
  • - 2U1 - [ CJIEMISÉE "Jtelain, obligé de se renfermer dans son manoir aussitôt le soleil cou-ché, réunissaitautour de son foyer non-seulementles membresde safamille, mais sesserviteurs,seshommes revenaientdeschamps,les quivoyageurs auxquelson donnait lhospitalité; cétait devant la flammeclaire qui pétillait dans làtre que chacunrendait comptede lemploi deson temps pendant le jour, que lon servait le souper partagé entre tous,que lon racontait ces interminables légende* recueillie* aujourdhuiavec tant de soin, el dont les récits diftu* ne saccordent plus guère avecnotre impatience moderne. Une longue chandelle de suif, de résine oude cire, posée sur la tablette qui joignait le manteau de la cheminée,ou tichéedansune pointe de fer, et la brillante flammedu foyer, éclai-raient les personnages ainsi réunis, permettaient aux femmes de filerou de travailler à quelqueouvragedaiguille. Lorsque sonnaitle couvre-feu, chacunallait trouver son lit, et la braise, amoncelée un ser- parviteur au moyen de longuespelles de fer, entretenait la chaleur dansla sallependant une partie de la nuit : car le maître, sa femme, sesenfants, avaient leurs lits encourtinés dans la salle ; souvent les étran-gers et quelquesfamiliers couchaient aussi dans cette salle, sur desbancs garnis de coussins, sur des châlits ou des litières.
  • { CIIKMIXÉE ] - A dater du Km"siècle, les cuisines ne sont plus seulement des salles isolées, vastes officines dans lesquelles on faisait cuire à la fois des bSuN d «lesmoutons entiers; ce sont des salles comprises dans les bâtiments, et munies dune ou plusieurs cheminées. La cuisine du Palais, à Pari>, était à deux étages, possédant une cheminée centrale à lélaye supérieur et quatre à létage inférieur1. Il existeencore,dau>le clialrau de Clisson,prt$deAaules,une de ces"cuisines remonte premières qui aux années xivesiècle, qui secom- du etpose dune énorme cheminée lemanteau, dont formé deux plein de arcscintre, occupela moitiédune sallevoûtée.LabbayeBlanchede Mortain Voyez CnsiNE. Cotte construction postérieure règnede saint Louis, parait est au etappartenir la fin du xiir siècle au commencement Voyez quendit Sauvai, à ou du XIVe. ce7/i^. et nittii]. <lela ville de Paris, t. II, p. -280.
  • _ 203 - [ CIIKMIXKI: ]a conservé belle cheminéede cuisine de granit, dont nous donnons une(fig. 7)une vue perspective.Les armesde labbayesont sculptéessurla clef du manteau,composéde deux énormessommiers et de troisclaveaux avec crossettes. Il ny a pas ici de pieds-droits pour porterle manteau, mais deux consoles très-saillantes. Le contre-cSur estencore garni de sa plaque de fonte el de sa triple crémaillère. Mais,jusquau xivesiècle, les cheminéesdes châteauxet maisonsétaient, sauf de rares exceptions, dune grande simplicité, comme toutce qui tenait à lusage journalier. Le luxe des intérieurs consistait enpeintures,en boiseries et en tentures plus ou moins riches, en raisonde létat de fortune du maître. Cenest guère que pendant le xivsiècleque nous voyons la sculpture, les bas-reliefs envahir les manteauxdes cheminées. A cette époque, les grand salles des châteaux, recon-struitesla plupart sur de plus vastesproportions,, étaientgarniesdeplusieurs cheminées. La grandsalle des chevaliersdu Mont-Saint-Michel en mer contieni deux cheminées; celle du château de Mon-targis en contenaitquatre, deux sur lune des parois longitudinaleset.deux à chacune des extrémilés (voy. SALU;». ci La cheminée de la chambre du roi à lhôtel Saint-Pol, dit Sauva! ,<< avoit pour ornementde grandschevaux pierre ; cellede sachambre de« au Louvre, eu l.flio, étoit chargée de douze grosses bêtes, et de treizec grandsprophètesqui lenoient chacunun rouleau: de plus, terminée.« des armes de France, soutenuepar deux anges, el couverte dune<"couronne. Il se trouve encore une cheminée de cette manière à"<lhôtel de Cluni, rue des Mathurins (cette cheminée nexiste plus),« sans parler de celle de la grand salle qui sy voit embarrassée dune" infinité de pellerins de toutes tailles, qui vont en pèlerinage dans un» bois, le long dune haute montagne. » La grand salle du château de Coucy en contient deux, offrant égale-ment cette pailicularité que les tuyaux de ces cheminées sont diviséspar une languette de pierre, de manière à fournir deux tirages. Un pied-droit divisait la porter du manteau,et formait ainsicommedeuxchemi-néesjumelles. La mêmedisposition était adoptéedansla constructionde la cheminéede la salle des Preusesdépendantde ce château. Ledessinde cette belle cheminée nous est conservé par du Cerceau2,etnousle reproduisonsici (fig. 8). Surle manteau cettecheminée de étaientsculptées en ronde bosse, de dimension colossale, les statues des neufPreuses3, portant chacuneun écusson lequel était gravéun attribul. sur Tout porte à supposerque lon avait reconnu, en construisant des Ilist. et «util/, il, la ville de Paris, t. II, p. 279. - Desplus ejccellena bastimens France. île 3 De ces figures, il ne reste quune tête découverte nVriiiiiniit, dont la coiffure accusela fin du xiv* siècle. Nous ne désespérons de retrouverdautres fragments cette pas demagnifiquecheminée.
  • [ CHEMINÉE ] -" 204 -clirminées dune très-grande largeur, la nécessité de diviser le tuyau«letirage m plusieurs sections,afin dempêcherle vent de sengouffrerdans ces larges trémies, et de faire ainsi rabattre la fumée. En prati-quant plusieurs tuyaux, on donnait plus dactivité au tirage, et la fu-méepouvaitainsi séchapper avecplus de facilité ; cesdivisions avaientencore lavantage de donner de la solidité aux murs dédoublés par lestuyaux en reliant leurs deuxparementsextérieurs et intérieurs. L.i belle cheminée de la grand salle du palais des comtes de Poitiersnous donne un très-remarquable exemple de ce système de tuyauxdivisés surmontant un seul manteau. Cette cheminée, qui date ducommencement du xv* siècle, ainsi que le pignon auquel elle se trouveadossée, occupepresqueentièrementlune desextrémitésde cette salle,dont la construction remonte au xmesiècle; elle na pas moins de 10mde largeur sur 2m,30sousle manteau(septpieds).Le dessus manteau duforme une sortede tribune àlaquelleon arrive par deux escalierspercésaux anglesdu pignon; cesdeux escalierscommuniquenteux-mêmesàdeuxtourellesqui flanquentle* anglesextérieursdelasalle.Lacheminée
  • 205 [est divisée en trois corps; trois tuyaux partent de la hotte et, passantderrière uneclaire-voievitrée, sélèventjusquà lextrémité du pignon.Lensemblede cette décorationproduit un grand effet, et termine iw-blementcettebelle salledont la largeur, dansSuvre, est de lGn,30. Nousdonnons(fig.9) en A le plande la cheminée la grandsallede dePoitiers, au niveau de lâtre, et en B le plan du dessusde la tribunepratiquée sur le manteau,pris au niveau de la claire-voie vitrée. Sonâtre est relevé de dix marches au-dessus du sol de la salle ; la cheminéesetrouve ainsi former le fond du tribunal. La figure 10présenteson élé-vation géométrale. Les deux pieds-droits qui la divisent en trois travéessont terminéspar des chapiteauxrichementsculptéset décorésdécus-sons portés par des anges. Le manteau est orné de la même manière . A lintérieur desmonumentscivils commeà lextérieur, le moyenâge.savaitproduire des effets grandiosesqui laissent bien loin les dispo-sitions mesquinesde nos plus vastesédificesmodernes.Lorsque sié- 1 M. de Mérindol, architecte diocésain de Poitiers, a bien voulu nous fournir les dessinsde cettecheminée, relevés avecune exactitudescrupuleuse.
  • [ CHEMINÉE ] iOGceaient cette sur estrade, leurs dans grands costumes, les comtes dPoitiers de officiers; derrière seigneu- entourés leurs lorsque lacour riale brillaient lestrois feuxallumésdans lestrois âtres,et que des assistants assissur un banc au-dessus manteau la cheminée, du de adossés desverrières, à complétaient tableau, peut sefigurerla ce on noblesse la grandeur et dunepareillemiseen scène, combien elle
  • - 207 - [ CHEMISÉETdevait inspirer de respect aux vassaux cités devant la cour du comte.Certes, pour défendre sa causeen face dun tribunal si noblementassi>et entouré, il fallait avoir trois fois raison. Mais nous avons loc-casion de revenir sur les dispositions des tribunaux seigneuriaux,au mot SALLK, auquel nous renvoyons nos lecteurs. Leschâteaux xueet xvesièclespossèdent des encoreun grandnombre-dé cheminées de petite dimension dans les tours et les appartements-privés. Souvent ces cheminées sont habilement disposéespour chaufferdeux pièces. Lebeuf dit avoir vu, dans le donjon du château de Mont-Ihéry, "" une cheminéeconstruite de manière quelle M-rvoità quatre-""chambres.. Lhôtel de Jacques CSur, à Bourses, renferme dassezbelles cheminéesdu xv" siècle. Lune de celles qui sont conservéesreprésente un couronnement de château avec créneaux, mâchicouliset lucarnes; entre les créneaux sont de petites figures à mi-corps : lesunes tirent de larc ou de larbalète, dautres jouent du cor et de la cor-nemuse : dautres jettent des cailloux, tiennent desétendards, etc. Cette-cheminée porte lm,Gi3 sous le manteau, sur 2m,57de largeur. Mais laplus intéressante, parmi les cheminées de cet hôtel, était celle quireprésentait une joute burlesque, et dont il ne lesté que des frag-ments déposésaux archives de la mairie. Sur le manteau étaient M-ulp1ésdes paysans montés sur des baudets, ayant des bâtons pour lances,do fonds de paniers pour écus, et courant la barrière. Jacques Cuur,qui naimait guère la noblesseféodale de sou temps, avait-il vouluavoir sous les yeux celte caricature dun des délassements les plusordinaires des seigneurs de la cour du roi Charles VII ? ou est-ce laune fantaisiedu sculpteur?Quoi quil en soit, il e>t fort regrettableque ce précieux monument ait été détruit. Dansles habitations des bourgeois du xn" au xvcsiècle, les cheminéessont décorées avec luxe, comme chez les seigneurs, mais dans des pro-portions plus restreintes et en rapport avec la dimension des pièces.La sculpture sur pierre était chère, et, comme de nos jours, le bour-geois voulait souventparaître à peu de frais; aussi beaucoupde che-minéesdhabitationsprivéesétaient de bois apparent ou recouvert dpplâtre sculpté et mouluré. On retrouve encore, dans plusieurs villesde province, quelques exemples de ces cheminées conservées malgréleur fragilité; nous en avons vu plusieurs à Toulouse, dans des maisonsque lon démolissait dernièrement, dans le voisinagede la placedu(apitoie; et il en existe deux fort précieuses,il causede leur parfaiteconservation,dans la petite ville de Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne),autrefois industrieuse et riche, aujourdhui réduite à létat de bour-gade. Ces deux cheminéesdatent du xvesiècle. La plus simple, celleque nous donnons(fig. 11),se composede deux pieds-droits de pierreet dun manteauformédun châssisde bois recouvert de plâtre mou- //iV. du iltijcese de Paris, t. XII, p. 5à.
  • [ CHEMINÉE ] - 208 -luré et sculpté. hotteest hourdée La également plâtre sur planches ende chêne. La figure 1- donne en A le profil et en Blé plande cette construction.Le détail G indique une portion du pan de bois hourdé formant la hotteet le manteau de la cheminée. Les lignes ponctuées sur la coupe Afont comprendre la disposition généralede ce pan de bois. Par unsentiment de pudeur, et comme si lartiste qui exécutait cette che-minée eût craint den imposer, il a eu le soin de simuler sur la hotteun câble vertical et horizontal qui semble destiné ù la relier, commepour indiquer safragilité et son défaut de liaison avec la muraille. Lautre cheminée de Saint-Antonin est construite de la même ma-nière; mais elle est couverte dune profusion dornements sculplés
  • - 209 -dansle plâtreet de moulures. Sur la hotte, deux angestiennent unecussonarmoye. < ni. - li
  • [ CUE.UISÉE ] - 210 - Deuxautresécussons, posés chaque de côtécontrela muraille, sontégalementarnmyeset lenus par des anges.Cesderniersécussonspiirai-sent portersurlechamp instruments métier, doloires-. (les de desTncâble,serreavecun bàluii cl tenupar deuxfigures, semblemaintenirl,i basede la hotte,et une chaîne retient sapartie supérieure. Voiciuii:. .»la vue perspectivede cette cheminée. m ^SS - J^_y "" Lépoquedela renaissance encoreéleverde belles cheminées vit dansles intérieurs de, châteaux; leurs pieds-droits et manteaux furentdécorés de sculptures et de peintures dune richesse et dune élégancei.iies : plusieurs de ces cheminéesexistent dans quelques châteaux,àÉcouen,Fontainebleau, le manoir Ronsard, du bourg à dans de prèsde Coutures plaine), dans la salle de lHôtel de ville de Paris. Le muséedeClunyen possèdeune dun travail précieux qui provient du Mans,ettùutle mondeconnaît la magnifiquecheminéedeBruges.Mais bientôtle>dimensionsénormes donnéesauxcheminéesfurent réduites,etdéjà,pendantle xvir siècle,ellesprenaientdesproportions moinsgrandioses.Le marbreremplaça pierre, qui jusqualors la avaitétéemployée dans
  • 2( [ CHEMINÉE JI,i construction pieds-droits manteaux cheminées,et ces des et desmanteaux sabaissèrent successivement jusquàla hauteurd appui. TUYAUX MITRESCHEMINÉE. conduitsde fuméedescheminées ET DE - Lesdu xnesièclesontordinairement cylindriques lintérieuret terminés àau-dessus pignons des des ou combles formedegrosse en colonne cou-ronnéeparunemitre. Construits dailleursavecgrandsoinau moyendassises pierreévidées, tuyauxaiïcrl.-ritsouvent formemo- de ces unenumentale qui surmonte dune façon gracieuse IH faite des édifices.La cheminéede la niaitrise de la cathédraledu Puy en Velay,dont nousavons donnéun dessin(fig. 1 et 2), est terminée, au-dessus pignon dude la salle laquelle estadossée, un beautuyaucylindrique à elle parformé dassises pierres noires et roussesalternées,avecmitre en deformede lanternecouverte un cône.Nousen donnonsla repré- parsentationgéométrale 14).Très-rarement,cetteépoque (fig. à primitive,lescheminées superposées, sortequelestuyauxsont simples sont deet isolés;mais la cheminée Puy est relativement du petite. Lorsqueles cheminéesavaient dimensions des considérables,lorsquelles de-vaientchauffer grandes de salles contenirun très-vaste et foyer, il fal-
  • [ CHEMINÉE ]lait donner à la fumée un passive en rapport avec cesdimensions.Ilexistait, avant ISi.-;.a labbayede Saint-Lô, une énorme cheminéeduruimueMceirieril du xiue siècle, dont le tuyau était un véritable monu-ment, une tourelle octogonedeOm,90 diamètrehors Suvre. Cetuyau, de 15dont nous donnons lélévation yéométrale(fig. 15), arrivait du carré àla forme prismatique par quatre pendentifs,et se terminait par deuxétapes colonnettes le dernierétait à jour et parunehautepyra- de dontmide. 11existe, sur une maison proche de la cathédrale de Baveux, un Cetuyaude cheminée détruit en 1815, mêmetempsque lesbâtimentsde lab- fut enbaye.Il fut réédifiédansle jardin du presbytère légliseSainte-Croix. de
  • - 213 - [ CHEMINÉE 1tuyau cheminequi,dans dimensions restreintes, de do plus rappellecelui de labbaye Saint-Lô. tuyaux,ainsiquonpeut le voir, ne de CesMiniouverts sur la circonférence cylindreet sont fermes que du entiè-rementau sommet; fuméene pouvaitainsi séchapper par les la quecôtés. Au xine siècle, les tuyaux de cheminée sont soinenl ouverts surles côlé, et ii leur extrémité supérieure. Kn voici ifig. Mo un exemple.tiré de labbayede Fontenay, de Tordre de Citeaux(Côte-dOr).Afindempêcher eaux pluviales tomberdansla cheminée, le, de loriticesupérieur fort étroit. Cestuyauxsont faitsde tambours pierre est decreusés comme celui du Puy en Velay.Souventmêmeles tuyauxdecheminée sont ouverts,dansles constructions xmesiècle,qua ne duleur extrémité, continuentdaffecterla forme cylindriqueou pri,- etrnatique.Les exemples de cessortesde tuyaux sont très-nombreux :il en existe encore dansles bâtiments du PalaisàParis ; nous en con-naissons un, assez remarquable, conservé dans les restes du châteaude Semur en Auxois, avec base moulurée au-dessus de la souche sor-tant du comble (fig. 17). Il faut signaler ici un point important dans la construction de cetaccessoire souches : le, sortant combles des sonttoujours munie,dunfilet rampantde pierre formant chéneausousla tuile ou lardoise en A,et solin B au-dessus,dans les parties latéraleset inférieure, des sou-ches, dempêcher eaux afin les pluviales glissant longdestuyaux le
  • r CHEMINÉE ] - 214 -à lextérieur de sintroduire sousla couverture Cesont là de cespré-cautions de détail qui accusent la prévoyance extrême et le soin desrnii^trurteurs du moyen âge, précautions fort négligées aujourdhui.M.ii-, ju>quau xiYesiècle, même dans les grandes constructions civilesou monastiques, cheminées les sontrarement superposées. plusieurs Sirl;i^resdun même bâtiment en sont pourvus,on évite de les placerau-dessus les unes des autres; elles se chevauchent au contraire ouMint opposées, afin de laisser chaque tuyau isolé. Tandis quà partir<Jo cotteépoque,lusagedes cheminéessétant fort répandu,on voulut "S,non-seulement en avoir dans toutes les pièces importantes, mais en-core les placer les unes au-dessusdes autres : dès lors les tours, lespignons de bâtiments dhabitation reçurent deux, trois, quatre tuyauxde cheminée juxtaposés. Il fallait avoir un tuyau pour chacune de cescheminées et les séparer par des languettes; ces constructions furentexécutées avec un soin minutieux. Au lieu dêtre cylindriques à linté-rieur, les tuyaux donnent, dans ce cas, les sections horizontales deparallélogrammes très-allongés, séparéspar descloisons de Om, à Om,20 10dépaisseur. Ainsi sont pratiqués les tuyaux destrois cheminées super-posées du donjon de Pierrefonds, dont nous donnons ^fig. 18) en P lacoupe transversale, et en A la section horizontale au niveau A. Les lan-guettes B, B sont de pierres bien parementées et dressées.En G, G, G",sont réservésde petits renfoncementscarrés pour recevoir la plaque
  • [ CHEMINÉE j 12de fonte de fer du contre-cSur, destinée à empêcher la chaleur du
  • [ CULMl.Ni.1. J - 21U-loyer de calciner la pierre et de détruire les languettes.Par un sur-croît df précaution, souvent,au-dessus la plaque, la languette est deappareillée plate-bande en arc de décharge, m ou ainsi quon le voiten I). Les manteaux sont également déchargés par des arcs E. En F,nous donnons la (été de ces tuyaux de cheminée, surmontant lextré-mité du pignon du bâtiment; en G, leur plan supérieur, et en H, leurpn>til. voit en I le filet saillantréservé <m danslesassises la souche, deet destine a recouvrir les rampants du comble au-dessus de lardoise.Ce lilet, tenant lieu de solins, se continue sous les marches qui, le longde-,rampantsdu pignon, permettent darriver facilement aux tuyauxpour les réparer, et de placer des défenseursprotégéspar le créne-lage K donnant sur les dehors. Mais, dans les localités exposées auxgrandsvents,les tuyaux de cheminée,terminés brusquement par desouverturessansmitres, ne laissentpaséchapperfacilement la fumée;celle-ri, rabattue par le vent, était comprimée et rentrait à lintérieurdes appartements.Pour éviter cet inconvénient, on garnit souventlesbouchessupérieuresdes tuyaux de couronnes de tôle découpée,qui,divisant le courant dair extérieur, permettaient à la fumée de sortirlibrement. Nous avons vu, sur beaucoup de tètes de cheminée desMY et xve siècles, des traces de scellements qui indiquent la présencede ces couronne-: mais il en existe fort peu qui aient résisté auxintempéries et a 1artion corrosive de la suie. Lancien tuyau de la cheminée de la grand salle du château de Sully-sur-Loire, ayant été mis hors dusage depuis le xvie siècle, par suite dunchangement de distribution intérieure, a conservé sa couronne de ferbatlu, ainsi que le tait voir la ligure lît. Cetuyau donne en section hori-zontale le plan A : 1extrémité du pignon de la salle lui sert de souche. Le château de du Cuesclin, a la Hlelière, près de Dinan, a conservéplusieurscharmantstuyaux de cheminée,octogones, granit, brique deet ardoise, dontnous donnons (tig. 20> deux exemples qui datent dela tin du xnc siècle. Les cornes B décorant les couronnements sontd ardoise épai-se et fichées en rainure dans les assisessupérieuresde granit formant chapiteaux. Les fonds des petites arcatures G sontplaques dardoises qui, à cause de leur teinte sombre, détachent vive-ment cette (ine ornementation et permettent de la distinguer à lahauteur où elle est placée1. I ne desqualitésles plusremarquables larchitecturedu moyen deâge,cestdavoir su tirer parti de tous les accessoires plus vulgaires lesde la construction pour en faire un motif de décoration. Des besoinsnouveaux venaient-ils à se développer, aussitôt les architectes, loinde les dissimuler, cherchaient au contraire à leur donner une formedart, non-seulement dans les constructions élevéesavec luxe, maisaussi dans les habitations les plus humbles. Nous en trouvons la 4 31JVuprich Robert bienvoulu a nous communiquer précieux ces renseignements.
  • - 217 - i cin.MiMit: Jpreuve dans un grand nombre danciennesmaisons de nos vieillesvilles. Avec les moyens les plus simples et les moins dispendieux, cesarchitectesont obtenu des forints éléganteset parfaitement appro-priées aux besoins auxquels il fallait satisfaire. Dans les villes de lEst,il existe encore beaucoup de tuyaux de cheminée dont leslui niées dun échafaudage de tuiles retenues avec du mortier, se dé-coupent sur le ciel de la façon la plus gracieuse. La figure 21 offre trois exemples de ces têtes de cheminée comme onen voit tant i». Strasbourg1. Les boules A qui surmontent les tuiles dosmitres sont de mortier. Encoreaujourdhui, à Strasbourg,on conservela tradition de cette construction des xive et xve siècles. Les architectes des châteaux de lépoque de la renaissance renché-rirent encore sur leurs devanciers dans la constructiondes tuyau de cheminée; ils les décorèrent souvent avec un luxe de moulures etde sculpturespassablementexagéré.Sil est bon de ne pas dissimulerun besoin secondaire den profiter pour orner un édifice, il ne faut et M. Patoueilie, architecte, nous a fourni les de ces mitres .ii.i-lmur^ "m>L>à.
  • [ CHEMISÉE ] - 218-pas cependant accessoire quun prenne dimportance necon- plus quilvient,et perdeainsisonvéritablecaractère. Cettemodération, par- si . "faitementobservée les architectes moyenâge,ne fut pas du par ducoût de ceuxdu xviesiècle, ceux-ciarrivèrentà donneraux tuyaux et
  • _ 219 - [ CHÉNEAU Jde cheminées, au-dessus combles, telle importance, des une quil estsouventdifficilede savoir que contiennent énormes ce ces pilesdepierrecouvertes colonnelt<^. (Voulons, panneaux desculp- de <!<" de ettures. Les chateaux.de Ghamhord, Blois, dÉcouen,et tant dautres, deprésententquantitédécèstuyaux massifscouverts dornements, qui,à distance, détruisent lignes les prinnpali-s combles ressemblant des etaux ruines de quelquemonumentgigantesque. Sousle règne de Louis XIV, on tomba dun excèsdans un pire ; leretour vers ce que lon croyait alors être larchitecture romaine fit sup-primer les combles apparents, et par suite les tuyaux de cheminée.Mais, comme en France on se chauffe six mois de lannée, il fallut, bonpré, mal gré, surmonter aprèscoup les acrotèreset terrassesantiquesdes édificespar dhorribles tuyaux de brique, de plâtre et de tôle. Onesl revenu, ces temps derniers, à des principes plus raisonnes,et 1rsarchitectes ne paraissent pas craindre de montrer franchement à lexté-rieur les tuyaux de nos cheminées. CHÉNEAU, m. (rhi-nal,chenal, s. échtnai).Cestle nom que lon donneà un conduit de pierre, de terre cuite, de bois ou de métal, qui, rece-vant les eaux dun comble,les dirige, par des pentesdouces,vers desissues ménagéesdans la construction des édifices. Les monumentsde lantiquité païenne,dèsune époquefort reculée,possédaient des chéneaux à la chute des pentes des combles. Lestemples de la grande Grèce, ceux dAthènes, avaient des chéneaux deterre cuite, de pierre ou de inarbre, avec gargouilles percéesde dis-
  • [ CHÊNE ] AU - 220 -tance en distance. On retrouve également les chéneaux dans les mo-numentsromains; cependant disparaissent, ils pendantla périoderomane, en France: le^ toits laissentles eaux ségoutter directementMII-le sol. Noi;> ne voyons guère le chèneaiiapparaître,dansle nord /de la France,que vers le milieu du xnc siècle. Ils sont, dè^ la fin dece siècle, très-caractérisés dans les édifices normands. Ces chéneaux(i^. 1»sont généralementtrès-profonds; portés sur des arcs en sailliesur le nu des murs, dont les sommierspartent de la tête des contre-
  • - 221 - [ ciuiXKAU]forts; ces arcs sont couronnés du côté du dehors par un acrotère entalus composé plusieursassises, quelindiquele profil A. i>n de ainsine peut explique!1 hauteurextraordinaire ce reversde cheiieau l;i dequecomme gardedestinée empêcher tuiles ou ardoises une a les quise détachent de la couverture de (millier sur la voie publique, et à con-tenir la neige qui plissait le long des rampants des combles. Xmi-trouvons des rheneaiix analogues à ceux-ci au-dessusdu triforium durlneur delégliseSaint-Etienne deCaen, qui sont dunedateun peu etmoinsancienne.Leschapellesahsidales léglise lianle de Chainigny deprès Poitiers, qui datent de la première moitié du xiï siècle,possèdentégalement des acroleres formant chéneaii au-dessusde la corniche. Desgargouilles peu saillantes,on de simplesirons percesde distanceendistance, jetaient les eaux pluviales ii lextérieur. Dans lIle-de-France,la Champagne la Bourgogne, les chéueaux napparaissentquau etXIII" siècle. Mais |a disposition (les premiers chéneaUXde celle époqueeige quelques développements. liien que les murs des edilices romans dissent lorl épais, les char-pentes des combles présentaient des pentes inclinées suivant un angleplutôt au-dessous quau-dessus de ri degrés; les pieds de ces char-pentesexigeaient alors une largeasMelle vo. ( JIAIIII;.TI:), les bonis etdes chevrons, ainsi que la volige et la tuile, arrivaient au bord descorniches, dailleurs peu saillantes; il ne restait pas de place pourétablir des chéneaiix à la chute des combles, et les eaux tombaientdirectement sur le sol ou sur les combles inférieurs, (lu reconnut lesinconvénients de ce système primitif : les eaux, en ségoiitfant ainsile long des parements, les altéraient, entretenaient lhumidité a la basedes murs et pourrissaient les fondations; si une tuile venait à glisser,elle tombait sur la tète des passants ou sur un comble inférieur: dansce dernier cas, elle brisait un grand nombre de tuiles et faisait un troudans cette toiture. Si lon était dans la nécessitéde reparer les cou-vertures, les couvreurs, ne pouvant appuyer le pied de leurs échellesnulle part, risquaient de glisser avec elles, ou tout au moins faisaientdes dégâts considérables en posant ces échelles sur la couverturemême. Cependant, suite du nouveausystèmede construction mis paren pratique par les architectes gothiques, ceux-ci étaient amenés à di-minuer de plus en plus les épaisseurs murs et même à les suppri- desmer entièrement. Cestalors quils prirent le parti de rendre les ché-neaux, pourainsidire, indépendants la construction, lesportant de enen saillie sur descorniches ou sur des arcs, ou bien de laire porter lescharpentes sur les formerets des voûtes bandés à une certaine distancedes murs a lintérieur, et de poser les chéneaux sur lintervalle restantentre cesformeretset le mur extérieur, réduit alors à une faible épais- 1 Lexemplei|ui- nnn« donnonsici est tiré des chapelles.il.-iil.il>-.>l- l,ide Rouen (fin du xii
  • [ CI1LNKAI ] - 222 -seur. Cedernier système fut appliqué en Bourgogne et en Champagne.Dans lIle-de-France, on donna une saillie assez forte aux cornichespour pouvoir faire courir des chéneauxà la basedes combles. Nousobservons,dans la partie haute du chSur de Notre-Damede Paris, latransition entre le systèmedes égoutsromans et le systèmedes ché-neaux posés sur corniches saillantes à la basedes combles sous lebahut. Danslorigine, cest-à-diredu tempsde Mauricede Sully (1160a 11HO environ!, il nexistait pas de chéneauxà la base du grandcomble. Le couronnement recevant la charpente consistait en unecorniche peu saillante, composéede quatre rangs de damiers surlesquels etail posé un profil formant boudin supérieur. Yers 1220,probablement après-lincendiedont nous venons de parler, lorsquàParis déjàlarchitecturegothiqueavaitpris sondéveloppement complet,on nenleva, de la corniche de Maurice de Sully, que le boudin supé-rieur, et, laissant subsister les assisesde damiers, on posa par-dessusune corniche composéedune assisede feuilles à crochets et dun lar-mier; le tout présentant une forte saillie. Ce larmier fut creusé en formede cheneau, dont les pentes répartiraient les eaux pluviales dans degro>se> gargouilles posées au-dessus de chacun des arcs-boutants.Muant a la nouvelle charpente, elle vint sasseoir sur un bahut élevé delm,30 au-dessus de ce cheneau, et une balustrade de pierre fut fixéesur le rampant du larmier (voy. BAHUT, fig. 1). Vers la même époque,dans la cathédrale de Chartres et sur la façade de Notre-Dame de Paris,on posait aussi des larmiers formant chéneaux, mais sansgargouilles ;les eaux sécoulaient simplement par des trous ménagés sous lesbalustrades de disi.mee en distance, ainsi que lindique la figure 22.C.ette déposition explique pourquoi, sur la façade de Notre-Dame deParis, les larmiers des divers étages portant chéneaux ont une aussiforte saillie : cest quils étaient destinés à renvoyer loin des pare-ments les eaux des chéneaux, comme une mouchettc continue. A Notre-Dame de Chartres. |o balustrades nayant pas de traverse inférieure,mais nétant composées que de colonnettes isolées posées à cul surlextrémité de la corniche, les eaux du cheneau sécoulent entre ce&colonnettes sur la pente du larmier. Ces moyens toutefois ne faisaient([lie diminuer les inconvénients résultant des égouts des combles, sans 1 O comble était moins ai^u que celui actuel, qui date du commencement xnr siècle, dui-t nui fut p.fuit après un incendie dont lhistoire ne parle pas, mais dont les traces sontvisibles sur le monument même. Le chSur de Notre-Dame de Paris était complètement"1,V, sauf la toiture, en 1177,ainsi que le constate la chronique de Robert, abbédu Mont-Saint-Michel, et dont M. Alfred Ramé a bien voulu nous envoyer le curieux extrait sui-vmt " « Ad ann. 1177. Mauricius episcopus.Parisiensisjam diù est; quod [qui] multurrr» laborat et proficit in ipdifie.itione ecclesiS prSdictoe civitatis, cnjus caput jam perfeclum« est, excepta mnjori teclorio. Quodopus si perfeetum fuerit, non erit opus citra montesii cui apte deb.atcomparari. » 1 Cet exemple est tiré de la façadeoccidentale de la cathédrale de Paris.
  • - 223 - [ CI1ÉSEAU ]quon les pût éviter, puisque eaux les pluviale-, continuaient àségoutterdanstoutela longueur cornichesils rendaient le service des ; déjà descouvreurs facile et arrêtaientles tuiles ou ardoises glissaient plus quisur la pente combles1. nestquede 1225 1240 desgar- des Ce à quegouillessaillantes furentadaptées chéneaux distribuerlécou- aux pourlementdes eaux pluvialesdune manièrerégulière et sur certain:^points des édifices. Dans les églises à bas côté, les eaux des chéneaux,vers cette époque, furent conduites sur les chaperons des arcs-bou-tants, puis rejetées au dehorspar des gargouilles de pierre poséesàlextrémité des pentesde ces arcs-boutants.Les eaux de pluie, tom-bant sur les comblessupérieurs,arrivaient ainsi, par le plus court che-min, sur le sol extérieur. Mais les arcs-boutants,- destinés à contre-buter la pousséedesvoûtes,natteignaient pas le niveau des cornichessupérieures. On essayadabord de jeter les eaux des chéneaux desgrandscombles, à gueule bée, par des gargouilles, sur les chéneaux 1 II faut observerque déjà, au commencementdu m siècle, les comble; des cathé-dralesde Pariset de Chartres étantcouverts plomb,les chéneaux de navaient pas,ici dumoins, à arrêter la chute des ardoises ou tuiles.
  • F CUÉXEAU ] - -2-21formant le chaperondes arcs-boutants;et, quoique la distanceentreceschaperons lesBarbouilles et supérieures fût pasconsidérable, necependant vent renvoyaitles eauxà droite ou à Candie chape- le de»rons, un rlablil donc bientôt des coffres de pierre évidés mettant leschéneauxsupérieursen communication avec les chaperons souvent :même ces coffres de pierre furent doublés de tuyaux de plomb voy. CoNitrm; . Puis, plus tard, vers la fin du xmc siècle, on renoue,iaux coffres de pierre, qui étaient sujets à sengorger et à causerdestiltralioiis dans les murs, et lon établit sur les arcs-boutants des aque-ducs de pierre destinés à porterie chéneau rampani o. AIIC-UOUTANT,CoNsTHiCTioN chéneauxrampantspratiqué* sur le chaperon des . Lesarcs-boutanls, arrivé» aux pinacle» surmontant lextrémité des contre-forts. pa»saient,dans lorigine, à travers cespinacles, pour être dé-ei»e» par la gargouille. Un ne fut pas longtemps sans sapercevoirque cescanauxtraversant la maçonneriene pouvaient jamaissécher,quil» sengorgeaient, causaient des tiltrations dans la massedes etconstructions des contre-forts; on prit le parti, vers le milieu duxive siècle, de détourner les chéneaux au droit des pinacles, et dame-ner ainsi à ciel ouvert les eaux jusquaux gargouilles dextrémité.uiielquefois même,dansles provincesdu Nord, en Picardie et en Nor-mandie, ces chéneaux aboutirent à des conduites de plomb habilementménagées dansla construction voy. CONDUITE). Leschéneaux pierrepratiqués la base combles, dé à des pendant lesxmc et xne siècles,sont généralementcreusésà fond de cuve, cest-à-diredonnanten coupe profil ci-dessus 3 ; lesjoints sont faits le tig.avecsoin,ayantuneentaille A danslaquelleon coulait quelquefoisdu plombou un ciment très-durcomposé grès et de litharge. de piléCes chéneaux portent o-Mttà(V.iHde largeurun pied,un piedet dedemi: il» »onltaillés dans pierres plusdures lon pouvait les les quese procurer, et il nous a paru que leur concavité,destinée à recevoirleseaux, soigneu»ement poliemême, souvent taillée, était imprégnéedunematière grasse peut-êtredhuilede lin et de litharge Nous .avonsvu mêmequelques-unsde ceschéneaux étaient enduitsdun qui
  • ciment mince très-dur et adhérent à la pierre. Pour faire tenir ceciment,les tailleurs de pierre pratiquaienten traversdu chenaldepetites rainures, particulièrementdes deux côtésdes joints, ainsi queJefait voir la figure i1, ou creusaient sur.le joint même une rainurequi permettait dy couler du ciment (fig. 5). Les chéneaux grandsédificesdu moyenacre, me au xvesiècle, des duprésententpeu de variétés; le systèmeadmis persistesansdifférencesnotables. nenest pas de mêmedeschéneaux habitations Il des pri- 5vées; ceux-cisont très-variéscomme disposition et comme forme. Ilsnapparaissentquau xmesiècle; ^usqualorsles eaux pluviales tom-baient directement des égouts des toits dans la rue*. Deux raisonscontribuèrent à faire établir des chéneaux à la base des combles, Ifbesoin de réunir les eaux pluviales dans des citernes (beaucoupdevilles étant bâties sur des lieux élevésdépourvus deau),et lincommo-dité que causaitla pluie ségouttantdescomblessur la voie publique.Mais, comme la grande majorité des habitations urbaines était dune 1 Cétait ain.si quétaient primitivement établis les chéneaux de l.i >ainle Chapelleà Paris. 5 II ny a pas plus de quaranteans quà. Paris encore les toits de la plupart des maisonsétaient dépourvus chéneaux. de Pendantles pluiesdorale, lr* eaux pluvialesformaientcomme une nappe deau devant les farades, et rendaient la cirailatiou impossible, mêmeavec des parapluies. JU. - 13
  • f CIII:M:AL, onstruction simple, nepouvait ...-U-p-nse chëneau fort on faire dun -otironnement depierre lachute combles. constructeurs à des Lesil.-maisons contentèrent se dincruster corbeaux pierreausom- des demetdesmurs face, surces de et corbeaux posèrent pièce ils une debuisévidée inclinée et formant gargouille lun desbouts. figure à Laexpliquera disposition Ces celte naïve. chéneaux sappliquent a desmaisons leségouts toitssontsur lu rue; maissi lespignons dont desdonnaient la voie publique, sur aiiiMquecelafut pratiqué géné-ralementa dater du XIVe siècle,les ehéneaux étaient disposés per-IM-ndiculairemeiit A cette à la rue. époque, rarement maisons lesavaient-ellesdes murs mitoyens; chaquemaison possédaitsesquatremurs en propre, et il existait entre elles une petite ruelle très-étroiteivoy. MAISON). Chaquehabitation avait donc seschéneauxparticuliers,qui, le plus souvent,étaientformésdun tronc darbre creusé,dépassantle pignon et formant gargouille, ainsi que lindique la figure 7. Ge>chéneauxde bois étaient quelquefois moulurés, sculptés même, etpeints de diverses couleurs, lart intervenant toujours dans lensemblecomme dans les détails des constructionsles plus vulgaires. Cesdis-positionsde chéneaux appliquésauxhabitationsnétaientpasles seules.Dansles pays riches en matériaux calcaires,comme la Bourgogne,laHaute-Marne lOise,on employales chéneaux pierre de préférence- et dea i eux de bois, et ceschéneauxde pierre sont posésde façon à évitertoute fuite par les joints le long des parements: dabord ils sont tou-jours posés en sailli»»,afin que le comble vienne couvrir la tète de>murs et la préserverde toute humidité; puis des corbeaux incrusté>daiiN le mur, sous chaque point du chëneau, sont creusés en forme degargouille; si donc cesjoints venaient à souvrir ou à perdre le cimentqui les soudait, leautombait danslagargouille-corbeauétait rejetée eton dehorsloin desparements. figure8 nousdispensera plu* La delongues explications à ce sujet. l-Aiii]|ilc. desmaisons Flavigny tiré «le (Côtc-dOr).
  • __ 227 - C CHÉNEAD ] OnvoitàChaumont (Haute-Marne) demaisons les beaucoup dontchéneaux ainsidisposés, cet usage persisté sont et a jusquànosjours. itt -T^ i J-1Larchitedure nest véritablement un art .que lorsquelle sait ainsi
  • [ CHRUR |vaincre les difficultés, prévoir et conserver, par dos moyenssimples,vrais, dune exécutionfacile, dansla plus humble maison comme dansle palais;maislorsque,au contraire,il lui faut recourirà (lesmoyensfactices demandent concours qui le dindustriesIrès-développées, uneuiain-d"iruvreextraordinaire et beaucoupde dépense,elle peut réussirlà où toutes ces ressources sont sous sa main, mais elle abandonne àla barbarie les localités éloignées des grands rentres industriels. Cestce qui est arrivé ; aujourdhui, hormis les grandesvilles où les écoule-ments deaux pluviales sont, dans les habitations privées, disposésavec assezdadresse,partout lincurie, lignorance, le défaut de soinlaissent voir combien ces constructeurs anciens étaient plus habiles,plus savants,plus scrupuleuxque les bâtisseursde notre temps, sansentraîner pour cela leurs clients dansdes dépenses inutiles. CHEVET, m. Nom que lon donne à la partie extrême de labside s.deséglises.Voy.AKSIUE, CATUÉDRALE, ÉGLISE.] CHIFFrtE, m. Ondésignepar ce mot les initiales des noms propres s.sculptéesou peintes sur les monuments. 11ne parait pas quon aitadmisles chiffresdepersonnagesvivantsdansla décorationdesédificesavant le v siècle; mais, à partir de la fin de ce siècle, les chiffres serencontrent fréquemment sculptés dans les frises, sur les parements,dans les balustrades, ou peints dans les vitraux et sur les mûrs inté-rieurs des églises, chapelle-, palais et maisons. La balustrade dupignon occidental de la sainte Chapelle de Paris, refaite par Charles VII,est composée de fleurs de lis dans des qualre-lobes, au milieu des-quelles sélève un K iKarolus couronné, soutenu par deux anges. Labalustradede loratoire de celle mêmechapelle,bâti par Louis XI, estde même ornée, au milieu, dune L couronnée se détachant sur unajour fleurdelisé. Lancien hôtel de la cour des comptes à Paris, bâtipar Louis XII, était couvert de chiffres, L couronnées, de porcs-épics,de dauphins, d hermines et de fleurs de lis. Les F couronnées se ren-contrent dansles constructionsentreprisespar FrançoisIer; on peuten voir un grand nombre ii Blois et à Chambord. Cetusagesest con-servé depuis cette époque : les chiffres enlacés de Henri II et de Cathe-rine de Médiciscouvrent les frises et panneauxdu Louvre, ainsi queceux de Henri IV et même de Louis XIV. CHOEiR, m. Partie de léglise où se tiennent les chanoines,reli- s.gieuxou clercs,pour chanter. Lintérieurdeséglises diviseen cinq separties distinctes : le narthex, vestibule ou porche, la nef, les trans-septs, chSuret le sanctuaire. leséglises le Dans monastiques françaises,le chSur desreligieux descendait ordinairement jusque dansla nef.Unautelétaitplacé delàdestranssepts au : cétaitlautel devant lequelon chantait les matines et laudes; derrière lautel matutinal sélevaitle sanctuaire, occupait lespace qui tout compris entrelestransseptselle chevet. Dansles cathédrales les églises et paroissiales, chSur le
  • _ f)0<)- [ CIIOEUR ]necommence ordinairementquaprèsles transsepts, I autel est etplacéau fonddelabside,dansle sanctuaire occupe rond-point, qui ieH Le chSur des clercs, dit Guillaume Durand, est lendroit où ils se« réunissent pour chanteren commun»; et il ajoute: <« la multi- où < tude du peupleest rassembléepour assisteraux saints mystères.>"Cequi rend sadéfinitionassez vague à moinsde supposer qui est ; (cepossible) entendait chSur quil par non-seulement lespace réservé auxclercs, mais aussi les bas côtés de labside dans lesquels se rangeaientles fidèles*. Toutefois il est nécessaire ici de faire connaître cequétaientles chSurs des églises,soit conventuelles,soit paroissialesou cathédrales, aux différentes époques du moyen âge. Les dispositions qui aujourdhui nous semblent les plus faciles àretrouver sont celles descliSurs. deséglises monastiques, parce quellesont, jusquà la fin du siècledernier, subi moinsdaltérations que cellesdes autres églises. Toutes les abbayes possédaient des corps-saints,des reliques vénérées qui étaient déposées, soit dans une cryptesous le sanctuaire, soit dans le sanctuaire même, ainsi que cela avaitlieu à Saint-Denis en France. Ce sanctuaire, qui, comme nous venonsde le dire, commençait à partir de louverture orientale de la croisée,était souvent élevé de quelques marches au-dessusdu sol des transsepts.Les lidèles nétaient admis dans lintérieur du sanctuaire quà certainesfêtes, à loccasion de cérémonies extraordinaires. Le chSur des reli-gieux, placé dans la croisée et les dernières travées de la nef, était clospar un jubé vers lentrée, et des boiseries, grilles ou murs latérauxsétendant jusquau sanctuaire. Lassistance des fidèles dans les églisesmonastiques nétait quaccessoire, et les religieux, enfermes dans lechSur, nétaientpas et ne devaient pas être vus de la nef; les fidèlesentendaientleurs chants, voyaient les clercs montéssur le jubé pourlire lépitre et lévangile, et ne pouvaient apercevoirlautel quau tra-vers de la porte du jubé, lorsquele voile était tiré. Dansles monastèresdes xi° et xir siècles, les religieux étaient très-nombreux et leurséglisesfaites pour eux; les fidèlesse rendaient aux paroisseset dan>les nombreuseschapellesqui entouraient les couvents pour assisterau service divin. 11y avait toujours alors dans ces monastères un con-cours nombreux détrangers,de pèlerins, de réfugiés, auxquelsla netde léglise était réservée,qui y passaientune grande partie de leurtempset y demeuraient même parfois jour et nuit. Il devenaitalorsnécessaire clore le chSur des religieux. Ce programme ne conve- denait pas aux paroisses, encore moins aux cathédrales. Lescathédrales (voy.cemot), lorsquelles furentpresque toutesre-bâties en France, à la fin du xne siècle, avaient à la fois un caractèrereligieux et civil; et là, sauf lautel, qui était entouré de ses voiles, , liv. I, i Inp. i. 5 « Sacerdos levita anU- allure communicent,in clioro clerus, extra chorutn populus. « et(Concil Tolttan., IV, cap. xviu j
  • [ CURl-BJ *»»>-rien nnh-lniail l.i ue. En les construisant sur de vastes plans, leseêque- avaient uiilu. aucontraire, offrir aux habitants grande-* desrite- de l.u-ges e-nac.- danslesquelsles cérémonies culte, et même dudes assemblées civiles, puisent se développerà laise. Il ne faut pasoublier quele- cathédrales cette époquefurent élevées de dansunespritopposé lespritmonastique, à pour attirer et réunirleshabitantsdes cl(< populeusesautourde leur évéque.Lesévêques voulaientqueles fêtesreligieusesfussentla fête de tous. AussileschSurs et lessanc-tuaires de- eatliédrales ne sélèvent que de deux ou trois marchesau-dessus pavéde la nef; les transseptssontabandonnés fidèles; du auxles larges bascotés qui entourent les absidessont presque toujours<leplain-pied avec le chSur, et nen sont séparés aucune clôture. parDe tous côtés la vue sétend, laccès est facile. Du temps de GuillaumeDurand encore, à la fin du xmesiècle, il nesemblepas que le- cluriir- fussent généralemententourés de stalle»fixe- et de clôtures. <"Lornement du chSur, dit-il, ce sont des dor- sals,des tapis que lon étend sur le pavé,et des bancs garnis (ftati- calia). Les dorsals dorsalia< sont desdrapsque lon suspenddans le " chSur, derrière le dos des clercs2 » Plus loin, à propos des fête-dé Pâques,il dit3 : - On approprie les églises,on en décore les mu-" vailles en y étalant des draperies. On place des chaires dans le chSur, on y déploie des tapi- et lon y disposedes bancs4.... Lautel est décoré de tous ses ornements; dans certaines églises, ce sont " des étendards qui désignent la victoire de Jésus-Christ, des croix et autres reliques. » Dans toutes les cathédrales primitives, la place de lévêque elait aufond de labside, dans laxe ; celles des officiers qui assistaient le pré-lat lorsquil disait la messeétaient à droite et à gauche, en demi-cercle.Cettedispositionjustifie lune des étymologiesdonnées mutclurui. aucorona, alors lautel nétait quune table sans retable, placée cuire lerlergé et le bas chSur où se tenaient les chanoines et clercs ; puisvenaient les laïques, rangés dans les transsepts delà nef, les femmes,dun côté, les hommes de lautre. Cette disposition fut conservée dansquelques cathédrales, jusque vers le milieu du dernier siècle, entreautres a Lyon, ainsi que latteste le sieur de Mauléon, dans ses Voyages liturgiques. lune desextrémités de lhémicyclequi garnissaitlabside A du côté de lépitre, sasseyaitle prêtre célébrant, qui avait à côté de lui un pupitre pour lire lépitre. Lofficiant à lautel faisait face à lorient. Derrière le grand autel, entouré dune balustrade, était un autel plus petit. Depuiscet autel jusquau fond de labside, où setrou- vait placéle siègearchiépiscopal,il restait un vaste espacelibre au milieu duquel on plaçait, sur une sorte de pupitre, la chape pour Rationnl, liv I, rhap H. : Donc il ny avait pas de dossiersfixes. 3 Liv VI, ch.ip. LXXXX 1 Donc il nen existait pas à demeure
  • - 231 [ cnSiR "j i .1cole un récliaud contenant de la braise pour les encen-sements. En avant de lautel, entre le bas chSur et le sanctuaire, élailplacéun grandrâtelierà sept cierges1, remplaçait qui ainsi la irabtxou trabs2deséglisesprimitives. Mais labside de la cathédralede Lyonfst dépourvuede bas côté. La disposition du chSur et du sanctuaire"devait être tout autre dans les églises dont les absides, comme celles<le nos grandescathédralesdu Nord, étaient accompagnées dun bascôté simple ou double. Alors le maître autel était placé au centre delhémicycle, et Tévêqueassistantprenait saplaceen bas du chSur, quiétait alors la plus honorable; les officiers sasseyaient ù droite et agauche, sur des bancs, suivant leurs dignités, les derniers plus près dusanctuaire. Cet ordre était également suivi dans les églises abbatiales;le siège de labbé était en bas du chSur, cette disposition se prêtantmieux que toute autre aux cérémonies. Pendant la seconde moitié du xiue siècle, soit que les èvêqueseussent renoncé àconserveràleurs cathédrales les dispositions dévastessallespropresaux grandesréunions populaires,soit que les chapitresse trouvassent trop à découvert dans les chSurs accessibles de toutesparts, on établit dabord des jubés en avant des chSurs, puis bientôtaprès des clôtures hautes, parfaitementfermées,protégeant des ran-gées de stalles fixes garnies de hauts dossiers avecdais. Les chanoinesfurent ainsi chez eux dans les cathédrales, comme les religieux cloî-trés étaient chezeux dansleurs églisesmonastiques.Mais,cependant,il fallait, dans les cathédrales, que les fidèles pussent assister aux"offices,ne pouvant voiries cérémonies qui se faisaient dans les chSur-.fermés de toutes parts; cest alors que lon éleva dans les églises"épiscopales chapellesnombreuses ces autour des bas côtésdes chSurset même le long des parois des nefs(voy. GATIIÉDRALE). La penséedo-minante qui avait inspiré les évèquesà la fin du xue siècle, lorsquilssemirent à bâtir descathédrales de nouveauxplans, fut ainsiaban- surdonnée lorsquelles étaient à peine achevées, et en moins dun sièclela plupart des chSurs de ces grandes églises furent fermés, les céré-monies du culte dérobées yeux des fidèles. Nousnentrepr -mirons auxpas de rechercherici ni dexpliquer les causes cechangement. de Nousnous contenteronsde signaler le fait, qui doit se rattacher, si nous neTIOUS trompons, à desdiscussionssurvenuesentre les èvêqueset leurschapitres, discussionsa la suite desquellesles èvêquesdurent céder;:ux vSux des chanoines,particulièrement intéressésà se clore3. Le chapitre de Chartres éleva un jubé en avant de son chSur vers le;milieudu xmesiècle: nousne savons aujourdhuisi, dèscetteépoque, 1 Voyez le Dictionnaire du mobilier, au mot HERSE. 1 Poutreposée traversdu cliSur, supportant flambeaux. en des (Voy.TRABES.) 3 « Le long de la clôture du clupur de Notre-Dame du l^iris allant vers lorient », ditDuhreul,« on voit la figuredun homme«léglise, orné dunedalmatique, côtéduquelce à<]ui suit est gravé : « Maistrc Pierre do Fayel, chanoinede Paris,a donné deux cents livres pour ayder
  • cnctnt J - -232 -il lentoura dune clôture; <YM probable. La cathédralede Bourges.élevaunedût un-de pierre autour de sonchSur dès la fin du xmcsiècle.Celle de Pariscommenca aussi à clore son chSur vers la même époque,et cette clôtun- était à peine achevée,que lévèque Matittasde Bucytaisait construire la ceinture de larges chapellesqui enveloppe ledouble lias cuit- (li- labside. Ces clôtures nécessitaient donc la con-struction de ces chapelles. Les clôtures modifièrent profondément les plans primitifs des ca-Ihédrales dont les chSurs navaient nullement été disposés pour lesrecevoir; elles donnèrent aux chSurs un aspect nouveau,contrairea lesprit qui avait dû diriger les premiers constructeurs.Ne pouvantsavoiraujourdhuiquelles étaientles dispositions premièresdeschSurs<lecathédrales, nous sommes obligé de nous en tenir à celles adoptéesii latin du xin siècle; elles Mint dailleurs coordonnées avec ensemble,cl dignes en tout point de lobjet. De tous les chSurs de cathédrales,celui sur lequel il reste le plus de renseignementsprécis est le chSurde la cathédrale de Paris. Nous en donnerons donc (fig. 1) une vuecavalière,accompagnée dune description empruntée à Corrozetet àDubreul. Apres la croisée, entre les deux gros piliers des transsepts, unjubé de pierre fermait lentrée du chSur. Sur larcade principale qui servait de porte était un grand crucifix. Cet ouvrage, dit Dubreul,était un chef-dSuvre de sculpture; à droite et à gauche, cette arcade- se réunissait a la clôture de pierre peinte, de 5 mètres de haut, repré- sentant lhistoire de Jésus-Christ, et dont il reste une grande partie. r.ette clôture, du côté nord et du côté sud, servait dappui aux dos- siers des stalles, qui étaient de bois sculpté et couronnées dune suitede dais. Deuxportes latéralespercées dans la clôture donnaiententréedans le chSur, auquel on arrivait du côté du cloître par la porte Rouge,et du côté de lévéchépar une galerie communiquantavec le palaisépiscopal.Autour du rond-point sanctuaire),la clôture, danssapar-tie supérieure, était à jour, de sorte que les scènesde la vie de Nôtre-Seigneur, sculptées en ronde bosse, se voyaient du dedans du chSuraussi bien que (les bas côtés. Au-dessous de cette partie à jour, desbas-reliefs représentaient des scènes de lAncien Testament. Il était,de toutes manières, impossiblede voir, descollatéraux, ce qui sepas-sait dansle chSur et le sanctuaire. Des deuxcôtésde lentrée du jubédonnant sur la croiséeétaient deux autels, suivant lusage. Le chSurs élevaitde quatre marchesau-dessus pavéde la nef; k la suite des dustalles venait le sanctuaire, élevé de trois marches au-dessus du chSur,et sousla clef de voûte absidale le maître autel, dont une tapisserieet une gravure1 nous ont conservé la forme et les accessoires. Der-i- ;i faire ces histoires(qui décorent, clôture)et pour les nouvelles la verrièresqui son: un If rlm-nr de eean~. Le don du dignechanoineindiqueassez les chapitres que tenaientà être bien clos. * Voyez AUTEL.
  • _ 233 - L CUOEUR ]rièrele maîtreautel étaitplacée, unelargetable cuivre, sur de portée m * imsur quatregrospiliers de mêmematière, châsse saintMarcel, la de
  • L CUGKLn J - l.H -surmontée dune grande rroix; dautres châsses étaient disposées àdroite et à gauche.Derrière la châssede saint Marcel était, du côté,droit, le petit autelde la Trinité, dit des Ardents,sur lequel était placéela châssede Xnlre-DaJiie, contenant du lait de la sainte Vierge et desfragments de ses vêtements. Près de lentrée principale du chSur, onvoit en ronde bosse la statue de bronze de lévéque Odon de Sully,couchée sur une table de même métal élevée dun pied environ au-dessusdu niveaudu pavédu chSur. Odon de Sully contribua en partiea la construction de la cathédrale ; cest sous son épiscopat que futprobablementélevéela nef. Au milieu du chSur, sousJelutrin, étaientincrustées, au niveau du pavé, quatre pierres tombales couvrant lesrestes de la reine Isabelle de Hainaut, femme de Philippe-Auguste,de Geoffroy,duc deBretagne,et de deux autres personnages inconnus;devant le grand autel, sous une table de cuivre, le cSur de Louise deSavoie, mère de François I". Dautres tombes se voyaient encorederrière le grand autel, du temps de Corrozet, entre autres cellesdu célèbre Pierre Lombard, archidiacrede la cathédraleet prince ; caron nenterrait dans le chSur des cathédralesque des évèques,desprince* et des princesses.A côté du maître autel, du côté du nord,sélevait, sur une colonne de pierre, la statue de Philippe-Auguste;à ses pieds était la tombe de marbre noir de lévéque Pierre de Orde-mont, qui mourut en 1*(>!>. Mais quelles que fussent la riclie-.se et la splendeur des chirurs descathédrales, ceux-ci négalaient pas en étendue, en meubles riche-ment ouvragés, châsses en précieuseset en tombeauxmagnifiques,lesclueurs et sanctuairesdes grandesabbayes.Parmi cesabbayes,cellede Saint-Denis, en France, se distinguait entre toutes, puisque lechiiiir de son égliseservait de sépulture aux princes français.Le plande ce chSur et de ce sanctuaire est donné dans lHistoire de Cabbuyede Saint-Denis par dom Félibien; nous nous contenterons den tracerla vue cavalière, qui fera mieux comprendre les dispositionsprin-cipales de cette clôture vénérée (fig. 2j. Ici, comme dans toutes leséglisesabbatiales,le chSur proprement dit occupait les dernièrestra-véesde la nef, la croisée et une travée de labside; le sanctuaire,auquel on montait par quatre rampes de dix-huit degrés chacune,deux petites de chaque côte de lautel et deux grandes dansles deuxcollatéraux,sétendait dans labsideau-dessus lanciennecrypte decarlovingienne. Dom Doublet1nous fournira la description détaillée de toutes lesparties du clm-ur et sanctuairede la célèbre église abbatiale.Lentréedu chSur étaitfermée un jubé,sur le devant par duquel,du tempsde dom Doublet, voyaitencore, on sculptés pierre,la vie et le mar- entyre de saint Denis, de saint Rustique et de saint Éleuthère. Sur lar-cadeprincipalesélevait crucifixdo mepar labbéSuger;lesimages le Histoireîle lahhaye Satnt-Denys France,par D. Doublet, de e». 1620.
  • - 235- [ CODEUR ] ---I ,-. -. 1=1 -.-de la Vierge et de saint Jean accompagnaient croix. L était du haut la
  • [ enCEI: ] n - -3G -du jubé que. les jours de fêtes,on chantait lévangile.Dom Doubletditquautre/Vu-re frontispice était couvert de figures divoire entremê-lées danimaux de cuivre ; ouvrage admirable, prétend-il, donné parSuger,et que les Huguenotsdétruisirent . Avant le sacre et couron-nement de la reine Marie de Médicis, le chSur de Sainl-Denis navaittoutefois subi aucune modification importante. Des deux côtés,soixante stalles hautes et basses,richement sculptéeset garnies dedossiers détoffe, sadossaientaux piliers de la nef. A lextrémité desstalles,dun des gros piliers de la croiséeà lautre, une tmlus traver-sait le chSur; celte poutre était peinte dazur, seméede fleurs de lisdor; une croix dor, que lon prétendait avoir été fabriquéepar sainttëloy,.sélevait milieu de saportée. Entre les stallesétait le lutrin de aubronzedonnépar le roi Dagobertet provenant de légliseSaint-IIilairede Poitiers; ce pupitre était soutenupar les quatre figures des Evan-gélistes,égalementde bronze. En remontant vers lautel, dans laxedu chSur, on voyait le tombeau de Charles le Chauve,de cuivre émaillé,porté sur quatre lions, et ayant, à chaqueangle, un des quatre doc-teurs de lKglise. Le pavéétait magnifique,de marbre blanc,noir, vertantique, jaspe et porphyre : cétait probablement une de ces mosaïquesconnues en Italie sous le nom do/tits Alexandrinum. A lextrémitéorientale du chSur, au delà de la croisée, dans la première travée dusanctuaire, sélevait lautel de la Trinité, dit autel matutinal, demarbre noir, enrichi de figures de marbre blanc représentant le mar-tyre de saint Denis; on couvrait son retable de pierre dun magnifiquei etable doraux fêtes solennelles voy. AUTEL, 7). Une grille de fer, fig.placée au devant de lautel matutinal, au droit des deux premierspiliers de labside, formait un premier sanctuaire inférieur. Derrièrelautel, on apercevait la châssede saint Louis, ouvrage dargent et devermeil. Des deux côtés, deux rampes étroites montaient au sanctuairesupérieur. Quatre colonnes dargent portant les anges céroférairesaccompagnaient ces rampes et servaient à suspendre, au moyen detringles, les voiles de lautel matutinal. Le sanctuaire supérieur étaitclos par des grilles de 1er forgé, dont il reste des débris admirables. Aufond de labside, les châssesde saint Denis et de sesdeux compagnonsétaient placées sous un édicule dun travail précieux, accompagnédungrand autel antérieur vov. AI/TEL,fig. G). Entre les stalles et lautel dela Trinité, saint Louis avait fait placer un grand nombre de tombes desprinces sesprédécesseurs, respectantprobablement les anciennes enplacesoccupées leurs restes.Le tombeaude Dagobert,monument pardune grande importance,égalementrefait du temps de saint Louis, 1 11faut observer toutefois que le jubé avait dû être rebâti sousle règne de saintLouis, avec la nef, la croisée et une partie du sanctuaire 11 faut donc supposerqueces images dont parle D. Doubletauraient été reposées le jubé du xiu" siècle.Le surfait na rien dailleurs de contraire aux habitudes de cette époque; souvent les con-structeurs Mil" siècle replacèrent du dans leursmonuments bas-reliefs des duneépoqueinférieure.
  • [ CHOEUR ]était placéà côté de laulel inatutinal<côtéde lépitre). En face,plustard, furent disposées tombesde PhilippeY, de la reineJeanne lesdÉvreux,de Charlesle Bel son époux,de Jeannede Bourgogne,de Philippede Valois et du roi Jean.Le magnifiquemonumentdeCharlesVIII, de bronze doré et émaillé, se trouvait du mêmecôté, enavant de la clôture de lautel matutinal (voy. TOMBEAU). Toutesles églisesabbatialesne pouvaientréunir dans leurs chSursune aussi grande quantité de monuments précieux comme art et commematière; cependantelles rivalisaient de zèleet de soins pour décorerles clôtures religieuses. Le chSur de labbaye de Cluny était magni-fique, le nombre des stalles considérable,le luminaire splendide.Lesanctuaireétait entouré de grilles et de tombeauxqui formaient clô-ture. Cet usage demployer les tombeauxen guisede clôture pour lessanctuaires retrouveégalement se dansbeaucoupdautreséglises abba-tiales et cathédrales: à Saint-Germain Prés, à labbayedEu, dans desles cathédrales de Rouen, dAmiens, de Limoges, de Narbonne, le<tombes des princes, des évéques, protègent les sanctuaires voy. CLÔ-TURE, TOMBEAU. Les chSurs des églisesparoissialesreproduisaient, sur de petitesdimensions,les dispositionsadoptées dansles cathédrales. Cependant,commeleséglisesparoissiales étaient, avanttout, faitespour les tidèles,les chSurs ne furent guère entourésque de clôtures à jour de fer onde pierre, et les jubés laissaientvoir lautel sous des arcs postésparde fins piliers. Il ne paraît pas,dailleurs, que des jubés aient été très-anciennement élevés à lentrée des chSurs des églises paroissiales;tandis quà la fin du xvc siècle et au commencement du xvie, au con-traire, on établit des jubés devant les chieurs décès églises voy. JUBÉ).Nous ne devons pas omettre de signaler à nos lecteurs les chSurs deséglises qui étaient dépourvues de bas côtés, comme, par exemple, lacathédraledAlby. Danséecas,le chSur formait uneéglisedansléglise,avec un espace laissé entre cette clôture et les chapelles rayonnantes;cette disposition est rare en France, et ne se rencontrait que dansquelques églises du Midi. Presque toutes les églises françaises, ?( particulièrement les grandeséglises abbatiales et cathédrales, présentent une déviation plus bumoins prononcée dans leur axe, à la réunion du chSur avec les trans-septs, soit vers le nord, soit vers le sud. On a cherché naturellementadonner lexplication de cette singularité. Lauteur du moyen âgequipouvait le mieux en donner la raison, GuillaumeDurand,qui appliqueù chaque partie de léglise une signification symbolique, nen dit mot.Les archéologues modernes ont voulu voir, dans cette inclinaison don-née à laxe des chSurs des églises, soit une représentationmystiquede linclinaison de la tète du Christ sur la croix, soit une orientationparticulière de labside vers le levant et de la façade vers le couchant.Nous ne discuterons pas ces deux opinions, qui ne sont baséessuraucuntexte et qui sont plus ingénieusesque vraisemblables car, dans :
  • " CHOEUR - -:5S -lune ou lautre hypothèse,linclinaison serait toujours dirigée dumême côté, ce qui nest point, et les écrivains du moyen âge quiont parlé longuement la constructiondeséglisesen auraientdit deun mot. Nous hasarderonsaussi notre opinion personnelle, sans toutefoisprétendre la donner comme résolvant la question; nous dirons toutdabord quelle nest baséeque sur une observationpratique et pure-ment matérielle. Les églisesqui présententcette déviation dans leuraxe sont toutes bâties à la fin du xir siècle ou au commencementdu xnr : on les construisaitpartiellement sur lemplacementdéglisesdéjàexistantes; cest-à-direquen conservantla nef pour ne pasinter-rompre les offices, on bâtissait le chSur, ou, ce qui était pjus rare,conservant le chn-ur ancien, on rebâtissait dabord la nef, ainsi quecelaeut lieu pour la cathédraledAmiens.Il arrivait souventquen re-construisantle chSur on élevaiten mêmetempsla façadeoccidentale,afin de donner aux fidèles,le plus promptementpossible, une idée dela grandeurdu monument et dencouragerleurs efforts; ou bien, pardes raisons déconomie faciles à comprendre,on comptait se servirdes fondations ancienneslorsque, labside achevée,on rebâtirait lanef. Ces deux opérationssuccessives, raccordement,ne laissaient cepas de présenterdes difficultés de plantation assezgrandes,surtout àune époque où lon ne possédait pas dinstruments de précision appro-priés à la plantation des édifices,où lon ne pouvait se servir que decordeaux et de jalons; alors même linstrument très-imparfait connusous le nom ûéquerredarpenteur était pas en usage.Il ne faut pas noublier dailleurs que les cathédrales, aussi bien que les églises con-ventuelles,étaient, ii cette époque, entouréesdune quantité de bâti-ments accessoires, cloîtres, trésors, sacristies, librairies, logements,que les évéques ainsi que les moines conservaient debout aussi long-temps que cela était possible, puisque ces bâtiments servaient journel-lement. Le maître de lSuvre, en plantant un chSur avec lidée de leraccorder plus tard à une nef existante ou à reconstruire sur danciennesfondations, ne pouvait se mettre en communication immédiate aveccette seconde partie. Il devait fermer hermétiquement la portion con-servée lédifice, et planter son abside au moyende lignes demprunt dequil lui fallait prendre au milieu dune massecompactede bâtiments.Or aujourdhui, aveclaide de nos instruments si parfaits, cette opéra-tion présentedassezsérieusesdifficultés, ne réussit pas toujours, ellon constatedes erreurs lorsquon en vient au raccordement.Le rac-cordementexactde laxe ancien aveclaxe nouveauest un, tandis quela chancederreurs est infinie. Noussommesdonc disposé à penserque cesdéviations des chSurs de nos églisesproviennent derreurs,inévitablesalors, dans la plantation de monuments construits à deuxreprises.Si lon pouvaitnousfournir deuxexemples seulementdéglisesbâtiesdun seul jet et danslesquellesles chSurs seraient inclinés dumêmecôté, nous serionsdisposéà admettre une raison symbolique;
  • - 239 - [ CHRISTjusqualors nous regarderons lopinion que nous venons démettrecomme étant la plus probable. Un nous objecterapeut-êtreque, lorsque les maîtresdes Suvres envenaientà la reconstructionde la nef aprèsavoir achevé celledu chSur,il leur était faciled" réparerleur erreur, et de prolongerlaxe du sanc-tuaire pour en faire laxe de la nef nouvelle.Certainementcela leureût été facile, sils neussent dû soit conserver de vieilles fondations, soitse raccorder avecune façade déjà élevée de quelques mètres, soit enfin.admet tant quils neussent ni fondations anciennes à conserver, nifa<;ades respecter,se tenir entre des lignesde bâtimentspresquetou- àjours accolés aux murs de léglise, tels que cloîtres, salles capitulaires,logis, que lon voulait conserverparce quon ne pouvait sen passer,même temporairement. Ces constructions que nous admirons gênaientfort les chanoines ou les moines, et il fallait la ferme volonté des abbés,au xir siècle, et des évéques, au xur", et leur souveraine puissance,pour vaincre des oppositions nombreuses dont nous retrouvons lestraces même encore aujourdhui. Or tous ceux qui sont appelésà dirigerdes constructions savent quelles sont les difficultés incessantesquesoulèventcesoppositionsdechaque jour, quelles quesoientla fermeté<t la volonté du maître. Il nest pas surprenant que les architectesdes xuc et xme siècles naient pas eu leurs coudées franches, et aientété conduits souvent, par des motifs bien misérables, à des erreurs oudes irrégularités qui nous paraissent inexplicables aujourdhui. CHRIST (JKSUS-). Nous ne tenterons pas de faire lhistoire des pre-mières représentations peintes ou sculptées de Jésus-Christ, après lestravaux des Giampini, des Eckel, des du Gange,des Boltari, des Bosi<>,desdAgincourt, et ceux plus récents de M. R-ioul Rochelle1, de M. Di-dron-, des RR. PP. Martin et Cahier3. Avant lépoque dont nous nousoccupons particulièrement, les représentations du Sauveur sontdiverses. Les plus anciennes, celles que lon trouve dans les catacombesde Rome et sur les sarcophages chrétiens, nous montrent Jésus sousla forme dun jeune homme imberbe, portant le vêtement romain, latête nue avec de longs cheveux ou ceinte dun diadème ou dune ban-delette, et tenant à la main le volvmen antique roulé. Cependant,dèsuneépoquereculée,on prétendaitposséderdes portraits authentiquesde Jésus-Christ. Saint Jean Damascènedit quune tradition accréditéede son temps reconnaissaitun portrait de Jésusempreint sur un mor-ceaudétoffe par le Sauveurlui-même, pour satisfaire au désir dAb-gare, dÉdesse. voi Pendant premiers les siècles lÉglise, circulait de ilun signalement(apocryphe,il est vrai) de Jésus,envoyépar Lentulusau sénat; ce signalement,paV son ancienneté,sinon par son origineplus que douteuse,nen a pasmoins une grandevaleur, car il est mon- Disc, sur les types imitatips de lart chrétien. " Iconographie chrétienne Mélangesarcliéol. . Vilrau.c de Bounjrs
  • r CHRIST ] - 240 -lionneparlespremiers Pères lÉglise il servit typeauximages de ; deadoptées tardpar lesÉglises plus grecque latine.«Cethomme, et ditLenlulus. est dune taille haute et bien proportionnée, sa physionomieest sévère et pleine de puissance, afin que ceux qui le voient puisse-!! !laimer et le craindre en même temps. Ses cheveuxsont couleur devin, et, jusquà la racine des oreilles, sont longs et sans reflets.Mais,des oreilles aux épaules, ils sont bouclés et brillants ; à partir desépaules,ils descendent le dos, divisésen deux parties, à la façon surdes Nazaréens. Front uni et pur ; face sanstache, tempéréedune cer-l.iine rougeur. Son aspect est modeste et gracieux, son nezet sa boucheirréprochables. Sa barbe est abondante, de la couleur des cheveux, etbifurquée. Ses yeux sont bleus.1 et très-brillants. Sil reprend oublâme, il est redoutable: sil instruit ou exhorte, sa parole est aimableet insinuante. Son visage joint une grâce merveilleuse à la gravité.Personne ne la vu rire une M-ule lois, pas même pleurer2. Dune taillesvelte, ses mains sont longue* d belles, ses bras charmants. Grave etmesuré dans ses discours, il est sobre de paroles. De visage, il est leplus beaudes enfants des hommes3.» Tous les artistes chrétiensdumoyenâgecherchèrent à reproduire ces traits, ce port et cette phy-sionomie; ils y réussirent quelquefois. En France, jusque vers la fin duxie siècle, les représentations du Christ sont, comme toute la sculptureet lu peinture occidentales avant cette époque, passablement grossières,empreintes des traditions romaines ou byzantines, suivant que lesécoles de sculpteurs subi--. lient lune ou lautre de ces deux influences.Saufquelques(rails caractéristiques, comme la longueurdes cheveux,la nudité des pieds, le nimbe crucifère, le geste et la présence dequelques accessoires, livre desÉvangiles le globe,lesfiguresdu le ouChrist ne présentent pas un type uniforme : ils sont barbus ou im-berbes, vêtus de la (unique simple, longue ou double ; le manteau s?rapproche du gallium grec ou de la toge romaine. Mais, à la fin duxiesiècle, les riches abbayesfrançaisesqui avaient des rapports fré-quents avecla Lombardie, où sétait réunie une école dartistesgrecs,et mêmeaveclOrient, firent venir dansleurs monastères peintres deset dessculpteurs, qui bientôt formèrent en France une écolequi sur-passa ses maîtres -ny. STATTAIKI: parcourut une longue et brillante etcarrière. Ces artistes non-seulementintroduisirent chez nous la pra-tique de lart, mais aussi des types formés, consacrésdepuis long-tempsdéjà en Orient ; types que le génie occidentalmodifia bientôt,sans cependant sen écarter tout à fait. Et pour ne parler ici que dela représentationdu Christ, nousvoyons, sur le portail intérieur de la 1 a Oculi ejus cSrulei IVut -Vni.n.liv commebleu foncé, Lieu de mer lOvid.),farouches (Horace) = « Vel semelcum ridentcm nemo vidit, sod flentem imo. » Peut sentendre : i ."«,!.. splutôt pleurer. » * Codex apocryph Testant., Fabricium, m- aç. Uamburgi, l=» pag. 1703, pars, .JOl-302.(Voy, Iconogr.diret., bi1i"ii. > "Jix.-JiHj
  • - [ C111IIST ]célèbreéglise Vézelav, immense de un tympan milieuduquel au estreprésenté Sauveur sagloire, le dans entouré douze des apôtres. Ottotigure, dimension de colossale, évidemment est exécutée linspi- sousration dartistesbyzantins, ce nestpar eux-mêmes. si Lattitude,lesvêtements, faire,ne rappellent rien lesgrossières lourdes le en et sculp-turesfrançaises antérieures cetteépoque, à empreintes dernières destraditions de la décadence romaine. Nousdonnons(fig. 1) une copiede cette sculpture, étrange,maisimposante la fois.CeChristestvêtudunelonguerobeflottante,plis- àsée à petits plis, suivant un usageoriental fort ancien et conservéjusquànosjours. La brisesemble soulever longsplis de la robe.Le lespallium ne rappelle en rien, ni comme forme, ni comme façon de leporter, le manteau romain ou franc. Le cou est découvert : les manches ni. -16
  • [ CUUIST ] -f2 -de la tunique sont larges,un peu fendues leur extrémité et très- àouvertes, (juant à la face du Fils de Dieu, elle offre un type tout nou-veau alors pour lOccident. Les yeux sont légèrement relevés versleurs extrémités,saillants; les joues longues et plates, le nez très-fincl droit, la bouchepetite et les lèvresminces.La coiffure seconformean signalementde Lentulus, et la barbe, courte, fournie, soyeuse,estdivisée en deux pointes. Ce type, lun des premiers peut-être introduits en France à la fin duxi siècle ou au commencement duxiT, dut être regardé, à cette époque,comme une Suvre remarquable, car nous 1»- voyons reproduit, mais pardes artistes grossiers,sur le tympan de la cathédraledAutun, posté-rieure de quelquesannéesà la nef de Vézelay,puis à labbayede Char-lit"i, puis enfin dansbeaucoupdéglisessecondaires;mais en se divul-guantainsi, il perd de soncaractèrebyzantin et reprend quelquechoseaux vieilles traditions romaines, évidemment les sculpteurs indigènes,tout en voulant imiter ces sculptures importées chez eux, ne pouvaientabandonnercomplètementles anciennesméthodeset ne faisaientqueles modifier. Cet art byzantin ne convenait pas à lesprit des popula-tions occidentales, il était trop hiératique; lobservation de la nature,le besoin de limitation, du vrai, lamour pour le dramatique, devaientexercer une influence salutaire dabord, déplorable quand elle tombadaiiN lexcès. Cependant cette introduction dun art étranger avait euun grand résultat, elle formait de bons praticiens; car cette figure duChrist dont nous venons de donner une copie est exécutée avec uneadresse de main très-remarquable, ainsi que le reste de ce bas-relief;on sent là un art complet, quoique soumis à une forme hiératique.Ce qui seproduisait en France pour la sculpture se produisait égale-ment pour la peinture. Les fresques de léglise abbatiale de Saint-Savinprès loitier.s, qui datent à peu près de la même époque,que le bas-relief de Vézelay, dénotent une influence byzantine prononcée, aumoins dans la représentation des personnagessacrés; celles qui sevoyaient aussi dans la cathédrale du Puy en Aelay,il y a quelquesannées,se rapprochaient encoredavantagedes types grecs. Ce nestpasà dire que nousregardionsles peintures de Saint-Savinou du Puycomme ayant été exécutées par des artistes grecs; il est certain, aucontraire, quelles sont lSuvre de peintres occidentaux.Le gestedra-matique na rien de byzantin; cest seulement dans la méthode, dansles procédés et quelquestypes, commecelui du Christ, que la tracedesarts dOrientse fait sentir. La figure 2 nous dispensera plus delonguesdissertationssur cet objet. Nous aurons loccasion de revenirsur ces influences décoles au mot PEINTURE. Cestsurtoutdans représentations Christtriomphant, milieu les du audesagloire,quil fautétudierlaphysionomie donnée,pendant moyen leâge, Fils deDieu; carcestentraitantcesujetquelesartistessesont auappliqués rendrelestraitsetle portdonnés Sauveur la tradition. à au par 1 Desfresques Saint-Savin de près Poitiers.
  • [ Pendant la période romaine, iu^quà la tin du xn° siècle, le Christtriomphateur, ligure en sculpture ou peinture, est ordinairement en-touré du nimbeallongé,comme celui représentéfigure l,ce qui nex-clut pas le nimbe crucifère qui cerne sa tête. Dans les peintures, ,-- ,comme Saint-Savin exemple, à par lauréolequi entourele corpsduChrist triomphateur est souvent circulaire; nous nen connaissonspas ayant cette forme dans les représentationssculptées. Du reste,cesrègles sontpassansexception. ne Dansla crypte de la cathédraledAuxerre, existeunepeinture,de la fin du xiesiècleprobablement, ilqui fait voir le Christ triomphateurà cheval(fig. 3), conformémenta la visionde saint Jean1. est posésur une grandecroix ornéede 11pierreriespeintesqui couvre la voûte. Dans les quatre intervalleslaissésentre lesbrasde la croix sont quatreanges, également che- àval; la tèteseuledu Christest nimbée.Il est vrai quela croix peutpasserpour un signe de triomphe et tenir lieu de la grande auréole.Danscesdeux représentations peintes,les cheveux Sauveur du sontblonds et la barbe noire. Les vêtements du Christ de Saint-Savin sont 1 l/i ,i-iili/pue,rlinp XIV.versets 11-17.
  • [ CHRIST ] - 2l i -ainsi colorés : la robe est verte avec une bordure blanche ; le manteau jaune; la bordurede la robe, sur la poitrine, est brun rougeavec ornements blancs; le nimbe est rouge croisé de blanc. La robe du (ChristdAuxerre est blanche, bordéeAe brun rouge; le manteau est bleu clair sur les épaules,brun rougebordé de jaune sur la poitrine ; ie nimbe est bleu croisé de rouge. Les couleurs des vêtements donnés au Christ par les peintres des xi% xne et xmesiècles varient à linfini, ce qui nepeut laissersupposerquon eût adoptéen Occidentcertaines couleurs symboliquespour les vêtements des personnages sacrés. Pendantle cours du xnesiècle,le Christ triomphateur, soit peint, soit sculpté, est presquetoujours représentéentouré desquatre signesdes
  • O^ - [ CFIRIST Jévangélistes, apôtres desvingt-quatre des ou vieillards. Vézelay, A cesontlesapôtres sontassis qui autourde lui (voy. APÔTRE).Au portailoccidentalde Notre-Dame Chartres,dont le tympan date de M50 ou deenviron,ce sont les quatreanimaux,les apôtreset les vieillardsdelApocalypse. Saint-Savin, sont, en peinture,lesquatreanimaux A cequi accompagnent lauréolecirculairedu Filsde Dieu.A la cathédraledAutun (1150environ),ce sont les apôtres,les animaux,des angesetdémons,le Jugementdernier, le Pèsementdesâmes. portail sud de Auléglise de Moissac,mêmeépoque, le Christ est coiffé dune couronnecarrée ; son buste seul est entouré du nimbe allongé ; à ses pieds sontle lion et le bSuf; des deux côtés de ses épaules, lange et laigle ;deux angesde dimension colossalesont debout à droite et à gauche;puis viennent les vingt-quatre vieillards, soussespieds et derrière lesdeux anges(voy. TYMPAN). le Christ tient un livre fermé de la main Icigauche et bénit de la droite, comme au portail de Chartres ; tandisquà Vézelayet à Autun il a les mains étendueset ouvertes.Il est cer-tain que, pendant le xir" siècle, lidée dominante des sculpteursétait,lorsquils représentaient le Christ dans su gloire, de se rapprocher dela vision de saint Jean. Au xm" siècle, le Christ glorieux est représentépendant le jugement dernier ; il est demi-nu, montre ses plaies ; autourde lui sont des anges tenant les instruments de la passion, quelque-lois aussi le soleil et la lune ; à ses pieds se développent les scènes dela Résurrection et de la Séparation des bons davec les méchants. Cestainsi quil est représenté au portail principal de la cathédrale de Paris,au portail sud de la cathédralede Chartres,au portail nord de la cathé-drale de Bordeaux, au portail occidental de la cathédrale dAmiens, etc.Alors les quatre animaux noccupent plus guère quune place très-secondaire ou disparaissent entièrement. Le clergé français du xin">iècleavait évidemmentvoulu adopterla scènedu Jugement,bienplusdramatique, plus facile à comprendre pour la foule que les visions desaint Jean.En abandonnantla tradition byzantine quant à la manièrede représenter le Christ glorieux, on abandonnait également le cos-tume elle faire oriental. Cependant type de physionomiedonné au leChrist semodifie quelque peu : la faceest moins longue; les cheveuxdeviennent ondes sur les tempes,au lieu dêtre plats; les yeux sontmoins ouverts, la bouche moins fine ; les traits se rapprochentdavan-tagede lhumanité.Déjà sentlinfluence réalisme on du occidental quiremplaceles types consacrés. grand Christ du Jugementdu portail Lede la cathédrale Parisest curieuxà étudier sousce rapport.Cette defigure,fort belledailleurs,na plusrien dhiératique. à cepropos, Et,nousdevons signaler un fait remarquable. reprenant soubas- ici En lessementsdes chapellessituées au nord de la nef de cette église, cha-pelles dont la construction ne sauraitêtre postérieureà 1235ou 1240,nous avons retrouvé des fragments dun Christ colossal provenantévidemmentdun grand tympan, avec les tracesdes quatre animauxet dun livre. Cette sculpture appartient aux dernières années du
  • [ cjinisr ] - -W -xii" siècle,et, commeexécution,est dune grandebeauté.Il fallait doncquelestypesadmis le xu"siècle par fussent réprouvés b- mc,pour parquelon sesoitdécidé, quelques années après, lorsque portailprin- le cipal fut élevé vers 1220, a détruire une sculpture aussi importante, pour y substituer celle que nous voyons aujourdhui. Du reste, il est bon de remarquerencorececi, cest que le Christ du tympan de la porte principale de Notre-Dame Paris, de ainsi que la statuede langetenant les clous et la lance, paraissent. comme exécution, quelque peu postérieurs à toute la statuaire do celte porte, et que ces figures m- sont pas sculptées dans un tympan, mais sont des statues posées les unes à côté des autres sur les lin- teaux et réunies par un enduit de mortier. Ainsi donc, au xme siècle, il y avait une volonté arrêtéeparmi le haut clergé de modifier les types du Christ glorieux consacrés jus- qualors. Le Christ glorieux ne de- vait plus être que celui qui appa- raîtra le jour du jugement. Nous avons cru devoir nous étendre sur ce fait, qui, pour lhistoire de lart, nous paraît avoir une grande im- portance. Mais pendant que les sculpteurs modifiaient ainsi les traditions by- zantines du Christ triomphant, ils devaient en même temps exécuter des statues du Christ-Homme, du Christ sur la terre, enseignant au milieu de ses apôtres. Cest ainsi : quil est représentésur les tru- meaux des portails de la plupart de nos cathédrales françaises. Ce ne fut guèrequau xin«siècle que cette représentation du Christ fut définitivement adoptée.Alors il est vêtu de la tunique longue et du manteau;il tient le livre de la main gaucheet bénit de la droite ; ses piedsécrasentla tête du dragon et du basilic, imagesdu démon. Parmi ces figures, encore conservéesaujourdhui en assezpetit nombre, grâce aux iconoclastesdesxieet xin* siècles,la plus belle, celle dont
  • - 247 - [ CHRIS! Jle caractère se rapproche le plus du type byzantin sansen avoir lasécheresse, est, à notre avis, la statue du Christ-Homme de la cathé-drale dAmiens. La figure i en donne lensemble; non que nous espé-rions présenter dans un croquis laspectde grandeur et do noblessede cette remarquablestatue: ce nest ici quun renseignement. Le type de la tète du Dieu dAmiens, dont nous reproduisons ci-<lessous (fig. o) le profil, mérite toute lattention des statuaires. Cette sculpture est traitée comme le sont les têtes grecques dites éginé- tiques : mêmesimplicité de modelé, mêmepureté de contours, même«"xécutionlarge et fine à la fois. Ce sont bien là les traits indiquésdans le signalementcité plus haut : mélange de douceur et de fer-meté; gravité sanstristesse.Cette tête est dautant plus remarquable,/]ue toutescellesappartenant aux statues dapôtresqui lavoisinent,
  • [ CHRIST ]et qui ont été exécuté- en menu-temps, sont loin de présentercettenoblesse divine. Ce sont des hommes, des portraits même,dans laplupart desquels retrouvele type picard.Lartistequi a exécuté unla figure du Christ a doncsuivi un type consacré,et, avecla souplessede talent qui appartenait aux sculpteursde cette époque,il a su dis-tinguer, entre toutes, la statuedu Sauveur,lui donner des traits, unephysionomieau-dessti-des modèleshumains dont il pouvait disposer..M,usla limite entre lart hiératique et lart dimitation est, chez tousles peuples artistes, facile à franchir; on ne sy tient pas longtemps.Les Grecsde lantiquité lont franchie en quelquesannées; il en futde même en France. Déjà, vers le milieu du xme siècle, les représenta-tions du Christ ont perdu cette noblesse su